Marcelle, mais peut-être devrais-je dire Marcel, est très grande, bien charpentée, cheveux courts, d’allure très masculine. Elle a la cinquantaine. Elle est atteinte de “vertiges de Ménière”. Elle souffre donc de vertiges, mais aussi de maux de tête, d’acouphènes, de nausées et de vomissements. Marcelle travaillait dans un grand hôpital, elle était infirmière-chef du service. Selon ses dires , ” Elle dirigeait tout “, elle était “la vitrine du service”, pourtant , elle était sous-payée. Chaque année, elle demandait une augmentation, mais rien n’y faisait. « Le directeur disait :”demandez-au comptable s’il y a des budgets”, le comptable disait :”cela dépend du service administratif” . Au service administratif, on lui faisait remplir des formulaires et on lui disait : “On vous appellera, on vous téléphonera pour vous prévenir de l’augmentation ” . Or, l’un des conflits du vertige de Ménière est: «Je n’en crois pas mes oreilles» . Et effectivement, Marcelle n’en croyait pas ses oreilles, on se moquait d’elle ouvertement. «C’était chaque fois la même chose, à la fin, j’étais fatiguée de demander et je laissais tomber. Je rêvais du jour où je donnerais ma démission, toutes ces histoires m’ont mise dans un stress incroyable, alors j’ai cherché une solution pour les quitter !” Et Marcelle a fini par trouver sa solution : elle se nomme “Vertiges de Ménière”. Car la maladie est la «solution parfaite du cerveau». Marcelle est en arrêt de travail depuis quatre ans. En effet, comme elle le dit elle-même, elle attendait vainement “la bonne nouvelle” au téléphone, mais elle ne venait jamais. Or, le deuxième conflit des vertiges de Ménière (acouphènes) est :” le silence est insupportable” ! Elle dit : “je n’en pouvais plus, je ne veux plus qu’on me parle de personne, je ne veux plus rien entendre “. A présent, grâce aux acouphènes, elle n’entend plus rien! Marcelle dit encore : « Tout a commencé par des maux de tête, ma tête avait du mal à se lever . Toutes mes contrariétés, j’ai tout refoulé dans ma tête, mais aujourd’hui que je ne travaille plus à l’hôpital, je peux enfin sortir la tête tranquille » ! En fait, il semble que Marcelle, qui est très compétente et très intelligente, soit vraiment “une tête“. D’ailleurs, elle était “à la tête du service” ! Rien d’étonnant donc que son symptôme soit “dans la tête” !Aujourd’hui Marcelle est assez inquiète. Que va-t-il se passer pour moi ? demande-telle . Or , c’est le troisième des conflits du vertige de Ménière : «L’avenir est incertain, angoissant»…

Irène landau (Israël)