Un jeune homme de 19 ans est étudiant en deuxième année dans une université belge. Il vient consulter pour une toux persistante depuis plusieurs semaines, suite à une crise d’asthme. Il avait déjà décodé en grande partie son symptôme de l’asthme (déclenché à l’âge de 6 mois) lors de séances précédentes, et jusqu’à ce jour il n’avait plus connu de crise.
Le nouveau déclencheur qu’il rencontre ici, c’est de « devoir baptiser des bleus ». Pour rappel, dans les traditions estudiantines, les nouveaux qui veulent s’intégrer et être reconnus comme de « vrais » étudiants sont invités à se faire baptiser, et sont nommés les « bleus ». Ce jeune homme a suivi la tradition, et s’est fait baptiser en 1ère année, dans une « régionale » qui lui convenait, car recommandée par sa sœur aînée,qui avait elle-même été baptisée dans cette régionale et qui avait gagné le titre de « reine des bleuettes ». Nous trouvons déjà ici la thématique « être bleu », qui est également présente dans la période du projet-sens de sa sœur aînée, mais avec des expressions différentes.
En retraçant les derniers événements vécus par cet étudiant, la piste du « baptême des bleus » est la plus conflictuelle pour lui. En première année, cela ne lui a posé aucun souci de se faire baptiser, et il l’a vécu dans le plaisir et le respect. Par contre, cette année, il a envie de prendre le rôle de celui qui baptise, et il sent que c’est important dans sa vie, mais en même temps il se sent mal de le faire, sans savoir pourquoi.

Les sens de l’asthme

Les crises d’asthme de ce jeune homme sont en lien avec un conflit biologique important (stress ingérable consciemment) vécu par la mère de ce jeune homme en début de grossesse : le bébé de sa sœur, âgé de six mois, meurt après quelques heures de coma, suite à un arrêt respiratoire. Le diagnostic de « mort subite du nourrisson » est acté et enregistré dans le cerveau du fœtus en développement. Le jeune étudiant a déclenché sa première crise à l’âge de 6 mois, l’âge exact de la mort de son cousin, avec qui il partage également le même jour de naissance un an plus tard. Une des fonctions des crises d’asthme, c’est de faire plus de bruit en respirant, pour rassurer l’entourage et indiquer que tout va bien puisque je respire, et donc je vis. Dans un des séminaires qu’elle a animé avec Claude Sabbah, sur les maladies des enfants, Angela Hoffman, relate le cas d’un de ces patients qui souffre d’asthme, et qui est musicien et professeur de trompette dans une académie. Les joueurs de trompette sont également appelés des « souffleurs » (on retrouve ici la fonction respiratoire, le souffle de vie), et la trompette est un instrument qui porte le son très loin, sans avoir besoin d’amplificateur artificiel. Ce jeune étudiant est également trompettiste.
Ce premier décodage a permis au jeune homme de vivre plus sereinement, sans devoir penser à emporter son médicament d’urgence, sans devoir l’utiliser en cas de début de crise, en diminuant ses peurs de mourir lors des crises, en donnant du sens à ses symptômes. Ici, il a pu gérer la crise dès son début, avec le décodage principal (sa clé personnelle), sans devoir prendre son « puff » (anglicisme qui vient du verbe « souffler »).

La peur du bleu

Il reste cependant une toux quotidienne, et il sait que c’est en lien avec cette histoire qu’il exprime, et il a envie de comprendre le sens de ce nouveau déclencheur. Qui a été « bleu », dans cette histoire ? « Oui, c’est ça », dit-t-il.
Le bébé, son cousin, a été retrouvé « bleu » dans son berceau. Pour la mère de ce bébé, c’est ce signe physiologique qu’elle aperçoit en premier, et qui va faire basculer sa vie, car elle sait que si le bébé est « bleu » c’est qu’il est peut-être déjà mort asphyxié. De plus, cette situation de risque de mourir asphyxié a été également vécue par la mère du jeune homme quand elle était bébé, et qu’elle avait été retrouvée « bleue » dans son berceau, suite à une pneumonie.
Le conflit programmant présent dans le Projet/Sens était également présent dans le Projet/Sens de la mère du jeune étudiant, pour la thématique « être bleu = être (presque) mort ».

L’angoisse du baptême

Reste à comprendre le malaise de « devoir baptiser des bleus ». Le jeune homme demande à sa mère si le bébé de sa sœur, décédé quelques heures après la découverte dans le berceau, avait été baptisé. La mère, exprimant alors son émotion encore bien présente, lui explique que ce bébé n’était pas encore baptisé, mais que les parents avaient l’intention de le faire, en prenant leur temps, comme il l’avait fait pour leur premier enfant, qui avait été baptisée à l’âge de presque un an. Pendant les quelques heures précédant la mort du bébé, alors que ses chances de survie diminuaient de minute en minute, les parents avaient décidé, « la mort dans l’âme », de faire baptiser leur bébé, poussés par des croyances de leurs propres parents, ou grands-parents.
Sans porter de jugement sur la pertinence de ces croyances, qui essayent simplement de rassurer certains êtres humains sur ce qui se passe après la mort physique, ce qui importe ici, c’est la manière dont la mère du jeune homme a vécu ce conflit de valeurs, pendant la période du Projet/Sens. Pour ne pas contrarier sa sœur, effondrée par la mort de son bébé, la mère du jeune étudiant avait dû (devoir) participer au baptême (baptiser) de son neveu déjà mort (« bleu »), et cela sans l’avoir prévu (effet de se sentir « coincé »), car cette cérémonie s’était passée en même temps que les funérailles. Pour la mère du patient, cela n’avait aucun sens, mais elle n’avait pas osé le dire, par peur de blesser sa sœur et son beau-frère.
Lors ce deuil difficile, avec ce non-dit de ses parents, le bébé en gestation dans le ventre maternel avait bien tout enregistré pour apprendre à survivre. Son cerveau, complexe et performant, avait intégré toutes ces informations très importantes liées à la survie des humains. Les déclencheurs de sa vie, les événements et les personnes qu’il a rencontrés par la suite et qu’il rencontrera encore (les affinités biologiques et les atomes crochus inconscients) lui permettent de comprendre cette synthèse, cette intégrale que son cerveau a réalisée, pour sa survie. Grâce à ces prises de conscience, il peut passer de la survie à la vie, et gagner en sérénité.