Cher David,

Je sais, c’est un peu bizarre d’écrire à un mort. Mais rien ne dit que les défunts ne peuvent plus lire ce qui s’écrit sur terre.  Dans ton livre d’adieu (*), tu t’imagines bien réincarné en  caresse du vent sur les joues de tes enfants. Moi, je t’imagine volontiers au paradis,  entre un vol en parapente et un repas riche en omégas-3, lisant les textes publiés à ton sujet après ton décès.  Comme tu trouvais dommage qu’un disparu ne puisse assister à la messe de ses funérailles et se régaler des éloges funèbres, je suppose que tu relèves ta boîte postale céleste. Et puisque tu m’avais très aimablement dédicacé tes ouvrages précédents en saluant ma « force de vie » et  mon « esprit pionnier  », j’ose espérer que ma missive ne va pas t’importuner.

Je t’écris d’abord pour te faire part de ma tristesse. En ce matin de juillet où la radio m’a appris ton grand saut, le temps était bien gris et mon cœur aussi. Nous avions sympathisé au moment de la sortie de « Guérir  le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse ».  Ton attachée de presse bruxelloise avait perçu nos atomes crochus  et m’avait réservé une longue plage d’interview. Tu te fichais bien que je représente un modeste journal alternatif et tu avais prolongé la discussion  sans regarder ta  montre. Rebelote après la publication d’ « Anticancer » ,  suite à la sortie en poche de « Guérir ». et à l’une ou l’autre occasion encore. Tu me disais aimer les « questions perspicaces »  qui animaient nos dîners en petit comité. Avec le recul, je me dis que j’aurais peut-être dû accepter ta proposition de « monter à Paris » et de bosser pour ton site internet. Tu n’avais pas peur des amitiés compromettantes et  mon radicalisme « bio » n’était pas un obstacle à tes yeux.  De mon côté, j’étais subjugué par ta capacité à concilier rigueur scientifique et ouverture d’esprit dans ton approche des médecines parallèles. Et j’admirais la sérénité avec laquelle tu affrontais l’hostilité de tes pairs. Je me souviens t’avoir demandé la première fois si tu étais préparé aux critiques et aux attaques que le succès prévisible de ton futur best-seller allait déclencher. Je n’ai pas relu ta réponse exacte, mais je garde en mémoire le sourire franc  et le regard rieur  que la perspective de ce combat avait allumés sur ton visage. Au-delà de l’oeuvre,  dont je suis fier d’avoir dit beaucoup de bien, je retiens surtout cette lumière intérieure qui éclairait l’auteur. Elle va beaucoup me manquer.

Mais je t’écris également pour te faire part de mon dépit.  Lors de notre dernière rencontre, on avait évoqué la psychosomatique du cancer et je t’avais entretenu de la médecine nouvelle du Dr Hamer, Tu m’avais écouté  avec intérêt et on s’était promis  d’en reparler bientôt. J’attendais le bon moment, à savoir le lancement de la revue Néosanté, où tu devais figurer parmi les premières personnalités interviewées. A cette occasion, j’avais imaginé te faire rencontrer des médecins  capables de lire ton scanner cérébral et de traquer l’origine émotionnelle de ton ancienne tumeur au cerveau. Malheureusement, le crabe m’a pris de vitesse et tu avais déjà rechuté quand  mon projet s’est concrétisé.  N’étant pas du cercle de tes intimes,  je n’ai  pas pu franchir le barrage filtrant tes courriels  et  mon invitation à explorer d’urgence cette voie thérapeutique est donc restée sans réponse. Toi dont les livres ont aidé tant de gens, j’aurais tant aimé pouvoir t’épauler !

Mais pourquoi y renoncer ?  Cette lettre est aussi motivée par le désir – un peu dingue, j’en conviens – de contribuer à ta guérison posthume. Après tout, rien ne dit non plus que les conflits non résolus de notre vivant  sont effacés après le trépas. C’est peut-être ça, le purgatoire.  Alors voilà : au mépris de toute prudence déontologique, et en enfreignant la règle essentielle qui consiste à ne pas « décoder » quelqu’un sans son consentement (surtout lorsque , comme c’est mon cas, on ne dispose pas des compétences requises ),   je me suis risqué à  un décodage sauvage de ta maladie(lire page 22).
Certes, il te sera un peu difficile d’y réagir. J’attendrai  patiemment mon heure  pour savoir si je me  suis planté ou si j’ai tapé  dans le mille.  En attendant,  peut-être cet article sera-t-il utile à d’autres, et sans doute en approuverais-tu  l’intention altruiste.  Tu verras aussi que , sûr que tu  me l’aurais accordé,  je me suis arrogé le droit de reproduire deux chapitres de ton bouquin (page 10 et suivantes). Ce sont les moins émouvants, mais à mon sens les plus précieux à partager.
(*) « On peut se dire au revoir deux fois », Editions Robert Laffont.                                        Bien à toi
Yves RASIR