portrait de Yves Rasir

 Dans l’histoire des sciences, il y a des recherches qui font date et qui marquent un tournant pour l’évolution des connaissances. Je ne suis pas devin, mais je pense que l’étude publiée en janvier dans le prestigieux journal JAMA (Journal of the American Medical Association) appartient à cette catégorie de travaux scientifiques susceptibles de bouleverser le paradigme actuel dans le domaine de la nutrition et de la minceur : on ne pourra plus jamais  réduire le surpoids corporel à une question quantitative (les calories consommées) sans prendre en compte la qualité des aliments absorbés. Christopher D. Gardner et ses collègues de l’Université Stanford ont mené cette étude avec 609 participants, âgés de 18 à 50 ans, qui ont été assignés au hasard à adopter, pendant un an, une alimentation saine faible en glucides ou une alimentation saine pauvre en lipides.  Les deux groupes ont assisté à des cours durant lesquels des diététiciens leur apprenaient à choisir de bons aliments entiers, peu ou pas transformés, riches en nutriments et cuisinés à la maison autant que possible. Par exemple, le groupe « faible en gras » a été incité à éviter les sodas sucrés, les jus de fruits, les pâtisseries, le riz blanc et le pain blanc, pour les remplacer par des céréales complètes, des légumineuses, des viandes maigres et des fruits frais. Dans le groupe « faible en glucides », on apprenait à opter pour des aliments comme l’huile d’olive, le saumon, les avocats, les légumes, le fromage, les noix et les viandes d’animaux nourris à l’herbe. Dans chacun des deux groupes, la consigne était de manger à satiété sans se priver.
 
 À votre avis, que s’est-il passé ?  Je vous pose la question car j’ai moi-même été surpris des résultats. Au bout d’une année, aucun des deux régimes ne s’est avéré supérieur à l’autre. Le groupe faible en glucides a perdu en moyenne 6 kilos et celui faible en gras s’est délesté de 5 kilos, ce qui n’est pas une différence significative. Certes, les  pertes de poids furent très variables selon les individus : certaines personnes n’ont quasiment rien perdu et d’autres ont fondu de 27  kilos. Il y en  a  même que l’expérience a fait grossir !  Mais pour une grande majorité des « cobayes »,  l’amincissement était au rendez-vous sans privation quantitative.  Les analyses génétiques n’ont pas confirmé l’hypothèse selon laquelle certains gènes influençant le métabolisme des graisses ou des sucres conditionnerait l’efficacité des deux types de régimes. Les chercheurs ont également examiné si les participants secrétant  au départ plus d’insuline s’en sortaient mieux en réduisant les hydrates de carbone, mais ce n’était pas le cas. Puisqu’il y a d’autres facteurs mystérieux en jeu, Gardner et son équipe continuent d’explorer les données collectées pour voir si le microbiome (le génome des bactéries présentes dans l’intestin) ou l’épigénétique (l’expression des gènes selon le mode de vie) ne seraient pas responsables d’une telle variabilité individuelle. Cela augure de nouvelles découvertes, notamment sur l’influence du stress et des émotions, mais on peut d’ores et déjà en conclure une chose : pour maigrir, il ne sert pas à grand-chose de manger allégé en gras ou en glucides sans revoir le contenu de son assiette.
 
Concernant la surcharge pondérale, les partisans d’une alimentation « low carb » et les supporters d’une alimentation « low fat » sont donc renvoyés dos à dos. Selon Walter Willet, le célèbre directeur de l’école de santé publique à Harvard, le message le plus important de l’étude est « qu’un régime alimentaire de grande qualité entraîne une perte de poids substantielle et que la proportion de calories provenant de matières grasses ou de glucides n’a pas d’importance ». Gardner précise toutefois  que la question calorique ne doit pas être évacuée trop vite. Après tout, les deux groupes ont fini par consommer moins de calories en adaptant leur alimentation. À la fin de l’étude, la charge glycémique de leurs rations  (énergie totale pondérée selon l’index glycémique des aliments) était également plus basse. Ce qui est  remarquable, c’est que les sujets de l’expérience sont arrivés à ce résultat sans effort, en privilégiant seulement les aliments sains qui comblaient leur faim.  Les membres des deux groupes ont en outre constaté des améliorations dans d’autres marqueurs de santé comme le tour de taille, la masse grasse, la glycémie et la tension artérielle. Tout ça rien qu’en adoptant une nourriture plus naturelle et moins industrielle ! Si vous voulez plus de détails sur cette étude, allez lire le compte-rendu qu’en fait  le site LaNutrition.fr, qui est pour moi la référence francophone incontournable en la matière. Créé par le journaliste scientifique Thierry Souccar, ce coin de toile  abreuve ses visiteurs en infos nutritionnelles de pointe et il permet à ses abonnés de repérer toutes les « fake news » répandues par la diététique classique, laquelle est constamment influencée par les lobbies de l’agro-business.
 
C’est d’ailleurs dans un livre de Thierry Souccar que j’ai appris une chose très importante qu’il faudrait toujours garder à l’esprit : au départ,  dans les années 70, la fameuse pyramide alimentaire louant les produits d’origine céréalière et diabolisant les graisses a été conçue au sein du  ministère américain de l’agriculture, et non dans le département de la santé. Depuis un bon demi-siècle, nous sommes victimes de cette manœuvre de désinformation  qui pousse à consommer des aliments (blé, soja, maïs…) produits dans  les méga-exploitations US et transformés à grands coups d’additifs par des multinationales également étasuniennes. D’autres ouvrages parus aux éditions Thierry Souccar ont relaté comment la malbouffe contemporaine s’était ainsi installée pour satisfaire les appétits agro-industriels habilement camouflés en recommandations sanitaires. À son catalogue, l’éditeur français vient récemment d’ajouter un livre très percutant : « Halte aux aliments ultra-transformés ! Mangeons vrai », du chercheur en nutrition Anthony Fardet. Dans ce bouquin,  il est clairement expliqué comment manger à la fois sain, éthique et durable, ces trois clés faisant indissociablement partie d’un même trousseau. On peut maintenant, grâce à l’étude  de Gardner et de  ses collègues, en ajouter une quatrième : la minceur. C’est en fuyant les aliments excessivement transformés et bourrés de sucre ajouté qu’on peut le plus  facilement affiner sa silhouette et soulager sa balance.
 
Manger vrai, ça consiste simplement à cuisiner chez soi des denrées à l’état brut,  non raffinées et non manufacturées, autrement dit tout ce qui peut s’acheter sans emballage, en vrac ou au détail,   et dont la liste d’ingrédients se réduit à sa plus simple expression. Que vos aliments soient plus ou moins riches en lipides ou en glucides n’a finalement pas grand intérêt et vous pouvez ranger votre calculette à calories si l’embonpoint vous guette. Bien sûr, à Néosanté,  nous sommes plus loin dans la démarche et nous faisons la promotion de la « Paléonutrition », autrement dit  un mode d’alimentation qui ne retient que les aliments ancestraux, ceux  dont se nourrissaient les peuples chasseurs-cueilleurs et qui existaient dans la nature avant l’invention de l’agriculture. Dans son best-seller « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » Yuval Noah Harari parle de la révolution agricole comme de « la plus grande escroquerie de l’histoire » car l’introduction simultanée des aliments céréaliers et laitiers, il y a environ 10.000 ans,  a ruiné la santé des Hommes sans leur apporter le moindre avantage, si ce n’est celui de se multiplier pour compenser une effroyable mortalité infantile.  Manger originel et pré-agricole, c’est donc le « top du top ». Mais manger  pré-industriel, c’est déjà très bénéfique et ça vous offre de sérieuses chances de vous alléger, même si les causes profondes du surpoids, d’ordre psycho-émotionnel,  échappent encore aux recherches actuelles.