À l’instar des maladies, les accidents n’arrivent jamais par hasard : ils sont l’expression biologique d’un stress psycho-émotionnel. Ils ne sont donc pas vraiment … accidentels mais sont la conséquence d’un évènement ressenti intérieurement comme dramatique. En amont de ces conflits déclencheurs, le thérapeute et son patient pourront également mettre à jour des programmations dans la période périnatale et des pré-programmations dans l’histoire familiale, comme  Emmanuel Ratouis en débusque fréquemment lors de ses consultations d’accompagnement psychogénéalogique. Dans son livre « Les accidents ont-ils un sens ?  » et dans l’article qu’il avait publié dans Néosanté lors de la sortie de cet ouvrage, notre collaborateur  savoyard donne des exemples très éloquents de cette triple influence prédisposant les « victimes » à jouer de « malchance ». Qu’ils manifestent le vécu douloureux de nos aïeux, les souffrances refoulées de notre prime enfance ou une affliction plus  récente, les accidents ne se produisent jamais fortuitement et expriment toujours par maux ce qui, à un moment donné,  n’a pas été mis en mots. Même si elles semblent totalement imprévisibles et contingentes, les blessures sportives n’échappent pas à la règle et sont aussi, sous le masque de l’infortune, l’expression d’un mal-être antérieur, d’un tourment intérieur préalable. De la simple ecchymose à la plus vilaine fracture en passant par l’infinie panoplie de déchirures et lésions musculaires ou ligamentaires, tous les coups durs endurés à l’occasion de la pratique d’un sport sont la traduction dans le corps des blessures de l’âme.

Cette vérité occultée par le scientisme matérialiste et la médecine qui s’en revendique s’est encore imposée à moi le week-end dernier. De vendredi à dimanche, ma fille de 16 ans  participait au championnat d’Europe de hockey en salle opposant la Belgique à sept autres nations. Dans son équipe de « Red Panthers », ma cadette s’alignait notamment aux côtés d’Amélie (*),  une  hockeyeuse solidement charpentée et  chevronnée, par ailleurs capitaine de la formation belge. Toutes les joueuses avaient suivi un programme d’entraînements, de rencontres amicales et de préparation physique qui les avaient progressivement amenées au sommet de leur forme. Pourtant, dès l’entame du premier match, Amélie s’est écroulée en se tenant la cheville. Ni bousculée ni même touchée par une adversaire, elle s’est tordue le pied toute seule en réussissant à se déchirer les ligaments, l’entorse sévère étant encore aggravée par un arrachement osseux. Inutile de préciser qu’elle est revenue de l’hôpital avec des béquilles et qu’elle a passé le reste du tournoi sur le banc de touche. Fatalité ? Coup du sort ? J’aurais pu le croire si je n’avais pas appris une heure plus tard que la jeune fille vivait assez mal le divorce de ses parents et que ceux-ci se séparaient non sans se quereller et se faire des reproches mutuels. Quand un papa et une maman se déchirent, il ne faut pas trop s’étonner que l’enfant se déchire aussi. Interprétation hâtive ? Certes. Seul un décodage approfondi pourrait tirer l’affaire au clair.  Les circonstances étaient  cependant réunies pour susciter une somatisation à la cheville, l’articulation qui est précisément sensible aux tiraillements émotionnels et aux problématiques directionnelles. Depuis que j’ai conscience de la dimension affective des blessures sportives, j’ai toujours observé que le ressenti de déchirement entre des directions opposées était à l’œuvre dans les chevilles meurtries. L’entorse et le plâtre, c’est la solution parfaite du cerveau d’un individu à qui il est imposé de prendre une décision pénible à suivre,  sur le plan privé ou sur le plan professionnel. Si une dévalorisation sportive vient se greffer là-dessus – Amélie est  justement une des anciennes qui a failli sortir de la sélection  pour être remplacée par une plus jeune – , le risque s’accroît que les chevilles trinquent. Le hasard et la déveine n’ont strictement rien à voir là-dedans.

Il est vrai que le hockey est une discipline assez propice aux blessures. Exigeant pour le système musculo-squelettique, ce sport se joue  avec des balles dures et des sticks relativement lourds. Depuis que je viens regarder ma fille s’adonner à son loisir favori, j’ai déjà vu pas mal d’arcades ouvertes, de lèvres fendues et de dents cassées malgré les protections obligatoires. Rien que l’année dernière,  deux équipières de son club sont passées sur le billard après rupture de leurs ligaments croisés. Et le week-end dernier, le tournoi européen s’est également soldé par un nez brisé et un tibia fracassé. Mais je maintiens : aucun sport, aussi dangereux soit-il, n’entraînera d’accident chez ses pratiquants qui sont « bien dans leur tête » et dans leur vie. Si accident il y a,  c’est qu’il y a anguille sous roche, ou plutôt angoisse et mal-être sous le crâne. En voici une belle preuve : en dépit d’un tempérament fonceur et d’une combativité épatante, ma cadette ne s’est jamais  sérieusement blessée sur un terrain de hockey. Des bobos à droite et à gauche, des bleus et de légères contusions, mais jamais rien de bien grave en onze ans de compétition. Sauf une fois ! Il y a quelques années, ma Juju  a reçu un coup de stick à l’arrière de l’oreille, entre la tempe et l’occiput. Le choc était violent et a laissé une marque pendant plusieurs jours. Accidentel, Mister Holmes ? Non pas, mon cher Watson : la veille de ce match fatidique, nous nous étions disputés et dans un geste d’énervement, j’avais  levé la main  et asséné une tape à cette pré-adolescente insolente. Pas de quoi faire mal mais une sanction impulsive quand même, infligée  pile-poil à l’endroit où elle allait être blessée le lendemain ! Les os, nous dit la médecine nouvelle du Dr Hamer, sont le tissu corporel où s’inscrit le sentiment de dévalorisation et l’impression d’être dévalué aux yeux d’autrui. La localisation du traumatisme renseigne sur l’émotion conflictuelle et la provenance du choc.  De manière évidente,  ma fille a   reproduit le « coup de bâton » que je lui avais symboliquement donné et manifesté ainsi combien cet épisode l’avait profondément blessée. Ce jour-là, je me suis juré de ne plus jamais user de brutalité pour asseoir mon autorité, fût-elle défiée avec effronterie.  

Comme la cheville, le genou peut également pâtir de l’auto-dévalorisation sportive et d’un stress psycho-émotionnel relatif à un blocage directionnel. Mais cette articulation est surtout le siège des émotions en rapport avec la domination et la soumission. Quand on se sent obligé de  céder et de plier devant quelqu’un ou devant une situation, il y a des risques que cette défaite s’imprime à hauteur de la rotule sous forme de pathologies ou d’accidents. Chez mes partenaires de foot, j’ai maintes fois remarqué qu’une blessure du genou était synonyme d’un climat relationnel toxique, au travail ou dans le cercle familial. Le sens biologique est d’empêcher la génuflexion  ressentie comme insupportable. J’ai moi-même fait l’expérience de ce « programme bien-fondé de la nature » lorsque je me suis occasionné une triade malheureuse, c’est-à-dire une triple déchirure des ligaments croisés, d’un ligament latéral et du ménisque. Je vous ai raconté mon auto-décodage de cet accident dans ma lettre intitulée « Un genou à terre ». Si j’y reviens aujourd’hui, c’est parce que les plus compatissants d’entre vous m’ont demandé des nouvelles et que la suite ne manque pas d’intérêt. Pour rappel, le premier orthopédiste consulté m’avait pronostiqué l’impossibilité de pratiquer à nouveau  le ski et le football. Le second était nettement plus optimiste et ne m’a pas dissuadé de rechausser bottines et crampons. Quatre mois plus tard, je dévalais des pistes bleues et rouges, m’abstenant uniquement d’emprunter les noires. Le foot, il a fallu presque dix mois pour  que disparaissent raideurs et douleurs mais je le pratique à nouveau hebdomadairement du haut de mes 57 ans. Moralité : ne jamais croire les médecins qui vous condamnent à l’immobilité et sous-estiment les capacités de récupération du corps humain. Bien sûr, j’ai pris soin de ne pas me soigner, c’est-à-dire de jeter à la poubelle les prescriptions d’anti-inflammatoires, et de muscler la zone pour compenser les pertes d’élasticité. J’ai beaucoup couru et recouru au stretching. J’ai également « travaillé sur moi » en demandant à mon cerveau animal de renvoyer le stress pathogène  à l’expéditeur cortical : je me sens dorénavant  plus apte à gérer une éventuelle obligation de m’avouer vaincu dans mon métier d’éditeur.  C’est surtout  par la gestion de leurs causes affectives que l’on prévient et guérit les blessures sportives. Et comme dirait notre chroniqueur Jean-Philippe Brébion, avec la conviction absolue que tout a un sens.

Yves Rasir