Il y a une dizaine de jours, j’étais invité à donner  une conférence sur « la compréhension biologique  des maladies » par mon ami Daniel Gramme, dans l’arrière-salle de son herboristerie, La Boutique Santé de Seraing. J’ai passé une chouette soirée et je pense pouvoir dire que le public n’était pas mécontent non plus. J’aime beaucoup Daniel, c’est un  personnage très attachant  doublé d’un naturopathe compétent ouvert aux aspects psychosomatiques de la maladie. Il est connu en Belgique comme précurseur du commerce bio mais aussi comme ancien malfrat repenti : avant de devenir un pionnier de la santé naturelle, il fut un prisonnier de droit commun condamné à huit ans d’incarcération pour une succession de larcins et un hold-up raté. C’est en prison qu’il a découvert les vertus de la nutrition, des plantes,  du yoga et de la pensée positive. Il ne fait pas mystère de son passé et il l’a raconté dans son livre « De l’ombre à la lumière ». On lui doit aussi un ouvrage sur le régime crétois et un autre sur les secrets des centenaires.  Si vous voulez découvrir l’homme et son étonnant parcours, voici un petit film réalisé récemment par de jeunes cinéastes. Après ma causerie, il était trop tard pour se trouver un resto et Daniel m’a convié à manger dans la cuisine du magasin. On s’est régalé d’un boulet à la liégeoise avec sauce aux pruneaux et on a  papoté jusqu’à pas d’heure autour d’un agréable vin  rosé. Rebondissant sur des passages de ma conférence, l’ex-taulard m’a fait quelques confidences que je vais vous partager car ce sont autant de belles leçons de vie et d’attitude adéquate face à la maladie. 
 
La première de ces perles de sagesse remonte à son divorce. Lui et sa femme étaient très amoureux mais leurs tempéraments étaient très différents. Elle rêvait de grands voyages, de restaurants chics et de tralalas. Lui est casanier, se contente volontiers de gargotes et a des goûts très simples.  Sa boutique est située dans un quartier peu reluisant de la cité industrielle et il a toujours refusé de la transférer dans une bourgade bourgeoise  pour faire fructifier ses affaires, préférant rester fidèle à ses racines et à sa clientèle. À la longue, le couple a battu de l’aile et c’est elle qui est partie. Or c’est elle qui a le plus souffert de la séparation  car elle a déclenché un cancer du sein quelques mois plus tard. Elle en a guéri mais en est à sa deuxième récidive. « Pourquoi elle et pas moi ? » me demande Daniel, avant de me donner lui-même la réponse : « C’était triste de divorcer mais j’ai plutôt vécu ça comme une libération. Comme célibataire, je pouvais vivre à ma manière, sans me tracasser et sans chichis ». Ce récit est la parfaite illustration de ce que le Dr Hamer a découvert et que nous répétons inlassablement dans Néosanté : ce ne sont pas les événements qui rendent malades mais la façon dont on les ressent. Ce qui est une tragédie pour les uns peut être une péripétie pour les autres. Tout dépend de la couleur émotionnelle du choc qui peut conduire à broyer du noir ou à (re)voir la vie en rose. Pourvu que le conflit soit résolu et/ou qu’il ne prenne pas au dépourvu, aucun drame existentiel n’est pathogène en soi. En écoutant ses besoins et en positivant la situation, Daniel a traversé le naufrage de son mariage sans jamais menacer de sombrer.
 
 Positiver, c’est assurément la botte secrète de ce D’artagnan naturopathe, comme en témoigne son deuxième récit. Parvenu à l’âge de la retraite,  il a transmis son fonds de commerce à son beau-fils et a fait valoir ses droits à la pension. Mauvaise surprise : ses comptables n’avaient pas versé les cotisations pendant 15 ans et l’État ne lui octroie qu’un peu plus de 600 € par mois. Même le minimum vital accordé aux indigents ne lui est pas accordé. Il aurait pu le prendre très mal,  hurler au scandale,  mandater un avocat et se lancer dans un long combat judiciaire. Ou alors pester dans son coin, en vouloir à la terre entière et se laisser ronger par le ressentiment. Ce n’est pas dans  son caractère et Daniel a accueilli avec philosophie la nouvelle de son entrée en précarité. Vu qu’il se satisfait de peu et n’a nulle envie de luxe, il s’est dit  qu’il allait « faire avec », comme on dit à Liège, c’est-à-dire accepter son sort et vivre  chichement. « Je me débrouille », me glisse-t-il avec son petit  sourire malicieux. En l’écoutant, j’ai songé à Bernard Tapie qui a déclenché un cancer de l’estomac en apprenant que le fisc allait lui reprendre une fraction de sa fortune. Chez Daniel, la sentence administrative d’une retraite dérisoire ne s’est soldée par aucune somatisation : cherchez l’erreur, ou plutôt la bonne réponse aux revers financiers ! Comble de l’avanie, l’herboriste renommé n’a pas pu siéger au conseil communal de sa ville malgré sa victoire aux élections, car une vieille condamnation est ressortie des tiroirs pour le priver de ses droits civiques. Réhabilité mais grand seigneur, l’élu a préféré se désister pour ne pas se compliquer la vie avec la politique. Où Monsieur Gramme puise-t-il ses tonnes de sagesse ? Est-ce dans ses tisanes et ses élixirs que le citoyen de Seraing  trouve le moyen de rester aussi serein ?  Je penche plutôt pour une autre explication ; chaque semaine, il continue à animer un groupe de pensée positive dont les membres s’échangent  mutuellement du soutien et des conseils. Ce remède anti-conflit  est visiblement très efficace.
 
L’ex-braqueur maladroit n’est toutefois pas épargné par les soucis de santé. Mais sa manière de les considérer est une troisième leçon à méditer.  Pendant longtemps, Daniel s’est coltiné une hernie inguinale. Comme cette boursouflure à l’aine est parfois douloureuse et peut s’avérer dangereuse, il s’est laissé convaincre de passer sur le billard. Avant l’opération, un médecin l’examine de pied en cap et lui découvre un anévrisme cardiaque résultant d’une anomalie ventriculaire. Verdict de la faculté : il faudra absolument repasser au bloc opératoire car un risque d’embolie peut le faucher à tout instant. Pour la hernie, le patient a  laissé faire  le chirurgien  mais il n’est plus jamais retourné le voir pour l’anévrisme. Bon sens ou inconscience ? Personnellement, je discerne du discernement dans sa décision de fuir le bistouri. À 69 ans, Daniel sait bien qu’une intervention chirurgicale assortie d’une anesthésie générale est toujours risquée. Sans même parler des complications possibles et des infections nosocomiales. Il a choisi l’épée de Damoclès en se disant que, de toute façon, la vie humaine tient à un fil et peut s’interrompre à tout instant,  par une chute ou un accident. Pas tout à fait fou, c’est à ce moment-là qu’il a décidé de lever le pied et de remettre la boutique pour éviter les grosses fatigues et le stress excessif. Pour le reste, il a pris la sage  résolution d’accepter le diagnostic en refusant le pronostic. Il renvoie la peur à l’expéditeur et fait  confiance  à la vie. À la mort aussi, qui viendra quand sonnera son heure. Son souffle au cœur, il n’en fait pas une maladie. Inutile de se gâcher l’existence en la médicalisant à outrance.  Au moment de prendre congé, j’ai pensé que Daniel Gramme était décidément un poids lourd de sagesse, un champion toutes catégories du détachement et un maître zen qui s’ignore. Ce type doit être la réincarnation de Diogène ayant réglé son karma et s’étant délesté du cynisme pour faire rimer santé et simplicité. Attention : je le soupçonne d’être un faux modeste et de très bien savoir que ses nombreux amis le regardent comme un modèle  à suivre, une source d’inspiration, voire un gourou dans le sens noble du terme.  Je fais partie de ses adeptes  et j’espère bien lui déclarer encore souvent mon admiration. Longue vie à lui !