Très récemment, un proche – non professionnel de santé – m’a interrogé sur la proposition (extrêmement pressante, apparemment) de vaccination contre la coqueluche qui était faite à son épouse, actuellement enceinte. Dans les conditions de disponibilité qui étaient les miennes à ce moment, j’ai répondu de façon succincte. Mais eu égard au reproche qui m’est parfois fait d’écrire de façon trop longue, trop technique et trop approfondie, j’en suis venu à me dire que dans sa simplicité assumée, le type de réponse qui va suivre peut intéresser ceux qui sont ainsi harcelés dans leur vie par une offre inépuisable de médicalisation. Par rapport à ma réponse initiale, j’ai essentiellement intégré quelques notes et références.

Tu sais, j’ai passé des milliers d’heures à travailler sur certain vaccin [1], sans être encore parvenu à convaincre la communauté scientifique de ses risques – même si j’ai la démonstration quasi quotidienne que ma compétence sur le sujet dépasse, et très largement, celle de mes contradicteurs [2]… Sur la base de ce précédent toujours actuel, il ne me semble pas raisonnable de réfuter point par point les propositions de vaccinations qui vous seront faites (par des gens dont, le plus souvent, le niveau d’information ne dépasse pas Le Quotidien du Médecin ou l’équivalent) dans les mois/années à venir.
Je crois donc qu’il vaut mieux s’en tenir à des arguments de bon sens.
Toute maladie – à commencer par la simple « angine » [3] – peut déboucher sur des complications sévères, voire mortelles : c’est le Bon Dieu qui a voulu ça (ou qui ne l’a pas empêché)… Sur la base de ce constat, le premier problème est celui des fréquences, et il se double de deux questions parallèles : i) la fréquence des complications du traitement (préventif ou curatif) ; ii) l’efficacité dudit traitement.
J’ai regardé les chiffres : aux USA l’an dernier, il y a eu 20 morts de la coqueluche pour un population environ 5 fois supérieure à celle de la France (en France, on en est à 3-4 décès par an). Tu noteras que ces chiffres bruts ne disent rien sur les facteurs de risque des victimes en question (malformation cardiaque, maladie respiratoire…) [4].
À supposer qu’ils soient soumis à une surveillance bien menée (ce qui n’est pas le cas chez le fabricant du vaccin dont tu me parles, dont je te rappelle que via des fusions-acquisitions, c’est de chez lui que j’ai été viré dans les années 1980 – précisément pour question de pharmacovigilance où la suite a montré que ce n’était pas moi qui étais dans l’erreur [5]), je ne connais pas d’essai clinique qui puisse détecter avec une raisonnable régularité les complications survenant à une fréquence disons de 1% (et encore, à condition de ne point aller regarder l’envers du décor…). Si tu vaccines (et à plusieurs reprises, compte tenu des rappels) tous les enfants nés dans l’année (environ 800 000 dans notre pays), ça laisse donc un nuage d’incertitude qui concerne environ 8 000 enfants par an [6] : tout ça dans le noble objectif d’épargner, au maximum [7] et chaque année, entre 2,3 et 4,4 décès…
De plus, je ne te parle pas des complications à plus ou moins long terme. C’est le grand point faible des essais cliniques quand ils sont bien menés, a fortiori de ceux qui sont conduits dans le cadre d’un développement vaccinal.
Quant à l’efficacité, si tu te balades un peu sur le Net, tu te rendras compte que chaque « outbreak » (vague) de la maladie concerne en majorité des enfants vaccinés : bien entendu, on peut toujours ergoter pour dire qu’ils ont été mal vaccinés, mais c’est un argument minable [8]. En fait et de mon temps, le vaccin contre la coqueluche était considéré comme l’un des plus risqués (notamment sur le système nerveux) [9] : depuis, on a développé de nouvelles formes censément mieux tolérées, mais manifestement moins efficaces [10].
Cette arithmétique simple s’aggrave en l’espèce de ce que, comme tu l’as très bien noté, ce vaccin n’a pas été étudié chez les femmes enceintes (on ne fait généralement pas d’essais cliniques dans cette sous-population) : on est donc dans la boule de cristal bien davantage que dans l’évaluation scientifique.
Enfin et à titre subsidiaire, je te porte à ta connaissance la consigne de bon sens qu’on nous donnait autrefois : dans la mesure où la coqueluche n’est potentiellement mortelle que chez le tout petit nourrisson (on dit maintenant : avant 3 mois) et que la contamination est interhumaine, la moindre des disciplines c’est de ne pas aller voir les enfants de copains/copines – a fortiori de ne pas emmener ses propres enfants – dès qu’il y a la moindre suspicion d’infection respiratoire (je te rappelle que dans beaucoup de maternités, les visites des enfants – fussent-ils de la fratrie – sont en principe interdites).
J’espère que ce raisonnement simple te convient et je reste, de toute façon, à votre disposition si je peux vous éclairer.

Dr Marc Girard

Mathématicien de formation, le Dr Marc Girard est devenu médecin tout en menant des recherches sur la modélisation mathématique en biologie. Après un bref passage comme salarié d’une grande firme pharmaceutique, il a développé, en France, la première activité libérale de conseil en pharmacovigilance et en pharmaco-épidémiologie, tout en pratiquant comme psychothérapeute d’inspiration freudienne. A côté de ses travaux consacrés à la médecine et au médicament, il a publié les livres « Alertes grippales » , « Médicaments dangereux : à qui la faute ? » (Editions Dangles) et « La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne » (autoédition) www.rolandsimion.org

[1] Celui contre l’hépatite B.
[2] L’auteur de ce post lamentable (tant d’un point de vue scientifique que juridique) est « un contradicteur » dans la mesure où il s’autorise, manifestement sans bien connaître le problème dont il prend l’initiative de causer (alors que personne ne lui demandait rien), à critiquer une décision de justice fondée sur l’une de mes expertises.
[3] Pour autant qu’il ne s’agisse pas d’une banale rhinopharyngite diagnostiquée à tort comme « angine » par des pédiatres qui, au cours de leurs études, n’ont jamais eu l’idée de mettre les pieds dans un Service d’ORL, c’est-à-dire dans LE lieu où l’on apprend à gérer environ 90% de la pathologie pédiatrique.
[4] Tu remarqueras aussi que dans le papier dont je viens de te donner la référence, le président du Comité Technique des Vaccinations présente comme indubitablement alarmant qu’on soit passé de 2,3 à 4,4 morts par an sans : i) le moindre effort pour évaluer les biais d’enregistrement susceptibles d’expliquer des variations aussi infinitésimales, ii) la moindre notion qu’en parallèle, les données « officielles » sur la mortalité grippale de la saison 2014-15 varient de quelques dizaines à plus de 10000. On a manifestement affaire à de grands Scientifiques, particulièrement soucieux d’exactitude en matière de dénombrement et de pertinence en matière sanitaire…
[5] C’était la triste époque où les Parlementaires avaient plus excitant que les – vrais – « lanceurs d’alerte » pour se faire valoir au fenestron…
[6] Raisonnement de simple arithmétique mais que peinent manifestement à comprendre ceux qui camouflent derrière une prétendue accointance avec « l’École de Francfort » leur incompétence radicale en recherche clinique…
[7] À supposer que le vaccin soit efficace, ce qui n’est pas gagné…
[8] De même que quand une femme sous pilule se trouve enceinte, c’est forcément qu’elle a oublié de la prendre – ben voyons : j’ai un peu écrit là-dessus…
[9] Note qu’avant que les experts de l’administration ne retournent leur veste sous les applaudissements imbéciles des associations de victimes le plus concernées, ils tenaient le vaccin contre la coqueluche – avec celui contre la grippe… – pour l’un de ceux dont les complications neurologiques étaient le plus avérées (CRPV Alsace, Effets indésirables neurologiques des vaccins contre l’hépatite B, rapport du 15/12/94, p. 51.).
[10] Tartof SY, Lewis M, Kenyon C, White K, Osborn A, Liko J, et al. Waning immunity to pertussis following 5 doses of DTaP. Pediatrics. 2013 Apr ;131(4):e1047-52.