L’hygiène, c’est une notion essentielle de la naturopathie. Avant qu’ils n’adoptent le vocable américain (*), les premiers naturopathes français du 20ème siècle appelaient d’ailleurs leur discipline l’« hygiénisme », un mot lui-même emprunté à une révolution introduite dans l’architecture et l’urbanisme au 19ème siècle. L’invention des latrines, la création des égouts, le traitement des eaux usées,  le ramassage des déchets et  l’arrivée de l’eau courante  dans les habitations vont permettre alors d’endiguer les grandes épidémies. Contrairement à un mythe tenace attribuant tous les mérites à la médecine, c’est en effet l’hygiénisme urbanistique, et non les vaccins et les médicaments,  qui a véritablement déclenché le reflux des fléaux infectieux comme le choléra, la diphtérie ou la tuberculose. Dérivée de ce mouvement architectural axé sur la salubrité, la doctrine hygiéniste a cependant pris une dimension médicale en insistant sur l’importance sanitaire des comportements individuels. C’est notamment l’époque où se fonde la diététique scientifique, où renaît l’attrait pour le thermalisme, où se créent les premiers sanatoriums et où le sport retrouve ses lettres de noblesse via la résurrection des jeux olympiques.  L’hygiène corporelle sera également le leitmotiv des premiers praticiens de médecine naturelle de l’ère moderne.

Très vite, les naturopathes acquièrent cependant la conviction que « trop d’hygiène tue l’hygiène ». Alors que les médecins allopathes classiques se fient aux antibiotiques, antiseptiques et autres produits biocides pour combattre les microbes, les vrais héritiers d’Hippocrate se focalisent sur l’équilibre du terrain  et recommandent de l’entretenir sans artifice chimique. Oui à la propreté, non à l’excès de soins biocidaires entraînant l’affaiblissement immunitaire. Par exemple, ils vous suggéreront de vous laver régulièrement à l’eau claire, éventuellement au pain d’Alep,  mais certainement pas de vous décaper la peau à grand renfort de savons antibactériens. L’écologie du tissu cutané demande à être respectée.  De même pour les muqueuses.  Les hygiénistes contemporains ne vont pas vous conseiller les dentifrices et les bains de bouche bactéricides perturbant la flore buccale,  ni inciter les femmes à pratiquer des douches intimes détruisant leur flore vaginale. Côté anal, les lavements rectaux et les douches intestinales peuvent se faire avec de l’eau où ont décocté des plantes,  mais certainement pas avec des produits nettoyants. S’agissant des oreilles, les « naturos » vitalistes prêcheront également une hygiène raisonnée consistant à ne pas annihiler le cérumen, une substance cireuse qui a son utilité.

Si je vous fais cette longue introduction, c’est pour vous partager ma perplexité lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de l’hygiène nasale. J’appréhendais bien la nécessité de se moucher le nez lorsqu’il est encombré, de le dégager au besoin par des inhalations, voire de l’assainir par des séances de Bol d’Air Jacquier, mais je ne voyais pas du tout l’intérêt d’y introduire un quelconque objet ou un quelconque  liquide. La nature du corps humain étant bien faite, les fosses nasales n’étaient pas – à mon avis – des orifices destinés à être pénétrés d’aucune façon. J’étais d’autant plus perplexe que c’est une naturopathe chevronnée, la pétulante et sémillante Ludmilla de Bardo, qui m’a entretenu un jour de cette fameuse hygiène du nez. Âgée aujourd’hui de 72 ans, l’épouse de feu Boris de Bardo est à mon sens une femme exceptionnelle et une grande figure de la santé naturelle. Elle a toujours défendu la naturopathie authentique, minimaliste dans ses interventions, et non cette multitude de « naturothérapies » ayant la prétention d’épauler ou de pallier la nature à l’aide de multiples médications. Dès les premières minutes de notre conversation, sur un salon où elle  vendait ses graines à germer et ses laits végétaux, Ludmilla a cependant vaincu mon scepticisme et m’a ouvert les yeux : loin d’être une invention récente et occidentale découlant de l’obsession pasteurienne envers les germes, l’hygiène nasale est une très ancienne tradition venue d’Orient !  

C’est en Inde qu’on en retrouve la plus lointaine origine. En sanskrit, on l’appelle là-bas « jala neti » (« nettoyage par l’eau »).  Pour les yogis, le lavage du nez et des sinus fait partie intégrante de l’hygiène corporelle quotidienne. Selon l’ayurveda, cette forme d’ablution est un moyen très efficace de prévenir les  troubles respiratoires variés en raffermissant les muqueuses et en les débarrassant des impuretés.  C’est aussi une pratique favorisant le Pranayama, les exercices yogiques de respiration alternée entre narines. Pour procéder au lavage nasal, les Hindous utilise le « lota », sorte de petit arrosoir dont l’embout épouse l‘anatomie et permet une profonde irrigation des cavités, grâce à la légère pression exercée par le passage du filet d’eau dans le nez et l’arrière-nez. L’eau employée est préalablement salée avec de la fleur de sel ou du sel nigari, autrement dit du chlorure de magnésium naturel, et elle est amenée à température du corps, c’est-à-dire tiède. Selon la médecine traditionnelle indienne, ce geste quotidien désencombre et nettoie le nez en douceur. Il est recommandé dans les soins et la prévention  des rhumes, sinusites, pharyngites,  rhinites et autres allergies. Très souvent, les personnes allergiques au pollen ou aux poussières voient leur gêne diminuée en se lavant le nez avec de l’eau salée. En Norvège, les spécialistes ORL  recommandent  officiellement l’hygiène nasale.

Si vous voulez en savoir plus,  allez visiter le site de Ludmilla de Bardo http://www.ludmilladebardo.com/.  Vous pourrez notamment y visionner une courte vidéo de démonstration, acquérir le matériel nécessaire (le sel et le lota,  mais aussi des cordelettes et des stylets qui permettent de compléter le drainage par une action de curage) et vous inscrire aux formations de Ludmilla. J’ai vu qu’elle organise un nouveau stage théorique et pratique les 10 et 11 juin prochains à Paris. L’hygiéniste française a aussi publié un petit livre intitulé « La santé par le nez », où elle dévoile tous les avantages de l’hygiène nasale. Selon elle, les bénéfices  du « jala neti » ne se limitent pas à la sphère ORL mais s’étendent bien au-delà pour constituer un moyen d’autogérer sa santé globale. Je la cite : « L’hygiène nasale réveille les défenses immunitaires, rééquilibre le système nerveux et hormonal, évite les pertes de mémoire, améliore les états d’insomnie, de spasmophilie, d’hypoglycémie, de boulimie, les troubles gynécologiques, de frigidité, d’impuissance, l’état de stress, etc. » Et elle ajoute que cette véritable médecine holistique « allège le poids du psychisme et libère et accroît les réserves vitales ». Si ce n’est pas une panacée universelle, c’est assez bien imité.

Personnellement, je ne crois pas trop à ces promesses mirobolantes, surtout quand leur formulation n’est pas dénuée d’intérêt commercial. En revanche, je peux parfaitement imaginer que la technique agisse à distance sur d’autres systèmes et organes. Le corps et l’esprit sont un, ce n’est pas à vous que je dois faire un dessin. Et pour ce qui est du nez, j’en ai moi-même éprouvé l’efficacité puisque je ne souffre plus, ou quasiment plus, des sempiternelles rhinites allergiques qui m’ont pourri l’enfance et la jeunesse. Il me semble que je suis aussi moins enrhumé et « anginé » qu’autrefois.  Toutefois, je ne pourrais pas jurer non plus que l’hygiène nasale a joué un rôle décisif dans l’amélioration de ma santé car j’ai adopté à la même époque d’autres méthodes d’hygiène naturelle, notamment sur le plan alimentaire. Je vous dois surtout un aveu : j’ai très vite abandonné l’usage de l’arrosoir, trop fastidieux à mon goût, pour me tourner vers les sprays de sérum physiologique disponibles en pharmacie et dans certaines boutiques bio. On obtient plus ou moins le même effet de « débouchage » des fosses nasales, surtout avec la forme hypertonique du plasma marin. Lorsque que je n’oublie pas d’en commander,  je préfère naturellement me procurer les produits  Quinton, dont l’origine océanique et la micronisation à froid sont une garantie de qualité non négligeable. Deux « pschht » tous les matins, et me voilà bien réveillé et prêt à affronter la journée sans (sur)consommer  de mouchoirs.

Mais je vous dois une confidence supplémentaire : comme je cherche à me débarrasser de toutes les aides extérieures à la santé, à me passer de tous les types de béquilles,  j’ai aussi laissé tomber les sprays que je n’utilise plus qu’occasionnellement, lorsque je perçois une menace d’encombrement nasal. En lieu et place, je me contente de faire couler  l’eau du robinet dans mes deux mains formant récipient et d’en respirer le contenu. Ça fait un peu l’effet d’un saut en piscine sans pince-nez, et ça vous  dégage spectaculairement les sinus. Je répète cette opération matinale plusieurs fois de manière à évacuer toutes les impuretés incrustées.  Certes, je ne peux plus dire que je pratique dans les règles l’art ancestral des ascètes indiens. Et il est clair que je bouscule mes muqueuses avec de l’eau de distribution froide,  même pas salée,  et chargée en chlore. Néanmoins, je suis convaincu que ce lavage journalier du nez participe à ma bonne immunité  et qu’il contribue à ma vitalité générale. Me voyant faire, une partie de ma petite famille a adopté la même habitude et semble en ressentir les mêmes bienfaits.  Essayez à votre tour l’hygiène nasale, et vous m’en direz des nouvelles !
À bientôt pour d’autres « trucs de santé ».

     

Yves Rasir