portrait de Yves RasirDepuis le début de la crise sanitaire Covid-19,  on nous affirme que le personnel soignant , en première ligne dans la guerre au virus, est exposé à un risque de mort élevé et qu’il paie d’ailleurs un « lourd tribut » à la lutte contre le  fléau infectieux. Chaque soir à 20h, la population  est invitée à applaudir les blouses blanches pour les remercier de mettre  leur vie en danger afin de sauver les nôtres. En France, le gouvernement vient de décider d’accorder une prime à ces soldats héroïques dont les journaux et télés ne cessent de vanter le courage extraordinaire et l’esprit de sacrifice. Mais ce récit médiatique est-il conforme à la réalité ?  Les faits confirment-ils ce « story telling » ?  Les travailleurs de la santé sont-ils vraiment  les glorieux protagonistes  de la tragédie ?  Les pertes humaines dans leurs rangs sont-elles si dramatiques ? Avant d’apporter des éléments de réponse à ces questions, je vais d’abord  mettre les choses au point : oui, les blouses blanches méritent toute notre admiration, et spécialement les infirmier(e)s et aide-soignant(e)s ! Elles exercent un métier pénible et mal payé dont les conditions ne cessent de se dégrader et qui nuit considérablement  à leur propre santé. Deux chiffres pour illustrer cette évidence : l’espérance de vie d’une infirmière, c’est 78 ans, contre 85 ans en moyenne pour les femmes en France ; et quand elles partent à la retraite, 20  à 30 % d’entre elles le font en bénéficiant d’un taux d’invalidité. Ce sont en tout cas les chiffres avancés par l’OSAT, Observatoire de la Souffrance au Travail des professionnels infirmiers. 
 
 Il y a des métiers beaucoup plus risqués
 
Toutes sortes de facteurs peuvent expliquer cette mortalité prématurée et cette morbidité excessive. Mais il en est un que nous avons souvent mis en exergue dans la revue Néosanté : le travail de nuit. L’être humain est un mammifère diurne et ce n’est pas du tout naturel pour lui de rester éveillé jusqu’aux aurores. Parue en 2015 dans l’American Journal of Preventive Medicine, une étude épidémiologique menée auprès de 75 000 infirmières en a apporté la démonstration. Elle révèle que le fait de travailler au moins trois nuits par mois pendant plus de cinq ans augmente la mortalité toutes causes confondues de 11% ! Chez celles qui ont tenu ce rythme pendant 6 à 14 ans,  la mortalité liée à des maladies cardiovasculaires est augmentée de 19%, et de 23% pour celles qui « font des nuits » depuis plus de 15 ans.  Une corrélation a également été établie pour le cancer du poumon : au delà de 15 ans de travail nocturne, le risque de mourir précocement de ce type de pathologie cancéreuse est 25% plus élevé. Explication ?  Le manque de sommeil et la perturbation du rythme circadien influent négativement sur le système immunitaire et favorisent en conséquence le processus tumoral. C’est probablement parce qu’il a longtemps manqué de repos réparateur que le personnel hospitalier meurt souvent avant l’heure. Pour autant,  on ne peut pas dire que les carrières effectuées dans le secteur des soins soient particulièrement dangereuses durant leur accomplissement. Selon une étude scientifique publiée en 2005, le risque d’avoir un accident fatal ou de  développer une maladie mortelle professionnelle est en effet assez faible chez les travailleurs de la  santé : 8 décès par an et  par million chez les infirmières,  12 à 29 chez les médecins et 64 à 99 dans les services médicaux d’urgence. À titre de comparaison,  la profession de conducteur de camion  voit mourir annuellement 200 individus  par million de personnes employées, celle de militaire 361, celle d’ouvrier de la construction plus de 1 000, et celle de … pêcheur   près de  1200. Travailler dans les soins de santé n’est guère plus dangereux que de bosser comme ouvrier sidérurgiste. 
 
Infection ne signifie pas affection
 
Si je  vous expose ces chiffres, c’est surtout pour pointer celui qui nous intéresse plus particulièrement : le nombre de morts occasionnées par des infections contractées sur le lieu de travail. Dans le tableau 2 de l’étude, vous pouvez voir que les décès professionnels pour cause infectieuse concernent, aux USA,  9 à 29 personnes par million et par an.  Et vous pouvez vérifier  que ce bilan tient compte de maladies sérieuses telles que  la tuberculose, les hépatites B et C ou le sida. Vous me direz que le Covid-19 n’est pas encore dans la liste.  Certes, mais on peut examiner les données relatives à l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère)  survenue en 2003 et dont l’agent viral, beaucoup plus létal, est un cousin du coronavirus sévissant actuellement. Cette épidémie s’est cantonnée à l’Asie du Sud-Est (Chine, Hong-Kong, Singapour ..) mais a également –  et très bizarrement -flambé à Toronto, au Canada. Pour combien d’issues fatales parmi le personnel soignant ?  Avec une stupéfiante imprécision, l’étude mentionnée ci-dessus nous informe que « ce nombre n’est pas connu mais que des décès ont été rapportés ».  Dans une étude canadienne plus fouillée, on apprend que 8 des 32 infirmières en contact avec des patients de Toronto ont été contaminées mais qu’aucune d’entre elles n’a trépassé.  Toutes les dépistées symptomatiques ont eu de la fièvre, la plupart ont souffert de toux et de maux de tête et la moitié se sont senties essoufflées : point barre ! De la part d’un virus  réputé avoir tué 13% des patients de moins de 60 ans et 43% des plus de 60 ans,  n’est-ce pas une bien étrange clémence que celle accordée au personnel de soins ? Pour la médecine allopathique classique, c’est effectivement une énigme. Mais pour la médecine naturelle, il n’y a là aucun mystère : le microbe endogène ou embarqué ne fera preuve d’aucune agressivité sur un terrain qui n’en a pas besoin.  Bien sûr, on ne peut pas nier le phénomène de transmission.  D‘autres travaux ont par exemple montré que les travailleurs de santé en milieu hospitalier contractent facilement la rougeole ou la grippe lorsque des flambées épidémiques surviennent et que les malades affluent. Pour le SRAS, l’étude canadienne conclut que la contamination a été d’autant plus fréquente que le personnel soignant était peu protégé et qu’il effectuait des tâches exposant aux expectorations du patient, comme l’intubation ou le placement d’un masque à oxygène. Mais ça ne signifie nullement un impact en termes de mortalité. L’infection n’est pas synonyme d’affection et encore moins de menace vitale pour les blouses blanches s’activant au chevet des infectés.
 
C’est la panique qui fait mourir
 
Qu’en est-il pour la « pandémie » Covid-19 ?  Si l’on en croit les médias, elle frapperait durement les professionnels de santé  et décimerait leurs rangs. C’est ce qu’on avait dit aussi pour la Chine, mais on n’y  a finalement dénombré  que 6 victimes  alors que 41% des infections ont eu lieu en milieu hospitalier.  Le bilan officiel est sensiblement plus lourd en Iran, où  42 des 4 869 décédés étaient soignants. Et il est nettement plus dramatique en Italie, où le coronavirus aurait fait  127 victimes rien que chez les médecins.  En France ?  C’est la bouteille à l’encre. Pour son édition de vendredi dernier, le journal Le Monde  a cherché à savoir mais s’est entendu répondre par les autorités que ce volet des statistiques relevait du secret médical ! La même opacité règne en Belgique, où les comptables macabres ne communiquent jamais le nombre de soignants tombés au champ d’honneur. En interrogeant l’ordre des médecins et les syndicats du secteur, le quotidien français a cependant établi un décompte assez fiable:  pour 6 676 cas de Covid-19 signalés parmi les personnels hospitaliers,  une dizaine de décès auraient été enregistrés. On est donc très loin de l’hécatombe redoutée  et suggérée par l’État-major pilotant la guerre au virus dans l’hexagone. Chez les blouses blanches belges, je n’ai trouvé dans la presse que trois mentions de décès en lien supposé avec l’épidémie : celui d’une infirmière de 49 ans présentant « des problèmes de santé antérieurs », celui d’une aide-soignante de 56 ans travaillant dans un hospice  et celui d’une jeune infirmière de 30 ans apparemment en pleine santé avant de succomber à une détresse respiratoire. Tant en France qu’en Belgique, il apparaît donc que les ravages sur le front sont une fiction très éloignée de la situation réelle : tout porte à prédire que sur le monument aux morts, les noms des héros médicaux ne seront guère nombreux. Je ne serais même pas surpris que la mortalité en milieu médical soit inférieure à la normale pour une fin d’hiver et un début de printemps. En Italie et en Espagne aussi, il faudra voir si l’impitoyable ennemi viral aura fauché plus de vies que ne le font les habituelles pneumonies, bronchites chroniques et autres infections de la sphère pulmonaire, en pleine recrudescence ces dernières années. Et si c’est le cas,  il faudra se demander quels facteurs environnementaux nouveaux ont pu affoler les compteurs. Outre l’hypothèse vaccinale que j’ai émise le 25 mars, je voudrais insister sur une autre explication que  la médecine conventionnelle ignore superbement, à savoir les effets mortels de la frayeur de mourir. Dans son édition de mai, le mensuel Néosanté publiera un article où un naturopathe et  un médecin-anesthésiste italiens expliquent en détail comment une peur intense peut impacter d’abord les bronches, ensuite les poumons, et enfin les reins. Fondateur d’une « école du symptôme », le Dr Matteo Penzo est d’avis que cet engrenage psychobiologique pourrait à lui seul expliquer les décès faussement attribués au SRAS-Cov-2, banal agent nettoyeur des organismes stressés. À mille lieues de cette vision nouvelle, le monde médical actuel  vit au contraire dans l’angoisse permanente du microcosme microbien. Il suffisait d’une étincelle pour allumer la panique planétaire et déclencher cette pandémie de terreur aussi irrationnelle que pathogène….
 
Le vrai pouvoir des infirmières
 
Désolé si je brise ainsi la légende des soignants montant héroïquement en première ligne pour livrer bataille sous le feu du féroce virus : lorsque la  gigantesque mascarade aura pris fin  – ce qui ne tardera pas, vu la vitesse à laquelle le fléau reflue -, on s’apercevra que leur exceptionnelle bravoure n’était qu’une illusion de plus entretenue par le récit médico-politico-médiatique. Quoique : il n’est pas moins intrépide d’affronter une menace imaginaire si l’on est persuadé de sa réalité. De ce point de vue, les blouses blanches sont très authentiquement courageuses de mettre ainsi leur vie en jeu et il n’est point sot de participer aux applaudissements vespéraux. Ce qui est franchement stupide et carrément dégueulasse, c’est de les traiter en pestiférées et de les fuir alors qu’elles sont censées combattre pour nous. Je leur exprime à cet égard ma pleine empathie et mon entière compassion. En guise d’ultime compliment et de conclusion à cette infolettre, je vais maintenant vous faire part d’une étude étonnante que j’ai trouvée en me documentant :  réalisée à l’école d’infirmier(e)s  de la Columbia University, elle montre que la mortalité infectieuse en milieu hospitalier dépend étroitement des conditions de travail et des effectifs du personnel infirmier. Plus il manque de soignant(e)s  dispensant les soins non réservés aux médecins, plus les maladies imputées aux microbes conduisent des patients au cimetière.  Si l’on peut interpréter cette recherche de différentes manières,  j’y vois pour ma part  une lumineuse indication que les malades  se rétablissent d’autant mieux qu’ils sont entourés d’êtres humains attentionnés, en suffisance et bien considérés.  Le vrai pouvoir des infirmier(e)s ne se situe pas dans leurs tripes mais bien dans leurs généreuses qualités de cœur.