Cher Monsieur Tapie,

C’est par l’intermédiaire de mon infolettre hebdomadaire que je vous écris ces quelques lignes. Comme je ne connais pas votre adresse, je mise sur les transferts et les partages de ce message pour qu’il finisse par arriver dans votre boîte mail. Son objet ? L’expression de toute mon admiration. Non pas pour votre carrière d’homme d’affaires et de patron de presse, dont je me désintéresse complètement et me fiche éperdument. Pas non plus pour vos talents de comédien, de chanteur ou d’animateur télé, dont je ne pense pas qu’ils soient dignes d’être salués. Et pas davantage pour vos exploits de dirigeant de club de football, un sport auquel vous semblez avoir fait plus de tort que de bien. Non, je suis admiratif de la façon dont vous affrontez actuellement votre cancer de l’estomac, révélé par votre épouse au début du mois de septembre. Je suis surtout impressionné par votre décision de ne pas cacher votre état et de venir à Bruxelles le 25 octobre dernier affronter les caméras pour vous défendre au tribunal dans le litige qui vous oppose à l’État français et au Crédit Lyonnais à propos de la vente d’Adidas. Ce jour-là, ce n’est plus un businessman flamboyant qui s’est donné à voir, mais un vieil homme de 74 ans diminué par la maladie et affaibli par ses traitements. D’autres que vous auraient renoncé à comparaître et  auraient fui les objectifs captant cruellement votre déchéance physique. Chapeau pour ce courage de ne pas vous réfugier en coulisses et de rester sur scène pour plaider votre cause.

Ce qui m’a réellement bluffé, c’est l’aplomb avec lequel vous avez affirmé sans détour l’origine psycho-émotionnelle de votre cancer. Lorsqu’un journaliste vous a demandé si vous vous  sentiez victime d’un acharnement judiciaire, vous avez répondu du tac au tac que « c’est à mon estomac qu’il faudrait poser cette question ». Et un peu plus tard, vous avez été encore plus direct en déclarant : «  Si j’ai cette maladie, ce n’est pas parce que je picolais ou que je fumais. C’est à cause de cette pression que je vis depuis cinq ans. » Vous avez très clairement établi un lien de cause à effet entre une décision de justice défavorable (on vous réclame la bagatelle de 450 millions d’euros) et le développement de votre tumeur gastrique étendue à l’œsophage. Certes, vous n’êtes pas le premier cancéreux à avoir perçu cette relation de causalité, mais vous êtes sans doute le premier personnage célèbre à revendiquer haut et fort la pertinence de son intuition. Car vous  savez, vous qui avez accepté sans broncher les protocoles oncologiques classiques (une série de huit chimiothérapies suivie d’une intervention chirurgicale), que la médecine conventionnelle n’attribue aucune origine psychique au cancer.  Vos médecins vous ont peut-être expliqué qu’un excès de tension nerveuse pouvait nuire aux défenses immunitaires et ainsi faciliter l’emballement cellulaire. D’autres vous ont sûrement conseillé de vous déstresser en soutien de la cure médicamenteuse. Mais il m’étonnerait beaucoup que les toubibs consultés aient suivi votre raisonnement intuitif et aient situé le déclenchement de votre maladie dans ce qui vous affecte intérieurement. Pour la Faculté, les maux de l’âme ou les émois du cœur n’ont que peu d’incidence somatique et c’est toujours dans la matière (les gènes, l’alimentation, l’alcool, le tabac, les pollutions…) que se jouerait la cancérogenèse. Pour prendre la mesure de ce déni, je vous invite à lire ma lettre du 15 juin 2016, celle du 1er juillet 2015 et celle du 21 janvier 2015. Dans la deuxième, je souligne notamment que l’INCa (Institut National du Cancer) ne mentionne nullement le stress dans  son « classement » des neufs principaux facteurs de risque. A fortiori, la médecine officielle est loin de lui reconnaître un rôle moteur ou  promoteur  dans le processus tumoral. Bravo, Mr Tapie, d’avoir osé enfreindre le dogme médical en partageant votre certitude intime que la pression subie avait causé la perte de votre santé.

Ce qui vous manque malheureusement, c’est la compréhension psychobiologique de votre maladie et la conscience que celle-ci n’est pas dénuée de sens. Savez-vous que le Dr Hamer, ce  médecin allemand ayant découvert que tout cancer débutait par un choc émotionnel, a très vite identifié la finalité vitale des tumeurs stomacales ?  Dès les années 80, il illustrait sa trouvaille en racontant l’histoire suivante : lorsqu’un renard affamé pénètre dans un poulailler et qu’arrive le fermier armé d’un fusil, le goupil choisit à la fois de combler sa faim et de sauver sa peau. Il détale à toutes pattes tout en engouffrant une poule qu’il avale en entier avec les plumes et les os. Une fois à l’abri, il est cependant incapable de digérer la volaille gobée toute crue. Il va mourir si  son cerveau primitif ne trouve pas une solution de survie appelée maladie. La seule pathologie qui peut le sortir d’affaire, c’est le cancer de l’estomac car les cellules cancéreuses gastriques sont beaucoup plus acides que les cellules normales. Ce « programme turbo » va lui permettre de dissoudre les parties indigestes de la poule et de les évacuer par  voie fécale. Sitôt la digestion terminée, le processus cancéreux n’a plus de sens et maître renard guérit  spontanément. Merveilleuse intelligence de la nature ! Chez les êtres humains, il est évidemment très rare qu’un festin plantureux et hâtif entraîne pareille parade pathologique. Comme en atteste le langage courant, nos indigestions sont bien plus souvent de nature mentale et affective, la nourriture n’est plus réelle mais symbolique : on ne digère pas les coups bas, les trahisons, les mensonges, la malhonnêteté… Mais les mécanismes archaïques sont les mêmes et notre cerveau inconscient ne fait pas la différence quand il s’agit d’assurer notre survie. Chez toute personne en proie au ressenti qu’un conflit « reste sur l’estomac », l’ordinateur cérébral va ordonner la fabrication d’un ulcère ou d’un cancer potentiellement salvateur. Les spécialistes en décodage ajoutent que les cancéreux gastriques se sentent souvent agressés « dans une tonalité territoriale », autrement dit qu’ils interprètent l’événement conflictuel comme une intrusion dans  leur territoire. Vous voyez où je veux en venir, M. Tapie ? Bien sûr : vous avez totalement raison d’imputer vos ennuis de santé à vos déboires judiciaires augurant d’une déroute financière. Il n’est que temps de regarder en face le rôle prépondérant des émotions dans l’éclosion des cancers.

En faisant le lien, vous n’avez cependant fait qu’une petite partie du chemin. Et vous faites fausse route en parlant de « la pression endurée depuis cinq ans ». Celle-ci se somatise biologiquement par de la dépression mais en aucun cas par un cancer de l’estomac ou de l’œsophage. Si humeur dépressive il y a, elle est couplée  au mal mais  n’en est pas la cause. Le traumatisme initial est à chercher dans une épreuve véritablement vécue comme un  « morceau impossible à digérer ». Si vous trouvez la bonne explication, la prise de conscience est hélas insuffisante pour assurer votre guérison. Selon le Dr Hamer et tous ceux qui ont épousé ses thèses, celle-ci ne peut survenir sans une solution pratique au conflit et/ou un changement radical de son ressenti. Ça veut dire quoi ? Ça signifie qu’une victoire en justice pourrait faire déguerpir le crabe mais aussi qu’une défaite le ferait probablement fulminer. Dès lors, un  thérapeute avisé vous prescrira plutôt un travail d’acceptation et de lâcher-prise par rapport à ce qui vous tourmente. À quoi vous serviraient ces 450 millions gagnés si vous perdez la vie ?   Grâce à votre combativité, vous ne restez pas prostré dans ce que le biologiste Henri Laborit a décrit comme  de « l’inhibition de l’action ». Et en ne taisant pas votre souffrance intérieure, vous éliminez deux éléments que le Dr Hamer considérait comme redoutablement pathogènes, à savoir le silence et l’isolement.  Mais n’oubliez pas que la fuite est également une stratégie gagnante : en faisant préventivement votre deuil de la clémence des juges et en fuyant les émotions délétères, vous parviendrez plus sûrement à désactiver le programme de cancérisation.

Pour conclure cette missive se voulant positive, j’aimerais vous donner un   conseil thérapeutique et vous exprimer mon optimisme quant à vos chances de guérison. En médecine naturopathique, on utilise volontiers les ressources de la morphopsychologie, un outil permettant d’évaluer l’énergie vitale d’un individu. Je n’en suis pas un praticien chevronné, mais j’en possède suffisamment de notions pour constater que vous êtes béni des dieux dans ce domaine. La dilatation de votre visage, surtout dans sa partie inférieure, indique que vous êtes doté d’une exceptionnelle vitalité. Même après les chimios éprouvantes  qui ont déplumé votre crâne, vous semblez  toujours animé d’une énergie peu commune. Vous êtes un chêne très difficile à abattre. Il vous manque la souplesse du roseau, mais vous avez la vigueur nécessaire pour résister à bien des tempêtes. En comparaison, feu Jean-Luc Delarue était beaucoup moins armé pour vaincre le cancer de l’estomac apparu peu après que ses problèmes de drogue aient ruiné sa carrière audiovisuelle. S’il est immense,  encore faut-il ne pas dilapider votre viatique énergétique ! À cet égard, je vous communique une découverte récente que le mensuel Néosanté ne cesse de mettre en exergue, celle que l’activité physique est un remède curatif  du cancer, et pas seulement un instrument de prévention. Naguère, on incitait les cancéreux à ne pas faire de sport pour épargner leurs forces. Aujourd’hui, on sait que l’exercice corporel participe puissamment à l’équilibre émotionnel et qu’il contribue à la régression naturelle des tumeurs.  La saine fatigue qu’il procure n’est pas à éviter, que du contraire ! Il y a un mois, une nouvelle étude édifiante est parue dans le journal Oncology. Elle indique clairement que l’activité sportive intensive réduit le taux de  mortalité et  les risques de récidive dans toute une série de cancers. En France, beaucoup d’initiatives fleurissent afin de sortir les cancéreux de la sédentarité, comme par exemple celle de l’oncologue Thierry Bouillet  qui initie ses patients aux bienfaits  du karaté. Si vous continuez à vous fier aux protocoles conventionnels, ayez au moins l’intelligence de suivre parallèlement la thérapie de pointe qui consiste à bouger  et à se dépenser physiquement. Imaginez déjà la une des journaux : « Bernard Tapie se guérit du cancer en enfilant des Adidas ! ». Ce serait une belle revanche, non ?

En espérant que cette lettre vous soit bien parvenue, je vous réitère mon admiration et vous souhaite un excellent parcours de guérison.

Yves Rasir