Dépistage, non merci.

Tout bien-portant est un malade qui s’ignore. Prenant au mot la célèbre réplique du Dr Knock (1), la médecine d’aujourd’hui n’a de cesse de nous inciter à de multiples dépistages du cancer. Du sein à l’utérus en passant par le poumon, la prostate ou le côlon, la liste des organes ciblés ne cesse de s’allonger et la facture pour la sécu ne cesse de s’alourdir. Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir ? C’est là que réside la première escroquerie de cette débauche de dépenses dépisteuses : elle se fait au détriment d’une vraie politique de prévention et ne contribue évidemment pas à réduire l’incidence des pathologies recherchées. Au contraire, elle en gonfle l’ampleur statistique et elle renforce l’orientation curative des efforts sanitaires. Qu’importe, direz-vous, si cela sert au moins à sauver des vies en faisant reculer la mort. Mais c’est là, dans la vérité des chiffres, que se cache une deuxième supercherie : les dépistages n’ont même pas le mérite de diminuer la mortalité des patients précocement diagnostiqués ! Certes, certaines études montrent qu’une petite frange d’entre eux peuvent bénéficier de la découverte hâtive d’un foyer cancéreux , ceux chez qui la maladie est invasive et particulièrement agressive. Pour cette catégorie-là, il semblerait que les traitements entrepris grâce aux examens de contrôle offrent un léger rabiot de longévité. Mais de manière générale, le dépistage échoue à faire baisser la courbe des décès, ce qui est pourtant son but de départ. Une troisième mystification consiste à nous faire croire que c’est le cas alors que les pseudo progrès thérapeutiques s’expliquent tout simplement par l’allongement automatique de délai de rémission. Il est logique qu’on survive désormais plus longtemps à un cancer puisqu’on le découvre plus vite que naguère.

Si le mythe des avantages du dépistage commence à s’effriter, c’est aussi parce que la réalité de ses ravages commence à se savoir (2). La traque du cancer est un traquenard pour toutes celles et ceux qui vont être victimes d’un « faux positif » , c’est-à-dire un diagnostic erroné, ou d’un « surdiagnostic », autrement dit, l’identification intempestive de cancers minuscules qui seraient restés silencieux sans leur découverte fortuite. Dans les deux cas de figure, la médicalisation conduit à un « surtraitement » qui s’accompagne inutilement de grandes souffrances. Par exemple, il y a chaque année des milliers d’hommes qui se retrouvent incontinents et/ou impuissants parce que les maniaques du bistouri persistent à leur charcuter la prostate lorsqu’une analyse sanguine révèle une anomalie protéique. Comme vous le lirez en page 5, le dépistage par dosage du PSA est désormais officiellement déconseillé au Canada. Et à l’occasion de ce revirement, un expert de ce pays a déclaré que 70 % des séniors étaient porteurs d’une tumeur prostatique au moment de leur décès pour d’autres causes. En d’autres termes, la plupart du temps, cette variété de crabe ne devient un problème que parce qu’on le débusque ! Et que dire de l’épidémie des mastectomies ? Chaque année aussi, il y a des milliers de femmes dont on mutile la poitrine sans véritable nécessité. Et des milliers d’autres qui vont pâtir des effets délétères de la chimiothérapie et de la radiothérapie , dont des recherches récentes ont démontré qu’elles attisaient la malignité des cellules cancéreuses rescapées. Pour avoir remis en cause la propagande mensongère sur la mammographie dans son livre « No Mammo ? », la « journaliste-citoyenne » Rachel Campergue a presque été brûlée en place publique il y a trois ans. Elle nous revient avec un ouvrage numérique qui souligne à nouveau les inconvénients du dépistage mammaire et qui décrypte la grande campagne annuelle de désinformation d’Octobre Rose. En pages 6 et suivantes, Néosanté vous en divulgue un extrait montrant que la sensibilisation au cancer du sein atteint à présent un stade de saturation tragiquement toxique.

Le dépistage a en effet comme principal défaut qu’il génère la peur et qu’il en arrive même à terroriser les populations qui ne courent aucun danger. Rachel nous raconte ainsi qu’un nombre croissant de jeunes filles envisagent maintenant leurs glandes comme des menaces permanentes, et que des adolescentes sont paniquées aux premiers signes de la puberté. C’est la rançon perverse de ces campagnes publicitaires qui mettent à nu des seins parfaitement sains de célébrités attribuant leur belle santé à la surveillance obsessionnelle de la moindre grosseur. Au dossier noir du dépistage, j’ajouterai pour ma part deux éléments très importants et trop méconnus : le choc psychologique du diagnostic et le phénomène des « faux négatifs ». Aveuglée par son déni quant à l’origine émotionnelle du cancer, la médecine conventionnelle ne se rend d’abord pas compte que le dépistage lui-même est cancérigène et que de nombreux cancers « secondaires » sont le plus souvent la conséquence des frayeurs ressenties à l’annonce des résultats anormaux. Ensuite, cette même allopathie classique ne comprend goutte au fait avéré que moult cancers se déclarent et se développent très rapidement entre deux dépistages. Tant qu’elle n’aura pas pigé que la maladie n’a rien d’anarchique, cette erreur capitale sèmera la terreur. Dépistage ? Non merci !

Yves RASIR

(1)Personnage de la pièce de théâtre de Jules Romain « Knock ou le triomphe de la médecine »
(2)« Les ravages du dépistage » Néosanté n° 10, mars 2012.