Avec les beaux jours, la grande paranoïa de Lyme est de retour.  Pas une semaine sans qu’un journal ou une infolettre n’encourage la hantise des tiques et la crainte des bactéries qu’elle peuvent nous transmettre. Convertie pour le coup à la religion pasteurienne, même la presse  de santé naturelle agite l’épouvantail de la maladie vectorielle, de sa pseudo causalité microbienne et de sa forme prétendument chronique. À en croire cette déferlante médiatique, nous serions les victimes impuissantes d’une  grave épidémie honteusement  niée par les autorités sanitaires. Il faudrait à tout prix sortir couverts et se protéger chimiquement du parasite si l’on veut se mettre au vert.  Comme vous le savez, je n’adhère pas du tout à ce discours anxiogène et biophobique. Je me suis déjà exprimé plusieurs fois à ce sujet ici,

ici,
ici,ici et encore ici.  Mais ma petite voix solitaire semble résonner dans le vide.  Visiblement, le commerce de la peur est beaucoup plus porteur et les mêmes propos alarmistes nous sont resservis à intervalles réguliers. Je ne renonce pourtant pas à contredire les marchands de panique et  à faire sonner ma petite cloche anxiolytique. Cette fois-ci,  mon article s’articule en 5 raisons de ne pas céder à la crainte et de relativiser ce que j’appelle volontiers l’hystérie de Lyme.
 

  1. Ne pas craindre les tiques

    Attention, les tiques attaquent ! À grand renfort de métaphores guerrières et de photos macroscopiques,  les médias nous présentent les tiques comme des créatures monstrueuses vouées à la destruction du genre humain dont elles envahissent depuis peu les villes et les villages. Et si on se calmait un peu ? Apparues sur terre il y a 250 millions d’années, les tiques ne sont jamais que des  arachnides acariens comme ceux qui peuplent nos maisons et nos matelas, à la différence qu’elles sont plus grandes et qu’on peut les voir à l’œil nu. On en connaît 896 espèces, dont une seule, du nom d’Ixodes ricinus, est impliquée dans la maladie de Lyme. L’Homme a toujours vécu au contact de ces petites bêtes – on a en retrouvé trace chez Hibernatus – et s’en est toujours  accommodé puisqu’aucun livre ancien ne les range parmi les parasites incommodants comme les puces ou les poux. De plus, le propre d’un organisme parasitaire est de vivre aux dépens de son hôte et non de  mettre la vie de ce dernier en péril, ce qui serait biologiquement absurde. La tactique d’une tique, ce n’est pas d’infecter autrui mais de boire son sang. Des tas d’animaux sauvages, des reptiles aux cervidés en passant par les oiseaux et les rongeurs, font office de garde-manger et ne s’en portent pas plus mal. Un cerf est parfois sucé par 200 tiques en même temps, il peut être mordu un million de fois durant sa vie sans en pâtir. Certes, les buveuses d’hémoglobine peuvent s’en gaver au point de multiplier plusieurs centaines de fois leur propre poids. Mais un tel festin prend plusieurs jours et se mesure de toute façon en millilitres.  Une fois repues, elles se laissent tomber à terre pour aller pondre leurs œufs ou pour muer avant de guetter une nouvelle proie. Ce serait pareil avec les mammifères humains si ceux-ci n’étaient pas si pressés de s’en débarrasser.  Après le passage à la pompe, les mini-vampires n’ont aucune raison de s’incruster plus longtemps. Le problème, nous dit-on, c’est que leur nombre explose et qu’ils s’enhardissent en dehors des forêts. Mais ça aussi, c’est à relativiser. Sans doute  le réchauffement climatique et d’autres aberrations écologiques (comme le nourrissage du gibier ou l’emploi de pesticides toxiques pour la faune prédatrice des tiques)  sont-ils à l’origine d’une  hausse de leur population. Et probablement  la fragmentation de l’habitat et l’extension des banlieues favorisent-elles une augmentation des contacts. Mais à l’heure actuelle, on ne peut parler ni de pullulation ni de grande invasion. Les rares relevés sur le terrain indiquent de fortes variations saisonnières et une présence toujours beaucoup plus forte en zones forestières. Rien ne permet d’affirmer que des myriades d’acariens sont en train de sortir du bois  pour se ruer dans les parcs et jardins en quête de sang frais.

  2. Ne pas craindre les morsures

    Bien sûr, les tiques  ne sont pas que de gentils arthropodes intrinsèquement inoffensifs. Via leur salive, ils sont vecteurs de germes réputés dangereux pour la santé, comme la fameuse  Borrélia burgdorferi, une bactérie de la famille des spirochètesjugée responsable de la maladie de Lyme. Mais rien ne sert d’exagérer la menace.D’abord, Il faut savoir que 20% à peine des  individus Ixodida abritent le microbe dans leurs glandes salivaires. Ensuite, il ne faut pas oublier que le parasite a autre chose à faire qu’à nous injecter sa sécrétion glandulaire : il est là pour faire le plein  et se remplir la panse. Enfin, rien ne dit que la bactérie éventuellement expulsée va rentrer dans notre circuit sanguin, y expulser à son tour des toxines et générer des inconvénients. Dans la nature, seulement 1 à 5% des animaux mordus hébergent la bactérie et ils n’en sont pas affectés. En clinique humaine, la fréquence des infections après morsures de tiques infectées est estimée à 10%. Et parmi ces 10%,  95% ne vont développer aucun symptôme. Autrement dit, l’écrasante majorité des hébergeurs de Borrelia ne déclarent pas de borréliose et sont des « porteurs sains ». Cette énigme de l’infection asymptomatique, c’est l’énorme angle mort de la théorie pasteurienne et de la soi-disant causalité microbienne des maladies. Elle démontre à elle seule que l’agent infectieux n’est pas redoutable en soi et que sa présence ne veut strictement rien dire. Savez-vous, par exemple, qu’une Française sur deux abrite dans son sang le tristement célèbre Toxoplasma gondii, le parasite associé à la terrible toxoplasmose ? Oui, vous avez bien lu : on apprend aux femmes enceintes à fuir les chats et à se méfier de la viande crue, mais la moitié d’entre elles héberge quand même le féroce assaillant des embryons.   Cela représente près de 300.000 nouvelles infections annuelles  en France, soit environ dix fois plus que les piqûres de tiques. Or une infime minorité va être atteinte de la maladie et une fraction encore plus restreinte de bébés va manifester des troubles cérébraux. Le microbe n’est rien et le terrain est tout, saperlipopette, combien de siècle faudra-il encore pour donner raison à Claude Bernard contre Pasteur ?

  3. Ne pas craindre l’érythème migrant

    Parmi les 5 % d’infectés, neufs personnes sur dix vont juste développer une infection locale appelée érythème migrant (EM), c’est-à-dire une rougeur de la peau évoluant concentriquement  à partir du point de morsure.  À ce stade, les médecins prescrivent une antibiothérapie afin de stopper l’infection et de prévenir son expansion. Ce qu’on ne vous dit jamais, c’est que ce traitement est parfaitement inutile ! Il est en effet bien connu qu’un érythème migrant disparaît spontanément en l’absence de tout médicament. Quelques semaines de patience et tout rentre dans l’ordre sans le moindre remède, allopathique ou autre. Le seul atout des antibiotiques serait d’accélérer les choses et d’éviter les complications ultérieures, mais rien ne prouve que cet interventionnisme médical soit justifié vu le recours systématique à l’arme chimique. Facile de dire que la guerre a réussi à ramener la paix quand on n’essaie pas le règlement pacifique des affrontements. Et si les antibactériens faisaient pire que bien ?  Selon la médecine nouvelle du Dr Hamer, les agents infectieux interviennent quasiment toujours en deuxième phase des maladies, celle qui succède à la résolution des conflits psycho-émotionnels. Dans le cas de Lyme, il est frappant de voir que les érythèmes ont la forme d’une cible alternant cercles blancs et cercles rouges : ça ressemble furieusement à des « foyers de Hamer », autrement dit aux taches circulaires observées sur les scanners cérébraux des patients par le médecin allemand et certains de ses proches collaborateurs. Dans son livre « Les maladies, mémoires de l’évolution, », le Dr Guinée publie des photos troublantes montrant  que la neurodermite et l’eczéma numulaire ont également une apparence de ronds dans l’eau, c’est-à-dire d’ondes se déployant à partir d’un point d’impact.  Ce n’est qu’hypothèse, mais on pourrait envisager l’EM comme l’exact reflet épidermique d’un processus psychique de guérison, une sorte de signature extérieure de la cicatrisation intérieure. Quoi qu’il en soit, l’apparition d’un érythème n’est pas à redouter car elle signale que le corps réagit adéquatement à l’infection par l’inflammation. Si cela vous arrive, réjouissez-vous et laissez faire la nature au lieu  de vous inquiéter outre-mesure.

  4. Ne pas craindre le test positif

    Si votre toubib suspecte une maladie de Lyme, il va vous prescrire un test sérologique indiquant la présence de la bactérie dans votre sang. Et si ce premier test  est positif, un deuxième test de confirmation. Sur base de ces prélèvements, la médecine académique considère que la borréliose est une affection rare, de l’ordre de 16 cas par 100.000 piqûres. Pour la France, cela représente environ 6.000 personnes concernées par an, soit une goutte d’eau dans l’océan des pathologies infectieuses. Toute la polémique actuelle a trait à cette estimation controversée.  Selon les militants de Lyme, la maladie serait gravement sous-diagnostiquée en raison de l’imprécision des tests et de tous les « faux négatifs » qu’ils ne repèrent pas. Si on utilisait les tests plus sensibles en usage en Allemagne, il y a aurait trois fois plus de séropositifs. Ce point de vue alarmiste est contestable car il évacue complètement le phénomène des « faux positifs » propre à toutes les techniques de dépistage. A l’instar des tests HIV, les tests « Lyme » peuvent  réagir à d’autres anticorps ou à des débris protéiques qui ne sont pas des anticorps.  Par exemple, une personne grippée ou une femme enceinte a plus de chance d’être séropositive. Quand bien même la présence réelle de la bactérie serait sous-évaluée, la sérologie positive n’a aucune espèce d’importance. Elle indique seulement qu’il y a eu contact avec l’agent infectieux, en l’occurrence le spirochète Borrelia Burgdorferi. En France, certaines études indiquent qu’entre 14 et 22% des chasseurs et travailleurs forestiers sont porteurs d’anticorps, jusqu’à  40% dans l’Est et le Massif central. Or ces deux catégories de la population ne sont pas sur-représentées parmi les malades de Lyme. En revanche,  les statistiques récentes indiquent que 80% des nouveaux cas enregistrés le sont chez des femmes, lesquelles sont peu nombreuses chez les adeptes de la chasse et  dans la corporation des bûcherons. C’est  encore un indice que la présence microbienne n’a pas de rapport causal avec la maladie proprement dite. Même du point de vue orthodoxe allopathique, la séropositivité ne suffit nullement à établir le diagnostic.

  5. Ne pas craindre le diagnostic

    Pour poser  correctement le diagnostic, il faut que les manifestations  cliniques  s‘accordent avec le verdict sérologique.  Parmi les 5% de sujets infectés développant un érythème migrant, 10% seulement vont déclarer dans les semaines et les mois suivants des atteintes neurologiques, rhumatologiques,  cardiaques ou oculaires. Ces symptômes sont souvent effrayants (paralysie, cécité partielle..), parfois très douloureux, mais ils sont éphémères et n’engagent qu’exceptionnellement le pronostic vital. Ils témoignent que le système immunitaire est passagèrement débordé par une infection aigue disséminée. Sa forme chronique fait couler beaucoup d’encre, mais il faut savoir qu’elle ne fait pas l’objet d’un consensus scientifique. Le concept des infections froides, c’est-à-dire l’implication de microbes dans des symptômes durables sans inflammation détectable, n’est toujours qu’une théorie en manque de preuves. Par contre, il existe un argument massif en sa défaveur : les traitements antibiotiques n’ont aucune efficacité à long terme !  Les études contre placebo montrent  en effet que ce dernier agit tout aussi bien contre les symptômes chroniques attribués à la maladie de Lyme, ce qui veut bien dire que la piste infectieuse est fausse. Bien sûr, les vendeurs de peurs n’ont cure de ce fait dérangeant qu’ils expliquent par d’autres supputations hasardeuses : les borrélies seraient dormantes, inaccessibles aux produits classiques, et les coupables seraient secondées par beaucoup d’autres complices pathogènes (bactéries, virus, parasites…). Les Horowitz,  Peronne and Co  ont ainsi identifié une soixantaine de micro-organismes susceptibles d’être également transmis par les tiques.  Et selon eux,  ces co-infections en recrudescence seraient responsables d’une bonne centaine de symptômes allant de la fatigue chronique aux douleurs articulaires en passant par la migraine et les crampes musculaires. Elle a vraiment bon dos, la maladie de Lyme ! En fait, tout ça n’est que spéculation émanant de médecins obsessionnellement pasteuriens et trop heureux de désigner un bouc émissaire microbien. Si d’aventure vous recevez le diagnostic de « Lyme chronique », sachez que cet étiquetage n’a pas de fondement sérieux et que l’origine de vos souffrances se situe très probablement ailleurs que dans une piqûre de tique. Et si on vous trouve un Lyme « typique »,  souvenez-vous qu’il évolue naturellement vers la guérison et que ses symptômes sont d’autant plus temporaires qu’ils sont spectaculaires. Bref, ne nous laissez pas embarquer dans  cette psychose irrationnelle à relents commerciaux. Cet été, je vous souhaite de bonnes promenades en forêt sans protections vestimentaires superflues ni parade répulsive. Le vrai remède aux maux, c’est de mettre en mots les chocs émotionnels survenus en amont de leur somatisation.

 

Yves Rasir