Ce que le psychologue Marc Fréchet a appelé « Projet/Sens » peut se traduire ainsi : « le projet est la conséquence du stress émotionnel vécu par, au moins, un des deux parents, face à une situation donnée, pendant une période particulière qui précède et suit la naissance d’un enfant ». Il s’agit donc d’un évènement précis qui survient à un moment précis de la vie des parents et qui se déroule dans une période périnatale relativement large. Le sens de ce projet sera exprimé matériellement par l’enfant, soit dès son départ dans la vie, soit à un âge significatif.

Exemple de projet/sens

Exemple : ce père est convaincu depuis l’enfance que, s’il n’avait pas été suspendu par le directeur de son académie pour absences répétées au solfège, il aurait pu jouer de la guitare. Ce ressenti, lié à un deuil non fait, est toujours présent quand son premier enfant vient au monde. On constate alors que sans qu’on l’y ait poussé, l’enfant, quand il en a l’âge « choisit » parmi les activités artistiques qui s’offrent à lui (en plus du sport et des études) de faire de la musique, puis, parmi tous les instruments, d’opter pour la guitare. Il poursuivra cette activité pendant dix ans et achèvera ce cursus avec un premier prix en ayant gagné deux concours. Puis il déposera sa guitare et n’en jouera plus qu’épisodiquement.
Voici donc le mécanisme de fonctionnement expliqué.
Nous allons maintenant observer s’il est applicable à certains « dysfonctionnements » de notre société, tels que le chômage.

Une société biologique ?

Chacun d’entre nous a été confronté à des réflexions telles que : « comment est-il possible que notre jeunesse se complaise dans le chômage ou bien l’envisage, sans autre ambition apparente, comme un objectif dès avant la fin des études ? De la même manière, d’autres tirent profit de la sécurité sociale et, même, en abusent parfois, sans le moindre scrupule ».
La critique, si elle est légitime de la part de ceux qui se plaignent de crouler sous les taxes et les contraintes, ne permet pas de faire avancer les choses mais intensifie plutôt le mécontentement et le clivage culturel et social.
Nos politiciens « travaillent » toujours à trouver des solutions matérielles, expéditives, insuffisamment mûries et aux conséquences souvent désastreuses. Apparemment, ils ne se demandent pas s’il existe une explication plus subtile, plus biologique aux évènements de notre vie. Plutôt que de chercher uniquement comment on sort d’une situation donnée, ne serait-il pas plus constructif de chercher pourquoi on vit cette situation, autrement qu’en y répondant par le sempiternel « c’est la crise »?
Notre société pourrait-elle se comporter comme un ensemble biologique et pas seulement sociétal ?

François et Perrine

François travaille depuis plusieurs années dans une grande usine de la région de Charleroi, il est marié avec Perrine, ils ont un enfant. Comme les revenus de François sont confortables, ils ont décidé que Perrine resterait au foyer pour y élever leurs enfants. En fait, elle est enceinte du second et ils ont acheté une maison, dans laquelle, ils engagent des travaux de rénovation. Le salaire de François est suffisant et vital à la fois, pour faire face aux charges financières ainsi créées.
Suite à une des nombreuses « crises » qui ont émaillé l’histoire industrielle de la région, l’usine ferme en 1974, sans autre forme de procès.
François, du jour au lendemain, ne peut plus faire face à ses obligations puisqu’il n’y a plus aucune rentrée salariale dans le foyer. Ils vont tout perdre et se retrouver dans la précarité. Heureusement, François bénéficie d’indemnités de chômage qui vont lui permettre de tenir le coup et de nouer les deux bouts vaille que vaille.
Mais autrefois, jusqu’à l’instauration de la Sécurité Sociale, (allocations de chômage, indemnités en cas de maladie ou d’accident), la seule solution de survie pour la grande majorité de la population était dans le travail. Pas de travail signifiait alors la faim, voire la mort, et pas seulement la précarité : pas de chauffage, pas d’électricité ou même pas assez d’argent pour acheter une bougie ou pour garder son logement. Que l’absence de travail soit due à la maladie, à l’accident, au fait qu’il n’y avait pas assez d’emplois ou à d’autres causes, il était inscrit dans notre « ordinateur cérébral inconscient » que la solution de survie passait par le travail. J’en veux pour preuve, les nombreux films traitant de la crise de 1929 aux USA, « Les raisins de la colère » étant un des plus célèbres. Ou, plus près de chez nous, l’extraordinaire et très émouvant « Daens », narrant la condition ouvrière du début du XXème siècle.

La sécu, solution de survie

Il y a des milliers d’années, le travail s’appelait la chasse. C’était elle qui assurait la survie de certaines peuplades, c’est encore le cas aujourd’hui dans plusieurs régions du globe. Or, après la deuxième guerre mondiale, dès l’instauration de la Sécurité Sociale, sous sa forme actuelle, c’est cette dernière qui devient, tout à fait naturellement, l’alternative de survie, c’est elle qui assure la survie si on se retrouve malade, accidenté ou sans travail.
Le projet qui était , avant les années quarante,« la survie est assurée par le travail », s’est progressivement transformé en «la survie est assurée par les indemnités en cas de chômage, en cas de maladie ou d’accident » et les générations suivantes appliquent la solution inconsciente de survie.
Pour revenir à notre exemple, François et Perrine sont en grand stress suite à la fermeture de l’usine et la perte d’emploi de François. Ils seront “sauvés” par l’allocation de chômage. Le bébé qui est en route, enregistre, à ce moment-là, que la solution de survie est le chômage, c’est-à-dire la prise en charge par la société civile, l’état, etc.
Ceci explique qu’une fois atteint l’âge de travailler, le réflexe “naturel” ,ou plutôt biologique, de l’enfant sera de s’orienter vers le chômage, (la prise en charge par la société civile, l’état etc.). C’est ce qui est inscrit dans ses cellules.

Il semble donc vital de prendre conscience du mécanisme indésirable qui s’est progressivement glissé dans le système, cela nous permettra peut être de sortir plus rapidement de ces dysfonctionnements qui pénalisent notre société aujourd’hui.

Roberto Fradera

[fradera]