Sur un site d’info consulté ce matin, j’ai lu qu’une épidémie de peste était en train de sévir dans l’île de Madagascar. Depuis le mois d’août,  la bactérie  y a contaminé près de 400 personnes et fait 45 victimes. L’Organisation Mondiale de la Santé et la Croix-Rouge sont sur pied de guerre et se démènent pour empêcher la propagation de la maladie. L’OMS a envoyé d’urgence 1,2 millions de doses d’antibiotiques et la Croix-Rouge a mobilisé 1000 volontaires pour assister les autorités sanitaires malgaches. Celles-ci ont fermé toutes les écoles et universités du pays dans l’espoir de juguler la transmission du microbe.  Il y a quelques semaines, j’avais lu dans le journal que l’Île d’Haïti  était frappée par un autre fléau. Dans ce pays,  une épidémie de choléra règne depuis 2010 et près de 40.000 cas sont enregistrés annuellement. C’est Médecins sans Frontières qui prend en charge une grande partie des victimes. La peste et le choléra sont donc de retour et viennent rallumer de vieilles frayeurs moyenâgeuses. La presse ne se prive évidemment pas de dramatiser la situation  et d’encourager les dons aux ONG engagées sur les deux fronts.

En lisant  ces informations, il m’est venu trois réflexions à l’esprit. La première, c’est que les deux grands périls infectieux ont été vaincus dans nos régions sans l’aide d’aucun vaccin.  On n’arrête pas de nous dire que la vaccination a permis l’éradication de maladies autrefois ravageuses, mais c’est  – au minimum – totalement faux dans ces deux cas précis. Ni la peste ni le choléra n’ont disparu grâce à la médecine pasteurienne. Il existe bien plusieurs vaccins anticholéra et antipeste, mais leur efficacité est sujette à caution et leur invention est de toute façon postérieure à la disparition des deux maladies en Occident. Chez nous, c’est l’amélioration de l’hygiène et des conditions de vie qui est clairement à l’origine du progrès sanitaire. A contrario, il crève les yeux que la dégradation actuelle dans les deux îles est liée aux malheurs dont souffrent ses habitants. Épicentre d’un violent tremblement de terre en 2010, Haïti pansait à peine ses plaies que le terrible ouragan Matthews a déferlé fin 2016. Quant à Madagascar, il y règne depuis plusieurs années une grave crise économique plongeant des pans entiers de la population dans la malnutrition et la misère.  Les associations humanitaires sont d’ailleurs bien  conscientes  que les deux maladies prospèrent en fonction du contexte. En Haïti, elles estiment que le combat contre le choléra ne sera pas gagné tant que l’accès à l’eau potable ne sera pas garanti aux gens et que le traitement des eaux usées sera inexistant. À Madagascar, elles voient bien que la peste se réveille dans les bidonvilles urbains où les plus déshérités vivent au milieu des ordures et des rats porteurs des puces vectrices du germe. Seulement voilà : leur job n’est pas de résoudre les vrais problèmes mais de parer à l’urgence. Les toubibs blancs vaccinent à tour de bras et écoulent des tonnes d’antibiotiques alors que le manque d’eau propre et d’une hygiène élémentaire est manifestement à la source de la résurgence infectieuse. L’aide médicale occidentale sera vaine tant que la pauvreté et le dénuement prévaudront dans l’hémisphère sud. On devrait se souvenir qu’Albert Camus,  l’auteur de La Peste,  a également consacré un livre au mythe de Sisyphe… 

La deuxième réflexion que m’inspire cette double actualité, c’est qu’on met trop facilement des maladies très différentes sur le même pied.  Or la peste, ce n’est pas le choléra !  La peste est une maladie infectieuse extrêmement grave. Le bacille impliqué est en effet d’une grande virulence, c’est-à-dire d’une capacité phénoménale à se multiplier dans le corps pour envahir et détruire les tissus vivants. La maladie peut tuer les forts comme les faibles. Au 14ème siècle, la peste noire a décimé près de la moitié de l’Europe. Le choléra, par contre, ne  tue que les personnes fragiles en raison de leur âge ou de leur mauvais état de santé préexistant. Plus de 95% des personnes infectées guériront spontanément en quelques jours moyennant l’absorption de sels de réhydratation.  Pourquoi la peste à Madagascar et le choléra à Haïti ? Pourquoi pas l’inverse ?  C’est précisément le genre de question qu’on ne se pose plus depuis Pasteur : la médecine classique se focalise sur le germe et occulte complètement la notion de terrain. Elle fait du prétendu agresseur bactérien un commode agent causal  et ne se préoccupe pas du milieu dans lequel ce soi-disant ennemi acquiert un potentiel de nuisance. Or les faits sont là : des milliards de personnes  côtoient ou sont porteuses de micro-organismes réputés pathogènes sans pour autant développer la ou les maladies qui lui est (sont) associée(s). Par exemple, 50% des Français hébergent le parasite de la toxoplasmose et  une très faible minorité d’entre eux va déclarer cette terrible affection. Par exemple, la bactérie de la peste pullule dans le métro de New-York sans y avoir fait de victime depuis des siècles.   La médecine naturelle a pour fondement de ne pas attribuer au germe l’importance qu’il n’a pas et pour stratégie de mettre en place l’hygiène de vie favorisant la santé du terrain. Au lieu de dépêcher dans le Tiers-Monde des vaccinateurs et des prescripteurs d’antibiotiques, les pays donateurs seraient plus efficaces à long terme s’ils envoyaient par charters des éducateurs de santé et des naturopathes. Mieux encore : des anthropologues ou des  ethnologues capables d’identifier sur place les médecines locales,  les thérapeutes autochtones  et les plantes indigènes d’usage traditionnel. En Asie et en Afrique, la malaria se prévient et se guérit par une simple tisane d’Artémisia. N’y a-t-il pas, pour la peste et le choléra, d’autres remèdes naturels que le colonialisme et l’impérialisme médical occidental ont écrasés au profit de l’industrie pharmaco-chimique ? Je pose la question et je subodore que la réponse pourrait être positive.

Enfin, les deux épidémies en cours m’ont fait penser à ce que le Dr Sabbah répétait volontiers dans ses cours de biologie totale : « la peur de la chose engendre la chose. » Autrement dit, la survenue et la sévérité des maladies peuvent être causées par la terreur qu’elles provoquent. Derrière chaque pathologie, on peut identifier une peur. En amont de tout symptôme, on peut retrouver un ressenti de peur. Et cette peur est souvent celle d’attraper une maladie et d’en souffrir ! Il y a quelques jours, j’ai reçu le dernier livre du Dr Jean-Claude Fajeau consacré à l’interprétation psychosomatique des pathologies infectieuses et parasitaires. Ce matin, je l’ai ouvert au hasard comme je le fais toujours en découvrant un nouveau bouquin. Et comme par hasard, je suis tombé sur la page où il parle du choléra. Le médecin français rappelle d’abord une tranche d’histoire méconnue : lorsqu’il a découvert le vibrion en 1884 et qu’il en a fait le  responsable du choléra, Robert Koch n’a pas convaincu son collaborateur Max von  Pettenkofer. Pour disculper le microbe, ce dernier a bu publiquement un flacon entier de vibrions et il n’est pas tombé malade. Plus dubitatif quant au caractère inoffensif de la potion, un de ses élèves a fait de même et a souffert de diarrhées pendant deux jours. Dans le paragraphe suivant, Jean-Claude Fajeau raconte une expérience personnelle similaire,  vécue en Afrique où il était en mission humanitaire. Intrigué de voir que ses amis africains buvaient l’eau du fleuve Niger sans précaution et que  nombre d’entre eux n’étaient pas parasités, il a lui aussi bu l’eau du fleuve non désinfectée.  Et il n’en a subi aucune conséquence. Se pourrait-il que l’absence de peur des microbes protège mieux que l’ébullition,  la chloration et toute forme de lutte antiseptique ? C’est  précisément la pensée hérétique qui traverse ce petit ouvrage très déstabilisant pour les esprits pasteurisés. La contagion n’existe pas vraiment car les épidémies sont le reflet collectif des conflits vécus par les individus. Inutile de vous dire que je partage entièrement ce point de vue sur les maladies parasitaires et infectieuses. Le collaborateur de Néosanté aura prochainement l’occasion de l’étayer dans notre mensuel.  

Yves Rasir