En ce 1er novembre, je tiens à vous reparler de « l’humusation des défunts », un sujet qui me tient très à cœur. Je l’avais déjà abordé il y a deux ans dans la troisième partie de ma lettre intitulée « La vie grâce à la mort » que vous pouvez (re)lire en cliquant ici.  Si je reviens à la charge, c’est parce que j’ai eu récemment l’honneur de préfacer un livre qui vient d’être publié sur cette alternative à l’inhumation et à l’incinération. Vous pouvez découvrir et commander cet ouvrage en cliquant ici. Pour mémoire, l’humusation est  une technique  consistant à composter les personnes décédées et à employer le compost obtenu pour  faire pousser des arbres. La méthode a été imaginée par l’ingénieur belge Francis Busigny et a déjà été testée  avec succès avec des animaux. Ça peut paraître farfelu, mais le projet de transformer les êtres humains en humus après leur mort mérite d’être pris au sérieux. En Belgique, il est porté par la fondation Métamorphose et il a des chances d’être prochainement légalisé car les pouvoirs publics et certains responsables politiques s’y intéressent. Cet intérêt n’est pas étranger au fait que des milliers de citoyens  ont signé une pétition en faveur de cette nouvelle pratique funéraire et que 1.500 d’entre eux ont déjà exprimé, à travers un « acte de dernière volonté », leur volonté d’être humusés après leur décès. Il y a même beaucoup de Français qui ont manifesté le souhait d’être compostés chez nous quand nos autorités l’autoriseront.

En 2015, certains lecteurs de Néosanté Hebdo m’ont écrit que cette thématique n’avait rien à faire dans ma newsletter car elle n’a rien à voir avec la santé. C’est à mon avis une triple erreur de jugement. D’abord, autant savoir que les deux types de funérailles aujourd’hui admises, l’enterrement et la crémation, sont sources de graves nuisances pour l’environnement. Savez-vous, par exemple, que les dépouilles traitées par thanatopraxie dégagent des dioxines quand elles sont incinérées ? Ou que les nombreux polluants présents dans les corps enterrés (médicaments, métaux lourds, pesticides, formaldéhyde des produits d’embaumement…) finissent par contaminer les nappes phréatiques ? Les répercussions sanitaires des pratiques funéraires classiques sont méconnues et largement sous-estimées. D’autre part, il faut prendre conscience que la mise à feu ou l’enfouissement des trépassés ne rendent aucun service à la nature. Les cendres récoltées sont un piètre amendement des sols tandis qu’un cadavre enterré se décompose en pourrissant au lieu de nourrir la terre. Déposée sur un lit de broussailles humidifié, une personne humusée va au contraire  se transformer au bout d’un an en fertilisant naturel d’une qualité exceptionnelle. Les 100 millions d’humains qui succombent chaque année sur notre planète représentent une biomasse colossale qui pourrait littéralement régénérer la terre et lui rendre sa fertilité là où la couche d’humus est en chute libre. Par la fixation d’énormes quantités de carbone – un corps composté peut faire pousser 100 arbres – le réchauffement climatique pourrait également être stoppé. En soignant ainsi notre belle boule bleue, nous pourrions  nous faire beaucoup de bien à nous-mêmes.

Enfin, je vois dans l’humusation un troisième avantage important pour la santé de l’humanité, celui de nous guérir de la peur de la mort. Dans nos sociétés « modernes », la mort effraie et suscite l’angoisse. Les gens meurent pour la plupart à l’hôpital et leurs dépouilles sont prestement dérobées à la vue pour être enfermées dans un cercueil. Enfant, je me souviens avoir assisté à plusieurs veillées funèbres en présence visuelle du défunt. Aujourd’hui, les disparus disparaissent aussitôt dans la boîte qui sera brûlée ou ensevelie quelques jours plus tard.  L’être aimé arraché à la vie est considéré comme un déchet à évacuer au plus vite. Je pense que tout pourrait changer si l’humusation entrait dans les mœurs. En n’étant plus escamotés et en étant valorisés, les cadavres n’alimenteraient plus tant la hantise de la mort, son imaginaire morbide et ses somatisations pathogènes.  Parce qu’il dédramatiserait le « grand passage », je pense que le compostage de nos enveloppes charnelles serait propice à un meilleur équilibre psycho-émotionnel, voire spirituel puisqu’il procure une forme d’immortalité autrement plus tangible que la survie de l’âme. Bref, j’espère que vous comprenez mon enthousiasme pour l’humusation et mon envie de le partager tous azimuts. En guise de plaidoyer supplémentaire, je duplique ci-dessous la préface que j’ai rédigée pour le livre édité par la fondation Métamorphose dont je suis membre. Et je vous invite aussi à visionner le reportage télévisé réalisé par une chaîne belge, séquence dans laquelle le vice-président de la Fondation a accepté de mettre en scène son propre non-enterrement. Non dénuée d’humour surréaliste, cette petite fiction montre bien à quoi pourrait ressembler un monde révolutionné par la transmutation des humains en humus. 

Yves Rasir