ARTICLE N° 74 Par Sandra franrenet

L‘urinothérapie consiste à boire son pipi et/ou à se l’appliquer sur la peau. Cette méthode souvent tournée en dérision est-elle vraiment farfelue ou mérite-t-elle que la médecine s’y intéresse ? Après sa petite enquête, Sandra Franrenet penche pour la seconde hypothèse. Loin d’être le déchet que l’on imagine, l’urine possède des vertus autrefois reconnues et redécouvertes aujourd’hui par la science.

« Je ne comprends pas la base de ce traitement. Non, vraiment ! Je ne vois pas pourquoi on trouverait dans l’urine des éléments actifs qui seraient bénéfiques pour l’organisme lorsqu’on la boit » s’interroge le Pr. Alain Baumelou. Contrairement aux détracteurs de l’urinothérapie (également appelée Amaroli), ce néphrologue de la Pitié-Salpêtrière se montre cependant étonnamment ouvert pour un médecin occidental : « Si vous avez des données scientifiques (Cf. encadré) qui concluent qu’elle possède des vertus thérapeutiques, n’hésitez pas à me recontacter, c’est un sujet intéressant ! » La plupart du temps, le discours médical se rapproche plutôt de celui du Dr Edouard Broussalian, homéopathe, pour qui la « pipithologie repose sur des croyances. C’est comme une amulette, sauf qu’ici les gens n’avalent pas du poison pour s’immuniser mais les déchets contenus dans leur urine. Pourquoi ne pas boire les règles de jeunes vierges tant qu’on y est ? Pour moi, cela relève du même délire magique ! » Ce « délire magique » séduit pourtant de plus en plus d’adeptes en Europe, à l’exception de la France peuplée d’irréductibles Gaulois ! « Je n’intègre pas l’urine dans mes séances car les Français ont encore du mal à s’ouvrir à ce type de thérapie » témoigne une thérapeute qui souhaite rester anonyme pour ne pas être clouée au pilori. Même son de cloche chez Jérémy Mercier, coach et thérapeute installé à Nantes. « C’est un remède miracle dont on ne peut malheureusement pas parler à tout le monde, faute d’ouverture d’esprit suffisante » déplore-t-il. Ces deux spécialistes remarquent pourtant que, de l’autre côté de nos frontières, celle qu’on appelle parfois « eau » ou « elixir de vie », n’est pas perçue comme un déchet qui suscite le dégoût. « Lorsque j’étais étudiant, poursuit Jérémy Mercier, j’ai partagé ma chambre avec un Allemand qui buvait son urine. Visiblement, c’est quelque chose de très fréquent là-bas. Comme il ne m’en a pas expliqué l’intérêt, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un truc farfelu auquel je n’ai pas prêté attention ! » Le fondateur du centre Le Phoenix a compris quelques années plus tard, à l’occasion de nombreuses synchronicités, qu’il n’en était rien. « En 2010, raconte-t-il, j’ai voulu tester un régime végétalien. Comme je ne voulais pas faire n’importe quoi, je me suis documenté. De fil en aiguille, je suis tombé sur « La viande et le lait : des aliments dangereux qui détruisent notre santé et notre planète » (éditions Lanore) du Dr Christian Tal Schaller. Sans rentrer vraiment dans les détails, l’auteur évoquait Amaroli. J’ai eu la curiosité de poursuivre avec un autre de ses livres « Testez l’urinothérapie » (Testez… éditions) co-écrit avec Johanne Razanamahay. Cet ouvrage m’a donné envie d’essayer de boire la mienne… ça ne m’a pas dégoûté ! Quelques semaines après, j’ai assisté à une conférence où l’une des intervenantes déclarait avoir guéri son cancer de l’utérus grâce à son urine. Plus je m’intéressais à cette forme de thérapie et plus j’en entendais parler. J’ai pris cela comme un signe car je ne crois pas au hasard ! » Brûlure, piqûre d’insecte, orgelet, douleurs quelconques,… Pas prêcheur mais adepte converti, Jérémy Mercier décline désormais son urine pour tous les usages, y compris lorsqu’il fait un jeûne pour l’aider à calmer la sensation de faim.

Un médicament polyvalent

« L’urine est le premier des médicaments car elle contient tout ce qu’on trouve chez un pharmacien sous forme galénique : vitamines, enzymes, sels minéraux, hormones,… » énumère le Dr Christian Tal Schaller avant de rappeler que le fœtus grandit et s’épanouit dans un liquide amniotique composé à 80 % de pipi. Contrairement aux idées reçues –et aux matières fécales- l’urine est donc loin d’être un déchet. « Il s’agit de « sang filtré » chargé de substances vivantes et biologiquement actives qui, lorsqu’elles sont bues, vont transiter par l’intestin. Celui-ci ne gardera que ce qui est bénéfique pour l’organisme. Le reste, en particulier tous les sels minéraux qui doivent être éliminés, va rester dans le tube digestif et jouer le même rôle que des sels d’Epsom qui attirent de l’eau et nettoient le tractus digestif » poursuit ce médecin qui pratique et enseigne les médecines douces et les techniques de santé depuis 35 ans. Et celui-ci de rassurer : « L’intestin grêle a une perméabilité sélective qui ne laisse pas entrer dans le sang les substances qui doivent être éliminées. » En bref, il n’y a donc aucun danger à boire son urine (au contraire). Le plus difficile, reste finalement de faire le premier pas… Ou plutôt de boire la première goutte, sachant que le goût varie énormément selon son alimentation. « Si on mange une nourriture industrielle de mauvaise qualité, la saveur est affreuse. En revanche, si l’on se nourrit avec de bonnes choses pour l’organisme, l’urine aura un bouquet appréciable. Je me souviens d’une anecdote à ce propos. Lors d’un voyage, j’avais dégusté un fromage de chèvre très goûtu. J’ai retrouvé son parfum le lendemain en buvant mon urine matinale ! Les parfums forts dominent toujours » illustre le Dr Gérard Leborgne, médecin généraliste installé à Paris. Très ouvert sur les médecines alternatives, ce praticien raconte avoir fait ses premières expériences avec Amaroli lors d’un congrès sur l’île de Santorin en 1999. « J’avais un eczéma sur la paupière gauche et le bain dans les eaux bouillonneuses de la mer n’avait rien arrangé. Mon œil est devenu rouge, purulent et très douloureux » se souvient-il. Refusant d’appliquer une crème à base de cortisone, le Dr Leborgne a posé une compresse imbibée d’urine durant un quart d’heure. Son œil a guéri et son eczéma a disparu sans le moindre médicament. « On peut aussi utiliser cet élixir de vie en collyre en laissant tomber deux à trois gouttes d’urine dans le globe oculaire. Je conseille cependant de toujours commencer par un œil à la fois pour s’assurer qu’il n’y a pas de réactions secondaires. Je n’en ai jamais eu vent, mais mieux vaut miser sur la prudence lorsque l’on débute » ajoute-t-il.

Expérience positives

Les expériences de ce généraliste pas comme les autres sont pourtant loin de s’arrêter aux yeux ! À l’écouter, il a essayé Amaroli sur toutes les parties de son corps : cheveux, narines, oreilles, dents, gencives, en lavement et pour faire sa toilette. « Cela fait 15 ans que je bois mon urine et me lave régulièrement avec elle, mais cela n’a rien d’obsessionnel. Je le fais durant certaines périodes, puis arrête pour mieux reprendre ensuite » confie-t-il. Une façon de procéder également chère à Johanna Razanamahay, pyschothérapeute, écrivain et conférencière mariée à Christian Tal Schaller. « Je pratique l’urinothérapie depuis plus de 20 ans mais pas de manière systématique pour ne pas habituer mon système immunitaire à ingérer tout le temps la même chose. Il y a des mois, voire parfois des années, où j’oublie même complètement de boire mon urine et un jour, un déclic s’opère et je recommence. Ce déclic est à la fois irrationnel et intuitif. C’est une sorte de voix de l’âme ! » témoigne-t-elle avec humour. Elle reconnaît en revanche l’utiliser quotidiennement en produit cosmétique. « L’urine est excellente pour l’élasticité et le tonus de la peau. Dire que les femmes préfèrent dépenser des fortunes en crèmes chimiques nocives alors que le pipi, rend gratuitement la peau toute douce ! » sourit cette Malgache avant de concéder que si elle n’avait pas rencontré son Suisse de mari, elle ne se serait sans doute jamais essayée à cette drôle de thérapie. « J’ai grandi à Madagascar, pays dans lequel l’urine est utilisée pour désinfecter les plaies. Celle de zébu est quant à elle récupérée pour lutter contre la fièvre jaune. Malheureusement, nous avons été évangélisés par les messagers de la Croix rouge ! Je voulais tellement être « civilisée » que j’ai effacé toutes les traditions de ma mémoire ; il n’y avait plus de place que pour l’allopathie ! Lorsque j’ai rencontré Tal, j’ai pris une claque. D’une certaine manière, c’est lui qui m’a ramenée un peu chez moi ! » raconte Johanne. À l’instar de cette île des côtes africaines, de nombreux pays incorporent depuis la nuit des temps l’urine dans leurs médecines traditionnelles. C’est notamment le cas de l’Inde et de la Chine. Un reportage diffusé à la télévision belge le 8 avril dernier dans l’émission Matière grise a montré que le pipi de nourrisson était d’ailleurs très prisé dans la Chine impériale. Le fait que ce liquide jaunâtre ne soit pas tabou explique qu’il fasse aujourd’hui l’objet de recherches scientifiques poussées à l’université de Guangzhou, dans le domaine des cellules souches. Le postulat est le suivant : lors de la miction, des milliers de cellules du rein sont évacuées sans être endommagées. Plutôt que d’utiliser celles de l’embryon, ce qui pose des problèmes éthiques, l’idée est de voir s’il est possible de les récupérer puis de les mettre en culture en vue de les transplanter. Aux États-Unis, le Dr Mousa Shaker du Albany College of Pharmacy (USA) fait quant à lui des recherches sur l’urine de dromadaire pour traiter certains cancers. L’avantage : étant stérile, cet élixir peut être conservé pendant des années en milieu réfrigéré sans être contaminé par des bactéries. Une chose est sûre, si les chercheurs se mettent (enfin) à investiguer cette piste, ils devront trouver des formes pharmaceutiques acceptables par la population pour parvenir à commercialiser leurs traitements…

Le goût indique l’état du terrain

Avant d’en arriver là, pourquoi donc ne pas commencer à se traiter soi-même avec son propre pipi ? À écouter Christian Tal Schaller et Johanne Razanamahay, pour que cette thérapie soit optimale, il est cependant impératif qu’elle s‘inscrive dans une démarche holistique prenant en compte le corps physique, le corps émotionnel, le corps mental et le corps spirituel.Cela suppose d’abord de mener une vie saine basée sur un régime alimentaire équilibré, mais aussi de laisser s’exprimer ses émotions, devenir conscient de ses pensées pour laisser s’envoler les négatives, et de jeûner et méditer pour se connecter à sa « radio intérieure ». En cas de maladie, ces deux experts expliquent qu’il est fondamental de pratiquer l’urinothérapie avec « souveraineté » : « S’ils restent dans une attitude de soumission et de dépendance, les malades transforment en poison les meilleurs médicaments ! Il s’agit d’accompagner Amaroli d’un travail de conscientisation et de responsabilisation. Avant de pouvoir éliminer sa maladie, il faut comprendre pourquoi on l’a créée ! » Et ceux-ci d’ajouter que le goût de sa propre miction constitue un excellent indicateur de l’état de l’organisme. S’il est surchargé en toxines, le goût sera détestable, signe qu’il est temps de changer de régime alimentaire et/ou de chasser ses émotions et pensées négatives. Si vraiment l’idée de boire ce breuvage est trop difficile à avaler, il existe néanmoins d’autres pistes pour prendre soin de soi, comme l’explique Kiran Vyas, fondateur des centres de yoga et d’ayurvéda TAPOVAN. « Amaroli est beaucoup utilisée dans la pratique de la naturopathie indienne. Je l’ai moi-même utilisée mais aujourd’hui je préfère avoir recours aux massages aryuvediques pour équilibrer les différents corps » justifie-t-il. Daniel Vignat, coach de vie retraité de 74 ans, connaît également les bienfaits de cette thérapie mais déclare ne pas ressentir le besoin de boire son urine pour rester en forme. « Certes je pourrais boire mon pipi au motif que nous manquons tous potentiellement de vitamines et minéraux mais je reste persuadé que si on s’alimente bien et que l’on pense « bien » en évitant de consommer des pensées négatives ou de jouer les oreilles poubelles, on peut être en excellente santé. À ce jour, je préfère boire des tisanes de plantes mais je n’ai rien contre l’urinothérapie. Si un jour l’occasion se présentait car mon état le justifiait, je n’hésiterais pas à boire un grand verre de cet élixir de vie ! » conclut-il.

L’urine et les labos

Dans son livre, le Dr Schaller rapporte que « des centaines d’études scientifiques ont été consacrées à l’urinothérapie jusqu’à ce que le développement rapide de l’industrie pharmaceutique, après la seconde guerre mondiale, ne vienne bloquer toutes les recherches. La raison ? Le pipi présente un immense défaut : il est gratuit ! Il n’existe, dans toute la littérature médicale mondiale, aucune étude montrant que cette thérapie pourrait présenter le moindre danger, contrairement aux médicaments chimiques dont les effets secondaires sont nombreux et souvent dangereux. » L’industrie pharmaceutique ne boude pourtant pas l’urine, lorsqu’il s’agit de l’intégrer dans des médicaments ou des crèmes de beauté… sans évidemment la mentionner telle quelle ! Un article de yogaesoteric.net intitulé « L’urino thérapie, une thérapie récemment redécouverte par la science » rappelle que de nombreux remèdes sont fabriqués à partir des constituants de l’urine. Parmi les indications : fertilité, problèmes de peau, brûlures, blessures infectées ou encore médicaments cytotoxiques actifs en cas de cancer. Le Dr Tal Schaller affirme de son côté que certains cosmétiques coûteux en contiennent également derrière l’intitulé « extraits biologiques » !

Contre-indications

Amaroli serait donc une technique de santé dépourvue de tout danger. Elle possède pourtant des contre-indications, à savoir la prise de médicaments et des habitudes de vie néfastes. Lorsqu’une personne est sous traitement allopathique, elle doit éviter, ou en tous cas limiter, l’absorption d’urine. À défaut, elle risque de doubler la dose de chimie ingérée par l’organisme. Un malade sous traitement médical doit donc commencer par réduire la quantité de médicament au fur et à mesure qu’il augmente la quantité d’urine bue. De même, une personne qui boit et/ou fume beaucoup ou qui consomme des aliments trop riches en graisse et en protéines aura une urine chargée de substances toxiques. Il est donc essentiel d’adopter un régime alimentaire varié et équilibré avant de boire son urine. En revanche, les infections urinaires ne constituent pas un problème, selon le Dr Christian Tal Schaller.

Conseils d’utilisation

Il est vivement recommandé de commencer par absorber de petites quantités d’urine (un demi-verre) chaque jour puis d’augmenter les doses progressivement. Mieux vaut en effet éviter les crises de désintoxication trop intenses ! Pour s’habituer en douceur, les spécialistes conseillent de boire la troisième ou la quatrième miction du matin, la première étant souvent forte à l’odeur et au goût. Si les blocages sont vraiment importants, il n’est pas interdit de mélanger ce breuvage avec du jus d’orange.

Pour en savoir plus
– Dr Christian Tal Schaller et Maître Johanne Razanamahay :
www.santeglobale.info
– Dr Gérard Leborgne : gerardleborgne.wordpress.com
– Jérémie Mercier : www.centrelephoenix.com

Pour aller plus loin
Testez l’urinothérapie, Christian Tal Schaller et Johanne Razanamahay,
Testez… Editions
L’élixir de vie : Guide complet de l’urinothérapie, Coen van der Kroon,
Editions Jouvence
Miracles of Urine Therapy, Morarji Desai,
Pankaj Publications
The Water Of Life : A Treatise On Urine Therapy, John W. Armstrong,
Éditions Vermillion
Liquid Gold : A Short History of Urine Use (And Safe Ways to Use It to Grow Plants), Carol Steinfeld, Malcolm Wells (Illustrations),
Éditions Carol Steinfeld
Your Own Perfect Medicine : The Incredible Proven Natural Miracle Cure that Medical Science Has Never Revealed !, Martha M. Christy,
Editions Wishland
Urine Therapy : Nature’s Elixir for Good Health, Flora Peschek-Böhmer et Gisela Schreiber
Editions Healing Arts Press
Drink Your Own Water : A Treatise on Urine Therapy, Tony Scazzero,
Editions Llumina Press
Ancient Secret of the Fountain of Youth, Peter Kelder et Bernie S. Siegel,
Editions Doubleday