La maladie a-t-elle un sens ?  à cette question ancienne, un certain nombre d’auteurs apportent aujourd’hui une réponse  résolument affirmative : oui, les maux dont souffrent les Hommes sont l’expression physique d’un mal-être intérieur, d’ ordre psychologique et/ou spirituel. Comme les  «  plaies d’Egypte  » bibliques, les grands fléaux contemporains seraient d’ailleurs le symbole de la détresse des âmes et des injures faites à l’esprit.  La santé de ses habitants serait à l’image d’un monde mal en point.  On peut être d’accord avec ça . Et on peut se réjouir que l’idolâtrie du hasard et de la fatalité en sorte amoindrie.  Mais de quel sens parle-t-on ? Dans cette conception psychosomatique, somme toute classique, on ne quitte pas l’idée que la maladie est une forme de rançon ou de punition.  Maligne ou divine, sa  seule rationalité serait de  sanctionner des fautes.

Toute autre est la notion de «  sens biologique  » mise en avant dans  la revue que vous tenez en mains. Pour en comprendre… le sens, il faut précisément s’arrêter à la première signification du mot : un sens, c’est  avant tout  une direction ! Laquelle ?  Celle de la flèche du temps depuis le Big Bang, autrement dit le sens de la vie. Car n’en déplaise aux philosophes qui se creusent les méninges depuis des millénaires,  on n’a  jamais trouvé mieux comme sens à la vie que la tendance de la vie à se perpétuer elle-même. Dès qu’il y a vie, il y a volonté intrinsèque de vivre ou de survivre. C’est comme ça depuis 4 milliards d ‘années et cette logique bio anime  les trois règnes du vivant (végétal,  animal et humain).  La maladie serait  donc partie prenante de ce mouvement vital ?  C’est ce que la plupart des médecines affirment depuis la nuit des temps, à l’exception de la  médecine moderne occidentale.  Celle-ci s’ingénie à combattre les maladies et leurs symptômes tandis que les médecines naturelles favorisent le combat de la vie en veillant  à ce que le terrain de lutte – l’être humain dans sa globalité –  soit propice à l’autoguérison. Différence abyssale !

à notre époque et dans l’hémisphère Nord,  la tradition hippocratique selon laquelle un problème de santé  exprime  la mobilisation réparatrice de l’énergie vitale est portée par les homéopathes et les naturopathes. Pour qualifier  autrement la maladie, le naturopathe André Passebecq avait d’ailleurs forgé le judicieux  néologisme de
« biogonie » (lutte pour la vie).  Mais à la fin du siècle dernier, deux hommes ont fait basculer l’intuition antique dans le champ de la science :  Henri Laborit et Ryke Geerd Hamer.  Neurobiologiste français décédé en  1995,  le premier a démontré chez l’animal que la maladie pouvait résulter d’un stress rendu pathogène  par l’impossibilité de fuir ou de lutter. Médecin allemand controversé, le second a découvert  en 1978 que l’être humain était logé à la même enseigne et  qu’un excès de stress ingérable psychiquement trouvait sa solution dans la somatisation. Chacun à leur manière,  Hamer et Laborit ont donc montré que la maladie avait un sens  biologique, celui d’offrir une chance de survie en l’absence d’issue dans la lutte ou la fuite. Révolutionnaire ? Pas qu’un peu : cette nouvelle conception implique  en effet que la maladie n’a pas seulement un sens, mais que ce sens est bon. Elle n’est pas une erreur ni une défaillance de la nature mais un effort de cette dernière  pour ramener à la santé. En première intention, nos maux sont là pour nous guérir et non pour nuire ou punir.

Le paradoxe  de «  ce nouveau paradigme médical  », c’est qu’il nous ramène aux premiers  âges de l’évolution, lorsque les programmes  de survie se sont encodés dans notre cerveau archaïque. Puisque nous partageons cette stratégie avec la plante et l’animal, il va  de soi qu’elle relève davantage de l’instinct que de l’intelligence.  Aujourd’hui, la rudesse de la vie moderne  a remplacé la peur du mammouth, mais  le mécanisme de « biologisation » du stress n’a pas changé : ce sont toujours les émotions  de base qui mènent le bal  et qui produisent les mêmes effets. C’est pourquoi  elle m’énerve un peu, l’antienne  selon laquelle le sens  de la maladie serait strictement individuel, caché dans les méandres des histoires  personnelles et accessible seulement par un long  travail d’introspection.  La vie est plus simple que ça et le décodage de sa manifestation appelée maladie est surtout une affaire de bon sens. Et comme des vécus semblables ressentis de la même façon se traduiront souvent par les mêmes maux, il est normal qu’une revue grand public en propose des lectures interprétatives. C’est bio et c’est logique.
Yves Rasir