ARTICLE N° 62 Par Sandra Franrenet, avec le Dr Eduard Van den Bogaert

Comme nous l’avons souligné le mois dernier avec l’interview d’Anne Ancelin-Schützenberger, la psychogénéalogie occupe une place prépondérante parmi les approches associées au décodage des maladies. Pour résoudre un conflit pathogène, il est souvent nécessaire d’en retrouver la source transgénératitionnelle et d’en libérer la charge émotionnelle. Histoire d’accélérer ce travail, le Dr Eduard Van den Bogaert a conçu un outil thérapeutique à la fois inédit et accessible à tous : un « arbre généalogique express » qui fait appel aux ressources de l’inconscient et à l’hypnose éricksonienne. Un croquis rapide pour se changer la vie, un petit dessin pour retrouver la maîtrise de son destin !

Pour tirer le maximum de bénéfices de cet article, prêtez-vous à un petit jeu avant d’en débuter la lecture ! Prenez une grande feuille de papier et dessinez instinctivement et spontanément en deux minutes chrono votre arbre généalogique. Une seule consigne : réfléchissez le moins possible à « une éventuelle bonne manière de procéder » durant cet exercice. En parcourant l’article, vous découvrirez quelques éléments de décryptage qui vous permettront de faire un décodage sommaire de votre dessin. Afin de ne pas vous influencer, nous n’avons pas illustré cet article avec des exemples.

Et si un arbre pouvait prévenir, voire guérir, la transmission ou la survenance de maladies graves ? Pas n’importe quel arbre bien sûr. Celui dont chaque être humain est issu : son arbre généalogique. Foutaise ? Pas à en croire le Dr Eduard Van den Bogaert. « Ma sœur est devenue tétraplégique à l’âge de quatre ans suite à l’administration d’un vaccin. Ne croyant pas en la fatalité, j’ai cherché à comprendre pourquoi ce handicap était «tombé sur elle». C’est la généalogie qui m’a donné la réponse » explique-t-il. Et ce médecin généraliste formé à l’Université Libre de Bruxelles, spécialisé en homéopathie classique et en décodage médical des maladies, de raconter comment la psychanalyste-généalogiste Jeanne Bastin l’a mis sur la piste de son arrière grand-mère maternelle morte en couche de son troisième enfant. « Elle n’a pas su m’expliquer le lien entre le handicap de ma sœur et cette aïeule, mais m’a invité à chercher des réponses de ce côté de ma lignée, à partir d’un calcul basé sur les noms, prénoms et position dans la fratrie, poursuit le Dr Van den Bogaert (cf. encadré). La vérité m’a éclaté aux yeux un an plus tard, après avoir perfectionné mes acquis dans le domaine de la généalogie. » Sauf que tout le monde n’entend pas « perfectionnement des acquis » de la même manière. D’aucuns optent pour la course aux formations et la lecture compulsive d’ouvrages spécialisés. D’autres cherchent à s’affranchir des conventions et habitudes pour faire avancer la recherche afin qu’elle profite au plus grand nombre. Eduard Van den Bogaert fait résolument partie de cette seconde catégorie. Preuve en est son « arbre minute », un outil qu’il a créé à partir des génosociogrammes(1) de Moréno (développé par les professeurs Anne Ancelin-Schützenberger et Serge Tisseron), des connaissances des psychanalystes Didier Dumas et Jeanne Bastin, des Drs Claude Sabbah et Gérard Athias, sans oublier ceux de son épouse, la coach Judith Van den Bogaert. « Les avantages de cet arbre sont multiples : il ne coûte rien, il est applicable à tout le monde dès l’enfance et permet de déprogrammer les mémoires familiales à l’origine de maladies, accidents ou conflits dévastateurs » illustre-t-il avant d’en expliquer le fonctionnement.

Des erreurs à l’origine du travail de guérison

Comme son nom le laisse supposer, « l’arbre minute » consiste à dessiner, en l’absence de toutes connaissances préalables, son arbre généalogique en deux minutes chrono. Parce qu’il est irréalisable, cet exercice crée un micro sur-stress au niveau du cerveau qui conduit le patient à commettre des erreurs symptomatiques de son histoire. Ces erreurs, qui en réalité sont des feed-back de l’inconscient, vont servir de point de départ au travail. « Chaque symbole, blanc, point,… couché noir sur blanc sur le papier est porteur d’un sens que je m’attache à décrypter en fonction des données de la biologie » ajoute Eduard Van den Bogaert avant d’enrichir ses propos par quelques exemples : « Au même titre qu‘un homme et une femme possèdent un sexe biologiquement différent, il doivent être matérialisés par des symboles distincts dans l’arbre, idéalement un triangle pour le premier car il renvoie à la tête du spermatozoïde et un rond pour la seconde car il préfigure l’ovule. » Un patient qui n’aurait recours qu’à un seul symbole pour représenter les hommes et les femmes de sa généalogie révèlerait donc, quelque part dans sa lignée, un programme d’homosexualité ou de confusion au niveau des sexes (hommes féminins, femmes masculines,…). Couper, voire oublier, de dessiner des traits est également révélateur de certains programmes : « Nous sommes tous issus d’un père et d’une mère liés l’un à l’autre à un moment de leur vie. Un individu qui omet de les relier ou de se lier à eux cache un programme d’aliénation, c’est-à-dire d’absence de liens. Cette situation est extrêmement répandue dans la société mais complètement niée. » L’endroit et la manière dont les individus se positionnent dans l’arbre réservent enfin bien des surprises. « Chaque être humain est unique. Il doit à ce titre avoir une place bien à lui dans son arbre. Pourtant, je ne compte plus le nombre de personnes qui se placent juste au-dessus d’un descendant ou au dessous d’un ascendant, suggérant ainsi un possible programme de domination ou au contraire de soumission » termine-t-il. À écouter ce spécialiste, c’est donc en décryptant l’arbre avec le patient et en l’aidant à mettre des mots sur ce qu’il a dessiné qu’il réalise que son dessin colle à la réalité de ce qu’il vit au sein de sa famille. Il prend ainsi pleinement conscience des programmes familiaux et cesse de les subir passivement.

De l’œuvre au noir à l’œuvre au rouge

Lorsque cette première étape baptisée « l’œuvre au noir » est terminée, s’ensuit « l’œuvre au blanc » : un travail de mise au net (que l’on doit aussi entendre « mise honnête ») et de structuration. Les participants sont invités à redessiner leur arbre à partir des corrections du médecin. « L’objectif de l’arbre consiste à favoriser la liberté, l’égalité et la fraternité entre tous les membres de l’arbre. Chacun doit donc avoir une colonne égale à celle des autres mais parfaitement différente où il est libre entre le ciel et la terre tout en étant relié à tous ses «frères et sœurs» terrestres » précise-t-il. De ses explications, on comprend donc qu’une colonne plus large que les autres traduit une volonté d’envahissement ou de domination. Des colonnes verticales de différentes tailles révèlent cette fois des variations dans les rapports de force. Des lignes horizontales plus rapprochées ou éloignées témoignent enfin de rapprochement ou d’éloignement pathologiques entre les générations. Le coaching réalisé par Judith, l’épouse d’Eduard, aide les protagonistes à pister leur invariant récurrent (l’événement qui se répète de génération en génération) qui se cache en filigrane partout dans leur arbre. Bien que les patients ne s’en rendent pas forcément compte, cette phase est cruciale car elle marque le début de la guérison du ou des programmes transgénérationnels répétitifs. « Lorsqu’ils s’entendent raconter leur arbre et qu’ensuite ils tracent des lignes nettes, les patients mobilisent trois sens : l’auditif, le visuel et le kinesthésique. Cette prise de conscience entraine l’activation de certains gènes et la désactivation de certains autres » enseigne Eduard Van den Bogaert. Et le spécialiste d’ajouter qu’une fois l’ensemble structuré, informé et ordonné, « l’œuvre au rouge » peut démarrer. C’est d’ailleurs sans doute là que son apport est le plus novateur. « J’ai eu l’idée de faire appel à l’hypnose ericksonienne pour aller chercher, à l’intérieur de chaque personne, la mémoire de ses ancêtres. Cette connexion permet d’interroger chaque mémoire sur ce qui lui a le plus manqué durant sa vie pour qu’elle ait été amenée à rencontrer des situations de maladies, abandons, accidents,… qui se sont ensuite répétées de génération en génération » informe-t-il. L’intérêt de cet exercice réside essentiellement dans le travail de ressourcement (offrir symboliquement à son ancêtre tout ce dont il a manqué) et de pacification (l’apaiser et lui donner l’excellence qu’il a rêvé d’atteindre de son vivant) qui suit. « Il est possible de partager ce travail avec son conjoint puis de le transmettre à ses enfants qui à leur tour pourront le transmettre à leur conjoint et à leurs enfants afin de nettoyer la généalogie et d’annuler les programmes répétitifs qui s’inscrivaient jusqu’alors dans leurs gènes » rassure-t-il.

Libérer la généalogie

« Les gènes constituent une incroyable banque de données. Les informations qu’ils contiennent s’expriment lorsque l’individu en a besoin, même si,, la plupart du temps, c’est très inconscient. Or il suffit de comprendre les circonstances dans lesquelles les gènes s’activent pour mettre fin à ce que certains qualifient de malédiction et libérer la généalogie » affirme-t-il. Et comme s’il s’attendait à voir ses propos contestés, il poursuit en s’appuyant sur un cas qu’il connaît bien. « Je compte parmi mes patients deux membres d’une famille atteinte d’une maladie génétique unique au monde. Elle a la particularité d’enfermer le malade dans son corps (aphasie (2) et paralysie générale) avant de le conduire vers la mort. En travaillant sur leur arbre, nous avons compris l’origine et surtout l’intérêt » de cette pathologie » précise le médecin qui indique qu’ils ont dû remonter jusqu’à un ancêtre bourgmestre dont le comté était placé sous occupation prussienne pour que tout s’éclaire. L’histoire est digne d’un roman : voulant passer par ce morceau de territoire, le roi de Prusse s’est vu opposer une fin de non-recevoir par cet aïeul qui, pour avoir la vie sauve, a été contraint de se cacher dans des conditions particulièrement pénibles… qui rappellent étrangement la caractéristique de cette maladie orpheline : immobilité et silence. « L’arbre nous a permis de voir que la pathologie était systématiquement corrélée à une problématique d’autorité chez les descendants. Pour dire les choses autrement : cette maladie leur «permet» de «la fermer» et de ne «plus bouger» devant l’autorité pour rester en vie. Sauf que ce qui a jadis permis de sauver cet aïeul (être immobile et sans voix) décime aujourd’hui ses descendants… » analyse le spécialiste. Depuis cet éclairage, l’un des deux patients est parvenu à ralentir considérablement l’expression de sa maladie. Une situation qui n’étonne pas le médecin : « En voyant devant elle toutes les pièces du puzzle s’assembler, ma patiente a mis du sens sur le mal dont elle souffre et n’a plus eu «besoin» d’être malade ! » commente-t-il tout en reconnaissant qu’elle avait déjà mobilisé beaucoup d’énergie dans la chemin de la guérison. Quant à l’autre patient (son fils), il attend les résultats du test génétique pour savoir s’il est ou non porteur. Loin cependant d’Eduard Van den Bogaert l’envie de nier l’existence du libre arbitre. « Je crois que nous sommes parfaitement libres de décider de notre destin, mais pas sans un profond travail sur soi. Avant cela, nous sommes conditionnés à un point qu’on n’imagine pas. ».

Zoom sur les « huit liens hommes/femmes »

À la base du travail de décodage d’Eduard Van den Bogaert : un arbre généalogique. Oubliez néanmoins tous ceux que vous avez vu jusqu’à présent. Celui-ci a été conçu comme une réplique, la plus fidèle possible, des phénomènes biologiques. « Chaque ligne tracée symbolise un lien de vie : homme/femme, parents/enfants,… » illustre-t-il. Mais là où les arbres « classiques » se limitent à relier ses différents protagonistes par un seul trait, Eduard Van den Bogaert (qui s’est ici inspiré des connaissances de Jacques Salomé en matière de relation) les multiplie comme les petits pains ! « Les membres d’un couple sont unis par une multitude d’attaches qu’il est important de faire figurer pour pouvoir les analyser en détail » justifie-t-il. Si le lien d’amour universel entre deux êtres est généralement celui auquel on pense en priorité, il est loin d’être le seul. Celui-ci peut en effet trouver sa source dans une amitié réelle ou virtuelle ou de voisinage résiduel, ce qui fait déjà deux connexions. Certains couples souhaitent ensuite officialiser leur relation en se fiançant, pacsant et/ou en se mariant civilement et/ou religieusement. On passe donc directement à six. S’ils ont un enfant ensemble, un lien supplémentaire les unit : celui de parents. Ça fait sept ! Enfin, s’ils sont associés ou collègues, c’est cette fois un lien de travail qui les réunit. Et de huit, le compte est bon. Une fois tous ces traits tracés, le médecin les observe à la loupe : certains sont-ils plus épais que d’autres ? Trahissent-ils une coupure ? S’entrecoupent-ils ? Empiètent-ils sur le symbole ? Rien n’est jamais un hasard, qu’on se le dise.

Quand l’arbre libère la parole

À la mort de sa mère, Sophie(3) fait une dépression. Eduard Van den Bogaert lui fait dessiner son arbre et remarque qu’elle a interverti sa place avec celle de son frère aîné. La raison : elle refuse inconsciemment que le trait qui l’unit à son époux pénètre le symbole qui représente son frère. Relevant cette erreur, le médecin l’interroge sur ses relations avec celui-ci et l’aide à se délivrer d’un terrible secret : l’inceste dont elle a été victime et dont elle n’a jamais pu parler tant il était douloureux. Le travail se poursuit ensuite en hypnose. Sophie découvre que celui qu’elle pensait être son frère incestueux est en réalité son demi-frère, fruit du viol de sa mère par son oncle paternel. Annie(3) est atteinte d’une sclérose en plaques. Elle réalise en consultation un « arbre parfait » à une exception près : elle intervertit la place de son père et de sa mère dans leur fratrie respective afin que les traits qui les relient ne soient interrompus par aucun frère/sœur. En approfondissant le travail, Eduard découvre qu’Annie a déclenché cette maladie le jour où son compagnon est parti organiser des manifestations sportives à l’étranger, point de départ d’une relation adultère. « Cette histoire résonnait avec ce qu’avait vécu sa mère qui avait été trompée par son époux durant la guerre. Inconsciemment, Annie ne pouvait pas supporter de voir quelqu’un, fut-ce un frère ou une sœur, s’interposer symboliquement entre ses parents dans l’arbre qu’elle dessinait » poursuit le spécialiste. À défaut de détenir le pouvoir de paralyser les hommes de son clan pour les empêcher d’aller voir ailleurs, cette psychanalyste a donc retourné la paralysie contre son propre corps. Bonne nouvelle cependant : depuis qu’elle a mis du sens sur sa sclérose en plaques, Annie est guérie. « Cette pièce était celle qui lui manquait pour se comprendre en profondeur » conclut E. Van den Bogaert.
L’inventeur se dévoile
Il a fallu qu’Eduard Van den Bogaert dessine lui-même son arbre pour que l’évidence lui saute au yeux : les six générations de femmes de sa branche maternelle ont toutes eu un enfant d’un amant qu’elles n’ont pas pu épouser. « Dans la plupart des cas, il s’agissait de filles-mères qui se sont ensuite mariées avec un homme qui a reconnu a posteriori cet enfant adultérin. Ce n’était pas un secret de famille mais j’ai vraiment pris conscience du phénomène de répétition en couchant sur le papier le nom de toutes ces aïeules et de leur progéniture » raconte-t-il. Eduard va cependant découvrir un événement dont il ignorait tout en poursuivant ses recherches : « Mon arrière-grand-mère était la seule à ne pas être fille-mère, mais elle est morte en couche de sa troisième fille. Je me suis donc demandé pourquoi elle avait inconsciemment choisi de mourir au moment où elle allait donner la vie. J’en ai déduit qu’à l’instar de ses ancêtres, elle était tombée enceinte d’un homme qu’elle ne pouvait pas épouser : un amant. Au moment d’accoucher, elle a dû avoir tellement peur que le pot-aux-roses soit découvert qu’elle a «préféré» mourir » illustre-t-il. Loin d’être fantasque, cette hypothèse a été corroborée par la suite : « Après le décès de sa femme, mon arrière-grand-père s’est remarié et a eu un fils. De tous les prénoms disponibles, il a choisi Joseph, soit le St Patron des pères qui ne sont pas les pères de leur fils ! » Et comme si tous ces indices ne suffisaient pas, une fois adulte, Joseph a été marié à une femme qui a donné naissance neuf mois plus tard à un petit garçon aussi roux que le coureur de jupon du village ! À écouter Eduard, ce travail avec l’arbre contribue fortement à changer la relation avec la mémoire des ancêtres décédés, la relation avec ceux encore vivants (notamment les parents), la relation de couple, la relation aux descendants et au-delà, la relation au monde. Tout ça en commençant par un petit dessin !

NOTES
« Un génosociogramme est une sorte d’arbre généalogique fait dans un premier temps de mémoire (c’est-à-dire sans recherche d’informations et de documents) complété des évènements de vie importants (avec leur date et leurs liens) et du contexte affectif (liens sociométriques marqués par des flèches ou des traits de couleurs). » Source : www.geneasens.com
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