Quoi, vous ne connaissez pas encore Ikaria ? Cette petite île grecque de 8.400 habitants  a pourtant accédé à la célébrité depuis qu’une équipe de l’université de médecine d’Athènes y a débarqué  en 2009  pour essayer de percer un mystère :  sur ce bout de terre  situé au nord-est de la mer Égée, la population d’octogénaires est proportionnellement trois fois plus élevée que dans le reste de la Grèce et celle des nonagénaires  dix fois plus élevée ! Les plus de 100 ans y courent également les rues. Dans le sillage des scientifiques, les Ikariotes ont vu débarquer Dan Buettner, un explorateur du National Geographic connu pour avoir écrit plusieurs ouvrages sur les « zones bleues », ces régions du monde où les habitants jouissent d’une longévité exceptionnelle, comme Okinawa au Japon, le centre de la Sardaigne ou la péninsule de Nikoya au Costa Rica. Dans un article publié par le  New York Times, Buetner a décrit Ikaria comme « l’île où les gens ont oublié de mourir » et en a si bien vanté les charmes que désormais beaucoup d’Américains sont capables de la situer sur la carte. Chez nous, l’engouement est plus récent mais la notoriété de l’île vient d’être « boostée » par une enquête du journal Le Monde et  un reportage diffusé au journal de France 2 la semaine dernière. Je vous invite à (re)visionner cette séquence de 4 minutes en cliquant ici .

Après avoir vu ce reportage, vous avez déjà une petite idée de ce qui distingue Ikaria et qui explique l’extraordinaire espérance de vie de ses habitants. Mais comme toujours, le média audiovisuel demeure un peu superficiel et ne creuse pas le sujet en détail. Les images sont parfois trompeuses et les propos recueillis ne traduisent pas toujours fidèlement une réalité complexe. À moins d’aller investiguer sur place, il faut explorer la toile,  lire des études et des articles de presse pour mieux comprendre les « secrets de longévité » d’Ikaria. Après avoir beaucoup lu ces derniers jours, je pense m’être forgé une opinion plus précise et plus juste des raisons pour lesquelles les citoyens de cette île grecque jouissent d’une vitalité insolite et d’une santé insolente. Bien sûr, je ne peux pas m’empêcher d’apporter ma petite touche et d’émettre des hypothèses psychosomatiques en rapport avec la médecine nouvelle du Dr Hamer.  Revus et corrigés à ma sauce, voici en résumé les 7 enseignements à tirer du mode de vie icarien. Ce sont autant de clés dont se chacune et chacun d’entre nous peut se saisir pour améliorer sa santé et allonger sa propre vie en éloignant la maladie.

1) Un environnement idéal

Comme Okinawa, la Crête ou la Sicile, Ikaria est une île. Et qui dit île, dit omniprésence de la mer, avec ses embruns, son air iodé et son atmosphère probablement très chargée en ions négatifs (lesquels, vous le savez sans doute, sont très positifs pour la santé). Appréciée des surfeurs, Ikaria est en effet une île assez venteuse où certaines plages sont régulièrement roulées par des vagues impressionnantes : tout bon pour l’ionisation !  L’environnement est d’autant plus bienfaisant  que le cadre est magnifique et qu’il y règne  un climat très ensoleillé prodigue en vitamine D. Pas trop chaud cependant car la température moyenne annuelle n’excède pas 19,3 °C. Sa luminosité est réputée et les chercheurs y voient une explication partielle au fait  que  les troubles dépressifs sont rarissimes parmi la population. Autre avantage non négligeable, l’île est très verte et est couverte de plusieurs forêts. On peut la considérer comme montagneuse car ses nombreuses collines sont escarpées et son pic le plus haut culmine à 1040 mètres. Onze des douze villages sont situés en hauteur.  Ses résidents profitent en quelque sorte des atouts de la mer et de ceux de la montagne. Bien sûr, cette double particularité géographique n’est pas sans effet sur le régime alimentaire, comme nous le verrons plus loin. Il paraît que le sous-sol granitique est gorgé de radon, un gaz qui a mauvaise réputation mais qui aurait un impact favorable sur les cultures et singulièrement sur celle du raisin, très riche en antioxydants. Comme beaucoup d’îles, celle d’ Ikaria a été envahie et occupée au cours de son histoire. Mais comme toutes les îles, elle bénéficie des privilèges de l’insularité, c’est-à-dire la quiétude et l’éloignement de l’agitation du continent. Si on qualifie souvent les îles de « paradisiaques » et si elles attirent tant les touristes, c’est aussi parce que leur isolement est le garant d’une certaine douceur de vivre. Comme le chante Voulzy, l’eau qui les sépare les laissent part…

2) Un régime de type méditerranéen

Même si Néosanté défend le régime alimentaire paléolithique, nous concédons volontiers que la seule façon de manger qui a indiscutablement démontré ses bénéfices pour la santé, c’est le régime dit « méditerranéen », celui en vigueur au sud de l’Europe. Sur l’île d’Ikaria comme ailleurs sur le pourtour de la Méditerranée, on se nourrit essentiellement de légumes et de légumineuses, de céréales (surtout orge et seigle),  de beaucoup de poisson (deux fois par semaine),  de fromage de chèvre cru, de miel, de fruits secs oléagineux (noix, amandes), d’huile d’olive,  et d’un peu de viande (porc, agneau). On y boit pas mal du vin rouge local, produit par les habitants eux-mêmes,  à raison de 2 à 4 verres par jour. Ce qui est intéressant, c’est d’examiner ce qui fait la différence sur les « îles à centenaires ». En Crête, par exemple, mon ami naturopathe Daniel Gramme a découvert qu’on y mangeait beaucoup d’escargots et  énormément de plantes sauvages, ce qui est rarement dit par les experts en nutrition.  Plusieurs particularités sont à relever chez les descendants d’Icare : ils consomment beaucoup de champignons,  raffolent du citron qu’ils mettent absolument partout, se délectent de poulpe en plus du poisson,   boivent beaucoup de café (deux à trois tasses par jour) s’abreuvent également d’infusions de plantes (sauge, romarin, menthe…) et ramassent aussi beaucoup d’herbes aromatiques pour accompagner leurs plats. Le reporter du Monde  a recensé 35 espèces différentes poussant sur l’île et utilisées en cuisine ou à des fins thérapeutiques.

3) Une abondance de plantes sauvages

Ce  point  me semble tellement important que j’en fais une clé à part entière. Pourquoi ? D’abord bien sûr parce que les végétaux non cultivés sont une source fabuleuse de nutriments et micronutriments.  Citons par exemple l’ortie, qui contient beaucoup de protéines et  est extraordinairement riche en vitamine C. Sur Icaria, c’est le  kolokassi (ou artichaut de Jérusalem) qui tient la vedette. Cette sorte de patate douce dont on cuit le bulbe et les feuilles possède une grande valeur nutritive (glucides, protéines, minéraux, vitamines…) tout en renfermant de l’inuline, une précieuse fibre prébiotique. La plante pousse d’octobre à mars à proximité des cours d’eau. Sa principale vertu n’est cependant pas à mes yeux sa valeur nutritionnelle mais son rôle dans l’histoire d’Ikaria : pendant la seconde guerre mondiale, c’est ce tubercule qui a  aidé les habitants à survivre à des années de disette. Un jour, l’ethnobotaniste François Couplan m’a confié que la fameuse grande famine en Irlande au 19ème siècle, qui a fait des  centaines de milliers de morts et a poussé des millions d’autres à l’exil,  lui semblait a posteriori incompréhensible car l’île celtique regorge de plantes sauvages comestibles. Ce qui a provoqué la tragédie, c’est que les Irlandais en avaient perdu la connaissance et qu’ils se nourrissaient essentiellement de pommes de terre, dont les champs furent à l’époque ravagés par le mildiou. Ce scénario tragique ne s’est pas produit en Icarie parce que les traditions n’étaient pas mortes et que les habitants ont puisé dans le garde-manger de la nature pour survivre. Aujourd’hui encore, cette  nourriture gratuite est présente dans l’assiette et représente une assurance « tous risques » en cas de coup dur agricole. Bien qu’elle soit impossible à  évaluer, je suis persuadé que cette  autarcie potentielle  constitue en soi un secret de la longévité icarienne. La peur de manquer étant absente, il n’est pas étonnant que ses somatisations hépatiques soient quasiment inexistantes. 

4) Une activité physique à tout âge

En commentaires de leurs reportages à Ikaria, certains journalistes ont souligné que le sport ne faisait pas partie des habitudes locales et que l’activité physique y était peu intensive. Régulière mais pas intensive. J’entends bien que les  vieux Icariens ne sont pas des Californiens et qu’ils ne chaussent pas les baskets pour s’adonner au jogging ou au running. Mais comment peut-on minimiser ainsi leurs dépenses physiques ?  L’île est très  vallonnée est exige de marcher sur des sentiers pentus au moindre déplacement. Les habitants cultivent pour la plupart leur potager, ce qui n’est pas non plus une activité de tout repos. Beaucoup exercent encore un métier physiquement exigeant ou s’adonnent à un hobby   à un âge avancé. Bref, ça bouge beaucoup et ça sue pas mal à Ikaria. En tout cas, la sédentarité n’y est pas de mise pour les seniors. Pas de baskets, mais pas non plus de pantoufles pour pantoufler toute la journée. Ce n’est pas sur cette île que les vieilles personnes traînent du lit au fauteuil et du fauteuil au lit  pendant que la pendule ronronne au salon.

5) Un rythme de vie peu stressant

À propos de pendule, le reportage de France 2 révèle un détail capital : sur Ikaria, on vit généralement sans montre et sans horloge, et sans minuter son emploi du temps. Le stress, c’est à Athènes et ailleurs, mais ici on ne court  pas après l’argent, on ne consomme pas frénétiquement et on  prend le temps de prendre le temps. D’ailleurs, la journée  est scindée par la sacrosainte sieste à laquelle bien peu dérogent. Pour avoir brièvement séjourné dans une autre île grecque l’année dernière, j’ai pu observer que cette « zen attitude » faisait partie de la culture hellénique. Aujourd’hui peut-être, ou alors demain, à la façon méridionale chantée par Sardou. C’est d’ailleurs assez énervant pour le touriste étranger. Lors de mes vacances en Grèce, cette  différence culturelle de rythme et de rapport au temps m’a fait rater un ferry, m’a demandé des heures d’attente pour obtenir une voiture de location et m’a fait poireauter aussi pour louer un canot à moteur. Sur place, j’ai mieux compris que les Allemands s’impatientent en négociant avec les Grecs l’étalement de leurs dettes et une gestion plus germanique de leurs finances publiques. Mais peut-on avoir le beurre et l’argent du beurre ?  Á Ikaria, on ne vit pas « speedé » mais les recherches montrent que le risque de maladie cardiovasculaire est réduit de 54% par rapport au continent chez les plus de 80 ans. Quant aux infarctus, ils sont si rares qu’il n’enrichiront certainement pas les fabricants de défébrillateurs. Dans la séquence télévisée,  j’ai particulièrement aimé les propos de l’apiculteur de 87 ans : « Quand on ne t’oblige pas à travailler et que tu aimes ce que tu fais, il n’y a pas de meilleur médicament pour l’organisme et la santé ». Ode au dilettantisme et à la dolce vita. .

6) Un lien social très fort

Tous ceux qui ont enquêté à Ikaria le disent : on y vit en communauté et les liens sociaux y sont encore fort serrés. En particulier, les personnes âgées ne sont pas mises à l’écart de la société, on ne les parque pas dans des homes ou dans des résidences monogénérationnelles, ce qui expliquerait le faible taux de maladies psychiques et de dégénérescence cérébrale. L’entraide et la notion de solidarité tiennent une place importante pour les Ikariotes.  Dans le journal Le Monde, le reporter mentionne  un fait historique curieux : pendant la guerre civile de 1946-1949,  l’île a été une terre d’exil pour les opposants communistes, et ces milliers de militants de gauche  ont influencé le mode de pensée des autochtones. Selon les sociologues, il n’y a pas vraiment de classes sociales à Ikaria,  personne ne s’y vante de sa réussite économique et la compétition productiviste/consumériste n’y a pas cours.  Ne me faites pas dire que la bonne santé des seniors icariens tient à leur idéal socialiste, mais il y a un peu de ça quand même : loin du « struggle for life », Ikaria perpétue un mode de vie où le groupe n’est pas sacrifié au profit de l’individu  et où chacun prend soin du voisin en sachant que c’est un prêté pour un rendu. Je vous rappelle au passage un point central des découvertes du Dr Hamer : ce ne sont pas les conflits  psycho-émotionnels qui créent les maladies mais le fait de les subir dans le silence et l’isolement. À Ikaria, le vivre-ensemble joue pleinement son rôle préventif.

7) Une vie qui a du sens

Comme moi, je suppose que vous avez été épatée en découvrant Iona, cette tisserande de 106 ans  qui est aussi la doyenne de l’île. Quand on l’interroge sur ses recettes de longévité,  elle répond qu’elle n’en a pas mais elle formule quand même une hypothèse : « Il faut avoir en soi, beaucoup d’amour, ne pas envier les autres et surtout être passionnée : la création, c’est le meilleur des médicaments ! ». Passion, amour, créativité : voilà des mots à prendre au sérieux puisqu’ils émanent de cette vielle dame faisant figure de modèle. Ça m’a rappelé la lettre que j’avais écrite en février 2016 et que vous pouvez (re)lire en cliquant ici.  Dans ce billet, je cherchais le point commun aux « super-centenaires » et je soulignais que beaucoup d’entre eux (elles) continuaient à travailler et prenaient plaisir à le faire. Ça m’a rappelé aussi une étude scientifique à laquelle nous allons faire écho dans le mensuel Néosanté d’octobre : elle montre que la vitalité de vieilles personnes, en l’occurrence mesurée par leur rythme de marche et leur force de préhension, est d’autant plus élevée qu’elles ont un but dans la vie. Avoir des objectifs, des projets à réaliser et des envies à satisfaire, c’est ça qui donne du sens à la vie et qui aide véritablement à la prolonger en bonne santé. Iona le confirme au Monde : « Si je suis encore en vie, c’est parce j’ai toujours été occupée par mon activité et que j’aimais ce que je faisais ». Veuve à 57 ans,  la vieille confie qu’elle n’a pas repris d’époux mais qu’elle « s’est remariée avec son métier à tisser ». Protecteur, le célibat ? C’est malheureusement ce qu’on peut supposer alors qu’Ikaria se singularise tout autrement : sur cette île, le ratio hommes/femmes de plus de 80 ans est de 1/1, contre ½ en moyenne dans le reste de l’Europe. Autrement dit,  sexes « fort » et « faible » y vivent paritairement  tout aussi longtemps et les couples de (très) vieux mariés sont monnaie courante. La vie à deux  avec du sens, voilà ce qui est peut-être le plus grand secret de santé d’Ikaria !

Yves Rasir