ARTICLE N° 61 Par Pierre Hammond

Que l’ostéopathie soit à même de lever des blocages émotionnels, ce n’est pas surprenant. Ce qui l’est d’avantage, c’est que la « lecture » du corps et du crâne par un ostéopathe puisse le mettre sur la piste de conflits trouvant leur origine dans l’arbre généalogique. Pierre Hammond, qui fut le pionnier en France de l’ostéopathie cranio-faciale, a développé une approche particulière qui consiste à évaluer l’équilibre entre les « sphères et les « triangles » des structures osseuses et des tissus mous. Leur dysharmonie s’exprime par des « torsions » qui seraient l’indice d’un passé douloureux vécu par les aïeux et transmis inconsciemment à la descendance. Schémas à l’appui, son concepteur nous explique sa découverte du lien entre le langage corporel et l’héritage transgénérationnel.

1- Du triangle à la sphère ou de l’appui à la mobilité.

L’organisation fonctionnelle du corps et du crâne ainsi que le mouvement respiratoire primaire ont très tôt frappé ma curiosité. La relation de l’un et de l’autre devaient certainement présenter des points communs intimement liés, avec une interaction de l’un et de l’autre modifiant ou corrigeant les fluctuations du mouvement respiratoire primaire. En effet, j’étais intimement persuadé que pour rééquilibrer un être humain, il fallait comprendre et utiliser les forces internes du corps, et non pas apporter une force extérieure qui risquait de compromettre son homéostasie. Cette relation entre le corps et le crâne a déjà été établie par de grands biologistes. Le professeur Didier Vincent la décrit dans son livre « La Biologie des passions », où il démontre que l’activité hormonale fait le lien entre le viscéral et le cérébral : « Ainsi, les cellules pancréatiques seraient dopaminergiques avant de devenir insulinergiques. » Bruce Lipton dans « La Biologie des croyances » démontre qu’une même protéine a une double fonction, à la fois dans un organe du corps et dans les cellules cérébrales.
Pour moi, ce lien cerveau-corps passe par l’organisation des triangles et des sphères. Ceux-ci se disposent dans la vie embryologique pour permettre à l’être humain un équilibre dans ses appuis (fonction des triangles qui seront le reflet de l’hérédité et du monde ancien). La sphérisation donne la mobilité dans son environnement intérieur et extérieur.
Pour être plus précis, nous pouvons donner quelques exemples. Au niveau du bassin (schéma 1), le sacrum et le coccyx sont des os triangulaires alors que l’os iliaque est un exemple de sphérisation. Au niveau du crâne, la voûte du crâne (pariétal) est sphérique, alors que le maxillaire supérieur est triangulaire. Ainsi, la triangulation vue sous cet angle représentera à gauche l’appui parental de la mère et à droite celui du père. Inversement, à gauche, la sphérisation représente la mobilité du père et à droite celle de la mère (schéma 2).
On peut également classer les organes du corps en sphères et en triangles, et trouver leur correspondance au niveau du crâne. Ainsi le foie, organe triangulaire, trouve son équilibre associé au pariétal droit qui est une sphère (schéma 3). De même, le rein, qui est une sphère, trouve sa correspondance au niveau de l’oreille interne formée par le rocher, qui est triangulaire (schéma 4 et 5). Le cœur est à la fois triangulaire et sphérique, et trouve sa correspondance au niveau de l’occiput (schéma 6 et 7), qui est à la fois triangulaire et sphérique. De plus, comme vous pouvez le remarquer, les structures triangulaires du corps trouvent leur correspondance au niveau des structures sphériques et du crâne. Ceci est dû lors de la plicature de l’embryon au facteur de ventralisation et de dorsalisation. En ce qui concerne les structures osseuses du corps, et plus précisément pour la colonne vertébrale, les lombaires sont représentées au niveau de la suture interfrontale, les dorsales au niveau de la suture interpariétale, et les cervicales au niveau de la suture interoccipitale. À chaque fois qu’il y a une torsion au niveau d’une de ces trois sutures, on retrouve la même torsion au niveau des vertèbres qu’elles représentent.
Les liens qui unissent les structures du corps et celles du crâne sont les aponévroses externes (fascias), et l’aponévrose interne (dure-mère cranio-sacré). Les premières assurent la mobilité, et la seconde la stabilité, car la dure-mère n’est pas élastique, contrairement aux fascias. Le déséquilibre d’une structure du corps et du crâne s’exprime par une torsion (strain), qui est la résultante d’une mémoire cachée dans les générations antérieures.
Notre hérédité affecte donc, comme nous allons le voir, cette communion précieuse de l’esprit et du corps. On peut même dire que chaque organe « blessé » dans l’hérédité, parce que soumis à des actes contre l’ordre de la nature, présente déjà un déficit fonctionnel sur les générations suivantes. Prenons l’exemple d’une grossesse : celle-ci doit se passer dans des conditions optimums de paix, d’harmonie, de joie et de calme. S’il existe un conflit parental dès la conception qui provoque un climat d’insécurité pour la mère, des émotions négatives, difficilement gérables, ceci va se traduire par un état de stress pendant toute la grossesse. Or, pour tout état de tension, il existe systématiquement un spasme vasculaire de l’aorte (Still l’avait très bien compris à la fin de sa vie lorsqu’il disait que la règle de l’artère était suprême) qui affecte la vascularisation et la mobilité utérine et intestinale et retentit sur la fonction cardio-vasculaire. Si la cause du stress générationnel n’est pas exprimée, comme par exemple lors d’un déni de grossesse, il peut, sur les générations suivantes, altérer les grossesses des descendantes (fausses couches à répétition). En résumé, une mémoire altère toujours une fonction du corps qui, si elle n’est pas révélée et corrigée, va continuer sa déficience dans les générations suivantes.

2- Les trois formes du secret.

Le secret apparaît sous trois formes différentes : les actes cachés, les non-dits, et les conflits familiaux. Les non-dits altèrent la mobilité des temporaux qui représentent l’appui parental et l’identité de la personne (par les mastoïdes). Les actes cachés donnent une fixation des sphères pariétales qui dirigent toute la vascularisation du crâne et les couches corticales inhibées par les conflits. Les conflits familiaux comme les mariages forcés ou les mariages d’intérêt entraînent une fixation occipitale qui retentit sur la verticalité de l’être humain et qui va entraîner de nombreux défauts posturaux qui auront à distance des répercussions sur son état psychique.
Nous pouvons également, par l’intermédiaire des sept cervicales, connaître la génération qui est la plus influente sur le patient. Ainsi, nous pouvons remonter l’hérédité jusqu’à sept générations. Nous avons pu recenser plus de cent cinquante mémoires, à la fois sur le corps et sur le crâne.
Prenons un exemple de non-dit : un enfant adopté sans qu’il le sache. Par un système biologique, le stress va empêcher la calcification des rochers temporaux qui, n’ayant plus ce triangle pour appui, vont se servir des sphères temporales. Il y aura donc une inversion des fonctions, ce qui va compromettre l’écoute du patient qui est fondamentale pour la recharge des cellules du cortex cérébral dans l’apprentissage, la concentration, la mémorisation, pour combattre les peurs et les angoisses.
Les actes cachés. Par exemple un père qui fonde en secret deux foyers en même temps. Dans l’hérédité, cela entraînera une inversion des mouvements des pariétaux qui compromettra toute la circulation générale du corps, et surtout le fonctionnement du pancréas, du foie et de la rate.
Les conflits familiaux. Comme le mariage forcé ou le mariage d’intérêt. Ils laissent l’occiput en position embryologique, c’est-à-dire un défaut postural qui va entraîner de nombreux problèmes intestinaux, ainsi qu’à distance des répercussions sur l’état psychique du patient.
On peut retrouver ces conflits plus marqués encore au niveau des dates anniversaires. Ainsi, au moment de la naissance, le crâne de l’enfant est semblable à celui de la mère et par expérience, à chaque mois de naissance, il reprend cette empreinte. Ceci est dû au fait que le premier mois, le colostrum de la mère est de la même composition que le liquide amniotique. On peut ainsi observer sept formes différentes de crâne dans les mémoires. On trouve le crâne d’hérédité, le crâne de conception, le crâne de vie intra-utérine, le crâne de naissance, le crâne de petite enfance, le crâne d’adolescence et le crâne d’adulte. Pour la main du praticien, ces crânes ont tous une conformation des os différente, et sont facilement repérables dès que l’on a un peu d’expérience.
Dans chaque crâne que nous venons de citer, il y a une prépondérance de certains os du crâne. Par exemple, dans le crâne d’hérédité, la prépondérance est à la triangulation, ce qui veut dire que le patient aura énormément d’appui, mais pas de mobilité. Il aura donc beaucoup de mal à mettre en actes sa vie, à prendre des décisions. Et sur le plan biologique, il aura un dysfonctionnement de toute la motilité embryologique des organes, principalement du foie.
Dans le crâne de la vie intra-utérine, ce qui prime au contraire, c’est la mobilité des sphères et l’absence de triangle. La personne ne peut pas se structurer, elle aura beaucoup d’angoisses et de peurs par rapport à son environnement et sera introvertie. Sur le plan biologique, il y aura beaucoup de manifestations neuropathiques, pouvant aller de la dépression à l’épilepsie ou encore à des maladies neurologiques.
Dans le crâne de naissance, dont l’os principal est l’occiput qui regroupe toutes les fonctions cognitives, si ce crâne est perturbé, il y aura obligatoirement chez le patient une forte dévalorisation, une hypersensibilité, une mésestime de soi et une tendance à l’isolement. Sur le plan biologique, ce crâne dissocie la relation entre le corps et l’esprit et produit un défaut d’enracinement qui affecte la sphère ORL, les poumons, et un blocage de tous les diaphragmes générant une fatigabilité importante, une immunité déficiente et un stress permanent.
Enfin, le crâne de petite enfance affecte les temporaux qui sont prépondérants dans la relation parentale, toute forme de conflits parentaux déséquilibre la synergie de ces deux os et entraîne chez le sujet une fermeture de l’écoute (acouphènes), une forte culpabilité, une solitude affective, un refoulement émotionnel, et un lien aux parents plus difficile. Sur le plan pathologique, les temporaux et les reins sont liés et ont une influence prépondérante sur la fonction rénale qui contrôle tout le système cardio-vasculaire et le principe de vie.

3- Les mémoires et l’inconscient.

L’inconscient joue un rôle primordial dans nos mémoires. Comme le dit Bruce Lipton dans « La Biologie des croyances », l’inconscient est un enregistreur. C’est un apprentissage, on mémorise, on répète, on ne réfléchit pas, c’est automatique. Il vient de l’instinct, des acquis, et des programmes de l’hérédité. Il dirige quatre-vingt quinze pour cent de nos actes. L’inconscient a quarante millions de pulsations nerveuses par milliseconde, le conscient quarante pulsations par millisecondes. Dans la vie intra-utérine, cinquante pour cent de nos comportements sont déjà programmés, et les deux tiers du cerveau sont déjà formés.
Les mémoires issues d’actes négatifs ou de conflits dans l’hérédité font partie du programme de l’inconscient. Tant qu’elles ne sont pas exprimées et corrigées sur le corps et le crâne, même si elles s’expriment sous une forme différente, le fond est le même, elles agissent automatiquement dans l’homme et font partie de toutes ses émotions négatives. L’inconscient protège avant tout notre survie. À cause de ces mémoires non corrigées, on fait ce qu’on ne voudrait pas faire et on ne fait pas ce qu’on voudrait faire. Dans l’inconscient, les mémoires sont cristallisées dans les différentes couches du cortex cérébral et se réactivent lors d’un stress intense et imprévisible.
Nous ne pouvons pas évoquer toutes les mémoires générationnelles que nous avons trouvées, nous en choisirons trois.
-Les mémoires gémellaires sont très nombreuses et très différentes. On peut avoir des combats gémellaires, un jumeau héréditaire, une naissance gémellaire avec un jumeau gardé, l’autre donné à une autre famille, une naissance gémellaire avec un jumeau vivant, l’autre décédé sans que le jumeau vivant le sache, une naissance gémellaire de deux enfants décédés à la naissance et l’enfant suivant ne le sait pas. Ces mémoires se repèrent par une baisse de densité osseuse sur un triangle ou sur une sphère des os du crâne. Ceci est dû à l’activité des ostéoclastes qui diminue la densité osseuse chaque fois qu’il y a stress ou agression (effet des radicaux libres). Les ostéoblastes sont inhibés sous l’effet d’une hormone du stress, le cortisol, et la parathormone qui régule la concentration des ions calciques et va augmenter l’activité des ostéoclastes. Sous la main du praticien, l’os du crâne impliqué va présenter par rapport à son homologue un aspect nettement moins dense et une taille beaucoup plus restreinte qui nous permet de ne pas nous tromper tant elle nous semble évidente. Les structures du corps qui en dépendent présentent le même aspect.
Sur le plan psychique, ces mémoires entraînent des pathologies toujours du même côté, ou droit ou gauche, et donne cinq caractères très différents que l’on retrouve en soi, qui sont souvent immuables. Il s’agit de la dévalorisation de soi, de la culpabilité existentielle, du sentiment d’isolement et de solitude, d’un affectif fusionnel, de difficultés à effectuer des choix intérieurs. Sur le plan biologique, une grossesse gémellaire est toujours liée à un stress héréditaire, et comme nous l’avons déjà exprimé dans cet exposé, ce stress se traduit par un spasme vasculaire et peut entraîner une fragilité des vaisseaux (surtout cérébraux), du côté du jumeau qui vous a accompagné dans la vie intra-utérine. De même, ces grossesses peuvent être responsables de certains cas de stérilité. Notons que l’asthme a souvent une origine gémellaire.
-Mère morte en couches. Dans le cas de cette mémoire, il n’y a plus d’appui héréditaire de la mère. Le rocher gauche présente une baisse de densité osseuse qui se compare avec le rocher droit (celui du père). L’appui héréditaire de la mère n’existe plus, et ce lien ne peut se construire sur les générations suivantes. Psychologiquement, le patient ne ressent pas la vie en lui, a du mal à s’investir dans une relation affective par peur de perdre l’autre, et surtout, il aura une certaine difficulté à exprimer sa sensibilité, son intuition et sa perception. Il préférera donc le rationalisme à l’imaginaire. Sur le plan biologique, embryologiquement, le tissu de la mère est l’endoderme, il est à l’origine de toute la sphère intestinale. Il y aura donc à ce niveau des perturbations comme des constipations, des colopathies fonctionnelles, une insuffisance vasculaire veino-lymphatique (varices, hémorroïdes), et cela pourra aller jusqu’à la rectocolite hémorragique ou la maladie de Crohn.
-L’abandon d’enfant. A ce niveau, les rochers droit et gauche présentent une hypodensité osseuse, et l’enfant n’a pas d’appui pour sa verticalisation. Ce sont des enfants qui à tout prix cherchent une famille, ont besoin d’un groupe pour exister, ont de grosses difficultés d’écoute et une peur viscérale de l’environnement (consciente ou inconsciente). N’ayant pu imiter l’exemple parental, ils sont comme la feuille au vent, ils n’ont pu se construire et sont très influençables, surtout par l’opinion des autres. Ils cherchent dans tous leurs actes ce lien parental qui leur a tant manqué. Sur le plan pathologique, ces abandons d’enfants affectent l’équilibre hormonal et principalement la thyroïde, mais également la sphère ORL, le rein, et la sphère génito-urinaire.

En guise de conclusion

Après 40 ans de pratique et de recherches, j’ai acquis la ferme conviction que ces mémoires participent à beaucoup de pathologies inexpliquées, à la relation conflictuelle des liens familiaux, et à la problématique du couple (on s’unit par nos hérédités). La correction de ces mémoires héréditaires permet de retrouver une homéostasie physique, psychique et biologique.
« Le hasard, disait déjà Hippocrate, quand on vient à l’examiner, se trouve n’être rien. Tout ce qui se fait a une cause certaine, et cette cause se trouve en avoir une autre qui l’a produite. On ne voit point que le hasard puisse exister dans la nature, c’est seulement un nom. »