Pas de « psycho » sans « bio »

C’est la chaîne américaine CNN qui rapporte cette triste histoire : lorsque la petite Bailey Sheehan, 7 ans, est arrivée dans un hôpital de l’Oregon partiellement paralysée, le médecin qui l’a examinée a décrété que ses symptômes étaient inventés et qu’ils visaient à attirer l’attention de ses parents parce qu’elle était jalouse de sa nouvelle petite sœur. Mais une IRM demandée par un autre médecin a montré que la fillette souffrait d’une myélite flasque aiguë, une maladie semblable à la polio qui sévit actuellement aux États-Unis. De ce côté-ci de l’Atlantique, en France, le CHU de Nancy vient de dévoiler les résultats de la première année d’activité de son centre spécialisé dans la prise en charge de la maladie de Lyme : le diagnostic de la borréliose n’a été confirmé que chez 15% des patients et dans 25% des cas, la piste infectieuse a été écartée sans autre proposition explicative, façon d’insinuer que les plaintes somatiques relevaient d’une problématique purement mentale. Ces deux informations médicales illustrent très bien le désarroi actuel de la médecine, écartelée entre le causalisme matérialiste et une tendance à « psychiatriser » ce qui lui échappe. Lorsqu’elle trouve un facteur objectif et mesurable (un microbe, un toxique, une molécule en excès ou en carence…), l’allopathie se débarrasse prestement du postulat psychique. Et quand elle ne trouve rien, elle conclut à des désordres mentaux, voire à des fabulations hypocondriaques. Les uns déclenchent la guerre antibiotique, les autres prescrivent des psychotropes à tour de bras. Ces deux dérives sont à renvoyer dos à dos car elles témoignent d’un même déni psychosomatique.

Vieille d’environ un siècle, la psychosomatique n’est pourtant pas l’apanage des psychologues et des psychanalystes : c’est une discipline de la médecine qui explore l’influence de l’esprit sur le corps. De fil en aiguille, cette branche médicale a même reconnu que diverses affections fonctionnelles ou organiques étaient principalement causées par le stress : l’asthme, l’hypertension, les troubles coronariens, l’ulcère gastroduodénal, les colopathies, le psoriasis et l’eczéma. Seulement voilà : cette liste famélique n’a pas évolué depuis des lustres et elle a même été amputée de l’ulcère gastrique depuis l’identification de la bactérie Helicobacter pylori, hâtivement clouée au pilori. Oubliées, les découvertes freudiennes et surtout celles de Georg Groddeck. Escamotés, les travaux pionniers d’Hans Selye et d’Henri Laborit. Et bien sûr ignorées, les fantastiques trouvailles du Dr Ryke Geerd Hamer. À l’université, les futurs médecins reçoivent à peine quelques heures de cours consacrées aux relations entre la psyché et le soma. Ils n’y connaissent plus rien et ils sont formatés pour devenir les mécaniciens d’un corps-machine isolé de l’esprit. Le stress ? Un simple facteur aggravant et un obstacle à la réussite des traitements. Son rôle causal est complètement passé à l’arrière-plan. Si bien qu’aujourd’hui, les vrais psychosomaticiens ne sont plus médecins ou sont condamnés à exercer en dehors de la médecine officielle, comme le Dr Alain Scohy, le Dr Jean-Claude Fajeau ou le Dr Julien Drouin. Leur marginalisation est d’autant plus regrettable que ces praticiens n’ont pas seulement perpétué la connaissance que la détresse psycho-émotionnelle pouvait se somatiser : ils envisagent qu’il en est ainsi pour la grande majorité des maladies et que celles-ci ont une finalité biologique, autrement dit, que le cerveau les active pour aider leurs porteurs à s’adapter et à survivre. Il n’y a pas de « psycho » qui tienne si on omet cette fonction « bio » de la pathogenèse. Il y a donc un gouffre entre la psychosomatique de papa et le nouveau paradigme hamérien.

Illustration avec cette étude dont je vous parle deux pages plus loin : des chercheurs suédois ont découvert que les infarctus du myocarde se produisaient très souvent la veille et le jour de Noël, avec un pic le soir du réveillon vers 22 heures. Le phénomène est tellement déroutant que les auteurs ont émis l’hypothèse que les crises cardiaques étaient favorisées par l’anxiété de se retrouver en famille et de se confronter à des contentieux excessivement stressants. La faiblesse de cette vision psychosomatique classique, c’est qu’elle nie totalement l’évidence inverse, à savoir que la fête de Noël est le plus souvent synonyme de retrouvailles heureuses, de réconciliations ou d’apaisement des tensions. Seule la nouvelle psychosomatique, consciente des origines conflictuelles des maladies et de leur sens biologique, permet de comprendre pourquoi les cœurs flanchent préférentiellement les 24 et 25 décembre : ils succombent au cap épileptoïde marquant le passage en guérison ! Certes, c’est déjà bien que les scientifiques scandinaves n’aient pas tout mis sur le dos des excès de table et de boisson. Mais avec leur explication farfelue, ils ne font qu’enfoncer une psychosomatique aveugle au fonctionnement du vivant. Si un « psycho-bio-somaticien » officiait dans la clinique américaine, il aurait perçu que la petite Bailey ne simulait pas sa paralysie, même si la naissance de la sœur cadette en était peut-être le choc déclenchant. Et si un autre expert en décodage bossait au CHU de Nancy, les faux malades de Lyme ne seraient pas non plus catalogués comme cas psychiatriques. L’esprit agit biologiquement sur le corps, est-ce que c’est clair ?

Yves RASIR