Se simplifier la santé

Ouf, je respire. Il y a quelques semaines, Jean-Jacques Crèvecoeur m’avait signifié son intention de mettre un terme à la rubrique « Sentiers de santé » (pp 31 & 32) qu’il anime depuis le tout début de l’aventure Néosanté et qui est très appréciée de ses lecteurs. Non pas que notre chroniqueur soit en panne d’inspiration (ça ne risque pas de lui arriver) ou qu’il n’adhère plus à notre ligne éditoriale (il soutient globalement le projet sans en approuver toutes les parties), mais simplement par manque de temps. Depuis qu’il a lancé son Académie de la Vie en Mouvement (1)<:sup>, Jean-Jacques Crèvecoeur doit en effet faire face à l’immense succès de cette école en ligne qui accueille des centaines d’étudiants internautes du monde entier ! Si les bancs de classe sont virtuels, la charge de travail est colossale et bien réelle pour le directeur et unique professeur de cette structure unique en son genre, où chacun(e) des élèves peut suivre à son rythme un enseignement conduisant à l’épanouissement personnel dans l’autonomie et la conscience. Malgré son boulot de dingue, mon vieux camarade objecteur (2) a cependant décidé de rester à bord du navire et de continuer à tenir la barre de sa chronique mensuelle.

J’en suis d’autant plus content que les « sentiers » de Jean-Jacques épousent parfaitement l’itinéraire que nous vous proposons depuis bientôt 4 ans, à savoir un chemin d’émancipation envers TOUTES les formes d’aliénation dans le domaine de la santé. Vous connaissez bien sûr notre défiance envers la médecine allopathique, sa logique guerrière et ses méthodes biocidaires. Mais savez-vous que nous ne sommes guère plus tendres envers la plupart des médecines dites non conventionnelles, comme l’homéopathie, l’aromathérapie, la phytothérapie ou la nutrithérapie ? Certes, ces approches naturelles ont l’immense mérite de ne pas nuire aux patients et de traiter leur terrain en douceur. Mais leurs vertus ne doivent pas faire oublier leurs défauts. Leur efficacité, d’abord, n’est pas toujours supérieure à celle du placébo. Leur action, ensuite, consiste fréquemment à faire taire le symptôme au lieu de soigner la cause. Et enfin, leurs praticiens omettent souvent d’envisager l’individu dans sa globalité psychosomatique. N’écoutant que les maux du corps sans entendre ceux de l’âme, ils ignorent alors que les uns découlent généralement des autres. Plus regrettable encore : au lieu d’offrir une réelle alternative, les médecines parallèles ont accepté d’être qualifiées de complémentaires, revendiquant même le rôle de thérapie d’appoint à la médecine « de pointe », seule capable de soigner les maladies graves. Se targuant d’être intégrative – un peu de médiation par ci, un peu d’hypnose par là – , la médecine officielle peut ainsi faire croire à son évolution et asseoir sa domination. Mais le pire, à mes yeux, c’est que nombre d’approches non conventionnelles partagent le même vice que l’allopathie, à savoir une tendance mercantile à nous médicaliser la vie. Pour garder ou retrouver la santé, il faudrait à tout prix consommer toutes sortes de remèdes (granules, gélules de plantes, élixirs…) et de compléments alimentaires (vitamines, minéraux, acides aminés, oméga-3, etc.). De la pharmacie à l’herboristerie, on change de crèmerie mais il s’agit toujours d’aller chercher des solutions à l’extérieur de nous-mêmes en faisant marcher le commerce. Je connais de véritables « accros » aux médecines douces qui se ruinent ainsi à acheter tout ce que livres et journaux leurs vantent (et parfois leurs vendent) comme des indispensables outils de mieux-être. Et si c’était beaucoup plus simple ? Et si on pouvait facilement se passer de tout ça ? Dans sa série de sept articles, Jean-Jacques Crèvecoeur va raconter son expérience radicale de décroissance thérapeutique : depuis près de 30 ans, il n’a plus pris un seule médicament et sa très bonne santé ne dépend plus d’aucune pharmacopée…

Pour ma part, je n’ai pas (encore) réussi à atteindre ce sommet de « simplicité sanitaire ». J’ai modestement contribué à l’essor des médecines naturelles, cédé un temps aux sirènes de la médecine anti-âge et de ses promesses hormonales, pris épisodiquement des antidouleurs pour calmer des rages de dents et me suis même résigné, une fois en 30 ans, à combattre chimiquement une infection coriace. Selon sa constitution et son histoire, tout un chacun a parfois besoin de béquilles pour se remettre debout. Et je comprends parfaitement les malades qui cumulent les protocoles pour mettre toutes les chances de leur côté. Si j’avais le cancer, par exemple, je serais le premier à me gaver de vitamine C et D, de curcumine ou de gingembre en poudre. Une sérieuse menace virale me pousserait probablement vers le sureau noir, la papaye fermentée ou le chlorure de magnésium. Avec Jean-Jacques Crèvecoeur, je pense toutefois que l’être humain ne fait pas assez confiance en sa capacité d’autoguérison et qu’il n’est pas utopique de vivre avec zéro médication. Vous et moi pouvons certainement progresser sur le sentier de la santé simplifiée.

Yves RASIR

(1)www.academiedelavieenmouvement.com
(2)Je connais en effet Jean-Jacques Crêvecoeur depuis plus de 30 ans, nous étions objecteurs de conscience à la même époque. En remplacement du service militaire, nous bossions bénévolement durant deux ans dans le secteur associatif.