À quoi nous sert le corps ?

 

Pour beaucoup de thérapeutes et également beaucoup de patients aujourd’hui, et grâce aux recherches de la médecine nouvelle, du décodage biologique et d’autres, il est clair que le symptôme possède un sens. Nous ne tombons pas malades par « usure » ou par « atteinte » et encore moins par « fatalité ». La lecture symbolique du corps, en particulier par une analyse fine des fonctions affectées nous permet bien souvent d’extrapoler le sens de ce qui est vécu par la personne, et la restitution de ce sens agit bien souvent comme un catalyseur puissant de guérison.

L’évidence pour beaucoup est qu’il existe un lien corps-esprit.

Ce qui motive mes recherches depuis longtemps est la compréhension de la nature de ce lien. Ma démarche n’est pas initialement thérapeutique : je suis depuis toujours à la recherche d’une compréhension de ce qu’est l’esprit, de ce qu’est la conscience, et de ses liens au corps, et j’ai été pour cela élève de l’École Normale Supérieure, spécialisé dans les sciences cognitives.

Je ne suis devenu thérapeute que plus tard, après avoir quitté la recherche et expérimenté diverses formes de spiritualité. Dans ce parcours, j’ai été fortement impressionné par les variations de mon état de conscience et de la qualité de mes pensées suivant mon placement corporel.

Il est devenu évident pour moi que le corps n’était pas qu’un « véhicule », fait pour s’user et mourir. Il est aussi devenu clair que les interactions corps-esprit ne se limitent pas à l’apparition de symptômes lorsque l’esprit souffre : dans mon vécu, puis dans ma pratique de thérapeute manuel, je me suis convaincu que le corps est une entité sensible, intelligente.

Lorsque nous expérimentons un « juste » placement corporel, notre conscience s’élargit, se calme, et notre perception du corps change considérablement : sa densité, sa vibration, ses limites prennent une coloration nouvelle. Dans beaucoup de traditions, le corps est un instrument d’évolution de notre esprit. Il est avant tout vibration, comme le confirme la mécanique quantique aujourd’hui.

Le corps est un vase champ d’information, disposant de mécanismes, effectuant des opérations qui dépassent de beaucoup la simple vision physiologique que nous avons de lui.

En réalité, n’est-ce pas lui qui pense ?

C’est la conclusion à laquelle j’en suis arrivé : nous pensons de tout notre corps. La réelle fonction du corps est une activité psychique, avec laquelle notre conscience (et non notre mental qui est une des fonctions du corps) interagit. De cette interaction doit naître une évolution, une augmentation de la clarté de l’esprit et un affinement réciproque des fonctions corporelles.

Le corps n’est donc pas fait pour être malade.

 

Qu’est-ce qu’un symptôme ?

 

Dans cette compréhension, le corps devient une chose réellement précieuse. Je me suis attelé à comprendre plus en profondeur la « dynamique psychique du corps » et ses altérations. J’ai eu pour motivation de faire évoluer ma pratique initiale d’ostéopathe énergétique pour répondre à des questions qui restaient sans réponses et trouver des solutions à des impasses thérapeutiques :

ñ comment passer de déséquilibres corporels au vécu de la personne par la palpation, sans forcément échanger verbalement avec le patient ?

ñ Comment trouver un sens à telle ou telle lésion dans le corps qui sorte des généralités ?

ñ Comment mettre en lien entre eux différents symptômes et d’autres déséquilibres non symptomatiques ?

ñ Un changement sur le plan psychique peut-il se produire sans échange verbal suite à un traitement manuel ? Si oui, pourquoi n’est-ce pas toujours le cas ?

ñ Pourquoi les symptômes reviennent-ils souvent suite à une phase où la personne semble « guérie » ?

Cette dernière question a faillit me faire arrêter ma pratique manuelle : j’ai eu des cas troublants où le patient, suite à une nette amélioration, revivait le même accident que celui qui l’avait amené à me consulter, dans des circonstances dépassant l’entendement, et rétablissant tous les symptômes d’origine. Pourtant, mon écoute corporelle avait été respectueuse, le sens du symptôme par rapport au vécu du patient avait été analysé et l’amélioration avait été rapide. C’est comme si une force intérieure exigeait que ce symptôme réapparaisse.

Pourquoi ce retour vers la maladie ? Cela semble de la pure folie.

Je n’avais pas, à cette époque compris la distinction entre cause et symptôme et ma pratique manuelle ne me le permettait pas.

Qu’est-ce qu’une cause ? Qu’est-ce qu’un symptôme ?

J’en suis arrivé à l’idée que le symptôme est un signal que nous lance l’intelligence corporelle pour nous montrer la limite d’un fonctionnement. Ce fonctionnement est un ensemble très organisé et dans sa nature, figé, de modes d’attitudes intérieures et de relations extérieures. C’est ce que l’on nomme une personnalité. Nous savons que nous avons plusieurs « subpersonnalités » qui sont des schémas d’organisation de notre activité globale qui se succèdent selon les situations. Il y a même des cas cliniques de dissociation extrême de ces subpersonnalités (double personnalités) où le malade voit sa physiologie totalement changée suivant la personnalité qui le domine.

L’idée maîtresse que j’introduis est que nos subpersonnalités sont des modes de fonctionnement du corps.

La mise en place de ces subpersonnalités a été bien étudiée par d’autres. Elles s’installent, en gros, comme des mécanismes de survie, dans des situations où l’être subit une pression de l’extérieur qu’il ne peut gérer et que l’environnement extérieur ne prend pas non plus en charge (par exemple les parents). Liés à la survie, elles relèvent donc de fonctionnements grossiers et ancrés dans le corps comme des automates, répétant toujours la même action face aux mêmes stimulus, et agissant dans l’ombre pour ne pas être remis en cause.

La subpersonnalité est donc une déviation de la fonction libre, vouée à l’évolution de l’être, du corps. C’est, selon la thérapie que j’ai créé, la cause sous-jacente au symptôme.

 

 

Comprendre et traiter la cause et les symptôme par le corps

 

Puisque le symptôme n’est pas la cause, mais une sorte d’alarme qui signale qu’un mode de fonctionnement ancré dans le corps arrive à sa limite et qu’il est temps de le libérer pour passer à un fonctionnement plus élevé, il serait inapproprié voire criminel de vouloir faire disparaître le symptôme. Le corps est un être assez complexe pour certainement avoir prévu que l’alarme cesse lorsque l’incendie est éteint !

Considérer que la cause, le fonctionnement psychique global, est en réalité un mode de fonctionnement altéré du corps, ouvre pour tout thérapeute manuel entraîné à l’écoute des rythmes vitaux subtils, des perspectives fantastiques !

Il faut d’abord savoir que les ressentis que nous avons lorsque nous touchons un corps sur ce mode « sensible » ne sont pas « objectifs » dans le sens habituel du terme : l’expérience montre que les informations données par le corps au thérapeute sont en fait des réponses à des questions posées implicitement ou explicitement par lui. Nous sommes dans une pratique totalement « quantique », dans laquelle il est fondamental que le thérapeute maîtrise les questions qu’il pose, et pour cela, qu’il sache dans quel paradigme il s’inscrit : dialoguer avec le corps signifie d’abord accepter le plus totalement possible sa nature informationnelle, et dans ce cadre, s’installer dans une attitude claire vis-à-vis des symptômes (est-ce l’ennemi à abattre ou l’allié qui pointe une évolution nécessaire?) et avoir une grille de lecture qui permette de remonter aux causes. Lorsque l’on dispose de cela, passer par le corps amène des informations auxquelles nous n’aurions pas eu accès par le seul dialogue : non seulement le corps parle, mais il montre, il chante, il partage : le dialogue sensible avec le corps est un véritable voyage, dans lequel nous passons d’univers en univers selon la profondeur à laquelle nous nous plaçons pour questionner : passer de l’écoute des symptômes à celle des personnalités ancrées et à celles des mécanismes fonctionnels et relationnels qui les soutiennent nous mène à entrer en intimité avec différentes couches de l’être.

Cette intimité dans le corps est une attention portée au niveau du subconscient de la personne.

Le corps aime cela : il semble même qu’il n’ait de rien besoin d’autre pour relâcher de lui-même ses cristallisations que d’une conscience attentive fermement installée au plus proche de lui, une conscience qui comprend, embrasse et donne de la place.

Écouter le subconscient via le corps apporte non seulement des informations (et des informations sur des modes qui ne se limitent pas au mental), mais nous place également à un niveau qui ouvre la voie de l’autoguérison.

En tant que thérapeutes, pour exercer cela, nous avons besoin de jalons, d’un cadre de compréhension qui nous aide non seulement à poser les bonnes questions, mais également à savoir les interpréter. C’est ce cadre que je me consacre à construire par l’étude du corps en tant que processus d’évolution, et par une compréhension fine de la mise en place des déviations de la fonction initiale du corps qui mène à la mise en place de personnalités et de symptômes.

Ces recherches trouvent aujourd’hui leur application principale dans la thérapie Atanakor, que j’exerce et enseigne. Cette approche fournit une symbolique corporelle d’un nouveau genre, à la fois fonctionnelle et transcendantale. Elle est basée sur l’application de lois universelles de processus au corps considéré comme part de nous-même dédiée à l’alchimisation de l’être dans son ensemble. Par le dialogue conscient avec le corps, elle permet une lecture d’une grande précision sur les déviations psychiques installées dans le subconscient. Cette mise en lumière entraîne une remise en mouvement des forces vitales dans une direction qui ne répond plus seulement à des nécessité de survie, mais également de croissance. Il ressort de cette « symbolique alchimique » que le corps est un réceptacle d’informations émanant de nos parts supra-conscientes, conscientes et subconscientes qui doivent collaborer pour produire notre évolution personnelle.

Cette notion de réceptacle évoque directement la fonction du fourneau des alchimistes, l’athanor. Par ailleurs, les déviations de la fonction naturelle du corps semblant résulter de choix effectués très jeunes par chacun de nous dans des conditions de vie « anormales » (des accords passés), j’ai choisi de nommer cette nouvelle approche « Atanakor », contraction de Corps, Athanor et Accord.

Au delà de l’approche manuelle que cette description du corps permet, de nombreuses autres applications sont en perspective comme : une pratique de mouvement régénérateur, une pratique non symptomatiques des plantes et d’autres médications naturelles….

 

Nicolas Bernard

ancien élève de l’ENS Ulm, passionné par la compréhension de la nature de l’esprit et de la conscience, Nicolas Bernard s’est rapidement éloigné de la recherche scientifique pure pour s’imprégner des sagesses orientales et amérindiennes, et s’est tourné vers le métier de thérapeute au sein duquel il concilie son constant besoin de chercheur et d’aide relationnelle aux autres.

www.atanakor.com