Il est indéniable que la médecine allopathique moderne sauve des vies et en prolonge d’autres. Il est cependant peu contestable que « l’art de guérir », tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, nuit souvent gravement à la santé et provoque sa perte chez de nombreux patients dont elle abrège en définitive le parcours terrestre.  Les erreurs médicales, les infections nosocomiales et la toxicité des médicaments font chaque année des millions de victimes. Beaucoup de maladies sont dites « iatrogènes » (iatros : médecin ; génès : qui est engendré) parce qu’elles sont occasionnées ou favorisées par les traitements médicaux. Si bien qu’on peut se demander si l’enjeu en vaut la chandelle et si la balance bénéfices/risques de la médecine conventionnelle n’est pas devenue négative. Le plus sérieusement du monde, on peut se poser la question de l’utilité à perpétuer un système de soins dont le poids des multiples  inconvénients devient plus lourd que celui des quelques avantages. Pour ma part, j’ai plusieurs fois exprimé l’opinion que le progrès sanitaire devrait passer par la fermeture des hôpitaux et des facultés universitaires,  le démantèlement des cabinets privés et  l’interdiction de pratiquer cette patascience qu’est devenue la médecine pasteurienne contemporaine.  Pour moi, en dehors des services d’urgences et des départements de traumatologie, on peut tout bazarder sans crainte de faire un bond en arrière. C’est une position  moins extrémiste qu’elle n’en a l’air  car de plus en plus de médecins  s’en rapprochent en dénonçant les méfaits de la (sur)médicalisation  et des (sur)traitements qu’elle engendre. C’est notamment le cas du Dr Gilbert Welsh, chercheur américain en cancérologie,  dont nous avons résumé le dernier livre (« Moins de médecine, plus de santé ») dans le mensuel Néosanté du mois de juin.
 
Suite à ma newsletter du 23 mai   évoquant cet article, une lectrice m’a écrit une lettre approbatrice dans laquelle elle me rappelle une histoire édifiante : en novembre 1973, en Israël, une grève des médecins a coïncidé avec une diminution sensible de la mortalité, suivie d’une remontée significative lorsque les praticiens ont repris le travail. Durant les trois mois où les professionnels de la santé se sont croisés les bras, le taux de décès a baissé et les entreprises de funérailles l’ont senti passer ! J’étais adolescent à l’époque, je ne me souviens plus d’avoir lu cette information quelque part,  mais j’en ai souvent entendu parler par la suite. Ce qui ne veut strictement rien dire. Durant mes études de journalisme, j’ai appris à me méfier des « fake news » bien avant que ce terme ne surgisse aux États-Unis et ne  traverse l’Atlantique.  Alors, vraie ou fausse, cette grève salutaire  des docteurs israéliens ?  Rumeur ou réalité ? Événement véridique ou légende urbaine ? Pour en avoir le cœur net, j’ai fait quelques recherches sur Internet. Sans y passer des heures,  je n’ai pas trouvé grand-chose sur ce qui s’est passé en Terre Sainte il y a 45 ans. Il y a effectivement beaucoup de page Web qui  font mention d’une grève du personnel soignant à Jérusalem à cette date-là. Certaines vont jusqu’à préciser que les admissions à l’hôpital ont chuté de 90% pendant l’(in)action de grève et que le taux de mortalité chez les Israéliens a chuté de 50% durant la même période. Le problème, c’est que ces récits ne sont pas référencés et qu’ils semblent repris d’un seul et même ouvrage, « Confessions d’un médecin hérétique » du Dr Robert Mendelsohn (1926-1988). Publié en 1979, ce livre a eu beaucoup de retentissement aux USA et on peut supposer que son auteur n’a pas fabriqué les preuves étayant sa thèse, celle que la médecine classique est plus dangereuse que les maladies qu’elle prétend soigner. En tant que pédiatre vigoureusement opposé aux vaccinations, ce brave Dr Mendelshon fait au contraire figure de précurseur rigoureux sachant se défier des dogmes pour leur opposer les faits. Impossible toutefois de recouper  et de vérifier cet extrait de son essai,  dans la mesure où les articles de presse et les infos télévisées  de 1973 n’ont pas été digitalisées.  Ça sentait malheureusement  le chou blanc…
 
Au cours de mes recherches internautiques, je suis cependant tombé sur une information vérifiable et vérifiée : entre mars et juin 2000, il y a eu une autre  grève des médecins en Israël, et celle-ci a également coïncidé avec une étrange décroissance de la mortalité. Mieux : cette situation insolite a fait l’objet d’un article  paru dans le British Medical Journal,  dont vous pouvez consulter le texte en anglais en cliquant ici. Intitulé « La grève des médecins en Israël peut être bonne pour la santé », cet article  raconte que le journal Jerusalem Post a enquêté auprès des compagnies de pompes funèbres pour savoir  si le débrayage des toubibs et le lock-out des cliniques affectaient la population et faisaient des victimes. À la grande surprise des journalistes, les croque-morts de la capitale leur ont répondu l’inverse : beaucoup moins d’avis nécrologiques et d’enterrements qu’en temps normal ! Même constat dans d’autres villes et même désœuvrement des fossoyeurs dans les cimetières, sauf à Netanya où le mouvement social était moins suivi. Au passage, l’article nous apprend qu’il y avait déjà eu une grève en… 1983 et que la cessation de travail de la corporation médicale avait eu le même impact positif sur les risques de décès. Vous restez sceptique ?  Attendez la suite : ces deux grèves israéliennes ont intrigué des chercheurs qui ont passé en revue toutes les études publiées suite à des mouvements sociaux médicaux. Après en avoir lu 156, il n’en ont gardé que 7 répondant à des critères scientifiques  sévères. Leur méta-analyse, dont vous pouvez lire le résumé en cliquant ici,  a été publiée en 2008 dans la revue Social Science & Medicine. Et que dit-elle, cette étude sur les études ? Qu’il y a objectivement un phénomène « inattendu » et « paradoxal », à savoir une baisse ou une stabilité de la mortalité pendant les grèves des médecins. Quatre études sur sept indiquent  un déclin des décès et les  trois autres montrent que l’indisponibilité des médecins est sans effet notable sur les statistiques de trépas. Autrement dit, la médecine n’éloigne pas de la tombe et semble même l’en rapprocher.
 
Prudents, les chercheurs ont édulcoré cette découverte en formulant des conclusions alambiquées. Pour eux,  ces études d’observation  ne permettent pas d’établir un lien de causalité et  elles montrent seulement que les grèves de médecins n’influencent pas négativement la mortalité à court terme. Ils émettent aussi l’hypothèse que les reports d’interventions chirurgicales non-urgentes pourraient expliquer une bonne part des vies épargnées puisque toute opération, même bénigne,  peut mal se terminer.  À leurs yeux,  les grèves n’ont jamais duré assez longtemps et n’ont pas été suffisamment totales pour conclure qu’il y a bel et bien un paradoxe. Il n’empêche : les auteurs admettent que leurs données posent  question sur l’efficience des soins de santé et sur les liens entre santé et offre médicale.  C’est bien le moins. De mon côté, je la trouve éloquente, cette corrélation entre l’activité  des funérariums et celle du système médical. Je trouve qu’on devrait appliquer le principe de précaution et avertir le public que la médecine allopathique présente de sérieux risques mortels potentiels. J’ai déjà quelques idées de panneaux à mettre à l’entrée des cabinets médicaux et des hôpitaux, genre « consulter peut tuer », « attention endroit dangereux »  ou « tu entres vivant, tu peux sortir les pieds devant ». Si vous avez d’autres suggestions, j’offre un abonnement gratuit  d’un an à Néosanté à celui ou celle d’entre vous qui m’enverra le meilleur slogan.

YVES RASIR