Adversité microbienne

Bardaf, c’est l’embardée : j’avais à peine bouclé le Néosanté du mois dernier qu’une cuisante mésaventure m’est arrivée, qui m’impose à présent de nuancer mon éditorial d’avril sur les « amicrobes ». Suite à un nouvel abcès dentaire, j’ai été obligé de faire ce que je n’avais plus fait depuis plus de 30 ans, à savoir prendre des antibiotiques. D’habitude, je fais toujours confiance à la nature et à mes capacités d’autoguérison. Même pour les abcès dentaires, que la médecine considère comme une situation d’urgence assortie d’un sérieux risque d’infection généralisée, je n’ai jamais retenu l’option biocidaire. J’entame un jeûne et je laisse mes amies bactéries faire leur boulot, ce qui affole ma dentiste mais l’a déjà amenée par trois fois à reconnaître l’efficacité de l’abstinence alimentaire. Après quelques jours de diète, plus aucune trace d’activité infectieuse. Cette fois, je dois bien avouer mon échec à juguler l’invasion microbienne : la poche de pus ne s’est pas résorbée spontanément et elle était trop mal située pour être drainée manuellement. Comme un ganglion avait atteint la grosseur d’une boule de billard, je me suis résolu à interrompre artificiellement le processus en cours. Il y a en effet des cas de figure où le renoncement aux médicaments allopathiques relève d’une trop grande témérité.

Il y a bien sûr le cas des jeunes enfants dont la construction immunitaire n’est pas encore achevée. En principe, ils sont toujours capables de se remettre d’aplomb avec l’aide des agents de guérison microbiens, qu’ils évacuent ensuite au moyen de la fièvre. Je l’ai toujours vérifié avec ma progéniture. Mais pour peu que leur immunité innée ou que leurs défenses acquises présentent des failles, il est quelquefois impératif de tempérer la « phase chaude » des pathologies infantiles. Chez les adultes, c’est l’état du terrain qui compte. Un organisme appauvri en énergie vitale n’aura pas les ressources nécessaires pour surmonter certaines maladies, tout comme un immeuble en flammes peut être dévasté par l’eau des pompiers si sa structure est trop fragilisée. Mon corps est-il parvenu à ce stade ? Ce n’est pas exclu. Il y a 54 ans, je suis déjà venu au monde avec un faible viatique énergétique. Ce handicap de départ est inscrit dans ma morphologie et plusieurs naturopathes m’en ont amicalement averti. Par ailleurs, j’ai derrière moi un lourd passé médical qui a commencé dès ma première année de vie, avec une broncho-pneumonie et un eczéma généralisé qui m’ont valu un mois d’hôpital. Des antibiotiques, des antipyrétiques et d’autres drogues « anti », j’en ai consommé à la louche durant ma « tendre » enfance ! Comme tous les gosses des années 60, j’ai notamment été multiviolé aux suppositoires qui – désolé si je vous choque – étaient à l’époque pour un gamin ce qu’un énorme godemiché représente pour un humain mature. Pour banales qu’elles fussent, ces nombreuses agressions anales ne peuvent pas n’avoir fait aucun mal. J’appartiens également à cette génération dont la dentition a été systématiquement démolie à grands coups de fraiseuse. J’y ai perdu plusieurs molaires et Il m’a fallu des décennies pour me débarrasser de tous mes plombages au mercure. Aujourd’hui encore, ma cavité buccale est mon talon d’Achille. Après moult otites soignées classiquement, j’ai aussi été opéré aux deux oreilles. Enfin, et ce n’est pas la moindre des maltraitances médicales, je fais partie des millions de jeunes garçons qui ont été circoncis sans véritable raison.
À l’aube des Sixties, cette mutilation sexuelle faisait partie des actes chirurgicaux auxquels on procédait avec un empressement excessif, à l’instar de l’ablation des amygdales et de l’appendice. Je ne crois pas non plus m’en être sorti tout à fait indemne. En outre, j’ai choisi plus tard un métier et une voie – l’indépendance – qui m’ont déjà coûté un bon paquet de stress en tous genres. Et par dessus le marché, j’ai subi il y a cinq mois une commotion cérébrale dont les sévères séquelles m’ont considérablement diminué. Tout ça pour dire que sur un terrain relativement mal en point, la guérison naturelle n’est pas toujours possible. Moyennant un jeûne au long cours et une inactivité prolongée, peut-être aurais-je réussi. Mais il est assez normal d’avoir échoué.

Car il faut bien garder à l’esprit une autre loi biologique définie par le Dr Hamer : toute maladie se déroule en deux phases et c’est surtout la deuxième, celle de la réparation, qui pose parfois problème. Dans le cas d’une grave blessure corporelle, il est clair que le cerveau déclenche une réponse microbienne pouvant s’avérer trop puissante. L’arsenal antibiotique sauve des vies autrefois compromises. Et c’est pareil pour un choc psycho-émotionnel : ce qu’on appelle la « masse conflictuelle », c’est-à-dire l’intensité et la durée du conflit, détermine l’ampleur des symptômes, leur persistance et la douleur qui les accompagne avant l’épilogue curatif. Dans mon cas, il y avait probablement un mélange de ces deux cas de figure. Cariée jusqu’à la racine, la dent concernée par l’abcès était comme un corps mort que ma bouche tentait d’expulser par réaction inflammatoire et infectieuse. Trop long et trop douloureux. Après décodage, je suis également convaincu que mon infection dentaire était la phase résolutive d’un très vieux et très gros conflit, donc trop ancien et trop volumineux pour être curable. C’est pourquoi les microbes, en de telles circonstances, deviennent, non pas nos ennemis, mais des adversaires qu’il convient de défaire. Ce que j’ai fait sans trop de regrets.

Yves RASIR