Leçons d’une syndémie

Le mot « syndémie » a été inventé à la fin du siècle dernier. Il désigne, selon Wikipédia, « un entrelacement de maladies, de facteurs biologiques et environnementaux » qui agissent en synergie. Dans un éditorial du 26 septembre 2020, Ri- chard Horton, rédacteur en chef de la revue scientifique médicale The Lancet, invitait à ne plus considérer l’épidémie

de covid-19 comme une pandémie mais plutôt comme une syndémie, c’est-à-dire comme un fléau où le virus joue un rôle mineur tandis que les comorbidités sous-jacentes pèsent de tout leur poids sur la sévérité et l’évolution péjorative de l’in- fection. Il y a un an, j’écrivais que cette vision me semblait très pertinente et qu’au fond, la grippe covid était la grande révé- lation (apocalypse, au sens étymologique du terme) de la mauvaise santé des personnes infectées. La grippe ordinaire est aussi une syndémie – elle frappe plus durement les plus fragiles – mais la covidienne est plus manifestement syndémique dans la mesure où sa géométrie est extrêmement variable et où elle sélectionne ses victimes en fonction de leur âge et de leurs pathologies préalables. À cet égard, la présence d’un diabète, d’une obésité morbide et/ou d’une hypertension pro- noncée a clairement été identifiée comme l’« entrelacement de maladies » prédisposant à une forme grave de covid et à un risque accru d’en décéder.

Quinze mois et plusieurs variants plus tard, l’analyse de Richard Horton est-elle devenue bancale ? Le mutant delta, son suc- cesseur omicron et les suivants refont-ils de l’agent viral le facteur principal d’une maladie frappant tous azimuts ? Vu que les vagues successives ont éclaboussé une bonne partie de la population et que plein de gens en apparente bonne san- té ont développé des symptômes assez secouants, on pourrait facilement le penser. Mais il y a loin de l’apparence à la ré- alité et ce ne sont pas des raisons suffisantes pour adhérer au mythe de la contagion aléatoire. On mentionnera d’abord qu’aucun « facteur environnemental » n’a encore attiré l’attention des autorités alors que de sérieux soupçons peuvent pe- ser sur de nouvelles pollutions (oxyde de graphène, ondes 5G) et sur les vaccins à ARN, lesquels contiennent et propagent probablement eux-mêmes des nanoparticules toxiques et activables par radiations électromagnétiques. Il est évident que les pays les plus touchés sont les plus vaccinés et que la solution est devenue véritablement le problème. On soulignera ensuite que les comorbidités connues ne sont que quelques arbres cachant la forêt, et que cette forêt (voir notre Zoom en page 4) s’appelle l’hyperglycémie. Avec ou sans diabète, le taux de glucose sanguin est en effet le paramètre le plus corré- lé à la grippe covid et le plus prédictif de sa sévérité. Le virus couronné vient donc également dévoiler les ravages cachés d’une alimentation excessivement sucrée et glycémiante. Pas besoin d’être obèse ou diabétique pour pâtir des piètres ma- nières de se nourrir. On pourrait enfin se demander si l’épisode infectieux ne survient pas sur bien d’autres terrains mal en point. Dans mon entourage proche, je ne connais que deux personnes ayant développé un covid relativement rude, or ce sont deux femmes atteintes de maladies chroniques, l’iléite de Crohn pour l’une et la thyroïdite d’Hashimoto pour l’autre. Et je ne connais qu’un mort du covid, mais qui avait fait un AVC il y a quelques années. Je pose l’hypothèse que l’hypothé- tique coronavirus ne fasse jamais que visiter les organismes affaiblis par des morbidités de toutes sortes et dont la liste est sans doute beaucoup plus longue qu’on ne le dit. L’infection serait dès lors la « sanction » d’une toxémie à son acmé (lire ar- ticle page 22) ou la ponctuation d’un état de santé dégradé, ce dernier étant le vase qu’un conflit psycho-émotionnel par- ticulier (lire article page 20) viendrait faire déborder. Spéculation de ma part ? Je rappelle à qui veut l’entendre que l’Afrique noire est miraculeusement épargnée par la pseudo-pandémie et que celle-ci a une étrange prédilection pour les pays occi- dentaux : son caractère syndémique saute aux yeux par la seule contemplation de ce contraste géographique.

 

La notion de syndémie mérite d’autant plus d’être brandie qu’elle est un point de jonction avec la médecine naturelle et ses racines hippocratiques. Pour Hippocrate, le métier de thérapeute consistait prioritairement à ne pas nuire et se fier à la force guérisseuse de la nature. Le médecin grec disait aussi que l’aliment devait être considéré comme le premier des mé- dicaments. Mais au-delà de ses adages célèbres, la médecine hippocratique n’était pas seulement une façon d’envisager et de soigner la maladie : c’était aussi une pensée et une pratique holistiques de la santé, une philosophie englobant toutes les dimensions de la vie, une vision du cosmos et de la place de l’Homme dans l’univers, et même une conception innovante du bonheur ! Dans un livre lumineux dont j’ai la grande joie d’être le co-éditeur, la naturopathe et docteure ès lettres Anne Lagière rappelle à point nommé les racines antiques de la naturopathie et expose ses trésors de sagesse. Cet ouvrage me semble tomber à pic car chez beaucoup de médecins dits classiques, la « crise sanitaire » a réveillé le serment et la ligne de conduite hippocratiques. Grâce au covid et ses révélations, nombre de disciples d’Hippocrate se sont rappelé que l’art de guérir était surtout celui de soutenir la vitalité du patient et de favoriser son autoguérison. Puisse « Aux sources de la natu- ropathie » les encourager dans ce salutaire retour à leur vocation première.

Yves RASIR 

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