Comme tout autre organe, la peau est sensible à notre façon de manger. Cauchemar des ados occidentaux, l’acné est totalement absente parmi les peuplades de chasseurs-cueilleurs.
Premiers fautifs, les aliments hyperglycémiants perturbent la sécrétion de sébum.

Notre peau est l’un des plus gros organes de notre corps. Et comme tout autre organe, sa santé dépendra également de ce que nous mangeons. Les anthropologues pensent d’ailleurs qu’au cours de notre évolution, la peau a fonctionné comme une vitrine de notre état de santé. Une belle peau, lisse, étant synonyme de bonne santé. Le recours à des modèles dénudés dans les pubs, pour vendre des produits liés à la santé (aliments, crèmes, etc.) pourrait d’ailleurs s’expliquer par cette association – plus ou moins inconsciente – entre belle peau et bonne santé.
C’est aussi au cours de cette évolution, associant peau et santé, qu’on peut comprendre la perte progressive des poils, ceux-ci pouvant retenir les parasites (en particulier les ecto-parasites : puces, tiques, etc.), véhiculant des maladies. Ces parasites affectent les animaux par l’irritation qu’ils provoquent et les maladies qu’ils transmettent. Les primates passent d’ailleurs une part importante de leur temps à s’enlever les parasites l’un à l’autre. Moins de poils signifiait donc moins de risque de maladies dues à des parasites. La sélection naturelle s’est donc faite au profit de celles et ceux moins poilus.
Enfin, notre peau est toute entière liée à la bipédie. On sait qu’à la suite de changements climatiques, il y a 4 millions d’années, notre ancêtre quitte les forêts humides pour la savane, où se mettre debout est un avantage pour repérer l’eau, les proies et les prédateurs. C’est aussi un univers beaucoup plus chaud. Notre faible pilosité associée à nos glandes sudoripares est une méthode de régulation thermique très spécifique et très performante, même sous de fortes chaleurs et en pleine activité physique.

Le facteur alimentaire

Vestiges de cette pilosité : nos glandes sébacées, annexées aux poils, et produisant le sébum. Ces glandes ont persisté et sont toujours très actives, sous contrôle hormonal, bien que notre pilosité ait fortement diminué au cours de l’évolution. Elles pourraient jouer un triple rôle de perméabilité, pour le cheveu et pour la peau, ainsi que d’agent de surface (ou tensioactif) pour maintenir la sueur sur la peau. Mais le sébum est aussi lié à un des troubles de la peau les plus répandus dans les sociétés occidentales : l’acné. Près de 40% des hommes et 55% des femmes de plus de 25 ans sont un jour atteints d’acné faciale. Ces chiffres peuvent monter jusqu’à 80 à 95% chez les adolescents entre 16 et 18 ans !
Mais l’acné est totalement absente des sociétés ayant conservé un mode de vie de chasseur-cueilleur. C’est le cas des Inuits des régions arctiques, des Aché du Paraguay, et des habitants des îles Kitava. Dans les régions rurales du Brésil, seulement 2,7% des enfants ont de l’acné. Au Pérou, les populations indiennes sont beaucoup moins touchées par l’acné que les populations blanches. En Afrique du Sud, les adolescents Bantous sont près de 3 fois moins touchés que les adolescents blancs. Et l’acné n’est apparue chez les Zoulus que lorsque ceux-ci ont quitté leurs villages traditionnels pour les villes. Ce dernier exemple, comme beaucoup d’autres, écarte d’ailleurs toute explication purement génétique. Il importe donc de regarder du côté de notre mode de vie, et en particulier de notre alimentation.

Excès de kératine

Une des causes principales de l’acné est ce qu’on appelle l’« hyperkératinisation ». Il s’agit d’un désordre des cellules du follicule pileux : ces cellules devraient se détacher d’elles-mêmes et sortir du follicule (entre autres par croissance capillaire), mais dans ce cas, le processus est stoppé et ces cellules mortes ne quittent pas le follicule, à cause d’un excès de kératine (un élément de structure de la peau), bloquant la sortie : les cellules s’amassent, le sébum s’amasse également, et l’acné apparaît. Il en va de même pour les pellicules : ce sont des morceaux de kératine qui se sont décrochés du cuir chevelu.
Ce qui distingue fortement notre alimentation de celle de ces sociétés de chasseurs-cueilleurs, ou très peu industrialisées, est la quantité d’aliments à index glycémique élevé que nous mangeons. Et il a été prouvé qu’une telle alimentation, qualifiée d’ « hyperinsulinique » (parce que provoquant des pics d’insuline) va stimuler la synthèse d’hormones androgènes, provoquant une sécrétion anormale de sébum, et élever les niveaux d’hormones IGF-1 (semblables à l’insuline, d’où leur nom « Insuline-like Growth Factors »). Une élévation des IGF-1 peut provoquer une hyperkératinisation.
Enfin, il a été montré que la consommation de lait écrémé était associée à l’acné. En plus de provoquer une réponse insulinique, identique aux aliments à index glycémique élevé, le lait contient une forte concentration de « betacelluline », une protéine de la famille des facteurs de croissance, qui peut favoriser l’hyperkératinisation.

Bonnes graisses

Autre fait nutritif qui nous distingue des chasseurs-cueilleurs, préhistoriques ou actuels : leur alimentation est beaucoup plus riche en acides gras essentiels, comme les Omega-3. Ceux-ci permettent de conserver une peau souple et élastique. Leur alimentation est également plus riche en Proline et Glycine, des acides aminés dont la source se trouve dans les cartilages, les os, la peau, etc., des animaux qu’ils mangent. Plusieurs tribus se nourrissent de formes de bouillon contenant os, cartilages, etc. Proline et Glycine favorisent la production de collagène. Les Hadza broient les os de leurs proies et en extraient la moelle. Ils utilisent également leur graisse, directement pour s’hydrater la peau.
A ce niveau, l’huile de coco est certainement un des hydratants naturels les plus intéressants : ses acides gras sont des composants naturels de la peau humaine. Il permet de reconstituer le film hydrolipidique, cette protection naturelle de la peau et la protège des infections. Comme on le voit, notre peau est donc le témoin de notre évolution, et tout écart par rapport à l’alimentation que nous avons connue dans la majeure partie de cette évolution se marque directement sur celle-ci…

Yves Patte

Sociologue de formation, Yves Patte enseigne en Belgique le travail social et l’éducation à la santé. Il est également coach sportif et nutritionnel. Le mode de vie paléo représente la rencontre entre ses différents centres d’intérêts : un mode de vie sain, la respect de la nature, l’activité physique et sportive, le développement individuel et social. Il publie régulièrement sur « http://www.yvespatte.com et http://www.sportiseverywhere.com »