Sapristi. Avec ce mois de  février de 28 jours,  il va m’en manquer  deux pour boucler  confortablement votre Néosanté de mars. Je suis donc un peu à la bourre et n’ai pas trop le temps de rédiger la lettre hebdomadaire. En guise de missive du mercredi, je me permets de vous renvoyer un édito publié il y a tout juste cinq ans. Le titre est un peu trompeur car il n’y est nullement question de défendre la connerie humaine, que du contraire. Les éléments factuels de ce texte ne sont plus très actuels mais la réflexion de fond me semble toujours pertinente. Et en plus, elle convient plutôt bien à cette journée de Saint-Valentin. J’espère qu’elle aidera les amoureux  à ne pas sombrer dans la phobie microbienne entretenue par la médecine à l’égard du sexe féminin. Les vagins de ces dames et demoiselles méritent mieux que cette hantise irrationnelle.  Je vous laisse donc à la (re)lecture de ce plaidoyer aux accents érotiques. La semaine prochaine,  je reprends la plume et je reviendrai comme promis sur le thème ébauché il y a 15 jours, celui de la candidose.

Y.R.

 

Plaidoyer pour les cons

Cette fois, je monte aux barricades : il est grand temps de prendre la défense des cons ! Je ne parle pas des gens qui disent ou font des conneries, mais bien du sexe de la femme. A l’origine, ce mot dérivé du latin « cunnus » (vagin) et dénué de connotation péjorative désigne en effet  l’organe sexuel féminin. Ce n’est qu’au XIXe  siècle que le vocable français acquiert un sens figuré injurieux et que son emploi devient le témoin de la phallocratie ambiante. Est-ce un hasard si ce glissement sémantique s’opère  au moment où Pasteur impose sa théorie du germe et où se construit la médecine dite « scientifique » ? Je n’en crois rien,  car la religion allopathique pasteurienne a tout de suite trouvé en la femme une cible de choix pour fustiger la repoussante  saleté de son « continent noir ».  De la chaude-pisse au sida en passant par la syphilis et l’herpès,  l’histoire médicale est pleine de ces maladies  infectieuses dont il faudrait se protéger en se méfiant du sexe, et en particulier du fourreau féminin grouillant de microbes hostiles.  Dans son livre que je vous recommande encore une fois (*), le Dr Marc  Girard explique très bien comment la maltraitance de la femme par la médecine moderne s’est peu à peu substituée à l’oppression de l’Église. Sa prétendue malpropreté intime n’est qu’un des aspects de la « brutalisation » du corps féminin par une médecine misogyne  engluée dans des fantasmes pré-freudiens.

Et ce n’est pas l’actualité récente qui va  démentir la pertinence de cette analyse.  Début mai, les autorités américaines ont lancé une mise en garde très alarmiste contre ce qu’elles ont appelé la « superbactérie du sexe ».  Résistante aux traitements antibiotiques, cette souche de gonorrhée découverte au Japon en 2011 serait potentiellement aussi mortelle que le sida, mais bien pire que lui puisqu’elle serait beaucoup plus agressive que le brave HIV et capable de toucher très rapidement des millions de personnes exposées à un risque de choc septique fulgurant.  Aucun cas fatal n’a encore été détecté sur la planète ? Qu’à cela ne tienne, le Congrès US a déjà débloqué des millions de dollars pour développer  un biocide capable de terrasser l’ennemie.  En attendant, la population est invitée à « se protéger et à faire un test avant toute nouvelle relation ». Comme le principal facteur de risque serait « la mauvaise hygiène des parties génitales »,  tous les regards se tournent évidemment vers les femmes et leur si dangereux vagin, peu accessible aux produits de nettoyage. On le croyait jadis muni de dents, le voilà à présent soupçonné de détenir l’arme atomique !  

Le con devient également l’obsession des oncologues. À leurs yeux, plusieurs cancers seraient en effet d’origine virale.  Celui du col de l’utérus  serait dû au trop fameux papillome humain (HPV), dont les jeunes filles devraient se prémunir en se vaccinant dès avant le premier rapport sexuel. Elles rechignent à le faire ? La propagande vaccinaliste vient de se trouver un nouveau porte-parole  inattendu en la personne de l’acteur Michael Douglas.  En rémission d’un cancer de la gorge, la star hollywoodienne a en effet confié à un journal anglais que sa maladie n’était pas due à un abus de tabac et d’alcool, mais bien à son goût du cunnilingus. Et de fait, des recherches suédoises ont établi un lien entre la présence du HPV et la fréquence de ce type de tumeur.  Haro sur les sales cons qui viendraient  donc contaminer les gorges des mâles via leurs langues aventureuses ! Comme quoi l’obscurantisme allopathique est décidément en train de pulvériser tous les records de stupidité. Que l’on sache, la pratique sexuelle consistant à lécher le sexe de son partenaire n’a jamais tué un seul bonobo, une espèce de singes pourtant friande de ce genre d’hommages.  Et bien que les caresses bucco-génitales appartiennent à l’art érotique oriental depuis des millénaires, elles n’y ont jamais posé problème.  Les cancers de l’utérus et de la gorge sévissent même moins en Asie que chez nous. La vérité, c’est qu’aucun microbe  ne peut être jugé responsable d’aucune maladie . Et puisque leurs hôtes microscopiques sont innocents,  il n’est que temps de disculper les cons !

Certes, il ne faut pas minimiser les déséquilibres de la flore microbienne vaginale, favorisés notamment par les antibiotiques, la contraception chimique, l’alimentation industrielle et les soins antiseptiques agressant  les muqueuses. Après tout, il n’est point sot de penser que les agents infectieux peuvent se muer d’alliés en adversaires si leur nombre et leur virulence excèdent les capacités immunitaires d’un individu ou d’une population. Mais c’est l’erreur capitale de la médecine  occidentale d’en faire la cause majeure de nombreux maux humains. Avant de gober tout cru l’explication virale de son cancer, Michael Douglas était persuadé que celui-ci était lié à l’emprisonnement de son fils Cameron pour trafic de drogue. Au lieu d’accueillir cette évidence psychosomatique (la tumeur est apparue quatre mois à peine après le stress de la condamnation), ses médecins ont malheureusement choisi d’accabler les pauvres cons. Après la capote, vont-ils nous inventer le condom lingual ? Quelle connerie !

Yves Rasir

(*) « La brutalisation du corps féminin par la médecine moderne »