les incidentalomes, je vous parlais du Dr Gilbert Welsh. C’est en effet ce médecin américain qui a lancé l’alerte sur ces  cancers détectés par hasard et dont le sur-traitement galopant conduit à un interventionnisme chirurgical affolant. Chaque année, dans le monde occidental,  des dizaines de milliers de patients sont mutilés inutilement pour des micro-tumeurs qui seraient restées inoffensives sans leur découverte fortuite. Au passage, je vous signalais que le Dr Welsh n’en était pas à son premier pavé dans la mare car il  a écrit plusieurs ouvrages qui ont fait beaucoup de remous outre-Atlantique.  En 2015, il a notamment publié «  « Less medicine, more health » (« Moins de médecine, plus de santé ») , dont le titre ne laisse place à aucune ambiguïté : pour ce  brillant chercheur et professeur, il ne fait pas de doute que la médecine  allopathique moderne nuit davantage à la santé qu’elle n’y contribue. À trop vouloir agir, elle fait pire et transforme l’art de guérir en son contraire, une machine à faire souffrir et à faire mourir prématurément.  Comme aucun éditeur francophone ne s’est décidé à traduire ce livre probablement trop dérangeant, j’ai demandé à notre journaliste Hugues Belin de le lire pour vous et d’en faire une synthèse en trois pages. Les abonnés du mensuel Néosanté pourront découvrir ce résumé dans le numéro de juin. Sans vous en dévoiler le contenu, je peux vous dire que l’article récapitule 7 idées reçues martelées par l’establishment médical et qui sont pourtant complètement fausses, notamment sur les bienfaits du dépistage ou l’intérêt des opérations cardiaques.
 
Parmi les axiomes médico-scientifiques que le médecin américain assimile à des fake-news, il y a l’affirmation que  « l’action est préférable à l’inaction », autrement dit que le praticien de santé est toujours bien inspiré en posant des actes médicaux ou en prescrivant des traitements. Or, exemples à l’appui, l’auteur  démontre que « ne rien faire est quelquefois exactement la chose à faire » étant donné que « le corps humain a une faculté remarquable d’autoguérison ». La question qu’il faudrait toujours se poser, suggère Gilbert Welsh, est donc très simple : que se passerait-il si je ne faisais rien ? En s’interrogeant ainsi, le médecin honnête et compétent  pourra souvent  admettre que les risques d’intervenir sont supérieurs aux bénéfices  sanitaires escomptés. Et qu’inversement,   s’abstenir  d’agir procure de plus grandes chances de retrouver la santé.  Ces propos  vous rappellent-ils quelque chose ? Oui, c’est ça :  l’abstention thérapeutique est exactement ce que recommande le philosophe des sciences  Nassim Nicholas Taleb dans son essai « Antifragile ». Comme je l’ai écrit dans ma lettre du 17 janvier, une des clés de l’antifragilité est de se défier des solutions artificielles adoptées par la modernité et de se fier davantage aux solutions naturelles forgées par le  temps  au long de l’évolution. En dehors des situations d’urgence, Taleb préconise de se démédicaliser l’existence et d’opter en première intention pour la temporisation. Attendre qu’une maladie se guérisse naturellement est pour lui bien plus intelligent que de céder aux sirènes d’une médecine empressée et par trop  iatrogène. Personnellement, c’est un conseil que j’applique depuis belle lurette dans ma vie : ça fait longtemps que je n’ai plus de médecin traitant et que je fais d’abord confiance à mes capacités d’autoguérir mes ennuis de santé avant de consulter qui que  ce soit et d’avaler quoi que ce soit. J’appelle ça, pour rire, la « rien-du-tout-thérapie ». Suite à la newsletter sur l’antifragilité,  une lectrice a réagi et m’a raconté qu’elle et son mari faisaient pareil et qu’ils utilisaient entre eux le terme d’ « expectothérapie »,  le mot latin expectare signifiant attendre. Mais attendez la suite ! En voulant vérifier si le néologisme « expectathérapie » n’était pas plus indiqué, cette lectrice a découvert avec surprise que le mot « expectation » avait un sens médical (celui d’abstention de tout traitement en dehors des mesures d’hygiène et de diététique) et qu’il existait même une « médecine expectante », celle qui laisse agir la nature. Si les deux vocables sont  devenus désuets, ils témoignent tout de même que l’art de guérir n’a pas toujours été interventionniste !
 
Ma curiosité étant piquée au vif, je me suis mis en quête d’informations sur cette fameuse «médecine expectante » d’antan. Elle a bel et bien existé ! Sur internet, on en trouve d’ailleurs plusieurs définitions, dont celle-ci https://fr.thefreedictionary.com/expectante.  Dans Le Littré, il est précisé que la médecine expectante est « celle des médecins qui ont pour principe d’attendre les opérations successives de la nature avant de se décider », par opposition à  la médecine agissante , « celle qui fait usage tout de suite des moyens qui tendent à guérir. » C’est donc une différence d’approche, une controverse qui divisait jadis   la corporation des médecins, et non un sujet de polémique contemporain opposant la médecine académique aux « charlatans » des médecines douces. Pour preuve, j’ai retrouvé sur la toile un ouvrage vieux de plus de 200 ans  et qui a été numérisé par Google : éditée en 1803 par La Société de Médecine de Lyon et écrite par un certain  Louis Vitet, cette somme en plusieurs volumes (au moins six)  a été traduite en anglais et était encore imprimée au début du XXème siècle. Ce qui frappe, en parcourant cette « bible », c’est que les facultés universitaires françaises étaient visiblement en pointe de la médecine expectante et qu’elles n’étaient pas tendres envers les  partisans de la médecine agissante qualifiés de « chymistes guidés par le seul esprit d’innovation ». Bien avant l’apparition des premiers naturopathes anglo-saxons, la médecine hexagonale était clairement acquise aux principes attentistes de la naturopathie ! Pour vous en convaincre, lisez simplement les préliminaires du sixième volume en cliquant ici.
 
Ce qui frappe également à la lecture de cette œuvre, c’est que les médecins expectants étaient incroyablement savants. Certes, Molière se serait bien moqué de leurs techniques de « curation » faisant la part belle aux saignées. En revanche, on est impressionné par leur connaissance approfondie des maladies et de leurs manifestations symptomatiques.  Par exemple, il n’y a pas une seule fièvre dont la sévérité est évaluée selon le degré atteint, mais des dizaines d’états fébriles  divers et variés que le praticien se doit d’examiner méticuleusement avant d’intervenir (ou pas). Il n’y a pas que la toux sèche et la toux humide, des sécrétions claires ou foncées, mais bien d’autres façons de tousser et  d’expectorer selon le type de pathologie et le tempérament du patient. Pratiquer la médecine expectante impliquait inévitablement de passer beaucoup de temps au chevet des malades pour les ausculter, les écouter et les observer. Est-ce pour cette raison que cette « slow medicine » a été balayée par sa rivale agissante ? En tout cas, ce sont les adversaires de la temporisation qui ont triomphé de l’école de Lyon pour imposer une médecine du rendement et de l’immédiateté, avec ses remèdes standardisés et antinaturels. Ce qui serait intéressant, c’est qu’un doctorant  en médecine ou en histoire en fasse sa thèse et qu’il sorte de l’oubli cette médecine expectante. Pour l’enseignement de la naturopathie, les travaux du Dr  Vitet et de ses confrères universitaires mériteraient également d’être exhumés. Quoi qu’il advienne, une chose est certaine : les vertus de l’expectative ont longtemps séduit les disciples d’Hippocrate et c’est l’ère moderne qui les a chassées du champ de la médecine officielle. À l’heure où celle-ci s’avère plus nuisible que bénéfique à la santé,   l’art de guérir devrait renouer avec l’humilité du non-agir .