Non, les graisses saturées ne méritent pas leur mauvaise réputation. Après avoir dit du bien de l’huile de palme, Yves Patte aggrave son cas en nous vantant l’huile de coco. Chouchou de l’industrie cosmétique, cette source de gras possède aussi de hautes vertus diététiques. Elle serait notamment un rempart contre le vieillissement du cerveau !

La maladie d’Alzheimer fait partie de ces maladies qui sont en augmentation dans nos sociétés industrialisées. Des études récentes tirent même la sonnette d’alarme tellement cette augmentation est importante, aux Etats-Unis et dans les autres pays occidentaux. Que l’on ne relativise pas : cette augmentation n’est pas proportionnelle à l’augmentation de l’espérance de vie. Ce n’est pas parce qu’on vit, en moyenne, plus vieux, que davantage de personnes sont touchées par la maladie d’Alzheimer. Et au fur et à mesure que les traitements s’avèrent inefficaces, quand ce n’est pas contre-productifs, le rôle de l’alimentation dans la prévention de cette maladie s’impose de plus en plus dans le débat.

Le rôle clef du cholestérol

Regardons ce que la recherche médicale dit à propos de la maladie d’Alzheimer : plusieurs recherches ont montré le lien entre la résistance à l’insuline au niveau du cerveau et l’apparition de la maladie. Celle-ci pourrait être considérée comme une perturbation neuro-endocrinienne, que certains appelleraient même « diabète de type 3 » ; d’autres ont montré un lien entre la maladie d’Alzheimer et une dysfonction mitochondriale. Il semble qu’une des clés de compréhension de l’apparition de la maladie d’Alzheimer est un problème au niveau de l’apport au cerveau de cholestérol dont il a besoin. Comme nous l’avions montré dans le numéro de juin 2013 (Néosanté n°24), au cours de notre évolution (avec Homo Erectus), une modification au niveau de l’ « apolipoprotéine E », une des protéines constitutives des lipoprotéines (des complexes de protéines qui transportent les lipides dans l’organisme), nous a permis de mieux amener le cholestérol au niveau du cerveau. Ce dont nous avions besoin pour que notre cerveau se développe. Notre cerveau contient effectivement 25 % du cholestérol total de notre corps, alors qu’il ne représente que 2 % de notre masse totale ! Le cholestérol est requis pratiquement partout dans notre cerveau, comme antioxydant, comme composant des membranes ou dans le fonctionnement des synapses.
De plus en plus de preuves médicales montrent qu’une mauvaise métabolisation du cholestérol dans le cerveau joue un rôle important dans le développement de la maladie d’Alzheimer. De manière significative, le liquide cérébro-spinal des patients atteints d’Alzheimer montre un niveau bas de lipoprotéines, cholestérol, triglycérides et acides gras libres. Et il est tout à fait intéressant de remarquer que les personnes âgées ayant un taux de cholestérol « LDL » très bas ont 3,5 fois plus de risques de développer la maladie de Parkinson. Nous avions montré dans le numéro de juillet-août (Néosanté n°25) qu’il y avait en réalité du bon et du mauvais LDL, le mauvais ayant tendance à s’oxyder rapidement. Et tout comme nous avions montré que le mauvais LDL était causé par une alimentation trop riche en fructose, nous allons voir que les problèmes d’accès du cholestérol au cerveau sont également liés à une alimentation trop riche en sucre, en particulier en sucre rapide.
Une alimentation riche en sucres rapides raffinés et basse en graisse produit une augmentation rapide du glucose dans le sang. On connaît le principe maintenant : à force de connaître ces « pics » de sucre, suivis de « pics » d’insuline, le corps se met à résister à l’insuline. C’est le diabète de type 2.

Glycémie et glycation

Ce que l’on connaît peut-être moins bien, c’est la « glycation » ou réaction de Maillard. La glycation est une réaction en situation d’hyperglycémie, et constitue un marqueur du diabète. Le fructose, par exemple, que l’on trouve de plus en plus dans les produits alimentaires industriels, est estimé comme étant 10 fois plus responsable d’une réaction de glycation que le glucose. Le problème est que la glycation produits des éléments, appelés « produits terminaux de glycation » qui viennent perturber l’apport en cholestérol du cerveau. Les personnes atteintes d’Alzheimer ont d’ailleurs un taux élevé d’apolipoprotéines E « glycatées » dans leur liquide cérébro-spinal. Les apolipoprotéines E sont entre autres responsables du transport des lipides jusqu’à la membrane neuronale. Le lien entre l’hyperglycémie, le manque de cholestérol dans le cerveau et la maladie d’Alzheimer fait l’objet de nombreuses recherches. Les diabétiques de type-2 sont d’ailleurs deux à cinq fois plus susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer. Tout cela explique qu’une diète cétogène s’avère bénéfique pour des patients atteints d’Alzheimer. Dans ce type d’alimentation, jusqu’à 80 % des calories sont issues des graisses. Cela est dû au fait que l’apport en graisse au cerveau est accru, permettant une réparation des membranes endommagées. Les corps cétoniques produits peuvent servir de source d’énergie alternative au glucose. Une expérience sur les souris montre que la cétose amène une production accrue de GABA (acide γ-aminobutyrique), qui joue un rôle important dans la neurotransmission.

De bons acides gras

Alors, afin de s’assurer un niveau de bon cholestérol suffisant pour la santé de notre cerveau, il est important d’avoir un apport en graisses saturées, de bonne qualité. Et il semblerait que la graisse de coco soit le choix le plus judicieux. La graisse de coco a le taux le plus élevé de TCM (« triglycérides à chaîne moyenne »), des acides gras que nous pouvons particulièrement bien assimiler. En 2004, la revue Neurobiology of Aging publiait une étude qui montrait une amélioration chez des patients atteints d’Alzheimer à qui on avait donné des MCT issus d’huile de coco. Le cas le plus connu est celui du mari du Dr. Mary Newport, qui, après 5 jours de prise d’huile de coco, présentait déjà des progrès significatifs. En 5 mois, il était à nouveau capable de lire et ses tremblements avaient disparu. Selon Newport, un peu plus de deux cuillères à soupe d’huile de coco par jour (= 20 gr de TCM) est suffisant pour prévenir ou traiter des maladies dégénératives. Préférez une huile ou graisse de noix de coco pressée à froid.

Yves Patte

Source principale: European Journal of Internal Medicine , 2011, 22 (2).

IMG_8565Rognée---copie-2Sociologue de formation, Yves Patte enseigne en Belgique le travail social et l’éducation à la santé. Il est également coach sportif et nutritionnel. Le mode de vie paléo représente la rencontre entre ses différents centres d’intérêts : un mode de vie sain, la respect de la nature, l’activité physique et sportive, le développement individuel et social. Il publie régulièrement sur « http://www.yvespatte.com et http://www.sportiseverywhere.com »