Que ton aliment paléo soit ton médicament…

Il y a environ 25 ans, lorsque j’ai pris connaissance des découvertes du Dr Hamer, j’ai rencontré plusieurs médecins et thérapeutes qui ont cherché à me convaincre que le mode de vie et les habitudes alimentaires ne jouaient, en définitive, aucun rôle dans la genèse des maladies. Je me souviens notamment d’une soirée animée au cours de laquelle un toubib et un psy, hamériens zélés, ont enchaîné les clopes et engouffré chips et sodas sucrés pour illustrer devant moi leur dédain du vivre sain. Puisque le cerveau gouverne l’organisme, il n’y avait pas lieu de tempérer la tabagie ou modérer la malbouffe. Aujourd’hui, ils ne sont plus là pour admettre leur erreur. Et leur décès prématuré m’a renforcé dans l’idée qu’il était sot de placer le pilote cérébral sur un piédestal afin d’inférioriser le véhicule corporel. Pour moi comme pour les Anciens, il n’y a pas meilleur allié de l’âme qu’un corps bien entretenu. Il y a maintenant 4 ans, quand j’ai créé Néosanté, j’ai voulu que la ligne éditoriale reflète cette conception globale de la santé. Certes, nous allions bousculer toutes les médecines en expliquant que chaque « mal-a-dit » exprime un conflit psycho-émotionnel. Mais nous allions aussi nous inscrire dans la tradition hippocratique associant bien-être psychique et vitalité somatique.

Et vous le savez : dès le départ, nous avons pris le parti du modèle paléo. Tant sur le plan diététique qu’en termes d’activité physique – ou d’exposition au soleil, thème de notre dossier mensuel, le mode de vie paléolithique nous semble offrir les meilleures garanties que le « mens sana » réside dans un « corpore sano ». Notre génome et nos besoins biologiques étant identiques à ceux de nos lointains ancêtres, la redécouverte contemporaine de leurs us et coutumes nous paraît d’excellent aloi. C’est au néolithique, avec la sédentarisation et l’invention de l’agriculture, que sont apparues la guerre, la plupart des maladies et les premières problématiques écologiques. Renouer sur plusieurs points avec l’ère pré-agricole ne peut qu’être profitable à l’Homme moderne.
Ceci étant dit, vous aurez certainement remarqué que tous les collaborateurs de la revue ne partagent pas l’ensemble de notre paléovision. Par exemple, Jean-Jacques Crèvecœur défend l’idée que l’exercice sportif ne devrait jamais être intensif, alors qu’il nous importe de valoriser les vertus – tant préventives que curatives – d’une activité faisant forcer les muscles, chercher le souffle et suer la peau. Hormis dans les disciplines gangrenées par le dopage, quel athlète professionnel est jamais mort du cancer pendant sa carrière ? J’attends toujours des noms. Au rayon nutrition, c’est avec le Dr Alain Scohy que je suis parfois en porte-à-faux. J’ai en tout cas des difficultés à le suivre quand il encourage la consommation de sucre ou qu’il conseille de cuire et recuire les légumes pour les débarrasser de leur potassium. Avec le Dr Jean-Claude Fajeau, par contre, nous sommes généralement sur la même longueur d’ondes. Le médecin franco-suisse a d’ailleurs écrit un livre – La diététique biologique (1) – préconisant une « instincto-alimentation » très proche du régime paléo. Dans l’article qu’il consacre au phénomène allergique (lire page 15 et suivantes), le Dr Fajeau écrit cependant que « l’être humain peut consommer le lait de n’importe quelle autre espèce avec les mêmes avantages que le lait maternel humain et sans aucun inconvénient ». Bizarre de dire ça alors que la composition (protéique, lipidique, hormonale…) des laits de vache et de femme est très différente, que les trois-quarts de l’humanité ne digèrent pas le lactose et que, chez tous les mammifères, la lactation est éphémère. Après l’avoir encensée, la science médicale commence d’ailleurs à trouver des défauts à la lactophagie prolongée, tout comme elle découvre des désavantages aux céréales à gluten (lire page 33). Vu que le lait et le gluten nuisent à TOUS les intestins et que ceux-ci sont l’interface entre système digestif et système immunitaire, il ne me semble pas raisonnable de les absoudre de toute implication dans l’explosion des allergies. Moi qui suis né allergique et qui ai souffert très longtemps de plusieurs formes d’allergie (rhume des foins, eczéma atopique, crises d’asthme…), je peux vous certifier que l’amélioration a été spectaculaire dès que je me suis engagé sur la voie paléo. Dans sa rubrique de février 2013(2), notre chroniqueur Yves Patte témoignait aussi que la paléonutrition avait de fréquents effets hypoallergéniques.

Je rejoins toutefois Alain Scohy et Jean-Claude Fajeau sur l’essentiel : la cause réelle des allergies n’est pas l’allergène, mais le conflit de séparation dont elles sont un signe de réparation. De même que les pollens ou les acariens ne sont pas des agresseurs, aucun aliment comestible n’est véritablement toxique. Autant je recommande une alimentation crue et vivante, bio et paléo, autant je me refuse à en surestimer les bénéfices et à exagérer l’impact pathogène de moeurs alimentaires néfastes. Il y a néanmoins une réalité à ne plus ignorer, celle que le cerveau abdominal produit 80 % de la sérotonine et qu’il envoie neuf fois plus d’informations au cerveau cérébral qu’il n’en reçoit en retour (lire article page 29). La gestion des émotions commence clairement dans l’assiette…

Yves RASIR

(1) disponible dans la médiathèque Néosanté (www.neosante.eu).
(2) Néosanté n° 20