Article 81 Par Emmanuel Ratouis

Lorsque deux êtres se rencontrent et tombent amoureux, il n’y a absolument aucun hasard. La psychogénéalogie et le décodage transgénérationnel montrent à suffisance que les flèches de Cupidon sont en réalité téléguidées par l’inconscient familial des tourtereaux. Leurs atomes crochus ont été crochetés par les problématiques de leurs parents et aïeux. Suffit-il de la savoir pour retrouver un peu de libre-arbitre dans ses « choix » affectifs et/ou pour apaiser les tensions dans le couple? Ce n’est pas l’avis d’Emmanuel Ratouis. Pour lui, il n’est pas si simple d’échapper à l’ « aquarium » de notre ascendance. Ce qu’on appelle l’amour est bien souvent la conjugaison de deux mémoires meurtries. Pour qu’il perdure, il faut travailler dur à une élévation de conscience, laquelle commence par la compréhension que la personne rencontrée était exactement la bonne au moment de la rencontre !

Dans les livres consacrés au couple en transgénérationnel, on découvre en général une bien-pensance qui m’a toujours semblé peu crédible. Voilà le discours type : « Ils n’allaient pas bien, ils sont venus nous voir… Grâce à l’exploration de leur arbre généalogique, ils ont compris leurs problématiques respectives, et maintenant tout va pour le mieux entre eux ! »… Les choses ne peuvent pas toujours fonctionner comme cela et elles méritent à mon sens d’être exposées avec davantage de précision et de réalisme.
Lorsque deux êtres se rencontrent, il n’y a évidemment absolument aucun hasard. Le seul que l’on pourrait y voir serait peut-être lié au fait qu’un train soit arrivé en retard et que les deux protagonistes se soient ratés à cause de ce retard imprévu. Mais s’ils se sont croisés sur le quai de la gare, si leurs phéromones se sont activées en même temps, c’est parce que leur inconscient, qui se trouve aux véritables commandes, leur a dit : « Il n’y a aucun doute, c’est celui-là, ou celle-là qu’il me faut !!! Sa problématique est compatible avec la mienne, avec ce que je suis précisément venu expérimenter sur cette Terre. » Si, par la suite, leurs esprits puis leurs corps ont fusionné, c’est indubitablement sans la moindre once de hasard que cela s’est produit et les histoires qui suivent vont le démontrer. Cela n’est pas nouveau, mais encore faut-il bien comprendre comment les choses s’opèrent concrètement…

Quelques exemples concrets pour comprendre

Nous naissons dans des aquariums. Au départ, et tant que nous n’élevons pas notre niveau de conscience, nous ne sommes libres d’évoluer et de nous associer que dans un aquarium précis, celui d’où nous venons. En même temps, l’essentiel étant d’être heureux, tant qu’on l’est, pourquoi aller rendre visite à notre inconscient familial ? N’oublions jamais, en tout cas, que s’y rendre n’est pas neutre !

– Aquarium sacrifice : je m’appelle Pascale ou Agnès et je porte un programme de sacrifice . Deux solutions s’offrent à moi : soit trouver un homme qui me confronte sans cesse au sacrifice, m’obligeant à perdre mon travail pour le suivre, à me plier en quatre pour sa carrière, augmentant mes colères contre lui alors que tout est parfait puisqu’il excite ma souffrance au bon endroit ; Ou au contraire, zéro sacrifice. Je dépense l’essentiel de mon énergie à satisfaire mes besoins, et rien que mes propres besoins le plus égoïstement du monde. Dans ce cas, mon conjoint se sacrifiera pour moi et nos problématiques s’emboîteront parfaitement.

– Aquarium abandon : une femme a été abandonnée à la naissance ; Elle trouvera des hommes qui successivement l’abandonneront ou ne se mariera pas, ne s’engagera pas dans des relations durables pour ne plus jamais être abandonnée. Est-ce que deux conjoints portant ces mémoires pourront solutionner ensembles leurs problématiques et trouver un équilibre relationnel leur permettant chacun de s’épanouir ? Ou bien est-ce que seul un des deux y parviendra ? Dans ce cas, lorsque celui-ci aura suffisamment avancé dans ses compréhensions, un lâcher-prise s’opérera en lui, et il pourra s’investir dans une nouvelle relation dans laquelle la problématique d’abandon sera dépassée…

Enseignement : nos problématiques se superposent, se confrontent ou s’emboitent parfaitement. Elles sont souvent identiques ou complémentaires. Par exemple, une femme juive d’une soixantaine d’années, dont le clan a été décimé pendant la guerre et qui s’intéresse au transgénérationnel, fait le bilan de sa vie. Elle réalise qu’elle est d’abord allée chercher un homme qui était d’accord avec elle pour fabriquer un maximum de vie le plus rapidement possible. Avec lui, elle a eu 7 enfants en 8 ans. Une fois les martyrs de son clan remplacés, elle a divorcé pour aller chercher un homme politique. Après avoir remboursé sa première dette ancestrale, il était essentiel pour elle de prendre le pouvoir, celui avait tant manqué dans les camps de la mort !… Nous portons tous plusieurs problématiques, au moins 2 ou 3 en général, qu’il est facile de hiérarchiser. On peut dire que la première problématique d’un individu se trouvera nécessairement chez son conjoint, mais pas forcément en première place et réciproquement. C’est pourquoi les arbres généalogiques des partenaires principaux de nos vies en disent autant sur notre propre existence, comme dans un effet miroir.

– Aquarium dévalorisation par rapport aux études ou à l’échelle sociale. Une femme issue de la noblesse et dévalorisée par son père n’a pas obtenu le diplôme que son père espérait pour elle. Elle épouse un homme qui détient ce même diplôme. Ainsi, elle rembourse sa dette, ou atteint autrement l’objectif fixé par son père ! Son conjoint, qui porte une mémoire de noblesse perdue, épouse ainsi une aristocrate et réintègre symboliquement son rang en vivant mal (sur un plan conscient) le décalage de classe. Ainsi, les dévalorisations peuvent se compléter et chaque protagoniste du couple peut rembourser sa dette à son clan familial. Sans en avoir conscience, ce que ces deux-là appelaient « amour », n’était rien d’autre que la possibilité enthousiasmante et valorisante de s’acquitter de leurs dettes respectives.

– Aquarium deuil non fait : comme l’a si justement souligné le docteur Salomon Sellam dans son livre « Comprendre les désordres amoureux », un conjoint est souvent choisi pour remplacer un manquant de son arbre généalogique. Par exemple, mon oncle Gérard, né un 3 janvier, est mort à la guerre. On n’a pas retrouvé son corps et on ne s’en est jamais remis. En tant que femme du clan, je vais épouser un Gérard ou un homme né le 3 janvier. Plus le conjoint est regretté, plus la dette est importante, plus on sera prêt(e) à faire des efforts pour supporter un remplaçant (e) s’avérant pénible le cas échéant. Il y a toujours un décalage de motivation dans les atomes crochus inconscients. L’un des deux aura plus de mal que l’autre à trouver le remplaçant idéal pour rembourser sa dette. Autre exemple : je m’appelle Anne. mon frère ainé a été placé en nourrice à ma naissance car j’étais très malade. Deux mois plus tard, il est décédé un 15 janvier d’une méningite foudroyante (cela arrive souvent aux enfants en bas âge lorsque le robinet d’amour est coupé brutalement !). Mes parents ne s’en sont jamais remis. Ils s’en sont terriblement voulu et n’ont pas eu d’autre enfant. Ainsi, toute la culpabilité est retombée sur moi : « J’ai tué mon frère » ! J’ai grandi avec cette croyance qui est devenue peu à peu certitude. En âge de me marier, que pouvais-je faire pour rembourser ma dette ? J’ai épousé un homme né le 15/1. Ainsi, je ramenais symboliquement mon frère dans le clan. J’éprouvais une telle culpabilité que je serais restée avec lui envers et contre tout, même s’il était devenu toxique ou violent envers moi. Il est probable que l’atome crochu inconscient de cet homme qui l’a poussé vers Anne était de moindre importance. Dans ce cas, ce sera lui qui pourra se séparer plus facilement en cas de dégradation des rapports au sein du couple !

– Aquarium fille-mère. Une fille mère épouse un homme qui accepte de reconnaitre son enfant. Il peut le faire pour une raison sociale ou financière, mais la colère pourra alors le gagner car il ne sait pas qu’il répare un homme de son clan qui a laissé une fille mère dans la nature ! Payer les fautes de ses ancêtres peut s’avérer coûteux et même bien plus coûteux encore que tout ce qu’on pourrait imaginer à première vue. Car comment penser que, jusqu’à 150 ans après un traumatisme familial, on puisse « choisir » une profession, un partenaire, ou même de mourir à cause de ce même traumatisme a priori « oublié » depuis des lustres ? Et pourtant, des cas de cet ordre sont bien plus fréquents qu’on ne pourrait le croire !

– Mémoires de viol : enfant, j’ai été violée par l’oncle Bernard. Lorsque je me suis plainte, on m’a dit que rien ne s’était passé. Ça a bloqué mon rapport aux hommes. Plus tard, je n’aurais pas d’autre choix que d’épouser un Bernard. Il me faudra inconsciemment repasser par la case non solutionnée de mon vécu conflictuel. En cela, même si c’est terrible à dire, quelle que soit l’attitude de ce nouveau Bernard vis-à-vis de moi, il sera parfait. On pourrait même dire que plus il ressemblera à ce violeur, plus il sera parfait.

– Histoires identiques au millimètre : ma maman a une cicatrice au poignet, faite à 12 ans en passant son bras à travers une vitre lors d’une course-poursuite avec ses frères. Ma femme a une cicatrice au poignet, faite à 12 ans en passant son bras à travers une vitre lors d’une course-poursuite avec ses frères. Le plus drôle, c’est que l’homme en question n’a remarqué la cicatrice de son épouse qu’après le mariage. Autre histoire : un homme et une femme sont tous deux des enfants de remplacement. Juste avant leur conception, leurs mères respectives ont perdu un enfant à la naissance pratiquement aux mêmes dates (un jour près). Parviendront-ils ensemble à fabriquer un enfant sans peur ? Dernière histoire : le drame familial de l’acteur Vincent Pérez, c’est la mort de son grand-père paternel dont n’a jamais pu lui parler son père : il est mort, fusillé un 3 avril par les forces franquistes durant la guerre d’Espagne, drame non digéré car trop douloureux. Côté maternel, deux drames ont marqué sa mère au fer rouge : ce sont les décès accidentels de ses deux frères survenus à chaque fois un 3 avril, également dans des circonstances tellement injustes qu’elles ont, à chaque fois, empêché le processus de deuil de se faire. Les gyrophares inconscients des parents de Vincent Pérez s’étaient mis à clignoter dès leur première rencontre car ils savaient déjà qu’ils partageaient ce deuil impossible à la même date !

– Mémoires d’infanticide : deux conjoints portent chacun une mémoire d’infanticide. Parviendront-ils à fabriquer un enfant ensemble ? On peut ajouter que dans le cas de problématiques identiques, on retrouve souvent un décalage d’une génération dans le vécu traumatique de l’arbre maternel et de l’arbre paternel…

L’exemple tragique des époux Fourniret

On nous fait croire que des phéromones nous guident vers notre conjoint, mais ceux qui disent cela prennent évidemment le problème à l’envers (exactement comme ceux qui espèrent découvrir le gêne de l’homosexualité pour comprendre son origine). Mais c’est l’inverse qui se produit. Ce ne sont pas nos gènes qui créent nos histoires, mais celles de nos clans qui activent nos gènes. Il serait temps que nos scientifiques le comprennent ! C’est parce que certaines histoires pèsent, que certaines évolutions sont proposées par notre cerveau automatique par souci d’adaptation en activant certains gènes. Ces clignotants nous sont envoyés par notre inconscient ! C’est exactement comme s’il nous disait : « Tiens, tu vois celui là ou celle là, et bien, elle va parfaitement pouvoir te confronter à ta part d’ombre, à la problématique que tu es venu jouer dans cette vie-là ! » Et peu importe si elle est lourde, si les souffrances à venir seront copieuses ou pas, l’odeur sera la bonne ! Michel Fourniret devait sentir extrêmement bon aux narines de Monique et réciproquement. Et je dis cela sans provocation, juste pour faire comprendre à quel point nos vies fonctionnent en trompe l’œil… D’ailleurs, dans le cas des époux Fourniret, parmi les plus terribles tueurs en série de ces 30 dernières années, Monique participait aux enlèvements des jeunes filles, sachant ce qui allait leur arriver. Ils montaient parfois en voiture pour aller faire ensemble un tour en ville. A l’arrière de leur véhicule, ils n’hésitaient pas à placer un de leurs enfants en bas âge. Lorsque Michel trouvait une fille à sa convenance, il s’arrêtait à son niveau et Monique jouait la comédie du petit qui ne va pas bien : « Vous ne voudriez pas nous emmener à l’hôpital ». Inspirant confiance, elle parvenait parfois à faire monter une malheureuse dans la voiture. Pas facile a priori pour Michel de trouver une aussi parfaite complicité… Avant d’arrêter ce couple infernal, la police les avait placés sur écoute. Sur une bande, on pouvait entendre Monique dire à son mari : « Si tu tues mes deux premiers maris et l’homme qui m’a fait perdre ma virginité, je t’amènerais des vierges ». Une des victimes du couple avait été choisie pour sa ressemblance avec Monique. L’objectif clairement affiché était d’organiser devant Monique la scène de sa propre défloration vingt ans plus tôt. Il est plus que probable que Monique avait vécu la perte de sa virginité comme un viol, ainsi que tous ses rapports sexuels postérieurs avec les hommes. Encore un exemple d’emboitement des problématiques, en l’occurrence tragique, avec une « chance » sur un million de trouver le « bon » partenaire ! A noter que dans de nombreuses affaires judiciaires de pédophilie, on constate que les époux sont complices. La femme, parfois, assiste ou encourage les ébats de son mari… Ont-ils subi le même traumatisme étant enfants ? Qu’il est compliqué de sortir du fameux : « Ce qu’ils ont subi, ils te le feront subir ! » Fort heureusement, nos dossiers sont évidemment bien moins lourds que ceux-là.

Faut-il rester ensemble ?

Quels enseignements tirer de tous ces constats pour « ne pas gâcher notre passage dans ce rêve appelé réalité », comme le disait si justement Jodorowsky ? Faut-il rester ensemble ou pas ? Chaque cas est unique. Mais prenons d’abord conscience que l’on risque fort de répéter nos schémas de vie tant que notre niveau de conscience n’évolue pas. Exemple typique de construction de vie sentimentale : je porte le même prénom qu’une femme de mon clan ayant perdu un enfant à la naissance. Je vais trouver des hommes qui fuiront toujours au moment de concevoir un enfant. Peut-être serais-je conduite à avorter dans une grande colère. D’une manière générale, mes colères contre les hommes vont aller grandissant jusqu’à ce que je passe la barrière des 50 ans. Alors l’aigreur m’assaillira, parce que je n’aurai pas compris (la souffrance était trop grande et faisait office de brouillard, m’empêchant de comprendre les vrais enjeux de ma vie) qu’au fond, tout cela m’arrangeait parfaitement, car en mettant au monde, je risquais fort d’être confrontée au choc du spectacle indicible de cet enfant mort-né. Ainsi, tous ces hommes qui me disaient non étaient les bons ! En agissant de cette manière, je n’aurai fait que me protéger de cet enfer tout en augmentant à chaque répétition de mon schéma de vie sentimentale, mes colères, mes ressentiments et mes culpabilités… Alors que notre boulot consistait probablement précisément à en finir avec ça.

La colère est mauvaise conseillère

Autre conclusion fondamentale : ces colères et ces culpabilités sont parfaitement inutiles à moyen terme. Bien sûr, il est logique et humain de passer par elles, mais si elles s’installent, c’est exactement comme si je me faisais hara kiri. Quel est le sens d’une colère qui perdure contre un partenaire qui était parfaitement le bon en fonction de mon niveau de conscience du moment, puisqu’il m’aidait à me confronter à mes dossiers en suspens ? Si ces sentiments négatifs s’installent en moi et durent plus d’un an ou deux, ce sera comme un deuil non fait à l’intérieur de moi, il faudra sans doute me faire aider pour m’en défaire. C’est un poison dont j’aurais intérêt à me débarrasser au plus vite, passé la légitime incompréhension première… Grandir, me retrousser les manches pour solutionner l’un ou l’autre de mes problématiques, là est la voie ! Car sinon, je risque fort de stagner dans cette souffrance ou ces sentiments négatifs toute mon existence… Et par conséquent dans ma trajectoire de vie ! Car quel que soit ce que j’ai subi, je resterai dans la nasse inconsciente de mon traumatisme et risquerai de répéter mon scénario de vie ad vitam aeternam. C’est pourquoi, si les tensions s’installent dans un couple, que ces violences soient physiques, verbales ou psychologiques, je ne vois pas d’autre solution que celle qui consiste à élever son niveau de conscience, pour parvenir à comprendre l’essentiel de ce qui vient d’être exposé plus haut. Si l’on prend un peu de recul, on comprendra pourquoi Judas est le préféré des apôtres de Jésus, car c’est lui qui lui offre la possibilité de se confronter à son « schéma de vie », d’autres diront à sa destinée ! A noter que, malheureusement, il est rare que les deux partenaires élèvent leur niveau de conscience au même rythme.

La question à se poser

Si le couple bat de l’aile, il me semble donc que la question fondamentale à se poser lorsqu’on a compris quelle problématique on est venu « jouer » ensemble, c’est : allons-nous vers une amélioration de celle-ci, ou au contraire une aggravation (à noter que l’aggravation se produit surtout lorsqu’on est porteur de stress non-dits !!!, c’est-à-dire non venus à la conscience !!!) ? Quand on parvient à poser la question de la trajectoire du couple en ces termes de détérioration ou d’aggravation, de la perspective du moins ou du plus, la réponse est assez simple en général ! Ce qui va compliquer les choses, c’est évidemment les enjeux matériels et surtout, les enfants, lorsqu’il y en a. Mais il me semble que lorsque l’horizon semble irrémédiablement bouché et que la violence s’est installée et que l’un des deux est fermé à toute ouverture de conscience, alors celui des deux qui parvient à lever la tête et à entrevoir le récif vers lequel il se dirige, pourra bien entendu tendre des perches à l’autre. Mais si ça ne fonctionne pas, il n’aura souvent rien d’autre à faire que de quitter le navire.

Une vie réussie, c’est à la fois simple et compliqué. Ce n’est certainement pas tout résoudre, mais s’atteler à sa mission première, ça ne serait pas rien : dépasser la peur et la nécessité de l’abandon lorsqu’on a été abandonné. Devenir un père ou une mère sans en avoir eu. Parvenir à « fabriquer » un enfant sans peur si ma mère est morte en couches ou à conquérir une sexualité épanouie bien qu’ayant subi un viol. Si je m’appelle Martine, programmée pour être une guerrière, coupée d’une partie de mon féminin, si je m’appelle Irène, empêtrée dans ma colère de naissance, ma vie pourrait tout simplement consister à déprogrammer les excès de cette colère ou de ce combat qui sont en réalité ceux de certains de mes aïeux, dans ce qu’ils ont de compulsif et d’autodestructeur pour moi !… Le couple fait partie de l’équation de réussite ou d’échec. De deux choses l’une : soit il est un moyen d’y arriver, soit il constitue une impasse… C’est pourquoi, pour moi, les choses méritent d’être vues sans illusion. Par exemple, ce gynécologue et son amie devenue sage-femme, portant tous deux une mémoire d’infanticide et ne parvenant pas à avoir d’enfant ensemble, sont a priori engagés dans la voie de la résolution de leurs héritages (chacun veille à ce que les grossesses se déroulent au mieux, chacun répare). Cela vaut donc le coût d’essayer d’enfin parvenir à faire cet enfant tant désiré ensemble. Seront-ils capables après avoir compris tous deux leur problématique de procréer l’enfant de la guérison ? Dans ce cas, le fait d’être ensemble, motivés ou capables d’aider l’autre à mener à bien le processus de la gestation, est incontestablement un gage de réussite pour le couple. Face à ce questionnement au sujet de mon partenaire de vie (est-il le bon ?), la question essentielle est donc : allons-nous ensemble vers plus de sagesse, plus d’harmonie, plus de paix intérieure ? Ou bien, au contraire, sommes-nous engagés dans ce qui ressemble à une impasse ? Une grande dégradation, davantage de violence, l’apparition de la haine dans nos rapports ? Attention si on en est là ! Si, par exemple, violée par mon voisin Xavier (ce que mes parents ont toujours nié), j’ai épousé un Xavier, si nos rapports sont de plus en plus marqués par des formes d’agression, voire de violence sexuelle, et si les méandres de mon existence m’ont fourni la capacité et la chance de le comprendre, alors, je n’aurais peut-être pas d’autre choix que de partir faire ma vie ailleurs. Surtout si mes tentatives pour élever le niveau de conscience de mon conjoint sont restées lettres mortes… Je n’aurai pas d’autre choix si je désire changer d’aquarium…

Nos vies ont un sens

On peut dire que tout cela est inquiétant ! Mais en fait, il y a toujours deux façons de voir les choses. D’un côté, on peut trouver cela vertigineux de se dire qu’on a eu zéro choix, qu’on s’est fait avoir par notre inconscient, que toute notre vie s’est construite « à notre insu de notre plein gré ! », comme diraient les Guignols. De l’autre, on peut se dire avec certitude qu’on est avec la bonne personne, que nos vies ont un sens précis et que, du coup, on ferait bien d’en tenir compte, car elles constituent des tentatives de faire mieux que les ancêtres avec qui nous sommes en lien et qui ne disposaient pas des mêmes clés. Ainsi, nous sommes chanceux par rapport à eux. Car il nous est donné la possibilité d’accomplir ce chemin d’amour et d’humilité qui est celui du détachement puis du dépassement de notre inconscient familial… N’oublions jamais que cette capacité, lorsque nous la détenons, nous est toujours inconsciemment transmise par certains de nos prédécesseurs, même s’ils s’en défendent ou semblaient fermés au plus haut point sur un plan conscient ! Et même si cela peut sembler très difficile à réaliser, c’est un enjeu extraordinairement positif. Car au bout du tunnel, il y a la paix, l’harmonie intérieure. Effaçons nos colères, nos culpabilités, tout ce qui nous tire vers le bas… C’est notre travail ! Redevenons maîtres de nos trajectoires de vie. Et si la vie que nous menons avec notre partenaire est toxique, comprenons ce pourquoi nous sommes allés vers lui, tendons -lui une perche ou changeons-en sans drame. Comprenons que toutes nos colères et nos culpabilités d’avant n’étaient que des chaînes et des freins à notre épanouissement futur. Bonne route…