Chaque année, c’est la même rengaine : on nous présente le soleil comme un ennemi mortel qu’il faut fuir à tout prix. Il est vrai que notre bonne étoile peut faire du tort aux épidermes fragiles qui en abusent. Mais il est mensonger de présenter l’astre solaire comme un agresseur maléfique du corps humain. Depuis la nuit des temps, on connaît les vertus de l’héliothérapie, notamment pour la santé des os, les problèmes de peau et certaines pathologies infectieuses. Certains scientifiques brisent aujourd’hui un tabou en soulignant les bienfaits oubliés du rayonnement UV, grand pourvoyeur de vitamine D. Grâce au soleil, nous serions ainsi mieux protégés de maladies comme la sclérose en plaques, le diabète ou l’hypertension. Mieux : il est hautement probable que cet effet préventif concerne également de nombreux types de cancer, dont celui de la peau ! Bref, le temps de la psychose est révolu. Et s’il faut se protéger, faisons-le en respectant l’écologie de l’épiderme. Le bronzage n’aura alors que des avantages. Nos ancêtres n’ont-ils pas vécu sans crème solaire et au soleil durant des milliers d’années ?

Soleil attention DANGER ! Ce message résume les politiques actuelles concernant l’astre solaire, notre père à tous… Il faut s’en méfier, s’en protéger, s’appliquer de la crème en toute circonstance! Ce discours alarmiste n’est pas sans conséquence sur la santé publique, car il participe à diaboliser le soleil, pourtant indispensable à notre survie, notamment via la synthèse de la vitamine D dont les innombrables vertus commencent à être mieux connues. Les discours de « prévention solaire » sont en effet davantage orientés sur la protection que sur l’éducation à une bonne et juste exposition. Visant à éviter les excès chez les vacanciers, l’été, ils s’appuient notamment sur une augmentation de la mortalité par mélanomes.
Ce cancer représente environ 5 % des cancers de la peau (1) (la plupart étant des carcinomes), mais c’est le plus agressif (un peu moins de 20% des personnes atteintes en meurent). Cette pathologie cutanée est officiellement attribuée à des expositions solaires répétées : « Les études, notamment épidémiologiques, montrent que les expositions solaires intermittentes et violentes, qui provoquent des coups de soleil, particulièrement pendant l’enfance et sur des sujets à peau claire, aggravent considérablement le risque de mélanome. Les UVB comme les UVA, notamment chez les individus profitant de leur bronzage ou de leur crème protectrice pour prolonger la durée des expositions solaires, sont accusés d’être cancérigènes », nous explique le site soleil.info.

Mensonges et propagande

Mais la réalité s’avère bien plus complexe. Le docteur Brigitte Houssin a publié en 2010 un livre sur les bienfaits du soleil : « Soleil, mensonge et propagande » (Editions thierry Souccar). Sans nier l’éventuel impact des UV dans l’apparition d’un mélanome, elle se montre plus nuancée. « Le mélanome atteint surtout les personnes à la peau très claire, aux yeux bleus, aux cheveux roux ou blonds, ou ayant des tâches de rousseur apparues à l’adolescence. Son risque augmente avec le nombre de coups de soleil. Le rôle de l’exposition solaire régulière mais sans occasionner de brûlure est plus ambigu. En effet, plus on se rapproche de l’équateur, plus le taux de mortalité par mélanome diminue. Mais cela uniquement pour ceux dont c’est le pays d’origine (…) « On a retrouvé d’autres facteurs de risque pour le mélanome : la faible consommation de fruits et légumes et l’excès de graisse dans l’alimentation. Les antioxydants, présents principalement dans les fruits et légumes semblent prévenir les lésions des cellules de la peau dues aux UVA. Pour les pays du Nord, le manque de vitamine D et le manque d’exposition solaire régulière au soleil ont aussi été associés au mélanome ».Autrement dit, l’abus d’exposition solaire, n’est pas une explication qui suffit, seule, à expliquer les cancers de la peau. Il existe des facteurs aussi déterminant que la qualité de l’alimentation, la prise de médicaments, le type de peau, l’âge, le degré d’exposition à la pollution environnementale. Autant d’éléments qui fabriquent un « terrain » propre à chacun.

Vérité occultée

Une exposition solaire régulière (douce et progressive) est absolument indispensable, et c’est bien ce que les campagnes anti-soleil occultent. Ce type d’exposition n’est pas un facteur de risque pour la santé. A contrario, l’absence d’exposition solaire contribue à déséquilibrer le terrain, notamment parce qu’elle occasionne une carence en vitamine D, élément qui participe au bon fonctionnement de tous les organes, pas seulement la solidité des os. Face au soleil, tout est affaire de responsabilité et de constitution individuelle, d’où le caractère simpliste des messages de santé publique. Pourquoi les mélanomes malins sont-ils plus répandus en Australie que sous d’autres latitudes ? Pourquoi ne sont-ils pas plus fréquents chez les agriculteurs, les ouvriers maçons ou les adeptes du naturisme ? Pour une raison toute simple et limpide : la dangerosité du soleil varie selon la peau qui la reçoit et selon la façon dont elle y est exposée. Avec son teint laiteux et ses tâches de rousseur, il est clair que l’Australien court davantage de risques que son compatriote aborigène. Il est tout aussi clair que pratiquer la «toast attitude» sur une plage, dans une position immobile, est plus dangereux que de se mouvoir debout au soleil. Le travailleur torse nu ou l’adepte du beach-volley encaissent différemment les UV, sans être condamnés au cancer de la peau.
Et si c’était même le contraire ? En 1990, une étude américaine a montré que les cancers de la peau étaient plus nombreux chez les marins travaillant à l’intérieur que chez ceux officiant sur le pont. Chez ces derniers, le cancer de la peau frappe le plus souvent des parties du corps non exposées, comme le tronc et les jambes (c’est d’ailleurs une caractéristique du mélanome, à la différence du carcinome, moins dangereux, qui se développe davantage sur des parties exposées au soleil).

Carence cancérigène

Brigitte Houssin rappelle aussi, en épilogue de son livre : « Le manque de soleil, donc de vitamine D, augmente le risque de cancer, et même du plus dangereux des cancers de la peau, le mélanome ». Selon elle, avoir un taux correct de vitamine D participe aussi à un meilleur taux de survie en cas de mélanome. Éviter les coups de soleil reste néanmoins une saine évidence car la brûlure solaire constitue une agression cutanée et peut accélérer le vieillissement de la peau par la production de radicaux libres (tout comme le tabac, le stress). Ces derniers sont « tamponnés » par les antioxydants (vitamine A,C,E, zinc, sélénium). Mais une alimentation appauvrie en ces précieux nutriments ne permet pas de gérer l’excès de radicaux libres, qui s’accumulent dans les cellules et créent des dégâts pouvant faire le lit de cancers. « N’oublions pas que la rougeur cutanée est un indicateur naturel soulignant que les possibilités de défense de la peau sont dépassées ». Or, les crèmes solaires bloquent ce signal : « Si les crèmes actuellement peuvent filtrer totalement les UV, cela ne représente que 5 % du rayonnement du soleil, mais c’est celui qui fait rougir la peau ».
« L’exposition solaire n’a pas besoin d’être intense pour assurer la synthèse de la vitamine D, et la prolonger n’augmente pas la quantité produite. Sous un parasol ou à l’ombre d’un arbre, au moment du plein soleil, on fabrique quand même de la vitamine D et sans brûler ».
Brigitte Houssin préconise un usage modéré de la crème solaire, à réserver en cas d’exposition prolongée impossible à éviter, car cela empêche la synthèse de la vitamine D.

Le retour du rachitisme

Est-ce un hasard si le rachitisme (pathologie qui a permis de découvrir l’importance de la vitamine D) refait son apparition en Australie ? Dans ce pays, le soleil est l’objet d’une véritable psychose collective. Il faut dire que les Australiens ont quelques raisons de se protéger. Mais ils abusent aussi des crèmes solaires qui se vendent en bidon d’un litre, se tartinant de la tête aux pieds dès qu’ils mettent le nez dehors. L’ostéomalacie, signe de rachitisme chez l’adulte, est de retour. Même en Europe : « Il peut se cacher derrière des douleurs lombaires et une fatigue à la marche », explique Brigitte Houssin. La pollution atmosphérique, en bloquant les UV est aussi responsable des carences en vitamine D dans les mégapoles des pays pauvres. A trop vouloir nous prémunir contre le risque de surexposition solaire (dont abusent certaines personnes), les dermatologues et les pouvoirs publics ont simplifié à outrance le discours de prévention, aboutissant à un message toxique pour l’ensemble de la population. Ils sous-estiment les bienfaits du soleil, et jettent le bébé avec l’eau du bain, en l’occurrence le bain de soleil. Fait grave, ils passent sous silence les nombreuses voix discordantes qui, au sein de la communauté scientifique, remettent en cause l’ampleur des méfaits du soleil et bousculent le dogme de sa nocivité. « Tant que la collectivité ne prendra pas en compte le fait que nous sommes tous différents et uniques face au soleil, aucun message correct ne sera bien assimilé. Les mesures globales n’ont qu’un intérêt relatif. Elles donnent seulement une direction à suivre. Le soleil n’est ni bon ni mauvais, c’est une question de dosage et ce dosage est individuel. Seul un indicateur, la rougeur cutanée, signe le point d’arrêt de l’exposition solaire », explique Brigitte Houssin.

A qui profite la phobie ?

Souvent attaqué par les messages de prévention, les distributeurs d’UV artificiels (les professionnels des cabines solaires) relayent le discours des scientifiques qui protestent contre cette diabolisation du soleil : « Le soleil est devenu une source de crainte sous la pression de certains lobbies puissants. Le fait de mettre l’emphase sur le seul aspect négatif médical de l’exposition au soleil (cancer de la peau) a fait naître et prospérer un marché de plusieurs dizaines de milliards d’euros alors que la promotion des nombreux avantages du soleil n’a pas créé de marché significatif », écrit le syndicat français des professionnels du bronzage en cabine sur son site web. Chaque année, à l’approche de l’été, des dossiers «marronniers» réalisés par les médias pour vendre des pages publicitaires vantant les mérites des crèmes solaires sont publiés. Et pourtant, dans son dernier rapport sur les UV, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire Environnementale (AFSSE) indique : « Il n’est pas possible de déterminer si les écrans solaires ont une activité protectrice contre les carcinomes baso-cellulaires ou les mélanomes cutanés. Aucune découverte scientifique n’a pu mettre en avant de lien réel entre UV en cabine et mélanome ». Pour les professionnels du bronzage en cabine, qui s’estiment particulièrement stigmatisés, « ce n’est plus à l’approche de l’été qu’on instille la nécessité de fuir le soleil mais tout au long de l’année dans les publicités et sur les gondoles des supermarchés. Ces groupes d’intérêt ont créé depuis plus de vingt ans une hystérie anti-soleil qui est nuisible à la santé humaine car elle transforme les personnes en « sunphobe », qui en sont arrivées à penser qu’aucune exposition au soleil n’est réellement sûre ».

Scandale à Boston

Selon le professeur Michael F. Holick, professeur de médecine, de dermatologie, de physiologie du centre médical de l’université de Boston, les responsables principaux sont la branche cosmétique de l’industrie pharmaceutique. Savant hérétique, le Dr Michaël Holick a eu droit au bûcher. Le crime de cet éminent spécialiste de la vitamine D ? Avoir accepté un financement très partiel (5 %) de ses recherches par l’industrie de bancs solaires. Ses travaux ont été discrédités et il a dû démissionner de son poste au département dermatologie de l’université de Boston. Ce qu’on lui reproche surtout, c’est d’avoir publié un livre où il recommande aux Américains du Nord de s’exposer dix minutes au soleil plusieurs fois par semaine sans protection afin de synthétiser suffisamment de vitamine D. Que ce chercheur respecté ait publié plus de 200 articles scientifiques sur la question n’a pas empêché les associations de dermatologues de lui faire la peau, même s’il a conservé son laboratoire et s’il reste professeur de médecine et de physiologie. «Je m’interroge sur la liberté de pensée, a déclaré le Dr Holick après sa démission forcée. Ma position est basée sur des données scientifiques probantes et le seul argument que mes détracteurs ont utilisé est mon association avec les salons de bronzage : plutôt mince, non ? Je travaille depuis 30 ans dans ce domaine et, en ce qui concerne le mélanome malin, comment expliquer qu’il se développe parfois sur des endroits de la peau qui ne sont jamais exposés au soleil ? Au contraire, nous commençons à avoir des données qui laissent entendre qu’une exposition raisonnable au soleil pourrait avoir un effet protecteur contre le cancer de la peau ».
Mais pas seulement ! Les travaux des frère Garland (dont l’un est décédé en 2010), les premiers à évoquer le lien entre le taux d’ensoleillement et la diminution du risque de cancer, datent de 1980. Dès 1974, ils avaient été interpelés par une carte des Etats-Unis indiquant que les cancers du sein et du côlon étaient deux fois plus importants dans les Etats du Nord que dans ceux du Sud. Ils ont ensuite publié un article phare dans l’ International Journal of Epidemiology. Intitulé « Le rayonnement solaire et la vitamine D réduisent-t-ils la probabilité d’avoir un cancer du côlon ?», l’article concluait que la vitamine D (produite naturellement par l’organisme grâce à l’exposition solaire) et le calcium (rendu assimilable par la même vitamine D) participaient ensemble à la réduction du risque de ce cancer. Depuis, la littérature scientifique sur les bienfaits de la vitamine D via l’exposition solaire s’est considérablement étoffée, au rythme de 20 articles nouveaux par mois ! On mesure désormais à quel point le soleil est un outil de prévention formidable (et gratuit !) contre un très grand nombre de pathologies.

Les mille vertus de la vitamine D

Ainsi, le Dr William Grant, fondateur du Sunlight, Nutrition and Health Research Center, estime qu’une exposition adéquate aux rayons UVB du soleil, en permettant d’augmenter les réserves de vitamine D, pourrait empêcher des milliers de décès attribuables aux cancers aux Etats-Unis. Les données les plus probantes, selon lui, révèlent que l’exposition au soleil joue un rôle préventif dans les cancers du sein, du côlon, des ovaires, de la prostate et du lymphome non Odgkinien, mais d’autres pistes pointent également un possible effet préventif dans les cas de cancer de la vessie, de l’endomètre et du rein. Le Dr Grant affirme qu’avoir la peau pâle et une mauvaise alimentation constituent des facteurs de risques plus importants que l’exposition globale aux ultraviolets. Le Dr Edward Giovannucci, chercheur et professeur à l’université d’Harvard, souligne qu’aucun nutriment n’a un potentiel anticancer aussi remarquable que la vitamine D et qu’elle doit constituer une priorité de recherche. En effet, les cancers pour lesquels la vitamine D aurait un effet bénéfique potentiel causent trente fois plus de décès que les cancers de la peau. Malheureusement pour l’industrie pharmaceutique, la vitamine D est extrêmement facile à produire et ne constituera jamais une source de revenus. Ceci peut expliquer son désintérêt pour cette molécule, qui pourrait même faire baisser drastiquement son chiffre d’affaire…
Selon Holick, cette « vitamine soleil » protège du diabète de type 1, de la sclérose en plaques, de l’hypertension et des maladies cardiovasculaires. « Par exemple, dans la population américaine, plus le taux de vitamine D et le niveau d’exposition solaire sont hauts, plus la tension artérielle est basse », rappelle Brigitte Houssin.
Sa passion pour la vitamine D, l’a amenée à dresser une synthèse de la littérature scientifique qu’elle résume dans son livre « Soleil, mensonge et propagande ». Elle confirme l’impact positif du soleil dans un grand nombre de cancers : des Canadiens ont montré que les femmes qui avaient la peau bronzée ou pris des coups de soleil avaient moins fréquemment de cancer du sein que les autres. A contrario, une carence en vitamine D augmenterait de 73% la mortalité des femmes souffrant d’un cancer du sein, d’après une autre étude menée par Pamela J. Goodwin (Canada).
« La vitamine D régule la différenciation des cellules. (…) Selon plusieurs études, les cellules cancéreuses de la prostate, du côlon, du sein, du poumon, du pancréas, et même de la peau comportent des récepteurs à la vitamine D. Si on ajoute de la vitamine D a ces cultures de cellules cancéreuses, leur croissance diminue. Et la liste des cancers où la vitamine D intervient ne cesse de s’allonger au fur et à mesure des recherches ».
Brigitte Houssin rappelle aussi que la vitamine D peut avoir un rôle sur le poids et le syndrome métabolique, sur les yeux (prévention de la dégénérescence maculaire liée à l’âge), sur le foie et la détoxification, sur le cerveau et les troubles de l’humeur (voire sur la schizophrénie…), sur la glande thyroïde, etc. !
Le 1er mars 2012, des chercheurs de Denver ont publié dans The Journal of Immunology, leur découverte sur les mécanismes anti-inflammatoires de la vitamine D, ce qui étend encore le rôle de cette vitamine dans des pathologies de type arthrite, asthme, allergies, où la réponse inflammatoire est excessive.

Le soleil, ami de la peau

Outre l’impact sur la synthèse de la vitamine D, le soleil dispense aussi généreusement des infrarouges (grandes longueurs d’onde invisibles, alors que les UV sont des ondes courtes), très bénéfiques. Leur chaleur relâche les tensions musculaires et les raideurs articulaires, améliore la circulation sanguine (et donc l’oxygénation et la détoxification), atténue les douleurs et fait baisser le niveau de stress en facilitant la relaxation. Ce n’est pas un hasard si les appareils dispensant des infrarouges sont de plus en plus utilisés en médecine alternative pour des pathologies variées. C’est un fait établi et une vérité trop souvent oubliée. En surface, le rayonnement solaire régule la prolifération microbienne et favorise la sécrétion de substances immunisantes qui se diffusent ensuite dans tout l’organisme. Il active les glandes sexuelles productrices d’hormones vitales rajeunissantes et augmente la production de globules blancs, d’où une cicatrisation plus rapide des plaies.
Jusqu’au milieu du siècle dernier, l’héliothérapie était prescrite pour lutter contre le rachitisme et aujourd’hui encore, elle est encouragée chez les personnes âgées en prévention de l’ostéoporose. Ce qui est moins connu, c’est que la soleil entraîne également une activation de l’hématoporphyrine, un pigment sanguin apparenté à la chlorophylle et qui exerce un rôle de stimulant pour le métabolisme général. Cela accroît la formation des globules rouges et accélère la croissance des cheveux et des ongles, tout en favorisant la dissolution des tissus pathologiques (phénomène de lyse).
Depuis la nuit des temps, le pouvoir curatif du soleil a été exploité par les naturopathes et les tenants de la médecine hippocratique. Et de nos jours, il est encore « dermatologiquement correct » d’admettre que les rayons UV constituent un traitement efficace contre le psoriasis et certains eczémas.
Concernant les cancers de la peau, le discours dominant reste en revanche très alarmiste : le risque est d’autant plus élevé qu’on s’est exposé sans protection et qu’on a brûlé son « capital soleil » en multipliant les érythèmes durant l’enfance. Cette notion de capital soleil est sujette à caution. C’est « un concept marketing » inventé par l’industrie cosmétique dans les années 70, selon le syndicat national du bronzage en cabines.
« Apparemment l’exposition excessive dans l’enfance et les coups de soleil favorisent l’apparition de naevi (le naevus, ou grain de beauté, peut dégénérer en mélanome). Plusieurs articles dans différents pays le montrent (Europe, Australie…). Mais le mélanome est favorisé par les coups de soleil, quel que soit l’âge », tempère de son côté Brigitte Houssin, s’appuyant sur une méta-analyse parue en 2008 dans Annals of epidemiology (2)

Le vieillissement cutané, un faux coupable

Cependant, les données épidémiologiques montrent que les peaux burinées et abîmées, comme celle des maçons ou des alpinistes, ne développent pas plus de mélanomes que les autres. Le vieillissement cutané pourrait donc être un faux coupable. La façon de s’exposer serait beaucoup plus à blâmer que la quantité de soleil «absorbée» sur une vie.
Selon une étude hollandaise publiée en 2003, ce type de cancer serait même moins fréquent chez les adeptes du bronzage ! Enfin, plus fort encore, le dogme de l’érythème carcinogène est lui aussi remis en cause par une étude réalisée aux Etats-Unis sur 528 personnes atteintes de mélanomes et suivies cliniquement pendant cinq ans (3). Les chercheurs ont en effet constaté une relation inverse entre le risque de mourir de la maladie et l’intensité de l’exposition au soleil. Plus les patients avaient subi de coups de soleil ou s’étaient prêtés à des bains de soleil de longue durée, moins ils couraient de risque de décéder de mélanome ! Cette étude fascinante a été publiée en février 2005 dans le Journal of the National Cancer Institute, signe que les cancérologues eux-mêmes commencent à se poser des questions.
Selon l’épidémiologiste australienne Robyn Lucas (de l’Université nationale d’Australie), l’analyse des maladies répertoriées par l’Organisation mondiale de la santé montre que le nombre de morts imputables au manque de soleil est largement supérieur au nombre de morts causées par l’excès d’exposition solaire (4). Avec l’outil statistique des « Daly » (années de vie ajustées sur l’incapacité), qui sert à mesurer les années de vie en bonne santé perdues en raison d’un décès prématuré ou d’une maladie, l’étude estime que l’excès d’ultraviolets cause chaque année une perte de 1,6 millions d’années de vie (soit 0,1% du poids total des maladies mondiales) contre 3,3 milliards d’années de vie perdues pour le manque d’exposition aux UV.
Autrement dit, le fameux rapport bénéfice/risque plaide largement en faveur de l’exposition solaire!

Comment optimiser les apports solaires ?

Dès les premiers rayons du printemps, il convient de se réapprovisionner en vitamine D, dont les réserves ont été épuisées pendant l’hiver, excepté chez les personnes qui ont opté pour une complémentation, d’ailleurs unanimement recommandée par les scientifiques spécialistes de la vitamine D (à raison de 1 000 UI par jour pendant l’automne et l’hiver).
La plupart des messages de santé publique affirment qu’exposer son visage au soleil quelques minutes par jour est suffisant pour synthétiser cette vitamine. « Faux », rétorque Brigitte Houssin. S’appuyant sur les experts mondiaux, elle rappelle que la durée d’exposition varie en fonction de la latitude, de l’heure, de la saison (printemps ou été) mais aussi de la surface exposée et du type de peau.
Les teints clairs synthétisent très vite la vitamine D, ils peuvent se contenter de quelques minutes, plusieurs fois par jour, tandis que les peaux noires doivent profiter plus longtemps des rayons pour en retirer un réel bénéfice. Elle préconise de s’exposer les bras et les jambes aussi longtemps que la peau ne rougit pas, et tous les jours où c’est possible, sans crème solaire bien sûr !
« Le soleil permet de combler les apports en vitamine D chez les personnes en bonne santé. Pour les autres, il est utile de procéder à un dosage régulier de la vitamine D dans le sang et d’y adapter une supplémentation ».
En cas d’exposition forcée, l’usage de la crème solaire est possible, si on veut retarder le coup de soleil, mais ces écrans solaires ont un autre défaut : ils donnent un faux sentiment de sécurité alors que la peau souffre en silence sous l’effet des autres composantes du spectre lumineux.
En outre, une crème protectrice inhibe aussi les sécrétions naturelles de la peau. Les glandes sébacées sécrètent de l’acide uricanique, dont la fonction est justement de filtrer le rayonnement. L’usage du savon a pour effet de décaper cette couche protectrice, comme les eaux calcaires. Mieux vaut donc éviter la douche dans les heures qui précèdent l’exposition si on veut préserver au maximum le dispositif naturel de défense de la peau. Lorsque les signes avant-coureurs de l’overdose se manifestent (transpiration abondante, chaleur excessive, fatigue, sensation de brûlure, vertiges …), la sagesse recommande de se couvrir ou de chercher refuge à l’ombre.

NOTES

1. Selon les courbes de l’INVS, la mortalité par cancer de la peau a diminué de 1950 à 1990, mais elle remonte depuis. Pour l’instant, on meurt moins par cancer de la peau qu’il y a cinquante ans.
2. « Sunburns and risk of cutaneous melanoma: does age matter? A comprehensive meta-analysis »
3. « Sun Exposure and Mortality From Melanoma », Marianne Berwick, Journal of the national cancer institute, 2 février 2005.
4. Lucas, R, McMichael, A, Armstrong, B et al, « Estimating the global disease burden due to ultraviolet radiation exposure », International Journal of Epidemiology, 2008

A lire à la plage…

« Soleil, mensonge et propagande », Brigitte Houssin, Ed. Thierry Souccar, 2010.
« Vitamine D, mode d’emploi », Brigitte Houssin, Ed. Thierry Souccar, septembre 2011.
« Soleil Vital », Damien Downing et Jean Celle, Editions Jouvence, 2002

Pryska Ducoeurjoly

Journaliste indépendante, Pryska Ducoeurjoly a mené de nombreuses enquêtes dans le domaine de la santé. Elle collabore au site Ouvertures.net et est l’auteure du livre « La Société toxique »
(Editions Res Publica).
Site web :wwww.pryskaducoeurjoly.com

Crèmes solaires :
fausses vertus et vrais problèmes

Pour les dermatologues et pour les fabricants, les crèmes offrent une protection salutaire contre le rayonnement solaire. Mais rien n’est moins sûr! En 1998, une chercheuse new-yorkaise a présenté une analyse de 16 études qui concluait que l’utilisation de crème solaire n’était pas un facteur de protection contre le mélanome malin. Rebelote en 2003 : une équipe de chercheurs américains a publié une méta-analyse de 18 études arrivant aux mêmes conclusions. Bref, le bénéfice principal des crèmes (prémunir contre la forme la plus grave de cancer cutané) est loin d’être évident. Ce qui commence à l’être, c’est au contraire le danger qu’elles représentent. Depuis la fin des années 90, Margaret Schlumpf, chercheuse à l’université de Zurich, experte en toxicologie, s’inquiète des propriétés chimiques de certains filtres anti-UV. Et plus particulièrement de leur caractère œstrogénique, c’est-à-dire de leur capacité à se comporter comme des hormones féminines. Les résultats qu’elle a obtenus en testant sur des rats dix substances couramment utilisées dans les produits solaires montrent que six d’entre elles affectent gravement le développement sexuel des animaux (Toxicology, juillet 2004). La journaliste allemande Rita Stiens en a remis une couche avec son ouvrage « La vérité sur les cosmétiques » : «En 2003 déjà, Margret Schlumpf, W. Lichtensteiger et H. Frei présentaient des recherches approfondies sur les conséquences de l’utilisation massive de filtres synthétiques. Selon ces études, nous sommes doublement exposés – par l’intermédiaire de la peau et de la chaîne alimentaire – car ces composés généralement lipophiles s’accumulent dans les aliments gras, comme les poissons et le lait maternel.»
Rita Stiens se fait aussi l’écho des préoccupations concernant la biodiversité : « De nouvelles recherches menées par des biologistes marins, et rendues publiques début 2008, ont décrit l’étendue effrayante des dégâts. Les scientifiques de l’Université Polytechnique d’Ancône (Italie) en tirent une conclusion très claire : les crèmes solaires contenant des filtres synthétiques mettent en danger les récifs de coraux du monde entier. D’après eux, 10 microlitres de crème solaire dans un litre d’eau de mer entraînent déjà une décoloration totale du corail en l’espace de quatre jours. »

Labos
de banane

L’organisation Euromelanoma a lancé sa campagne 2012 de prévention des cancers de la peau et une semaine de dépistage gratuit dans toute la Belgique en mars dernier, avec pour symbole une banane tachetée…
Il suffit de lire attentivement les dépliants et communiqués de presse de cet organisme à dimension européenne pour prendre conscience que cette campagne contre le cancer de la peau joue beaucoup sur la peur, avec le soutien des dermatologues : «Le cancer de la peau survient habituellement chez les personnes de plus de 50 ans ou plus tôt si exposition prolongée et/ou intense au soleil. Une personne sur 6 développera un cancer de la peau au cours de sa vie». Mais qui est donc Euromelanoma ? Sur le site www.euromelanoma.org,sous la rubrique A propos, aucune info ! Seulement les logos de trois laboratoires pharmaceutiques. Et sur l’affiche officielle, quasiment toute l’industrie des crèmes solaires est représentée. D’où sort cette donnée alarmante qu’une personne sur 6 sera atteinte par un cancer de la peau ? Si cela inclut tous les types de cancer de la peau, il n’y a pas de raison de s’affoler. On sait notamment que les carcinomes (95% des cancers de la peau) sont d’évolution lente, rarement mortels et apparaissent généralement après 50 ans. Les mélanomes, eux, représentent 5% des cancers de la peau. Et 20% de ces 5% aboutissent à un décès, selon les chiffres de Brigitte Houssin dans « Soleil, mensonges et propagande ». Que dire également du dépistage qui a considérablement progressé, aboutissant à augmenter le nombre de cancers de la peau répertoriés du fait d’actes chirurgicaux préventifs, alors qu’ils n’auraient pas forcément fait parler d’eux (voir à ce sujet notre dossier de mars 2012 et l’interview de Bernard Junod en page 10). D’autres données invitent à nuancer les propos alarmants de ce type de campagne. Car si on prend l’exemple français, les plus de 65 ans représentaient 7,5 millions de personnes en 1980, contre plus de 10 millions en 2006. Il est donc logique que le nombre de cancers de la peau soit en augmentation dans les pays aux populations vieillissantes. L’INVS, Institut de veille sanitaire français, a par ailleurs estimé le taux de mortalité par cancer de la peau : ils représentent 1,3% des décès par cancer chez les hommes et 1,7% des décès par cancer chez les femmes. Voilà qui ramène la menace solaire à de plus justes proportions.