Quand le diagnostic s’avère sombre, il est encore temps de « réagir ». Dans son livre Les douze étapes de guérison, le psychologue Alain Moenaert propose ainsi des pistes concrètes, pour que chacun puisse devenir auteur de la transformation à même de conduire de la maladie à la santé. Fruit d’une étude de terrain s’étalant sur vingt ans et portant sur 210 patients ayant accompli des guérisons exceptionnelles, le processus décrit par Alain Moenaert est inspiré du cheminement intérieur que tous ces malades ont réalisé, parvenant à retourner la situation et à guérir. Un livre, une approche, qui offrent une alternative au « tout pharmacologique ».

Marseille, par une lumineuse journée d’automne. La « Bonne Mère » a beau veiller sur nous du haut de Notre-Dame-de-la-Garde, Alain Moenaert, qui vit dans le Var, arrive passablement contrarié par un incroyable enchaînement de mésaventures, survenu ces derniers jours (bagages perdus, vol rocambolesque de son bateau, et j’en passe…). « C’est trop beau pour être du hasard », dit-il avec ironie. Il observe cette entreprise de dépouillement méthodique avec « curiosité et intérêt », selon ses mots. C’est que l’homme traverse une période de changement radical, et ce qui lui arrive entre en résonance avec le « nettoyage » qu’il opère. « Je suis dans une essoreuse », partage-t-il, laconique.
Alain Moenaert, fondateur et codirigeant pendant vingt ans d’un des principaux Instituts de formation en PNL (Ressources), revient de loin, au sens propre et figuré. Présentement, il rentre tout juste du Brésil, encore décalé par le jet-lag et l’expérience vécue sur place. Lui, qui a détonné en son temps en présentant à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) un mémoire sur « Les états altérés de conscience », expérimentant pas mal de choses dans la foulée (transes chamaniques,
prises de psychotropes), a été à la rencontre du fameux guérisseur brésilien João. Rencontre « extra-ordinaire » qui a pointé chez Alain Moenaert encore certaines résistances, ou plus précisément une double contrainte inconfortable : « J’ai oscillé là-bas entre relâchement et blocages, d’où une certaine augmentation passagère des symptômes », confie-t-il, reconnaissant là des traces de schémas récurrents qui lui sont propres.
S’il est allé là-bas, dans ce lointain Brésil, c’est que l’homme élégant qui se tient devant moi, tout juste sexagénaire, revient de loin. Vraiment de loin. Par une curieuse ironie du sort, il venait à peine de terminer l’écriture de son livre Les douze étapes de guérison, quand il a fait un accident vasculaire cérébral. C’était il y a un peu plus d’un an. « Du jour au lendemain, je suis devenu aphasique, dyslexique, incontinent », témoigne-t-il. D’observateur (de cas de guérisons exceptionnelles), il est devenu acteur, entrant dans le vif du sujet de son livre. Expérimentant in concreto les différentes étapes qui jalonnent son propos. Alors que les pronostics des médecins étaient réservés, il lui a fallu trois mois pour sentir une amélioration, six mois pour avoir plus d’assurance, et un an pour être là où il en est maintenant. Vu de l’extérieur, à peine décèle-t-on quelques légers troubles dans l’élocution.
Au jour d’aujourd’hui, Alain Moenaert est encore en plein cœur de ce processus de redéfinition de soi, auquel invite, de manière claire et très concrète, son livre. Processus nécessaire pour transformer la maladie en opportunité. De quoi donner de la « chair » et du poids à notre entretien.

Tout votre livre démonte les présupposés cartésiens de séparation du corps et de l’esprit…

Cette séparation est une vue de l’esprit ! Ce livre se focalise sur les composantes psychologiques de la guérison (même s’il ne se substitue pas à un suivi médical, ni ne prétend que la guérison n’est « que » psychologique), telles que nous les avons identifiées chez les survivants exceptionnels que nous avons étudiés. En effet, si la communauté médicale semble admettre à présent l’influence négative de la psyché sur le corps, et son impact dans le déclenchement des pathologies, elle a plus de mal à accepter que la psyché puisse avoir un effet positif sur la guérison. Pourtant, il suffit de voir l’effet placebo. Ironiquement, c’est le médicament le plus étudié au monde, et dans bon nombre de pathologies, son efficacité se révèle égale ou supérieure à de nombreux traitements couramment utilisés.

Qu’est-ce que vient mettre en évidence cet effet placebo ?

Le pouvoir d’auto-guérison extraordinaire du corps, qui réagit à nos pensées, émotions, croyances et convictions. Ce phénomène est bien documenté. À titre d’exemple, lorsque le médecin et le patient croient de manière congruente en la pertinence et l’efficacité du traitement, même s’il s’agit d’un placebo, l’état du patient s’améliore dans 72 % des cas ; 60 % si le patient y croit et que le médecin doute ; 38 % si le patient doute et que le médecin y croit ; 17 % si les deux doutent. Si on regarde dans la littérature scientifique des quinze dernières années, on trouve plus de 1800 publications attestant de l’influence de nos pensées sur la matière. Force est de constater que la plupart de ces publications ne proviennent pas de revues médicales, mais d’autres publications scientifiques.

Quels types d’influences peuvent avoir nos pensées ?

Les études ont pointé trois grandes catégories d’influences. En premier lieu, il y a les influences micro-locales : il s’agit de l’influence locale de mes pensées, de mes états émotionnels, de mes croyances sur mon corps et mon état de santé, ou sur le déclenchement d’une maladie. Il y a ensuite les influences locales : soit les pensées, les croyances et les émotions de mon entourage direct, de mon médecin et de l’équipe soignante, voire de ma culture. Tout cela peut avoir un impact parfois non négligeable sur ma guérison. Enfin, plus étonnant, il y a les influences non locales qui recouvrent les pensées et émotions de personnes sans contact direct, parfois à de grandes distances, et qui semblent avoir également un impact démontré. Ainsi, le fait que des cultures de cellules cancéreuses réagissent positivement à de l’amour envoyé à distance nous indique qu’il serait pertinent de revoir notre modèle épistémologique qui ne comprend que l’impact de substances matérielles directes. Le travail psychosomatique ou psycho-immunitaire, qui est au cœur de cet ouvrage, s’inscrit dans ce nouveau cadre épistémologique élargi qui rejoint nombre de pratiques traditionnelles millénaires. Dans Les douze étapes de guérison, je me focalise sur la partie psychologique du travail, ma contribution particulière. Mais face à un défi comme une maladie potentiellement mortelle, il est bon d’utiliser tout ce qui peut nous aider : pharmacopée, nutrition, soin énergétique, relaxation, visualisation, etc.

Parmi les douze étapes que vous pointez dans le processus de guérison, il est question de « recadrer la catastrophe en chance de ma vie » ; avez-vous réussi ce pari face à votre AVC ?

La chance dans mon malheur, c’est que je venais d’écrire ce livre, où je pointais l’art de trouver les ressources à l’intérieur de soi. Est-ce que mon AVC a été un cadeau ? (Silence) En tout cas, il m’a forcé à voir les choses que je ne voulais pas voir. J’étais en train de mener une vie de fou, pris dans un scénario transgénérationnel où j’étais en quelque sorte « le réparateur » de la lignée, poussé sans cesse à me dépasser et à donner sans compter (d’où ma vocation de thérapeute, d’enseignant). Si, dans ce que j’avais vécu et traversé auparavant, j’avais mis à profit quelques bribes des 12 étapes présentées dans le livre (voir encadré, ndlr), la nature même de cet incident m’a obligé à redéfinir intégralement mes priorités. Le changement est plus vaste que je ne l’avais imaginé… La question décapante qui s’est (im)posée dans cette « nouvelle vie », c’était : « Qu’est-ce que tu as envie de faire ? »

Vous êtes donc en plein dans cette refonte de soi, évoquée dans le livre et qu’appelle de tous ses vœux la maladie, a fortiori quand on frôle la mort…

Oui. Et en l’occurrence, je me suis rendu compte que la matérialité me pesait. J’envisage le scénario de tout vendre et de repartir léger, avec juste quelques valises, vers d’autres cieux (il évoque l’hémisphère sud, ndlr). Un dépouillement qui va à l’encontre de mon éducation bourgeoise. Me voilà donc confronté à mes peurs, à mes croyances familiales du passé… Du coup, je refais un bout de thérapie pour traverser cette crise existentielle. Donner un sens à son histoire aide à récupérer.

Quelle a été la clé de votre rebond ; celle qui vous a permis de refuser le pronostic (2e étape vers la guérison pointée dans votre livre) ?

Me fixer un objectif…puis oublier l’objectif ! Il s’agit, dans un premier temps, d’accepter le diagnostic (la réalité des faits) : oui, c’est grave, mais personne ne peut dire à ma place quel sera mon avenir. Si j’avais accepté le pronostic médical, me fixer un objectif était juste désespérant ! L’enjeu est de parvenir à réaliser cette étrange alchimie entre arriver à « se pousser » et lâcher prise. Le jour où j’ai lâché, j’ai été stupéfié de voir à quelle vitesse les choses ont progressé. Contre toute attente, un peu plus d’un an après l’AVC, j’ai bien récupéré, comme vous le voyez. Mais, en écho à ce que met en avant le livre, je ne peux pas faire l’impasse sur le travail intérieur qui s’est mis en branle. Sous-entendu : si je refais ce que j’ai fait jusque là, je fonce droit dans le mur. Personnellement, je pourrais par exemple reprendre bille en tête l’animation de séminaires, mais je me suis rendu compte que ce n’était plus juste pour moi, que cela ne me passionnait plus… Je suis en train de clôturer une partie de ma vie.

Dans le livre, entre autres exercices pratiques, vous suggérez de reconstruire la ligne du temps futur pour dépasser le choc du diagnostic…

C’est un point important. Janet Konefal de l’école de médecine de l’Université de Miami a fait une constatation récurrente : la plupart des personnes confrontées à un diagnostic de maladie potentiellement mortelle perdent toute perception de leur futur, comme si elles cessaient d’exister, ou alors c’est un futur dont elles ne font plus partie. Elle a donc mis au point un processus tout simple – reconstruire la ligne du temps futur – mais qui a un impact important sur le système immunitaire. Il fait en effet remonter de manière significative le taux de lymphocytes T4 (en lien avec l’immunité) qui avait brutalement chuté à l’annonce du diagnostic.

Comment fait-on concrètement pour créer cette ouverture sur le futur ?

Pour vous expliquer schématiquement, on demande à la personne ayant « perdu » son futur, de construire une « ligne de temps », c’est-à-dire une ligne imaginaire qu’on dépose sur le sol et qui représente le passé, le présent et le futur. Puis, physiquement en parcourant cette ligne, on demande à la personne de se voir accomplir un geste quotidien, comme par exemple se brosser les dents. On demande à la personne de se visualiser en train de se brosser les dents dans un mois, dans un an, dans dix ans, dans vingt ans, etc., jusqu’à 95 ans en insistant sur les petits détails qui manifestent l’avancée en âge, tels que les rides, les cheveux gris (etc.), tout en avançant physiquement sur la ligne du temps dans le futur. La visualisation possède un incroyable pouvoir ! La personne malade qui se sentait figée, « coupée », abandonnée, peut alors aller de l’avant et rentrer dans le mouvement propre à la vie. Le simple fait de reconstruire cette ligne de temps a un impact positif sur le système immunitaire !

Sans généraliser, à la lumière de votre étude, il y a-t-il des personnes qui sont davantage prédisposées à la guérison ?

Oui, les « rebelles ». Plus précisément, les personnes qui ont un solide cadre de référence interne et qui correspondent assez peu à l’archétype du « patient ». Ils ne se laissent pas facilement impressionner. Certes, ils consultent un médecin et prennent en compte son avis, mais au final c’est eux qui décident de leur vie et la prennent en main. Il y a une notion de responsabilisation ; ils ne sont pas passifs face au diagnostic, ils mettront en route diverses ressources, intérieures et extérieures (pharmacologiques, mais aussi psychologiques, nutritionnelles, énergétiques, etc.), pour s’acheminer vers la guérison. Ils n’attendent pas forcément de leur médecin qu’il trouve « la » solution. Attention, entendons-nous bien, je ne crache absolument pas sur la médecine, indispensable en tant que système de soin. Ce que je remets en cause, c’est la manière dont elle se dévoie actuellement. On le voit, la santé est instrumentalisée et la médecine est devenue davantage un commerce, qu’une approche cherchant à prendre soin de l’individu.

À ce propos, vous pointez une médecine qui vise avant tout à endormir les symptômes, nous « endormant » aussi dans la foulée…

On parle de « l’effet nocebo », dont on sait qu’il est délétère, mais c’est encore plus insidieux que ça. Le vrai nocebo, c’est la croyance de plus en plus largement diffusée qu’à chaque symptôme correspond une molécule. Beaucoup de ces produits camouflent quelque chose d’essentiel, des messages du corps. Nous vivons des vies de plus en plus malsaines (au niveau nutritionnel, rythmes de vie, pollution environnementale, etc.), et notre corps proteste. En endormant les symptômes, on endort aussi la personne, qui en vient à s’éloigner de plus en plus de la définition même de la « bonne santé ». Cette vision correspond bien à l’idéal de notre société contemporaine : « Dormez tranquilles, du moment que vous consommez ». C’est un cercle vicieux : plus les gens vont mal, plus ils sont manipulables. Or, dans le chemin vers la guérison, il est essentiel de s’attaquer également aux problèmes de fond qui ont abouti au déclenchement de la maladie.

Parmi les douze étapes décrites dans le livre, il est question de nettoyer le passé ; mais se pencher sur son passé ne peut-il pas être contre-productif et contribuer, en remuant ce qu’il y a de lourd, à enkyster les traumas ?

Cela peut arriver, mais tout dépend de la façon dont on revisite le passé. Si c’est pour le remanier et en faire sortir quelque chose, c’est assez passionnant. Mais si c’est pour le remuer et le ressasser durant dix ans, sans que rien ne bouge, cela peut en effet être assez toxique. Mon conseil est de ne revisiter le passé que s’il vous bloque dans le présent. Il y a des passés qui ne nous embêtent pas. Certaines maladies sont plutôt dues à des causes du présent : si vous mangez tous les jours chez Mc’Donalds et que vous tombez malade, il ne faut pas chercher bien loin ! Je grossis le trait, mais j’en profite pour souligner qu’il y a un vrai problème de dégradation de l’alimentation, avec la généralisation des aliments industriels.

Vous insistez sur le sens, le message que peut comporter la maladie ; mais comment savoir si on ne se trompe pas de sens dans le décryptage ?

Si l’on en fait une fausse lecture ou un décryptage de décryptage de complaisance, ça ne tiendra pas la route. Je crois que le préalable le plus important est d’arriver à se calmer. Quand on apprend qu’on est atteint d’une maladie potentiellement mortelle, on est dans un état de panique, qui ne fait que noircir le tableau. Cela demande un temps pour arriver à s’apaiser, à « redescendre dans les tours » et à rétablir tout doucement un contact avec le corps. Pour ce faire, on peut marcher dans la nature, méditer, etc. On arrive ainsi à un état de calme intérieur qui nous permet d’entendre autre chose : une intuition, un élan, un message intérieur… Plus on développe l’attention à cette forme d’intuition, plus elle se manifeste. Le danger avec un décryptage type Décodage Biologique serait d’augmenter la dissociation : de « plaquer » sur la personne malade un sens qui viendrait de l’extérieur et qui ne serait pas habité. Si la personne sent intimement que ça fait « sens » pour elle, très bien. Mais si c’est un cadre de référence externe de plus, ça ne marchera pas.

Auriez-vous écrit le même livre, maintenant que vous êtes passé par la « brûlure » de l’épreuve de l’AVC ?

Non. Il n’y a rien dedans que je renierais, mais à la lumière de ma propre expérience de la maladie, je développerais davantage la partie transformation personnelle. Le processus de la maladie, de la guérison, c’est un « chemin d’âme »… Autrement dit, une maladie est un recommandé de mon âme qui me dit que je fais fausse route. Il y a une dimension symbolique, spirituelle, à la maladie qui vient nous dire que nous sommes sans doute passés à côté de l’essentiel. Par crainte des critiques extérieures, je n’aurais pas osé, à l’époque de l’écriture de ce livre, le formuler aussi explicitement. Maintenant, je m’en fous, je n’ai plus rien à prouver. Je ne cherche pas ou plus à convaincre.

En définitive, quel est l’objectif de ce livre ?

Sa seule prétention est de montrer aux malades le trajet de vie et les ressources activées par des personnes qui ont fait le même chemin. Ils peuvent alors commencer à construire la croyance que « c’est possible », car en recevant un pronostic sombre, la plupart ne se mobilisent pas, parce qu’ils ne savent pas que c’est possible. Après, chacun est libre de ses choix. L’écueil serait que ce livre devienne un autre cadre de référence extérieur, alors que ce n’est qu’une invitation à revenir progressivement vers soi. La maladie m’a enseigné la liberté de faire et d’être ! En fait, je suis devenu d’un égoïsme assez joyeux (Rire). Ce que je veux dire par-là, c’est que la clé de la guérison est de retourner à sa base, de s’écouter et de revenir à une cohérence intérieure*. « Aide-toi, le Ciel t’aidera »… Après ce retour sur soi, on peut se ré-ouvrir au monde.

(*) Rappelons que dans le cas de tumeurs cancéreuses, maladie de la fragmentation, certaines cellules ne répondent plus à l’ensemble du système et font « bande à part » ; elles n’ont plus conscience de faire partie d’un ensemble. De l’importance de revenir à une cohérence de soi.

À lire : Les douze étapes de guérison, Modélisation de guérisons exceptionnelles, Alain Moenaert (Le Souffle d’Or, 2012).
Pour aller plus loin : www.alainmoenaert.eu

Propos recueillis par Carine Anselme

Les douze étapes
de guérison

1. Accepter le diagnostic.
2. Refuser le pronostic.
3. Recadrer la catastrophe en chance de ma vie.
4. Devenir la personne le plus importante
de mon univers.
5. Prendre la responsabilité de la création
du problème.
6. Construire la détermination.
7. Découvrir le message – fonction du symptôme.
8. Nettoyer le passé des traumas
et croyances limitantes.
9. Développer un présent continuellement
satisfaisant.
10. Construire un futur sans tensions.
11. Se sentir relié, développer une pratique spirituelle.
12. Vivre sa vie.