ARTICLE N° 66 Par Yves Wauthier-Freymann

Parmi les nombreuses techniques de libération émotionnelle mises en œuvre dans les thérapies brèves, la toute récente méthode T.R.E (Trauma Releasing Exercises™) de l’Américain David Bercelli nous semble particulièrement novatrice et potentiellement compatible avec la médecine nouvelle du Dr Hamer . Elle vise notamment à stimuler le tremblement corporel post-traumatique observable chez les animaux en train de guérir spontanément, un phénomène que le Dr Hamer a qualifié de « crise épileptoïde » signalant la résolution d’un conflit biologique. Nous avons demandé à Yves Wauthier-Freymann,
traducteur du livre de David Bercelli et promoteur de la méthode T.R.E en Europe, de nous en résumer les grandes lignes.

David Bercelli, le concepteur de la méthode T.R.E (Trauma Releasing Exercises™ ou exercices de libération des traumatismes), explique que durant l’un de ses séjours en Éthiopie, il a eu l’occasion d’assister à plusieurs reprises au rituel du café. Ce rituel réunit tous les matins un grand nombre de familles vivant les unes près des autres. Le processus en tant que tel dure environ deux heures et amène les personnes rassemblées à parler de ce qui s’est passé la veille. Ces personnes habitant dans une zone de guerre évoquaient fréquemment les événements tragiques auxquels elles avaient assisté ou dont elles avaient entendu parler, partageant leur douleur et recevant des encouragements et un soutien nécessaires pour ne pas se laisser abattre. Thérapeute spécialisé dans le traitement des traumatismes, et ayant beaucoup travaillé dans des pays en guerre, David a souvent vu des personnes venir le consulter accompagnées d’amis ou de membres de leur famille. L’idée qu’il fallait venir seul(e) aux séances était étrangère à ces gens. « Nous sommes ses amis », lui expliquait-on, « pourquoi ne viendrions-nous pas à sa séance de thérapie ? C’est nous qui allons l’aider à guérir. » Les nombreuses expériences de ce type qu’il a faites dans différentes cultures d’Afrique et du Moyen-Orient l’ont amené à revoir sa conception du processus de guérison.
Les expériences traumatiques étant de plus en plus nombreuses, tant à l’échelle nationale qu’internationale et même mondiale, la recherche commence à reconnaître la gravité de ce nouveau phénomène que Douglas Bremmer qualifiait en 2002 d’« épidémie invisible », terme qui a trouvé depuis un large écho. Ce questionnement sur la guérison post-traumatique a duré plusieurs années et a abouti à la mise au point d’un processus révolutionnaire de guérison des traumatismes que David a appelé Trauma Releasing Exercises™ (exercices de libération des traumatismes), ou T.R.E. La méthode T.R.E repose sur l’hypothèse que l’être humain possède au plus profond de son corps une faculté réparatrice organique qui lui permet de guérir de lui-même d’un grand nombre d’expériences traumatiques.

L’homme – un être d’argile

Les êtres humains ont tous une aptitude innée à guérir de leurs expériences traumatisantes. L’espèce humaine est génétiquement programmée pour que chaque individu ait la capacité de se guérir lui-même. Sans cette capacité, notre espèce se serait d’ailleurs éteinte peu après son apparition. Autrement dit, non seulement nous pouvons guérir de nos expériences traumatiques, mais le traumatisme lui-même participe du processus naturel d’évolution de notre espèce et chaque individu a accès à cette méthode de guérison naturelle qui fait partie de son patrimoine génétique.
Au fil du temps, chaque branche scientifique a développé sa propre compréhension de la façon dont l’être humain vit ses émotions : pour les psychologues, les émotions sont contrôlées par le Moi et l’inconscient ; pour les neurologues, elles le sont par certaines parties du cerveau ; pour les physiologistes, elles le sont par le système nerveux ; pour les psychobiologistes, elles le sont par des substances chimiques, les neuropeptides, que secrètent et transportent différentes parties de notre cerveau et de notre corps.
En réalité, il s’avère que les réactions au trauma et les comportements post-traumatiques sont la résultante de la très subtile interdépendance de ces différents systèmes, mécanismes de survie interagissant pour atteindre un but commun – garantir l’évolution de notre espèce.
Les exercices T.R.E ont pour but de responsabiliser les personnes concernées pour qu’elles prennent elles-mêmes en main leur rétablissement post-traumatique. Car, comme me l’a dit une fois un client désespéré : « Deux heures par semaine, vous m’accompagnez dans mon travail de guérison, mais pendant les 166 heures restantes de la semaine, je dois me guérir moi-même. Je vous en prie, donnez-moi quelque chose que je puisse faire pour aller mieux lorsque vous n’êtes pas à mes côtés ! »

Tirer un trait sur le trauma

« Tirer un trait n’a pas pour objet d’oublier ni de pardonner ce qui s’est passé : tirer un trait sert à libérer l’énergie du passé pour reprendre possession de notre vie dans le présent, étape nécessaire pour nous permettre d’aborder l’avenir. » Holloway (2002)
Or, comme le montre la psychothérapie, c’est justement notre incapacité à pardonner et à lâcher prise qui entretient la souffrance et la tragique sensation de perte, nous mettant ainsi dans une atroce et paradoxale situation de « double contrainte ».
En refusant de tirer un trait sur le passé, l’être humain ne peut que s’enfermer dans une boucle de rétroaction neuronale, repassant indéfiniment le trauma dans son esprit en un cycle de folie sans fin. Or, ce processus neurologique finit par transformer son chaos mental en pensées de haine, de vengeance, de honte, en idées suicidaires et en dépression.
Finalement, savoir tirer un trait sous le passé relève de la responsabilité individuelle de chaque survivant à un trauma. Chacun est personnellement responsable de ne pas choisir de sacrifier son avenir sur l’autel de la vengeance. Considéré sous cet angle, le traumatisme s’avère non seulement être partie intégrante du processus évolutif de l’espèce humaine, mais aussi constituer en lui-même un processus d’apprentissage vers une humanité plus sage et plus mature.

Identifier le traumatisme

Un trauma est une expérience qui déborde notre stratégie de défense habituelle – et c’est pour cela même qu’il est si difficile à identifier. Comme une expérience peut bouleverser une personne et ne pas être ressentie comme effroyable par une autre. Une réaction traumatique n’est autre que la réponse élémentaire d’urgence que développe l’organisme lorsqu’un événement l’amène à passer en mode survie. Elle dépend souvent d’une série de circonstances : l’âge de la personne concernée, la gravité de la menace, la possibilité de fuir ou le degré de dommage physique susceptible d’être subi par la personne. La réaction de chacun dépend de sa biographie. Ce qu’il est important de comprendre est que nos réactions étant instinctives, elles ne peuvent pas être contrôlées consciemment.
Parmi les événements vécus comme traumatiques par une majorité d’individus, on peut citer les catastrophes naturelles – tremblements de terre, ouragans, tornades ou inondations – et, parmi les traumas d’origine humaine, les accidents de transport, la perte soudaine d’un être cher, les faits de violence domestique et / ou familiale, les agressions sexuelles ou physiques, les explosions, les conflits armés, etc. C’est le manque d’attention portée à ce type d’expériences (aux traumas), ainsi que l’absence subséquente de guérison, qui donne lieu aux symptômes, aux réactions et aux comportements post-traumatiques (c’est-à-dire au traumatisme). On désigne les symptômes post-traumatiques sous le terme de syndrome de stress post-traumatique (ou SSPT).
Un syndrome de stress post-traumatique ou SSPT est un trouble anxieux accompagné de symptômes physiques, psychologiques ou émotionnels ayant été déclenché par un événement douloureux ou bouleversant. Ce trouble anxieux peut se manifester de multiples façons : flash-backs, troubles du sommeil, pertes de mémoire, manque de concentration, cauchemars ou conduites d’évitement symbolique. Étant donné que ces expériences ne sont pas toujours perceptibles pour autrui, beaucoup de gens souffrent de SSPT en silence et dans l’isolation tandis que leurs proches se demandent pourquoi ils ne parviennent pas à tourner la page et à passer à autre chose.
Le traumatisme indirect (également appelé traumatisme par ricochet ou traumatisme vicariant) est une autre expérience psychosomatique extrêmement perturbante. Il s’agit d’un changement mental consécutif au contact avec le récit traumatique d’un tiers. Ces récits cumulés pouvaient finir par engendrer chez eux des sentiments de peur, de colère ou une souffrance émotionnelle – et ce, bien qu’ils n’aient pas subi eux-mêmes le traumatisme initial.

Les effets résiduels du trauma

Étant donné que jusqu’à récemment, la plupart des recherches sur le traumatisme et le syndrome de stress post-traumatique étaient menées dans le domaine de la psychologie, la majorité des programmes visant à soulager les symptômes de traumatisme et de stress post-traumatique abordaient principalement les dimensions psychologique et émotionnelle de l’individu. Néanmoins, il est inévitable qu’il s’exprime aussi sur le plan physique.
Cette prise de conscience accrue entraîne une meilleure reconnaissance du fait que le traumatisme est d’abord une réaction corporelle instinctive. Pendant son exposition à une expérience traumatique, le corps d’une personne traverse des changements d’ordre neurologique, biologique et anatomique – tandis que sa personnalité se contente de se réadapter pour pouvoir habiter ce nouveau corps.

Le rôle du psoas iliaque dans le mécanisme de défense

Afin de comprendre la façon dont le corps humain se protège du traumatisme, il est important de posséder quelques notions fondamentales d’anatomie. Nos muscles squelettiques sont conçus pour se contracter en cas de danger – un mécanisme qui permet à notre corps de rouler sur lui-même et de protéger ainsi son bas-ventre de blessures potentiellement mortelles –, et pour se détendre une fois le danger passé en relâchant la tension musculaire excessive qui était nécessaire pendant l’épisode traumatique.
L’un des principaux groupes de muscles qui nous protègent pendant un événement traumatique est le psoas-iliaque. Considéré comme étant pour l’espèce humaine le groupe de muscles de la réponse combat/fuite, le psoas-iliaque est comparable à une sentinelle qui protégerait le centre de gravité du corps humain, situé juste devant la troisième vertèbre sacrée (S3). Il relie le dos avec le bassin et les jambes. En cas d’expérience traumatisante, le psoas-iliaque se contracte.
Lorsqu’il est contracté, voire blessé, le psoas-iliaque donne souvent lieu à de fortes douleurs lombaires. C’est un phénomène notamment fréquent chez les personnes ayant subi des abus sexuels. Ce que l’on oublie souvent, c’est que lorsque le psoas-iliaque se contracte et tire le corps vers l’avant, il génère des contractions musculaires secondaires dues au fait que le corps tente de compenser cette traction. Les muscles érecteurs spinaux tirent le corps vers l’arrière pour tenter de le faire revenir en position verticale. Or, en appuyant de deux côtés sur les vertèbres inférieures, ces deux tensions opposées compriment la colonne lombaire. Si elle se poursuit pendant une période prolongée, une telle compression peut s’avérer dommageable. Par ailleurs, la traction musculaire finira par causer également des douleurs secondaires au niveau des épaules et du cou.
Il est à noter que le diaphragme contribue lui aussi aux tensions musculaires de cette zone du corps. En effet, le psoas recouvre le muscle iliaque et le diaphragme le long de la colonne vertébrale. Ensemble, ils relient le torse avec le bassin et les jambes. Comme il s’agit d’une zone corporelle stratégique pour la protection de l’individu en cas de danger, c’est également ici que se trouve le plus grand nombre de nerfs sympathiques (nerfs impliqués dans les réactions de combat ou de fuite).

Le mécanisme de relâchement post-traumatique

Dans notre société actuelle, on n’accepte pas les manifestations physiques de la peur. La voix qui chevrote, les jambes, les mains ou les genoux qui tremblent sont interprétés comme des signes de faiblesse – et, dans notre culture, la faiblesse est quelque chose d’inacceptable. Cela ne nous empêche pas d’avoir tous déjà fait l’expérience de se mettre à trembler durant ou après un évènement effrayant.
Afin de comprendre ce que trembler apporte à l’Homme, il est utile de se pencher sur la façon dont tous les mammifères gèrent leurs expériences traumatiques. Les animaux vivant dans leur habitat naturel sont souvent confrontés à des traumatismes. Lorsqu’une gazelle attaquée par un lion parvient à lui échapper, son corps tout entier se met à trembler pour expulser la tension qui s’est accumulée en elle. Une fois cette tension éliminée, la gazelle rejoint le troupeau au bord de la mare et recommence à s’abreuver avec ses congénères comme s’il ne s’était rien passé.
L’être humain dispose du même mécanisme. Malheureusement, il l’a inhibé, voire étouffé. Ce contrôle du Moi crée un conflit entre le corps et l’esprit. Cette tension chronique est l’une des sources du syndrome de stress post-traumatique (SSPT).
Les exercices T.R.E ont été conçus spécifiquement pour déclencher artificiellement ce mécanisme de tremblement. Simples et indolores, ces exercices permettent de relâcher les contractions musculaires chroniques et profondes occasionnées par un choc grave ou un trauma. Ils ne font appel à rien d’autre qu’aux mécanismes naturels du corps humain. Toutefois, la technique T.R.E a pour spécificité de faire partir le tremblement de son centre de gravité situé dans le bassin, pour lui permettre de se propager ensuite dans le corps tout entier, et, en passant ainsi successivement par tous les foyers de tension chronique et profonde, de les dissoudre naturellement.

Aspects neurologiques du traumatisme

Dans le cerveau, on peut distinguer trois zones principales. L’une, le tronc cérébral, pilote les fonctions corporelles essentielles comme la respiration, la modulation du rythme cardiaque, la tension artérielle, etc. Une deuxième, le système limbique, se développe plus tardivement et contrôle les comportements de combat/fuite et d’action/réaction ; celle-ci est davantage régie par les émotions. Enfin, le néocortex, dernière partie du cerveau à parvenir à maturité, est le siège de la pensée abstraite et de la logique.
Dans des circonstances normales, lorsque notre cerveau reçoit une information, il la traite émotionnellement au niveau du système limbique, puis l’envoie au néocortex qui l’analyse et détermine une réponse logique et appropriée. On a alors affaire à un comportement de type :
ACTION – RÉFLEXION – RÉACTION
Mais lorsqu’il se produit un événement traumatique, le processus est différent. En effet, ce qui est alors requis est une action rapide et instinctive. Aussi le cerveau active-t-il en priorité ses zones les plus primitives, le tronc cérébral et le système limbique, afin de générer une réaction immédiate sans devoir passer par le processus long (et donc potentiellement dangereux) de la réflexion nécessaire à la production d’une réponse logique.
La neurologie explique également les différences dans la façon dont notre cerveau enregistre et traite d’une part les événements ordinaires et d’autre part les expériences traumatiques.
Voici comment le cerveau fonctionne durant un événement ordinaire. Certaines zones de notre cerveau, appelées « zones somatosensorielles », reçoivent chaque jour des millions d’octets de données ou d’informations provenant du monde qui nous entoure. Elles les transmettent à des zones appelées « aires d’association », où ces nouvelles sensations sont connectées aux souvenirs et aux émotions liés à des expériences passées similaires. Les informations sont ensuite envoyées vers une troisième zone du cerveau, l’« aire gnosique », qui interprète l’expérience vécue et la transforme en récit. Une fois ce récit produit, le cerveau peut se consacrer à traiter d’autres données.
Il est très fréquent que des personnes n’ayant pas vécu le même trauma que les êtres qui leur sont chers éprouvent davantage d’amertume et de colère que celles qui ont traversé l’expérience traumatique et ont survécu. L’imagination humaine est un processus mental puissant, mais lorsqu’elle n’est pas connectée à l’expérience physique de la réalité, elle peut s’avérer dangereuse. Si ceux qui ont souffert pardonnent souvent plus facilement que ceux qui n’ont fait qu’imaginer la souffrance de quelqu’un d’autre, c’est que leurs souffrances et leur peine sont aussi connectées à l’expérience positive de la survie de leur corps physique.
La T.R.E permet de relâcher toutes ces tensions sans nécessairement se replonger dans le trauma lui-même. Plus qu’un traitement, il s’agit réellement d’exercices d’hygiène mentale.

À lire
-David Bercelli : “La methode T.R.E, pour se remettre d’un stress extrême”.
Préface de Jean-Michel Gurret et Yves Wauthier, Editions Thierry Souccar.

Références
Arendt, H. (2000). The Portable Hannah Arendt. Penguin, London, England.
Broome, B., Murray, J. (2002). Improving third-party decisions at choice points : A Cyprus case study. Negotiation Journal. 1 : 75-98.
Holloway, R. (2002). On Forgiveness. Canongate Books Ltd. Edinburgh, Scotland.
Kessler, L. This report is from the Department of Health Care Policy, Harvard Medical School, Boston, MA. Journal of Clinical Psychiatry 2000 ;61 [suppl. 5] :4-12).
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Jossey-Bass,CA. Levine, P. (2002). Trauma – The vortex of violence. Foundation for human enrichment. P.O. Box 1872 Lyons, Co. 80540.
Perry, B. (1996). Childhood Trauma, the Neurobiology of Adaptation and Use-Dependent Development of the Brain : How States Become Traits. Infant Mental Health Journal.
-Van der Kolk, B. (1994) The body keeps the score : Memory and the emerging psychobiology of post traumatic stress. Harvard Review of Psychiatry, 1, 253-265.