Est-ce la piqûre de trop (1) ? Sensé « prévenir » le cancer du col de l’utérus, le Gardasil, a déjà été injecté à plus de deux millions de 14-25 ans en France, et ce malgré une mise sur le marché controversée dès 2006. Le vaccin anti-HPV (papillomavirus humain) fait aujourd’hui l’objet de plusieurs plaintes pénales. Sans doute le début d’une longue histoire médico-juridique. Un nouveau scandale en perspective. Mais cela est loin d’être une surprise pour les lanceurs d’alerte, montés au créneau dès les premiers mois de la mise en circulation de ce vaccin.
Huit ans après, les fortes suspicions de sa nocivité s’accumulent, « grâce » à l’expérimentation grand public. Le Gardasil reste cependant « recommandé » et pour le plan cancer 2014-2019, la France se donne pour objectif d’atteindre une couverture vaccinale de 60 % ! Pourtant, les pouvoirs publics reconnaissent son « inefficacité » sur la mortalité par cancer du col, comparée au simple frottis, à défaut de reconnaître sa dangerosité probable…
Comment en est-on arrivé là ? La réponse est la même que pour les autres scandales sanitaires : pression des labos, études scientifiques manipulées, conflits d’intérêts à tous les étages et lâcheté politique. Conséquence : des milliers de jeunes filles victimes d’effets indésirables graves, et ce dans l’indifférence générale. Gros plan sur une catastrophe sanitaire annoncée.

Parler de catastrophe sanitaire, n’est-ce pas un peu exagéré ? S’il y avait vraiment un problème avec le vaccin contre le cancer du col de l’utérus, le Gardasil, ça se saurait ! La meilleure preuve de son innocuité, selon Sanofi Pasteur MSD, qui le commercialise, ce sont les 136 millions de doses distribuées dans le monde depuis son lancement en juin 2006 (chiffres 2013). En toute logique, ce grand nombre aurait dû révéler les éventuels problèmes, s’il y en avait vraiment…
Le vaccin est par ailleurs recommandé par l’OMS, par les autorités sanitaires américaines (FDA), par l’Agence européenne du médicament. Des agences tout à fait respectables, indépendantes, publiques, et qui font autorité. Pourquoi ? Parce qu’elles sont composées d’experts de très haut niveau scientifique. Et parce que ces experts fondent leurs avis sur une compilation d’études tout aussi sérieuses ! Même si, il est vrai, la plupart sont « commandées » ou « sponsorisées » par les laboratoires fabricants de ces vaccins, à savoir les firmes Merk et Sanofi Pasteur pour le Gardasil, GSK pour le Cervarix, ou par Astra Zeneca, laboratoire détenteur des brevets indispensables pour la confection de ce vaccin

Vaccin anti-HPV : fiche d’identité

Le Gardasil est un vaccin indiqué à partir de 9 ans pour la prévention des lésions génitales précancéreuses du col de l’utérus, de la vulve et du vagin et du cancer du col de l’utérus dus à certains types oncogènes de Papillomavirus Humains (HPV 16, 18). Et pour la prévention des verrues génitales (condylomes acuminés) dues à des types HPV spécifiques (6, 11).
En France, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) recommande la vaccination des jeunes filles entre 11 et 14 ans. Toute opportunité, y compris le rendez-vous vaccinal de 11-14 ans, doit être mis à profit pour initier la vaccination ou pour compléter un schéma vaccinal incomplet. Il recommande aussi que l’âge de rattrapage soit limité à 20 ans, la vaccination étant d’autant plus efficace que les jeunes filles n’ont pas encore été exposées au risque de l’infection HPV.
Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) recommandent aussi la vaccination pour les garçons du même âge… Afin d’enrayer la transmission sexuelle de ce virus, « responsable d’autres types de cancer » (notamment cancer de l’anus et certains cancers ORL).

Pharmacovigilance : rien à signaler…

Officiellement, IL-N’Y-A-PAS-DE-PROBLEME avec le Gardasil, pas plus qu’avec son presque jumeau le Cervarix. Des effets secondaires graves ? Allons, allons… Il y a toujours eu des effets indésirables avec les vaccins, comme avec n’importe quel médicament. Dans le cas du vaccin contre le cancer du col de l’utérus, « ils sont bénins et transitoires avec une prédominance de douleurs au site d’injection », pas de quoi s’alarmer donc.
C’est en tout cas ce qui ressort du suivi international de la pharmacovigilance, sensé répertorier les effets secondaires depuis la mise sur le marché d’un médicament. Alors oui, bien sûr, « au cours des campagnes de vaccination des adolescents, on a rapporté certaines hystéries épidémiques telles que des étourdissements et des syncopes ». Mais « on a pu éviter ces manifestations en gardant les adolescents 15 minutes en observation après la vaccination et en les incitant à bien s’hydrater(2) ».
Des jeunes filles qui atterrissent à l’hôpital, déclarent des maladies auto-immunes, voire finissent en fauteuils roulants ? Peut-être des morts ! ? Pure coïncidence… Savez-vous que ce vaccin est étroitement surveillé en France dans le cadre d’un « suivi national renforcé de pharmacovigilance » ? Pour trois motifs : à cause de risque potentiel de maladies auto-immunes, à cause de l’insuffisance de données chez la femme enceinte et à cause de l’insuffisance de données de sécurité d’emploi à long terme. Mais les rapports sanitaires réguliers sont rassurants : « L’analyse intermédiaire des résultats (novembre 2011) montre que les taux d’incidences des maladies auto-immunes (toutes maladies confondues) observés chez les sujets vaccinés par un vaccin anti-HPV ne sont pas significativement différents de ceux observés chez les sujets non vaccinés(3) ». Conclusion : RAS, rien à signaler.
Voilà à peu près le discours officiel sur le Gardasil. Pourtant, il y a quelque chose qui sonne faux. Comme un triste refrain familier. L’argumentaire ressemble à s’y méprendre à celui tenu sur le vaccin de l’hépatite B(4) , sur le Vioxx(5) , ou plus récemment sur le Médiator… Comme on a pu le voir dans les premiers jours du procès du Médiator, il y a fort à parier qu’en cas de scandale sur le Gardasil, les responsables se repasseront la patate chaude : c’est pas moi, c’est l’autre ! Jugez plutôt cet extrait des premiers jours du procès Médiator(6) , un énième cas d’école, encore tout frais, qui devrait nous alerter :

    « On a eu 20, 30 ans d’enfumage de l’effet anorexigène » du Mediator, explique le professeur Jean-François Bergmann, de la commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments. « Servier pour moi, c’est l’Opus Dei », car « ils ont trois principes : la foi, le silence et le cloisonnement ».
    L’avocat du laboratoire ironise : « Finalement, Servier ressemble beaucoup à l’Afssaps, chez qui il y a le silence, le cloisonnement et aussi la bonne foi ». En d’autres termes, l’Afssaps, mise en examen tout comme Jacques Servier, a également une responsabilité dans le retrait tardif de l’antidiabétique.
    Interrogé sur les raisons pour lesquelles elle n’avait pas réagi plus tôt, l’Afssaps explique que c’est à cause de « l’absence de notification de pharmacovigilance alarmante ». Le problème, pour le Pr Bergmann, c’est que « la pharmacovigilance basée sur la déclaration spontanée, cela marche très mal (…) Un médecin le fait en moyenne une fois tous les dix ans »…

Mais revenons maintenant à notre sujet, le Gardasil. Dans un article de la Mutualité française, le Dr Bernard Guérin du Masgenêt, gynécologue à la maternité du centre hospitalier Gustave-Dron à Tourcoing (France) déclarait en 2008(7) : « Ce ne serait pas la première fois que des sociétés savantes de gynécologie, ou d’autres spécialités, donnent leur caution scientifique à des labos pharmaceutiques. L’indépendance, vis-à-vis des intérêts financiers ou autres, ne fait pas encore partie intégrante de notre culture médicale ! En ce qui me concerne, le Gardasil m’a été présenté par un professeur en gynécologie, accompagné d’un représentant du laboratoire… avant un excellent repas offert dans un bon restaurant ! Tous les prescripteurs subissent d’importantes pressions de l’industrie pharmaceutique, qui finance et oriente une grande partie de la formation post-universitaire des médecins et qui rattrape les cancres par la demande d’une clientèle « éduquée » par la télévision. Au service de nos patients, il faut s’informer, écouter, douter et se méfier. »

Une sous-notification notoire des effets indésirables

Et si, dans le cas du Gardasil comme dans tous les grands scandales de santé publique, on retrouvait ce même problème de « sous-estimation du nombre d’effets indésirables » ? On dira alors un jour, à propos de ce vaccin, que c’est la faute de la médecine de ville : celle qui est en première ligne, constamment bombardée de prospectus émanant des laboratoires, et qui oublie de déclarer à la pharmacovigilance les dégâts rapportés par les patients. Parce que le médecin ne fait pas le lien, parce qu’il peine à reconnaître sa responsabilité en tant que prescripteur des trois injections toxiques du Gardasil…
« Dans le cas du vaccin contre le cancer du col de l’utérus, je suis persuadé qu’il y a une sous-notification importante du nombre de cas d’effets secondaires », assure à Néosanté le docteur Philippe De Chazournes. Ce médecin de ville installé à la Réunion, qui se décrit comme « non antivaccinal », est président et fondateur de l’association Med’Océan(8) , qui œuvre depuis près de 15 ans pour l’indépendance et la qualité de l’information médicale(9) . « Il est souvent quasiment impossible de faire le lien entre le moment de l’injection et des réactions indésirables, qui se déclarent parfois après plusieurs mois ».
Il n’est pas le seul à penser cela, loin de là… La sous-notification des effets indésirables par les professionnels de santé a été étudiée par des chercheurs américains(10) : entre 1 et 10 % seulement des effets indésirables sont notifiés auprès du système de pharmacovigilance aux Etats-Unis ! La sous-notification en France est également importante, mais peu étudiée. Une étude française, conduite entre 1994 et 1996, sur les accidents anaphylactiques périopératoires, a estimé que seulement 13 % des cas étaient recensés auprès du système de pharmacovigilance(11) . Pour avoir une vision des effets secondaires qui se rapproche de la réalité, il faudrait donc, comme aux Etats-Unis, multiplier par 10 les chiffres avancés… Et c’est un minimum.
Officiellement, en France, selon l’Agence nationale du médicament, 435 cas d’effets indésirables graves dont 135 de maladies auto-immunes, incluant 15 cas de SEP, ont été rapportés au réseau national de pharmacovigilance, pour plus de 5 millions de doses de vaccin Gardasil (entre 2006 et mai 2013). C’est « peu » sur plus de 2 millions de jeunes françaises de 14 à 23 ans déjà vaccinées. Le taux de notification (tous effets confondus) ne serait donc que de 38 pour 100 000 doses de vaccin, et le taux des effets indésirables graves de 8 pour 100 000 doses de vaccin(12) . Mais ce chiffre est-il vraiment fiable ? Cette question est d’autant plus cruciale que bon nombre de jeunes filles s’apprêtent à être vaccinées (dans son plan cancer 2014-2019, la France se donne pour objectif d’atteindre une couverture vaccinale de 60 % et d’expérimenter l’acceptabilité d’une vaccination en milieu scolaire pour augmenter ce taux de couverture !). Après le scandale du Médiator, l’agence française du médicament (ANSM) a élargi en 2011 la possibilité aux particuliers de signaler eux-mêmes des effets secondaires indésirables. Une mesure très récente(13) . « Ces déclarations sont différentes de celles signalées par les professionnels de santé, explique l’ANSM au Figaro(14) . Les médecins s’intéressent aux effets graves, alors que les patients vont davantage remonter des désagréments quotidiens, comme des nausées, diarrhées ou maux de tête, qui, en détériorant la qualité de vie, peuvent conduire les patients à moins prendre leur traitement et donc à se mettre en danger »… Une telle affirmation pose question : en dehors des nausées et autres effets indésirables « bénins », les témoignages des patients seront-ils réellement pris au sérieux ? Cette ouverture aux patients représente-elle vraiment une avancée permettant de révéler la toxicité du vaccin Gardasil 

Le triste exemple de Laetitia Celli

Rien n’est moins sûr si on écoute les témoignages des patients. Dans la majorité des cas, ils estiment que leur médecin ne les écoute pas, ne prend pas au sérieux leur ressenti et donc ne prend pas la peine de faire une notification aux autorités sanitaires . Voici l’exemple de Rachel Celli, dont la fille Lætitia a été victime d’un grave accident vaccinal. Dans son cas, la pharmacovigilance n’aura servi à rien. C’est pourquoi Lætitia aura effectué son parcours vaccinal jusqu’au bout, malgré des signaux inquiétants rapportés dès la première injection. Son histoire(15) est tristement exemplaire du déni des autorités sanitaires face aux constatations et jugements des patients.
Le 12 décembre 2007, Lætitia reçoit la première dose de Gardasil sur l’insistance de sa mère, alertée par une publicité pour le Gardasil. La semaine s’écoule avec un thermomètre qui affiche 40°C. Vomissements, bouffées de chaleur, migraines, Lætitia présente tous les symptômes de la quinquagénaire ménopausée… Février 2008 : deuxième injection. Lætitia peine à suivre le rythme de sa 1re Sanitaire et Social. Elle qui n’était jamais malade s’abonne à l’infirmerie et, souvent, sort de la classe en trombe pour vomir dans le couloir. Elle découvre les impressions de déjà-vu. Au réveil, le plafond tourne et le manège infernal ne prend fin qu’avec l’évanouissement. Juin 2008, troisième injection. Cette fois, tout le monde la redoute. Lætitia, qui tient à peine debout, mais aussi Rachel, sa mère, qui voit bien que « la dégradation correspond aux dates de vaccination ». Pas sûr de lui, le médecin contacte l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) avant de sortir l’aiguille. « J’ai une patiente très malade qui se demande si le Gardasil… Non ? OK »(16).
La décision de procéder à la troisième injection aura finalement dépendu de l’avis d’un expert au chaud dans un bureau. Conseilleur n’est pas payeur. Depuis, la vie de Lætitia est un calvaire. « A 20 ans, sa vie sociale est proche de zéro et son parcours universitaire, au gré de ses hospitalisations, s’est fracassé en vol : après le bac, elle a raté deux fois sa première année de médecine à Marseille et sa dernière demande de dérogation a été refusée par l’université »(17) . Cerise sur le gâteau, en mars 2013, six ans après la première injection, la demande d’indemnisation de Lætitia est rejetée puisque « le lien avec le Gardasil n’est pas explicitement confirmé, malgré la chronologie des faits ».
Rachel Celli, la mère de Lætitia, a noté les propos d’un des experts : « Mais Madame, ce n’est pas le laboratoire qui vous a obligée à faire ce vaccin sur votre fille, c’est vous qui avez pris cette décision. Vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même.(18) » Conseilleur n’est pas payeur. Fin de la discussion.

L’affaire Océane : premières plaintes au pénal

La mise en circulation du Gardasil est déjà un scandale pour bon nombre de médecins et scientifiques, qui se sont indignés dès 2006. Mais ce n’est que fin 2013 que le Gardasil est devenu une « affaire » pour les médias. Après des années de polémique scientifique sur le vaccin, l’heure est maintenant au volet juridique.
Une première plainte a été déposée le 22 novembre 2013 par une jeune Landaise, Marie-Océane(27). Elle s’appuie sur un double rapport d’expertise de la Commission Régionale de Conciliation et d’Indemnisation des Accidents Médicaux (CCI) d’Aquitaine(28), qui considère que le vaccin, en stimulant l’immunité de la jeune femme, a effectivement pu initier une série d’événements entraînant une inflammation de son système nerveux central(29).
Marie-Océane et son avocat reprochent au Laboratoire Sanofi Pasteur MSD de ne pas avoir informé les utilisateurs du Gardasil des risques inflammatoires du système nerveux central alors que ces risques ont été identifiés depuis 2009, à la suite d’une déclaration d’effets indésirables. Ils reprochent également à l’ANSM de n’avoir pris aucune mesure à l’encontre du laboratoire. La plainte vise donc une « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine », a indiqué Me Jean-Christophe Coubris, par ailleurs avocat de victimes de l’antidiabétique Mediator.
L’histoire de Marie-Océane commence en septembre 2010, à l’occasion d’une visite chez son généraliste pour un certificat de pratique de la danse. Conformément aux « recommandations officielles », le médecin « en profite » pour lui prescrire des injections de Gardasil. Quinze jours après la première, elle ressent « des fourmillements aux bras et aux jambes ». Après la deuxième, mi-décembre 2010, elle se met « à vomir aux toilettes », en proie à de puissants vertiges. Marie-Océane se retrouvera sur un fauteuil roulant, aveugle et presque sourde. Aujourd’hui, son état semble stabilisé, même si elle se dit très fatiguée. Le diagnostic médical correspond soit à une encéphalomyélite aiguë disséminée (EMAD), soit à une première poussée de sclérose en plaques (SEP).
« Suite à ce dépôt de plainte, nous avons reçu une cinquantaine de témoignages. Et toutes les heures, il y a une dizaine de familles qui communiquent pour expliquer leur détresse », raconte l’avocat d’Océane, au micro d’Europe 1(30). L’affaire, relayée dans les grands médias, a délié les langues et débouché, en décembre dernier, sur neuf autres plaintes contre X, pour « atteinte involontaire à l’intégrité physique et tromperie aggravée » au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Cette nouvelle plainte, portée par neuf jeunes femmes, ne vise pas nommément le laboratoire Sanofi Pasteur MSD, car « il y a beaucoup d’intervenants et il faut chercher la responsabilité de chacun », a déclaré leur conseil, Me Camille Kouchner(31). Selon l’avocate, ces neuf femmes, âgées de 18 à 24 ans et habitant un peu partout en France, « ont en commun d’avoir contracté des maladies très invalidantes dans les semaines et les mois qui ont suivi la vaccination alors qu’elles n’avaient pas d’antécédents médicaux ». Cinq d’entre elles ont contracté la maladie de Verneuil, une le lupus, une autre la maladie de Guillain-Barré, une est victime de myasthénie, et la dernière souffre d’hypersomnie idiopathique, selon le texte de la plainte.

La vérité scientifique : une autorisation douteuse…

Bon nombre de médecins lanceurs d’alerte, des sites comme Initiative Citoyenne et Pharmacritique(32), ont beaucoup creusé sur le sujet. Tous rappellent, comme le Dr Philippe De Chazournes, que « l’autorisation de mise sur le marché n’aurait jamais dû être accordée. Il faudra bien un jour que le ministre Xavier Bertrand explique pourquoi il a précipité cette autorisation, avant même l’avis de la Haute Autorité de Santé. Si j’étais le ministre de la santé actuel, j’écouterais au moins les familles des victimes. Car des plaintes, il risque d’y en avoir beaucoup. C’est pour cela que je demande très officiellement une mission d’enquête parlementaire afin que les langues, toutes les langues se délient en toute transparence. Ce serait là une marque minimum de compassion et de respect pour toutes ces familles dans la détresse et les questionnements. De toute façon, un jour ou l’autre, on saura ! », affirme le Dr Philippe De Chazournes, président de l’association Med’Océan et médecin de terrain à la Réunion.
Med’Océan a pour vocation de promouvoir une information médicale indépendante avec notamment l’organisation, sans aucun financement, des deux premières journées de l’indépendance avec les plus grandes autorités sanitaires françaises(33). On lui doit notamment une vidéo scientifique(34) sur l’inefficacité de la prévention du cancer du col de l’utérus par la vaccination anti-HPV. Au final, seule la généralisation du frottis est vraiment efficace. Tellement efficace que, dans les pays d’Europe du Nord où elle a été expérimentée à large échelle, cela a réduit de 80 % des cancers du col de l’utérus. « Par le frottis, on pourrait quasiment éliminer le cancer du col. Ce n’est d’ailleurs pas moi qui le dit, ce sont les autorités sanitaires qui l’affirme dans les spots publicitaires qui tournent actuellement en boucle dans les médias pour promouvoir les frottis », rappelle le Dr De Charzounes.
À propos du Gardasil, les médecins lanceurs d’alerte rétablissent plusieurs vérités inquiétantes(35). Elles sont établies sur la base de toutes les études qui font référence (FUTUR I et II notamment(36), soit un total de 20 000 personnes). Voici leur analyse critique et indépendante, qui n’a jamais été contestée jusqu’à présent. Et pour cause, elle est fondée sur des faits scientifiques :

    L’efficacité du vaccin contre le cancer du col de l’utérus n’est pas prouvée au-delà de 5 ans. Même les autorités sanitaires le reconnaissent. Or, c’est un cancer qui ne va se révéler que 10 à 15 ans après la vaccination. Son efficacité est un artifice de papier lié à l’interprétation non objective des données.
    Le vaccin ne protège pas de tous les cancers du col de l’utérus, mais seulement contre 2 souches du HPV. L’affirmation selon laquelle le vaccin permettrait d’éviter 70 % des cancers est donc totalement erronée. Le bon chiffre est seulement de 14 à 17 % car il faut tenir compte de tous les cancers liés aux nombreux virus HPV. C’est un pourcentage dérisoire comparé à la performance du frottis (quasi 100 %), surtout lorsqu’on regarde le coût de la vaccination (le bénéfice médico-économique) : il faut compter environ 400 € pour les trois injections, aux frais de la sécurité sociale et des mutuelles. « C’est le vaccin le plus cher de toute l’histoire de la vaccination », explique le Dr Jean-Pierre Spinosa, gynécologue, à Lausanne, auteur de La Piqûre de trop ?, consacrée au vaccin contre le cancer du col. Le coût du frottis est en revanche très faible. L’évaluation médico-économique a été faite sur la base de 70 % d’efficacité ! Il faudrait donc la refaire sur la base admise enfin par les autorités (HAS et HCSP) de moins de 20 % d’efficacité tout HPV confondu…
    Les études des laboratoires s’attardent beaucoup trop sur les lésions cervicales de premier stade, souvent bénignes, pouvant régresser naturellement, donc bien avant le stade cancer. On argue alors de pourcentages de réduction des lésions « record », pas loin de 100 %. Mais lorsqu’on regarde de près les taux des lésions cervicales vraiment précancéreuses (dites CIN 3), elles sont plus nombreuses dans le groupe des vaccinées !
    Les lésions cervicales chez les jeunes femmes déjà porteuses des souches vaccinales sont 63 % plus nombreuses chez les vaccinées… Plus la patiente est infectée, plus l’efficacité du vaccin est négative ! Au final, loin d’être protecteur, ce vaccin entraîne plus de lésions avec les virus 6, 11, 16 et 18 dans le groupe vacciné… On s’aperçoit ainsi que la vaccination d’un million de femmes aurait permis d’éviter 21 lésions chez les moins de 18 ans, mais aurait provoqué plus de 800 lésions chez les autres. Avec un bilan global donc de 790 lésions supplémentaires chez celles qui sont vaccinées par rapport aux autres. C’est paradoxal et personne n’en parle bien sûr…
    Pire, d’autres souches HPV peuvent prendre le relais du cancer après l’immunisation contre les souches vaccinales. Ainsi, dans le groupe des personnes vaccinées, on relève + 43 % de lésions CIN 3 dues aux autres souches HPV, comparé au groupe non vacciné. On parle de transfert de morbidité.
    La tolérance du vaccin à long terme est totalement inconnue.
    Les placebos utilisés pour évaluer la toxicité des vaccins ne sont pas des placebos, car ils contiennent les adjuvants du vaccin (l’aluminium) moins les souches vaccinales… Lorsqu’on sait que l’aluminium est justement en cause dans les effets indésirables graves, ces placebos ne fournissent aucun élément de comparaison ! À bien y regarder, dans ces études, le vaccin n’est pas plus dangereux que la substance à laquelle on l’a comparé : en d’autres termes, le vaccin n’est pas plus dangereux que son adjuvant !
    Les laboratoires ont fini par « saboter » les études de références en vaccinant, à l’issue du protocole, le groupe des non vaccinés (et hop, une double dose d’adjuvants vaccinaux). Puisque les résultats étaient « favorables » selon les conclusions hâtives des études, il ne fallait pas qu’il y ait « perte de chance » pour le groupe qui avait échappé à la vaccination. On ne saura donc jamais rien des résultats à long terme pour ces études, de loin les plus importantes.

Commentaire de la rédaction : Dans les études sur le Gardasil, fournies par le laboratoire(37), il y a déclenchement de maladies auto-immunes chez 2,4 % des vaccinées (sans surprise, on retrouve ces maladies auto-immunes chez 2,5 % de la cohorte qui a reçu le placebo, c’est-à-dire l’adjuvant uniquement)… C’est 300 fois plus que les taux de notification de la pharmacovigilance : 8 effets secondaires graves pour 100 000 doses de vaccin (0,008 %). Lorsqu’on sait que les taux de la pharmacovigilance sont décrits comme sensiblement égaux aux déclenchements de maladies dans la population générale, on peut presque déduire qu’il est 300 fois plus dangereux de se faire vacciner, d’après les études des laboratoires.
Au final, les vaccins anti-HPV n’auraient jamais dû arriver sur le marché. « Pas parce qu’ils sont potentiellement nocifs (même si c’est sans doute le cas), mais surtout en raison du risque accru de lésions précancéreuses (CIN 2/3) qu’ils font porter aux sujets déjà infectés avant vaccination. Si ces vaccins ne méritaient pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM), c’est parce qu’ils ont échoué en phase III à démontrer leur efficacité dans la prévention de l’ensemble des CIN 2/3. Pourtant, c’est là qu’est censé être leur bénéfice ! Et la règle, nous dit-on, c’est que la balance bénéfice-risque doit être favorable pour qu’on obtienne une AMM. Ici, il n’y a pas de bénéfice, il ne devrait donc pas y avoir d’AMM », expliquent les auteurs de La Piqûre de trop ? sur leur page Facebook, à l’occasion de l’actualité juridique récente(38).« Tant que ce n’est pas cette homologation qu’on contestera, sur la question de l’échec de démonstration d’efficacité, les chances des victimes d’obtenir gain de cause resteront extrêmement faibles. N’oublions pas qu’au final, ce sont elles qui morflent : et pas leurs avocats, ni les opportunistes qui posent à leurs côtés, ni les médias qui les mettent en scène le temps de quelques gros titres, avant de les oublier définitivement ».
Pour Philippe De Chazournes , « La montée au créneau des quelques lanceurs d’alerte que nous sommes, environ une vingtaine en France, n’aura cependant pas été inutile ». Certes, la vaccination continue dans les cabinets médicaux, notamment à cause de la pression des laboratoires, « mais la Haute Autorité de Santé est désormais plus prudente, explique-t-il à Néosanté.
Notre mobilisation, notamment grâce à internet, aura sans doute permis de stopper la vaccination à tout va. On ne voit plus ces intenses campagnes de publicité dans les médias, les pharmacies et… jusque dans les salles de cinéma ! On a parfois l’impression que le dossier n’avance pas, mais les autorités sanitaires ne pourront plus dire qu’elles ne savaient pas. Depuis 2008, tout a été dit et écrit. Nous avons fait un important travail qui est disponible sur internet. De plus, depuis l’affaire Médiator, quelques têtes sont tombées et ont été remplacées. Mais il faut encore faire le ménage au CTV (le comité technique des vaccinations) et au Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), puisque ce sont elles qui conseillent la HAS, l’ANSM et le Ministère »(39).
Ce sont donc ces deux instances qui donnent le « la », en France, en matière de recommandation vaccinale. Or, « Le Pr Floret, président du Comité technique des vaccinations a participé et participe à diverses études sur les vaccins pour des laboratoires comme Wyeth du groupe Pfizer (Prevenar, Meningitec), GSK (Pandemrix, Infanrix, Priorix, Rotarix), Sanofi Pasteur MSD (Gardasil). Il travaille aussi avec l’industrie pharmaceutique au sein du RIPPS (Réseau d’investigation Pédiatrique des produits de santé) où les médecins hospitaliers travaillent avec les membres du LEEM (syndicat de l’industrie pharmaceutique). Il est membre d’ACTIV, «association » qui met en œuvre de nombreuses actions en lien avec l’industrie pharmaceutique », rappelle l’association E3M (Entraide des malades de la Myofasciite à macrophage). En janvier dernier, cette association a par ailleurs porté plainte contre X pour « faux, usage de faux, et escroquerie » à propos de l’aluminium vaccinal contenu dans le vaccin Revaxis(40) de Sanofi Pasteur.

Aux origines du scandale : une galaxie de conflits d’intérêts

Le scandale du Gardasil promet d’être une véritable bombe à retardement : une bombe sanitaire à cause des effets secondaires sur la population, mais aussi une bombe juridique à cause d’un nombre de plaintes qui devrait exploser. La bombe Gardasil devrait aussi laisser un gros trou dans les finances publiques. On estime que cette vaccination coûte en France quelque 100 millions d’euros par an, remboursés grâce aux cotisations sociales, et par nos mutuelles. Depuis 2006, début de cette vaccination, on approche ainsi du milliard d’euros dépensé, qui a filé tout droit dans les poches des labos et des propriétaires des brevets.
Le prix sanitaire à payer s’annonce tout aussi énorme lorsqu’on connaît le coût des maladies longue durée, des séjours hospitaliers, des consultations ou ordonnances, à la suite des effets secondaires de ce vaccin. Il faudra aussi compter avec les nombreuses demandes d’indemnisation… Si les malades parviennent à les obtenir.
Comment en est-on arrivé là ? On doit au site internet Pharmacritique(41) et à sa rédactrice en chef Elena Pasca un important travail sur les rapports entre l’industrie pharmaceutique, la médecine et les usagers. L’Affaire Gardasil ne lui a pas échappé. Au cours de plusieurs articles, elle décrit les ramifications tentaculaires du lobby pharmaceutique, jusqu’au prix Nobel de médecine 2008. Voici en guise de conclusion quelques extraits de l’article intitulé « Gardasil et Cervarix : Astra Zeneca et la Fondation Nobel soupçonnées de corruption et conflits d’intérêts dans l’attribution du prix Nobel à Harald zur Hausen » :
– « Le prix Nobel attribué à Harald zur Hausen est censé récompenser les recherches sur les papillomavirus, mais il consacre surtout le triomphe des conflits d’intérêts qui entachent le Gardasil et le Cervarix depuis leur conception, et ce, partout où des centres publics de recherche travaillent avec les firmes pharmaceutiques et adoptent les méthodes de ces dernières, au mépris de leur mission d’intérêt général. »
-« Cette récompense tombe à pic pour sauver le Gardasil en Allemagne… L’omniprésence des conflits d’intérêts concernant le Gardasil et le Cervarix est connue en Allemagne depuis la mise sur le marché du Gardasil. Il ne s’agit pas tellement des conflits d’intérêts de Harald zur Hausen lui-même, mais de ceux de son institution d’affiliation, le Centre allemand de recherche sur le cancer (le DKFZ), qu’il a dirigé pendant 20 ans. Ce centre est co-détenteur du brevet du Gardasil et du Cervarix, et il n’est pas le seul. »
-« L’implication du laboratoire Astra Zeneca remonte au financement des recherches allemandes menées par Harald zur Hausen et est indissociable des conflits d’intérêts du DKFZ. Voici ce que le centre allemand de recherche finit par reconnaître, dans une newsletter de 2006, lorsque le DKFZ se félicitait de l’homologation du Gardasil aux Etats-Unis » :
« Le chemin menant au vaccin a été semé d’embûches ».
« Au début des années 90, il y avait plusieurs équipes de chercheurs qui travaillaient sur la vaccination anti-HPV, en même temps que l’équipe du DKFZ. L’industrie pharmaceutique allemande n’a pas montré d’intérêt pour ces recherches décisives. Et c’est pourquoi le DKFZ a donné une licence de ses droits à l’entreprise américaine de biotechnologie MedImmune (détenue par Astra Zeneca, ndlr) ».
« Reconnaissant le potentiel d’un vaccin anti-HPV, MedImmune a acheté des droits de licence à d’autres institutions de recherche, parmi lesquelles les National Institutes of Health (NIH) à Bethesda et l’université Loyola de Chicago. D’autre part, la firme pharmaceutique Merck a acheté les droits de licence restants, par exemple ceux détenus encore par les NIH et par l’université de Queensland en Australie ».
« Merck et MedImmune ont poursuivi le financement des recherches cliniques, et GSK est entré en scène en achetant les droits de licence de MedImmune. Les essais de phase III ont pu commencer en 2005. (…) Début 2005, Merck et GSK se sont attribués (…) des licences croisées leur permettant l’usage réciproque des brevets. A la même époque, les institutions de recherche sont arrivées à un accord quant aux brevets ».
« Après d’âpres négociations, le DKFZ a été confirmé en tant que co-détenteur des brevets avec les NIH et pourra ainsi profiter des retombées financières issues de la commercialisation [du Gardasil et du Cervarix] par Merck et GSK. De cette façon, les chercheurs, les centres de recherche, l’industrie, mais surtout les patients pourront tirer profit du succès des vaccins ».
Pour information, en 2012, le Gardasil a rapporté 1,2 milliards de dollar au laboratoire Merck, et le Cervarix quelque 800 millions à GSK(42)… Des chiffres en constante augmentation, car aux États-Unis, selon la revue JAMA(43), le taux de couverture vaccinale des jeunes filles est important (54 % ont reçu au moins une dose en 2012, 33 % les trois injections). Les ventes de Gardasil devraient excéder 1,8 milliards de dollars en 2013(44), une hausse de 50 % par rapport à 2009. Si les taux de vaccination HPV augmentaient aux niveaux d’autres vaccins, les revenus de Gardasil pourraient atteindre près de 3 milliards de dollars au cours des prochaines années. Pour les laboratoires, c’est clair, the shot must go on !(45

Pryska Ducoeurjoly