Fort de sa longue pratique en psychosomatique clinique, le Dr Salomon Sellam avait déjà défini quatre « niveaux conflictuels » (biologique, psychologique, énergétique et spirituel) qui interviennent dans la genèse des maladies. Dès 2005, il avait également précisé qu’il existe plusieurs manières de déclencher une pathologie à la suite d’un choc psycho-émotionnel (qu’il appelle « psy-choc »), lequel peut être récent, programmé dans l’enfance et/ou hérité d’une mémoire familiale. Mais malgré toutes les cordes ajoutées à son arc thérapeutique , le Dr Sellam avoue très honnêtement que la guérison fait encore trop souvent faux bond. Fidèle à sa devise – aller toujours plus loin dans l’exploration des influences de l’esprit sur le corps – il a donc émis l’hypothèse qu’un cinquième niveau conflictuel pouvait lui avoir échappé. Cette cinquième flèche manquant au carquois du décodage, il pense l’avoir trouvée : c’est celle de l’ « incorporation émotionnelle », autrement dit le phénomène par lequel une personne (embryon, enfant, adulte) décharge un être aimé de sa problématique et tombe en quelque sorte malade à sa place, en écho ou en solidarité avec lui. Pour Néosanté, Salomom Sellam évoque avec enthousiasme ce nouveau développement de sa recherche, auquel il vient de consacrer son 25e ouvrage (*).

L’existence de ces cinq niveaux conflictuels m’a enfin permis de résoudre deux problèmes pratiques et théoriques particuliers. D’une part, je n’étais pas toujours satisfait des résultats cliniques en pratique quotidienne de la Biologie seule. D’autre part, j’ai pu, en partie, découvrir pourquoi. Vous imaginez l’importance de telles conclusions après 18 ans de pratique assidue dans cette discipline, comme en témoignent les nombreux livres et articles déjà publiés. Comment suis-je venu à formuler leur existence ?
Pour répondre à cette question, j’ai dû répondre à une autre question préalable, entièrement centrée sur les échecs cliniques et thérapeutiques : pourquoi la théorie biologique de base ne fonctionne-t-elle pas dans ce cas précis alors qu’elle semble avoir bien réussi dans tel autre cas et pour un même symptôme ?
Progressivement, et à force d’analyser tous ces échecs et toutes ces améliorations incomplètes, il m’est apparu évident que notre inconscient disposait de plusieurs flèches à son arc psychosomatique. Voici l’évolution de mes idées, tant au niveau théorique que pratique.

Evolution théorique et pratique

Entre 1983 et 1992, mon activité de médecin généraliste, orientation homéopathie et acupuncture, représente mes premiers pas dans le domaine pratique de la médecine, avec ses succès et ses échecs habituels pour n’importe quel praticien. Ici, la prédominance de l’inconscient, à l’origine de tout ou d’une partie de la maladie, n’est qu’à peine effleurée, voire pas du tout.
Entre 1992 et 1997, lors de mes études de psychosomatique et de thérapies de relaxation à l’Université de Montpellier, complétées par une formation de psychothérapeute à médiation corporelle et d’inspiration psychanalytique, l’origine infantile freudienne occupait presque tout l’espace psychosomatique. Je dois le reconnaître, les résultats cliniques tangibles au niveau des maladies organiques n’étaient pas vraiment au rendez-vous.
En 1996, j’apprends l’existence de l’inconscient biologique archaïque, en rapport avec notre instinct. Nous fonctionnons ainsi, et sans le savoir, comme nos amis les bêtes. D’ailleurs, ce niveau biologique s’inspire en grande partie de l’éthologie, l’observation du comportement des animaux dans leur milieu naturel. Déjà, j’étais assez stupéfait des premiers résultats cliniques pour certaines maladies.

Pour l’Histoire, il revient au Dr Ryke Geerd Hamer d’avoir mis en évidence ce niveau conflictuel.
Ainsi, de la première Médecine Nouvelle de ce dernier, a jailli toute une série d’appellations plus ou moins fidèles, souvent en lien direct avec le formateur dispensant son propre enseignement. Souvent, celui-ci inclut la théorie hamérienne de base dans tout un ensemble théorique en fonction de sa propre expérience et de sa propre formation : Biologie Totale, Bio-décodage, Bio-psycho-généalogie, Psycho-biologie, Psycho-somato-Généalogie, Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels, entre nombreuses autres. Pour ma part, ce niveau biologique s’intègre parfaitement avec la Psychosomatique Clinique et Humaniste que je pratique aujourd’hui. Déjà, mon premier livre « Origines et prévention des maladies » (aux éditions Quintessence) lui consacrait les trois premiers chapitres. S’en suivirent de nombreux autres entièrement dédiés à ce niveau.
Malheureusement, ou plutôt heureusement pour moi, j’étais le seul docteur en médecine à pratiquer cette discipline dans ma région en cette fin des années 90. De ce fait, tous les collègues m’adressaient les cas les plus difficiles. Leur analyse a entraîné de nombreuses remises en question théoriques, vu les nombreux échecs à propos des maladies chroniques, incurables, ou celles dont le pronostic était plutôt péjoratif. J’ai donc eu le loisir d’étudier ce niveau biologique assez longuement et en profondeur.
En 2005, je mis en avant quatre notions d’une importance capitale pour étudier n’importe quel symptôme :
Le système psychique de protection – SPP – avec la prédominance des processus de Conversion.
La différence entre une activité conflictuelle conjoncturelle et structurelle.
L’origine uni- ou plurifactorielle d’un symptôme.
Le référencement des différentes manières biologiques de déclencher une maladie.

Première notion : SPP et Conversion

La Psychosomatique Clinique et Humaniste peut être résumée par un seul mot : notre système psychique de protection utilise le phénomène de Conversion pour transformer une activité conflictuelle psychique en symptôme, lorsque celle-ci dépasse nos seuils psychiques personnels de tolérance. Pour opérer, les processus de Conversion se basent sur la teneur de l’activité conflictuelle lors du dépassement de ces mêmes seuils. En langage spécialisé, nous évoquons les ressentis. Les conséquences de cette Conversion peuvent être à l’origine de l’apparition de cinq catégories de symptômes.
Symptôme biologique organique : maladie connue et bien étiquetée, comme un eczéma, une sclérose en plaques, par exemple.
Symptôme fonctionnel : symptôme vague et sans étiquette, comme une douleur digestive.
Symptôme psychologique, comme un questionnement existentiel, un mal-être, des désordres amoureux ou des répétitions problématiques.
Symptôme comportemental, comme un Trouble Obsessionnel Compulsif, une boulimie ou une anorexie.
Symptôme psychiatrique, comme une paranoïa, une schizophrénie ou un autisme.

Deuxième notion : conjoncturel et structurel

Elle illustre la nature même de l’activité conflictuelle à l’origine des processus de Conversion.
Une problématique conjoncturelle survient généralement de manière unique dans la vie de l’individu et le symptôme apparaît peu de temps après le dépassement des seuils individuels de tolérance. Elle intervient principalement dans les maladies aiguës et l’étude de l’épisode conflictuel lui-même est généralement suffisante.
Une problématique structurelle définit l’apparition d’un symptôme comme étant l’aboutissement de toute une histoire appartenant au roman individuel et familial de la personne. Ici, l’étude du Transgénérationnel, du Projet Sens Gestationnel, de la petite enfance et de la période contemporaine est indispensable, voire obligatoire pour mettre en évidence les différents facteurs à l’origine de la maladie.

La troisième notion : uni et plurifactorielle

Vous vous en doutez, une maladie d’origine plurifactorielle est beaucoup plus complexe à analyser qu’une maladie d’origine unifactorielle. D’une part, cette notion m’a aussi permis de mieux expliquer le phénomène des guérisons rapides, voire spectaculaires et d’origine majoritairement unifactorielle. D’autre part, la conduite à tenir devant une maladie d’origine plurifactorielle change radicalement, tant au niveau de la pose du diagnostic psychosomatique que de la thérapie. De plus, et pour compliquer le tout, une problématique conjoncturelle peut être uni- ou plurifactorielle, idem pour la problématique structurelle.

La quatrième notion : les différents modes de déclenchement d’une pathologie

Au niveau biologique, il existe six manières de déclencher une maladie (1)
Conversion par psy-choc émotionnel déstabilisant unique.
Conversion par psy-choc émotionnel déstabilisant dit déclenchant précédé de plusieurs psy-chocs émotionnels déstabilisants dits programmants.
Conversion par saturation conflictuelle.
Conversion Répétitive à Minima – CRAM.
Conversion mémorielle : Cycles Biologiques Cellulaires Mémorisés, syndrome d’anniversaire, Projet Sens Gestationnel et Transgénérationnel.
Conversion mixte : mélange de tous les facteurs précédents.
Je suis assez fier de cette quatrième notion pour deux raisons principales. D’une part, elle a permis à de nombreux praticiens de mieux appréhender l’analyse d’un symptôme, précisant davantage la pose du diagnostic psychosomatique. D’autre part, la CRAM a tout simplement révolutionné le pronostic des maladies chroniques.
Remarque : pour la genèse biologique d’une maladie ou d’un symptôme, vous pouvez imaginer toutes les combinaisons possibles avec ces quatre notions !
Au final… même si ces avancées théoriques ont permis d’accroître le nombre de résultats thérapeutiques positifs, cela n’a pas empêché l’inexorable survenue des échecs. Cela aurait été trop beau !
Par définition, un chercheur ne s’avoue jamais vaincu, même si certains voient en ma démarche une certaine utopie. Ma devise est simple : aller le plus loin possible dans l’analyse et le traitement des influences de l’esprit sur le corps, sur les cellules. Conclusion : d’autres pistes restent encore à découvrir ou à redécouvrir. Ici, interviennent les différents niveaux conflictuels que je vous propose de découvrir. Avant cela, voici une première conclusion générale inaugurale.
Première conclusion : en fonction de certains critères, notre SPP peut aussi, et à sa guise, utiliser plusieurs niveaux conflictuels pour un même symptôme et chez une même personne. En d’autres termes, chaque individu peut être concerné par un seul de ces différents niveaux ou – beaucoup plus complexe, – par plusieurs niveaux en même temps. Nous rejoignons un adage psychosomatique central : chacun est unique dans son histoire personnelle, son histoire familiale, ses ressentis et ses manières de gérer ses questionnements conscients et inconscients.

Les cinq niveaux conflictuels

Après toutes ces années de recherches cliniques, la pratique quotidienne m’a permis de classer ces différents niveaux conflictuels en cinq catégories distinctes : biologique, psychologique, énergétique, spirituel et celui de l’incorporation émotionnelle. Je l’avoue, je n’ai pas suffisamment étudié le niveau spirituel, bien qu’il commence à régulièrement poindre le bout de son nez. Commençons par le premier, le plus simple d’abord, que tous les lecteurs de Néosanté connaissent bien.

Le niveau biologiqu

e
Schématiquement, son influence intervient dans la majeure partie des maladies organiques ou fonctionnelles. Il met en avant l’existence de l’inconscient biologique ou archaïque découvert par Hamer.
Aujourd’hui, et pour la plupart des symptômes, nous disposons d’une ou de plusieurs pistes précises d’investigation, toutes centrées sur un ou plusieurs ressentis également assez précis. Très succinctement, voici quelques exemples classiques.
Eczéma : j’ai pu mettre en évidence le stade cutané ou suite archaïque de la peau, de l’épiderme plus exactement. Chez le nourrisson, les premiers contacts peau à peau avec sa mère entraînent l’apparition de différentes sensations archaïques biologiques et instinctives : se sentir en sécurité, être protégé, exister, être aimé, appartenir à une famille ; notion de frontière, d’intégrité, d’identité ; contact/plaisir avec la notion de nourriture affective et le souvenir du lien avec les êtres chers.
Ainsi, l’eczéma correspond classiquement à un ressenti centré autour de la rupture de contact. Cette dernière déclenche l’activation du pack conflictuel en lien avec la suite archaïque de la peau. D’un point de vue pratique, elle est souvent résumée par un mot : séparation. Nous voyons donc cette pathologie s’installer chez des personnes pour qui ce mot clé prend une importance considérable. Je possède ainsi plusieurs courriers mentionnant la guérison d’un tel symptôme après la lecture du livre consacré aux maladies de la peau. Il s’agissait certainement de cas assez simples, très souvent unifactoriels, où le niveau biologique occupait toute la place conflictuelle dans l’histoire de la personne ou de l’enfant concerné.
Cystite chez une femme féminine : ici, le ressenti est également assez simple, centré autour du marquage féminin du territoire : aménagement du territoire intérieur comme la maison par exemple. Le marquage masculin de territoire correspond plus au marquage du territoire extérieur. Son mari venait de prendre sa retraite lorsque ses cystites sont apparues. En fait, elle ne se sentait plus exactement chez elle, car il était toujours à ses côtés, à la critiquer sur sa manière de s’occuper de la maison et ne pouvait plus recevoir ses amies comme elle l’entendait.

Le niveau psychologique

Le niveau psychologique fait intervenir l’inconscient freudien classique, avec la théorie de l’inconscient, du développement psycho-affectif de l’enfant et la théorie de la sexualité. Logiquement, il intervient dans les symptômes plus psychologiques, comportementaux et psychiatriques, comme les répétitions problématiques, les désordres amoureux, les troubles existentiels, la dépression et autres maladies psychiques plus ou moins accentuées.
La boulimie et l’anorexie sont très étroitement liées à la qualité des nourritures affectives reçues et ressenties par le nourrisson et le petit enfant, lors de son développement psycho-affectif.
Un désordre amoureux s’explore en priorité grâce aux processus d’identification parentale, à partir de l’âge de trois ans environ.
Les trois quarts des dépressions nous dirigent tout droit vers deux périodes historiques précises : le Projet Sens Gestationnel et le Transgénérationnel, à la recherche d’un deuil familial bloqué à la tristesse, auquel la personne dépressive est encore fidèle et à son insu le plus total. Ainsi, lors de la construction de la personnalité, ce message familial s’intègre de manière plus ou moins marquée et en fait partie intégrante. En d’autres termes, la personne est dépressive aujourd’hui, car elle naît dans un contexte émotionnel de deuil bloqué à la phase de tristesse de ses aïeux ou lors de sa gestation.

Le niveau énergétique

Il fait appel à la théorie de la Médecine Traditionnelle Chinoise, vielle de 5000 ans. J’ai moi-même pratiqué l’acupuncture pendant une quinzaine d’années et j’étais déjà grandement fasciné par la théorie du Yin et du Yang et celle des cinq éléments. Après ma propre conversion à la psychosomatique en 1992, je l’ai purement et simplement abandonnée, pensant franchement que je n’allais plus l’utiliser par la suite.
Pour l’illustrer facilement, il suffit simplement de mentionner quelques exemples assez classiques en médecine moderne d’aujourd’hui, parfaitement connus de longue date par les praticiens de cette médecine antique.
Certaines hypertensions artérielles sont traitées, entre autres, avec des médicaments antidiurétiques, soulignant une participation de la physiologie rénale. En langage spécialisé, l’eau/rein éteint le feu/cœur.
Certains eczémas évoluent en asthme et vice versa. La Médecine Traditionnelle Chinoise associe étroitement la physiologie pulmonaire à celle de la peau. Cette dernière est considérée comme l’émonctoire secondaire du poumon.
La théorie de la Médecine traditionnelle Chinoise m’est réapparue assez progressivement. J’ai même animé un séminaire de quatre jours sur ce sujet en 2008. Aussi, d’autres exemples sont-ils mentionnés dans mes livres, notamment celui qui traite du cancer du pancréas. Le pancréas/terre est sous l’influence énergétique de la vésicule biliaire/bois : le bois recouvre la terre, selon le cycle des inhibitions. Dans l’analyse des ressentis spécifiques pour le cancer du pancréas – ignominie -, nous en notons très souvent d’autres, davantage liés à la vésicule biliaire. De ce fait, ces derniers – sentiments d’injustice, de rancœur et de colère rentrée – peuvent grandement influencer le devenir d’une telle maladie. Intérêt thérapeutique : analyser et traiter les deux catégories de ressentis pour une meilleure efficacité psychosomatique.
Un cas d’eczéma, rebelle à toutes les thérapeutiques – conventionnelles, alternatives, biologiques et autres -, a enfin pu être résolu grâce à cette théorie antique. La peau est liée au Métal/Poumon qui, ici, est en excès. Ce dernier est certainement dû à un blocage de l’énergie Eau/Rein. Les mots clés biologiques de cet élément sont, entre autres, écroulement de l’existence, absence ou perte de repères, liquides, argent, etc. Ce monsieur a déclenché l’apparition de son eczéma après une faillite, ce qui n’a rien à voir avec une séparation ou une rupture de contact !

Le niveau spirituel

Comme je vous le disais plus haut, il commence à poindre le bout de son nez en consultation. Je vous demande de patienter afin de vous le présenter le plus simplement du monde. Déjà, voici l’une de mes premières conclusions : par spirituel, j’entends tout ce qui se passe au niveau de l’esprit en général. Pour moi, ce qualificatif n’est pas obligatoirement à associer à ésotérisme, religion ou démarche spirituelle classique, entre autres. Non, il s’agit plutôt d’un désordre ou d’un questionnement personnel, plus philosophique et éthique. J’observe de plus en plus des désaccords entre ce que l’individu possède au fond de lui-même au niveau de ses idées ou de sa manière d’appréhender le monde et ses difficultés à les vivre pleinement, à les mettre sereinement en place dans sa vie quotidienne. Pour toutes ces raisons, je préfère nettement le qualifier de Spirituel/Ethique/Philosophique.

L’incorporation émotionnelle

Ce thème théorique est parfaitement connu des psychologues et des psychanalystes. À mon plus grand étonnement, et même s’il figure déjà en bonne place au niveau des études de ces deux disciplines, il est rarement évoqué en pratique quotidienne, surtout en psychosomatique. Pour ma part, et devant sa présence régulière, j’ai quand même préféré l’individualiser pour lui redonner la place qu’il mérite. De plus, c’est avec un immense plaisir de partage de connaissance que je vous livre une première présentation ici.

Incorporation symbolique et émotionnelle
Généralités sur l’incorporation

Commençons par les définitions psychanalytiques(2) où se côtoient deux termes assez proches : introjection et incorporation.
L’introjection a été introduite par Sandor Ferenczi dès 1909(3) : Alors que le paranoïaque expulse de son moi les tendances devenues déplaisantes, le névrosé cherche la solution en faisant entrer dans son moi la plus grande partie possible du monde extérieur…
De son côté, Freud utilise pour la première fois le mot incorporation en 1913, date de la publication de Totem et tabou, en analysant les croyances tribales à propos du cannibalisme. Ainsi, le meurtre du chef et son incorporation réelle permettraient de s’approprier ses qualités en général et son pouvoir en particulier.
Assez rapidement, l’incorporation est mise en avant lors du développement psycho-affectif de l’enfant, notamment lors du stade oral. Le nourrisson incorpore le lait maternel extérieur vers l’intérieur, dans son corps et, en même temps, il incorpore toutes les sensations associées, comme le plaisir de téter, la satiété, la sensation d’être protégé par la mère, entre autres. Le plaisir d’avoir se lie au plaisir d’être.
D’un point de vue dynamique, les processus intimes de l’incorporation intègrent une place précise au sein du système psychique de protection. De ce fait, l’enfant et l’adulte peuvent y recourir selon certaines conditions, surtout en fonction des difficultés rencontrées au cours de leur vie.
Partant de ces observations et de ces déductions, pour résumer, l’incorporation est un processus par lequel le sujet fait pénétrer et garde un objet (4) de l’extérieur à l’intérieur de son corps. L’objet psychanalytique peut prendre de nombreuses formes, comme une personne, un signe particulier, une idée, par exemple.
Pour ma part, je privilégie le terme d’incorporation car il est généralement très vite compris et intégré par la plupart des gens. Dans tous les cas, il existe une dynamique précise et en sens unique : prendre quelque chose de l’extérieur et le faire pénétrer à l’intérieur de soi, l’incorporer.
En pratique, que pouvons-nous incorporer ? En théorie, tout est possible car nous fonctionnons avec le réel et surtout avec le symbolique : une personne, un symptôme, un état d’âme, un ressenti, une souffrance physique ou morale, une joie, une réussite, entre autres. Par contre, en pathologie, il s’agit souvent de drames de toutes sortes.
L’expérience clinique m’a permis d’individualiser plusieurs types d’incorporation : l’incorporation symbolique et l’incorporation émotionnelle.
Cette distinction me paraît primordiale tant au niveau théorique que thérapeutique, car une grande différence pratique existe entre ces deux entités, même si elles sont assez voisines au demeurant. La première est parfaitement connue et répertoriée dans les bons livres de psychologie clinique. La seconde, même si elle dérive de la première, demande une attention toute particulière, car elle ouvre des portes thérapeutiques insoupçonnées jusqu’à aujourd’hui.

L’incorporation symbolique

L’incorporation symbolique, comme son nom l’indique parfaitement, reflète le désir inconscient d’une personne de faire pénétrer, sous une forme symbolique bien sûr, une autre personne à l’intérieur de son corps, un symptôme ou un comportement. D’ailleurs, le sens littéral de ce terme veut bien dire mettre à l’intérieur du corps. Ce thème est très couramment rencontré en Psychosomatique Clinique et Humaniste, particulièrement dans les cas de deuils impossibles ou très difficiles à faire.
En pratique, trois points se placent donc au premier plan :
Le deuil bloqué ou la maladie du manque de l’être cher.
L’incorporation d’un symptôme.
L’incorporation comportementale.
-Le deuil bloqué
D’après Maria Torök(5), le chemin du deuil passe par deux phases distinctes. La première phase concerne l’incorporation. C’est un premier mouvement qui aide le sujet à ne pas quitter trop vite le défunt. La seconde concerne le processus mental d’introjection avec le travail du deuil. Il s’agit en fait d’un travail centré sur l’élaboration mentale de la perte, souvent réalisé lors d’une thérapie. L’individu passe ainsi de la perte réelle et difficile de l’être cher à une perte plus psychique et non plus ressentie corporellement, comme le manque réel du défunt. André Green utilise la métaphore du boa : l’objet/proie est d’abord incorporé par le boa lors de l’ingestion et ensuite il est digéré, introjecté. Sans introjection, il reste sur l’estomac. Dans le travail du deuil, l’introjection permet plus sûrement son achèvement.
Dans le cas le plus fréquent, la personne décédée est, en quelque sorte, encore présente dans la psyché de l’individu endeuillé, car le chemin du deuil ne peut se poursuivre. La sensation réelle de manque de l’être cher dépasse les seuils psychiques tolérables et déclenche les processus inconscients de Conversion étroitement liés, ici, à l’incorporation du défunt. Nous pourrions imaginer que les instances psychiques de protection de la personne endeuillée aient décidé de mettre tout en œuvre pour diminuer sa peine, son désarroi. Pour cela, rien de plus simple, elles se basent souvent sur un élément précis de son histoire pour enclencher les processus d’incorporation. En exemple assez classique, nous retrouvons les pathologies de l’obésité et du surpoids, dont voici un exemple assez fréquent : une femme avait 9 kilos en trop et parfaitement positionnés au niveau de l’estomac, comme si elle était toujours enceinte. Il s’agissait d’un enfant mort-né, à 9 mois de grossesse.
– L’incorporation d’un symptôme
Le meilleur exemple que je possède est illustré par ce médecin généraliste de cinquante-deux ans présentant des angoisses précordiales, comme si son cœur le serrait, avec des douleurs le long du bras gauche. Comme tout médecin, il a vite fait de repérer les signes d’une problématique cardiaque. Craignant une crise d’angine de poitrine ou un infarctus débutant, il se dirige rapidement vers une clinique cardiologique de sa connaissance. Le cardiologue de garde, un collègue et ami, prend ainsi toutes les précautions d’usage afin de ne pas faire d’erreur et multiplie les examens médicaux, en vain. En effet, contre toute attente, pas la moindre insuffisance coronarienne à l’horizon, pas l’once d’une anomalie de l’électrocardiogramme, même après une épreuve d’effort ! Devant la persistance des signes cliniques, il a été catalogué psychosomatique, autrement dit c’est dans la tête que cela se passe.
Même s’il était rassuré quant à son état cardiaque réel, il n’arrêtait pas quand même de se poser des questions jusqu’au jour où une réponse décisive a pu être formulée : incorporation de son père, décédé d’un infarctus massif du myocarde à l’âge de cinquante deux ans, l’âge précis de ce médecin au moment de l’apparition de ses premiers symptômes douloureux au niveau de la poitrine.
– L’incorporation comportementale
Ce paragraphe peut être aisément illustré par de nombreux exemples.
Nicolas Abraham a traité un jeune qui volait de manière compulsive des dessous féminins pour sa sœur décédée, qu’il avait vraisemblablement incorporée.
L’incorporation d’une idole – artiste, sportif – par ses fans. Il existe un véritable mimétisme : habillement, régime alimentaire, sport, culture et même religion dans quelques cas. Certains fans en deviennent complètement dépendants, jusqu’à influencer leur propre mode de vie et de pensée.
Passons à l’autre forme d’incorporation, beaucoup plus subtile à mettre en évidence.

L’incorporation émotionnelle

Il s’agit ici de l’incorporation d’une problématique ou une activité conflictuelle présente chez quelqu’un d’autre, souvent une personne très proche. Je distingue ainsi deux grands thèmes : l’incorporation infantile et l’incorporation de l’adulte.
– L’incorporation infantile est déjà bien connue de tous les praticiens. Elle rejoint un fait également parfaitement connu des … vétérinaires. Ici, l’animal « prend » la problématique de son maître et la transforme en symptôme. De même, un enfant, plus il est jeune, plus il possède le loisir d’incorporer la problématique familiale ambiante. Ici, l’enfant malade exprime, par le symptôme, une problématique qui ne le concerne absolument pas car il est assez rare qu’il puisse lui-même être à l’origine de sa pathologie. C’est une véritable éponge émotionnelle. Il incorpore la problématique ambiante et les processus de Conversion s’activent assez rapidement. Le meilleur exemple est représenté par les pathologies spécifiques du nourrisson, comme l’eczéma atopique du nouveau-né ou les problèmes respiratoires de type bronchiolite, pouvant évoluer en asthme infantile.
À ce sujet, aujourd’hui, je ne peux plus passer sous silence un nombre incroyable de guérisons à propos de pathologies cutanées chez le nouveau-né ou le nourrisson, toutes en lien avec une incorporation émotionnelle de ce type. De plus, après la pose du diagnostic psychosomatique d’incorporation, le traitement est d’une simplicité déconcertante. Voici, en cadeau, le traitement psychosomatique d’une pathologie cutanée en lien avec une incorporation émotionnelle infantile.
Prendre son enfant et le déshabiller complètement.
Le parent fait de même au niveau du torse.
Plaquer tendrement l’enfant sur le torse pour effectuer un contact peau à peau.
Lui parler en expliquant la situation de séparation et surtout en lui décrivant vos propres ressentis. Lui parler avec son cœur et lui donner tout l’amour qu’il est en droit de recevoir.
Effectuer ce rituel régulièrement.
Une variante existe : prendre un bain avec l’enfant, toujours peau à peau. Passons maintenant à la forme la plus méconnue, l’incorporation de l’adulte.
– L’incorporation de l’adulte ou maladie d’amour
Ici, devant la souffrance d’un être cher, l’adulte va littéralement pomper la problématique de son enfant, de l’un de ses parents, d’un frère, d’une sœur ou même d’un ami très proche et la transformer en symptôme.
Une phrase peut résumer toute cette nouvelle dynamique psychique : je souffre pour elle ou pour lui et j’aimerais l’aider et la ou le soulager. J’ai pu ainsi aider plusieurs personnes, chez qui les thérapeutiques déjà tentées n’ont donné aucun résultat satisfaisant : anémie, pyélonéphrite chronique, hémochromatose, vitiligo, myasthénie, obésité, hypochondrie, hypercholestérolémie, entre autres.

En guise de conclusion

En conclusion, j’aimerais vous conseiller une conduite à tenir assez simple, applicable à tous les cas cliniques. En pratique quotidienne et en première intention, une question fondamentale occupe le premier plan lorsque le niveau biologique ou psychologique est en action : que viviez-vous et que ressentiez-vous à ce moment de votre vie, avant l’apparition des symptômes ? Elle permet tout simplement de mettre en relation les ressentis associés aux situations problématiques que vit l’individu concerné, en lien étroit avec sa pathologie. Ainsi, lorsque rien ne lui parle intérieurement, lorsque rien ne bouge au niveau émotionnel, une autre carte théorique reste à notre disposition, celle de l’incorporation émotionnelle. Elle possède une clé majeure et peut être mise en évidence grâce à d’autres questions : y a-t-il quelqu’un de votre proche entourage qui souffre actuellement ? De quoi ? Comment le vit-il ? Que ressentez-vous à son égard ?
Que vous soyez thérapeute ou patient, je suis assez impatient de lire vos réactions à cet article et de découvrir vos commentaires et vos remarques. Merci déjà de m’avoir lu !

NOTES
Pour plus de détails, lire Mon corps est malade, il serait temps que je parle, tome I et II ou Principes de Psychosomatique Clinique.
Vocabulaire de la psychanalyse de J. Laplanche et J.B. Pontalis, Puf éditions.
Dans Introjection et transfert.
L’objet psychanalytique revêt de nombreuses formes, comme une personne par exemple
Maria Torök a développé ce thème dans le travail du deuil, dès les années soixante. C’est un premier mouvement qui aide le sujet à ne pas quitter trop vite le défunt…

(*) À lire :
« L’incorporation émotionnelle, aimer à en tomber malade », Dr Salomon Sellam (Editions Bérangel)
Ouvrage disponible dans toute bonne librairie et dans la médiathèque Néosanté (voir pagse 41 à 46)

Pryska Ducoeurjoly