Lorsqu’ils échafaudent des études scientifiques, leurs auteurs doivent se méfier des « biais de confusion »,  c’est-à-dire des variables qui influencent les résultats sans qu’ils s’en rendent compte et qui leur font rédiger  de mauvaises conclusions.  Sans être un faussaire, un chercheur peut se tromper et tromper de bonne foi s’il ne prend pas en considération  toutes les données qui peuvent fausser sa recherche. Tronquer n’est pas truquer mais c’est quand même duper.  Pour éviter ce qu’on appelle également les «  facteurs confondants », il faut que la méthodologie soit impeccable et que le protocole  de recherche permette de les éliminer ou de les corriger. Le problème, c’est que les dogmes de la médecine classique peuvent  être aveuglants et lui masquer complètement la vue.  Ainsi, son incapacité à admettre le rôle des émotions dans la genèse des affections et son inaptitude à discerner le sens biologique des maladies débouchent fréquemment sur  des travaux qui semblent lui donner raison  mais qui sont entachés d’erreurs d’interprétation. Seuls les praticiens de médecine naturelle et/ou de médecine nouvelle peuvent percevoir les lacunes et repérer les raisonnement erronés.  Pour illustrer mon propos,  voici trois exemples d’études biaisées piochés dans l’actualité médicale de ces derniers mois. 
 
Publiée dans le Journal of American Medicine Association, la première étude a comblé d’aise les mandarins de la médecine officielle qui se sont empressés de lui faire écho dans la presse spécialisée et de rameuter les médias grand public : sur la base des statistiques américaines du cancer, les chercheurs ont découvert que les patients refusant les traitements conventionnels avaient un plus grand risque de mortalité, jusqu’à deux fois plus élevé. Selon cette étude, la  faible adhésion  aux protocoles cancérologiques classiques est la cause principale de cette mortalité accrue puisque les adeptes des médecines douces ne refusant pas de soigner « durement » leur cancer avaient un taux de survie similaire à celui du groupe contrôle. Conclusion apparemment imparable : le recours aux  thérapies complémentaires fait perdre des chances de guérison aux cancéreux qui ne s’en remettent qu’à elles. Il y a pourtant un biais énorme qui saute aux yeux un tant soit peu décillés : ces patients « radicaux » sont forcément des gens peu médicalisés,  qui ne consultent  pas au moindre symptôme et dont la maladie est par conséquent diagnostiquée plus tardivement, avec un degré de gravité plus élevé. À l’inverse, ceux que ne rebutent ni la chirurgie, ni la chimiothérapie ni la radiothérapie sont très certainement des patients qui se font dépister régulièrement et qui se précipitent chez le médecin à la moindre alerte. Ipso facto, ils sont souvent traités pour des tumeurs peu agressives, voire totalement inoffensives. Voilà le vrai motif  de leur plus faible mortalité !
 
Une deuxième recherche biaisée a été présentée en septembre à Toronto, lors du Congrès international sur le  cancer du poumon.  Plus de 600.000 personnes âgées de 50 à 70 ans ont été contactées aux Pays-Bas et en Belgique entre 2003 et 2006 pour répondre à un questionnaire de santé. Trente mille d’entre elles présentaient un risque accru de cancer du poumon et ont été invitées à participer à un dépistage pilote. Seize mille  ont répondu positivement et ont été réparties en deux groupes, fumeurs actifs ou anciens fumeurs : la moitié a bénéficié de dépistage au moyen de quatre scanners à intervalles réguliers tandis que l’autre moitié, le groupe témoin, n’a pas eu de CT-scan. Après 10 ans,  un cancer du poumon a été diagnostiqué chez 443 personnes du groupe dépisté alors que dans le groupe témoin, 394 personnes ont déclaré un cancer du poumon, généralement à la suite de plaintes. Surtout, dans le groupe non dépisté, près de 50% des patients se trouvaient dans une phase incurable, contre 10% seulement dans le groupe dépisté qui a compté environ 26% de décès en moins. Conclusion logique : il faut généraliser un dépistage précoce du cancer pulmonaire chez les fumeurs et les anciens fumeurs. C’est oublier un peu vite que cette pathologie est très hautement létale (seulement 16% de survie à 5 ans) et donc que les avantages du dépistage constituent un mirage particulièrement trompeur. C’est parce que les malades dépistés  atteignent plus nombreux le cap des cinq années que la thérapie classique est jugée opérante, et non en raison de son efficacité réelle. Mais au-delà de ce mensonge récurrent, il y a un facteur confondant que les chercheurs ont superbement ignoré, à savoir l’effet nocebo. Dans le groupe dépisté, les radiologues ont observé des petites tumeurs récentes et ont sans doute tenu des propos rassurants sur les chances d’en guérir. Dans le groupe non dépisté, les tumeurs étaient déjà plus avancées  et les médecins ont très probablement infligé aux patients ce que le Dr Hamer appelait un « conflit du diagnostic » : le choc d’apprendre qu’on est atteint d’un mal incurable et  qu’on  va sûrement y passer. Comme c’est précisément ce type de peur qui se somatise dans les poumons, il est tout à fait normal d’enregistrer plus de décès chez les non-dépistés. Mais cela n’a rien à voir avec une quelconque vertu du suivi médical ! Ce que cette étude révèle,  ce n’est pas le bénéfice du dépistage mais le danger d’encaisser un diagnostic brutal et un pronostic pessimiste. 
 
Troisième exemple d’affirmation hâtive qui ne résiste pas à l’examen : en analysant 71 études sur les effets de l’aspirine, des chercheurs de l’Université de Cardiff (Royaume-Uni) ont découvert qu’elle aurait des effets insoupçonnés sur le cancer.  Plus précisément,  ils ont trouvé que la prise régulière d’acide acétylsalicylique allait de pair avec une réduction de 25% du nombre de décès par cancer du côlon, de 20% par cancer du sein et de 15%  dans le cas de cancers de la prostate.  Les auteurs ont ajouté qu’il existait des preuves d’une diminution significative du risque de dissémination métastasique pour ces trois cancers, et même des preuves en faveur d’une réduction de la mortalité dans tous les types de maladies cancéreuses. À vos tubes d’aspirine pour repousser le crabe   ? Minute papillon. Comme tous les travaux d’observation, celui-ci ne certifie nullement une relation de cause à effet. Si l’aspirine semble prévenir le cancer, c’est peut-être pour une raison totalement étrangère à son principe actif. Par exemple, on pourrait imaginer que les bénéficiaires d’une meilleure espérance de vie sont des adeptes de l’automédication qui fuient les médecins et se contentent volontiers d’un cachet en vente libre pour traiter leurs troubles de santé. Le médicament serait alors le marqueur d’une certaine insouciance ou d’une méfiance salutaire envers la corporation médicale. Mais pour ma part, je penche pour une toute autre explication : les effets anticancéreux de la fièvre ! Il faut effectivement savoir que l’élévation de la température interne n’est  pas uniquement la réaction naturelle d’un organisme sain confronté à une maladie infectieuse. C’est peut-être aussi une tactique automatique du corps pour résorber les proliférations cancéreuses. De nombreux patients rapportent avoir ressenti des états grippaux aux premiers stades de leur maladie. La fébrilité est un symptôme survenant notamment chez deux tiers  des porteurs de cancers bronchiques. On n’a pas la preuve qu’il s’agit d’un mécanisme de défense, mais des indices en ce sens ont été fournis dans les années 70  par  un certain James M. Larkin, médecin et chercheur américain. En soumettant des malades à une hyperthermie de 42°C, il a pu  réduire de moitié le volume de leurs tumeurs. Nous avons résumé son étude clinique dans notre dossier sur la « fièvre guérisseuse » (Néosanté N°62)  et vous pouvez la lire (en anglais) en cliquant ici. Depuis lors, d’autres équipes ont mis en évidence le potentiel anticancéreux de l’hyperthermie. Or réfléchissons un peu : qui est tenté de prendre de l’aspirine, sinon celui qui se sent fiévreux ? Si ça se trouve, ce n’est pas l’antipyrétique qui éloigne le cancer, mais bien la fièvre que le médicament va malheureusement faire baisser !  La science confond fréquemment les causes et les conséquences et ce ne serait pas étonnant que pareille méprise se soit produite à Cardiff. D’ailleurs, un article récent publié dans le New England Journal of Medicine est venu infirmer tout ce qu’on pensait de positif sur l’aspirine : non seulement son utilisation  ne diminue pas  la mortalité toutes causes, mais son usage régulier semble entraîner une surmortalité par cancer, du moins chez le sujet âgé. Échec et mat pour ce médoc si populaire ? À la différence des trois études citées plus haut, celle-ci est un  essai clinique de vaste ampleur mené contre placebo avec plus de 19.000 participants suivis pendant 5 ans.  Ses conclusions sont donc bien  plus crédibles que celles d’études épidémiologiques  souvent parasitées par  les facteurs confondants. Il ne faut pas prendre ces dernières pour argent comptant, surtout quand les biais peuvent rapporter des tas de billets à Big Pharma.