Il y a quelques mois, ma vieille maman de 87 ans  a fait une pneumonie. Elle n’est pas portée sur les médicaments, encore moins sur les antibiotiques,  mais elle s’est résolue à en prendre sur l’insistance de son généraliste. Ce traitement a légèrement atténué ses symptômes qui ont encore duré plusieurs semaines avant son complet rétablissement et la récupération d’une respiration normale. S’il ne fut pas franchement salutaire, le bombardement chimique de son organisme a eu un autre effet spectaculaire : elle a commencé à souffrir de pertes de mémoire, elle qui n’avait jamais manifesté le moindre signe de sénescence cérébrale. Par exemple, elle ne retrouvait plus les prénoms de tous ses arrière-petits-enfants, ni ceux de tous ses voisins de sa résidence pour séniors. Perso, je n’étais pas inquiet et je lui ai fait remarquer que son fils de 57 ans n’a jamais mémorisé son compte bancaire et se rappelle à peine son propre numéro de téléphone. Et si je suis très physionomiste, je retiens très difficilement les noms et les prénoms. Mais ça ne rassurait pas ma mère qui n’en démordait pas : ce n’était pas normal car ses troubles mnésiques étaient apparus dès sa première prise d’antibiotiques. Elle s’en était ouverte à son médecin traitant, lequel avait catégoriquement affirmé que les molécules prescrites étaient innocentes : aucun rapport causal possible, selon lui.

J’étais tout à fait prêt à l’admettre. Bien que je m’informe beaucoup sur les médicaments et leurs effets secondaires, je n’avais jamais ouï dire que les antibactériens endommageaient neurones et synapses. On ne peut quand même pas les accuser de tous les maux de la terre. J’étais cependant intrigué par la survenue synchrone des trous de mémoire et par la conviction intime de la victime. J’ai donc voulu en avoir le cœur net en faisant quelques recherches sur internet. Première découverte : il y a une flopée de médocs (*) qui sont susceptibles d’entraîner des amnésies, notamment les anxiolytiques, les antidépresseurs, les somnifères et les tranquillisants. Toute la classe des psychotropes peut dérégler le cerveau, ce qui est en sorte logique. Ce qui est  légèrement plus étonnant, c’est que des médicaments sans vocation psychothérapiques, qui n‘agissent pas directement sur le cerveau, sont également des fauteurs de troubles cognitifs : entre autres les hypocholestérolémiants (statines), les antihypertenseurs et les antihistaminiques. Les banals bronchodilatateurs pour traiter l’asthme allergique sont recensés parmi les produits pharmaceutiques pouvant affecter la mémoire. Ce qui m’a encore davantage surpris, c’est que la liste (*) comprend bel et bien les antibiotiques ! Et que c’est un fait bien connu  puisque les premières études qui en parlent, accessibles sur PubMed remontent aux années 60 et 70. Bien qu’elle ait échoué à expliquer le phénomène, la science médicale reconnaît depuis un demi-siècle que les médicaments bactéricides  peuvent aussi trucider de la matière grise et y effacer des souvenirs. Soit le médecin de ma maman est un menteur, soit il a… oublié ce qu’on a dû lui enseigner à l’université.

En surfant quelques minutes, je n’ai pas seulement trouvé que ma génitrice avait bien raison de faire le rapprochement entre son traitement antibiotique et ses problèmes de mémoire. J’ai découvert fortuitement que ces « remèdes » étaient encore beaucoup plus dangereux que je ne le pensais. Dans un coin de la toile, j’ai trouvé un article assez hallucinant puisqu’il indique que les antibiotiques sont également  soupçonnés de provoquer de la confusion mentale, des délires et des hallucinations ! On y parle d’une étude menée à la Harvard Medical Schoool :  les chercheurs ont établi que dans un échantillon de 391 personnes âgées, près de la moitié des patients présentaient de tels dérèglements mentaux ! Et que chez 70% d’entre eux, l’encéphalogramme a permis de détecter des anomalies dans l’activité électrique du cerveau. Ça veut dire qu’il faut d’urgence classer les antibiotiques parmi les psychotropes les plus puissants et parmi les coupables probables de la démence sénile et de la dégénérescence neuronale. Si ça se trouve, les épidémies d’Alzheimer et de Parkinson doivent beaucoup à la répression allopathique des pathologies infectieuses ! Déverser des biocides dans le « deuxième » cerveau intestinal n’est en tout cas pas sans conséquence pour le cerveau cérébral. En ravageant le microbiote abdominal, on occasionne des dégâts peut-être irrémédiables dans l’encéphale. Car en dépit de mes ordonnances naturopathiques (kéfir à volonté, probiotiques en gélules…), maman n’a toujours pas retrouvé ses facultés éléphantesques.

Au terme de cette mini-enquête express, j’en conclus que les médecins sont visiblement mal (in)formés sur les effets secondaires psychiques des antibiotiques. Ce que j’en déduis surtout, c’est que certains toubibs sont d’ indécrottables négationnistes, toujours enclins à considérer comme des « coïncidences temporelles » les aveuglantes répercussions de leurs prescriptions. En principe, le disciple d’Hippocrate doit signaler aux autorités sanitaires les effets pervers  des médicaments prescrits. Ça s’appelle la pharmacovigilance. Ce système de surveillance permet de lancer des alertes, de donner des consignes de prudence ou de retirer du marché les substances suspectes. Or, de toute évidence, certains ne font pas le job, ne font pas le lien et nient a priori toute causalité. C’est pourquoi la nocivité des médicaments chimiques est sans doute très sous-évaluée. Pour les vaccins, on estime qu’un dixième à peine des événements  négatifs sont rapportés, tant la croyance est forte que ce geste médical est inoffensif. Pour les médocs tueurs de mémoires, le déni est peut-être encore plus incrusté puisque l’ignorance prévaut chez les blouses blanches. Moralité : mesurez leur votre confiance et ne vous laissez pas médicaliser à outrance si vous voulez rester en bonne santé mentale et globale.

 

 

Yves Rasir

 

(*)  Pour ceux qui désirent approfondir le sujet, voici un lien vers un article très instructif publié sur le site  « Medlicker ».  Voici également un lien qui mène à un autre article moins intéressant mais reprenant la liste des 20 catégories de  médicaments pouvant altérer la mémoire. Cette liste a été établie par le Dr Richard C. Mohs, qui a été professeur de psychiatrie à l’école de médecine Mount Sinaï (New-York), a fait également  carrière dans l’industrie pharmaceutique  et qui est directeur scientifique de la Global Alzheimer’s Platform Foundation, un organisme de recherche visant à développer des médicaments contre cette maladie. Une source qui n’a donc rien de fantaisiste et qui place les antibiotiques en tête des perturbateurs mnésiques.