La symphonie de la santé (III)

Résumé des deux éditos précédents : en procédant au séquençage du génome humain, la science n’y a pas trouvé les clés du destin. Nous venons au monde avec un bagage génétique beaucoup moins lourd qu’on le prévoyait. L’énorme malle attendue n’est en réalité qu’une valisette de 22 000 gènes dont quelques pourcents à peine sont réellement « codants ». De surcroit, le poids du bagage est très relatif : il dépend de la force du voyageur et il peut varier selon les circonstances du voyage. Autrement dit, nous ne sommes pas les pantins de notre ADN, ce sont les influences dites « épigénétiques » – environnement, alimentation, mode de vie, pensées, comportements…- qui font ce que nous sommes et qui conditionnent amplement notre santé. Celle-ci, pour reprendre la métaphore musicale adoptée au début de cette série d’éditoriaux, est une symphonie jouée par un orchestre cellulaire dont notre cerveau, dans ses composantes cérébrale et intestinale, est indubitablement le chef.

Bref, ce qui gouverne notre organisme, c’est principalement notre vécu psycho-émotionnel. Comme l’explique un expert de l’épigenèse, « le cerveau humain est en constante évolution génétique et change à chaque nouvelle expérience ». Et comme en attestent de nombreuse recherches – entre autres sur les effets placebo et nocebo – c’est aussi sur ce terrain neuronal en constante mutation que se nouent et se dénouent les maux. Les pouvoirs de la conscience, ainsi que de ses états modifiés, seront assurément un pan majeur de la médecine de demain, centrée sur la modulation de l’expression des gènes. Mais comme le corps agit également sur l’esprit, cette médecine d’avenir sera attentive à prescrire les remèdes naturels (nourriture saine, oxygénation, efforts musculaires, lumière solaire,…) qui favorisent l’activation des bons gènes et peuvent réduire au silence les prédispositions pathogènes. Car il ne faut pas s’illusionner : la remise en cause du déterminisme génétique ne signifie pas la disparition de la notion d’hérédité ni le négation des facteurs de santé innés. De fait, la légère valise du voyageur n’est pas complètement vide. L’être humain ne part pas de rien, il n’est pas une page blanche. Sa partition est déjà partiellement écrite lorsqu’il entame le concert de sa vie.

Encore faut-il (re)définir ce qu’on entend par hérédité. Primo, ce qui est inné n’est pas forcément héréditaire. Beaucoup d’affections congénitales sont en réalité la résultante du vécu foetal. Par exemple, de graves malformations chez un bébé peuvent être causées par une simple déficience en vitamine B9 de la maman. Des expériences sur des animaux ont montré que leur anxiété était proportionnelle aux sévices infligés à leurs mères durant la grossesse, ou à l’absence de soins maternels juste après leur naissance. Le séjour utérin et la prime enfance sont des périodes absolument capitales pour la bonne fructification du capital génétique. Et que dire du moment de la conception ! Les biologistes ont découvert que des tas de gènes impliqués dans de nombreuses maladies étaient soumis au phénomène de l’ « empreinte parentale », autrement dit au fait que l’embryon « choisit » d’ exprimer le patrimoine paternel ou la version maternelle de son génome. Non sans effroi, les scientifiques constatent aussi que certaines maladies génétiques sont beaucoup plus fréquentes chez les enfants issus de la fécondation in vitro, preuve que l’éprouvette est un milieu bien plus hostile qu’un utérus pour les toutes premières cellules. Last but not least, un autre dogme de la biologie moléculaire s’est effondré avec la démonstration que des caractères acquis pouvaient se transmettre directement à la descendance. Par exemple, des études épidémiologiques ont montré que le régime alimentaire de grands-parents conditionnait la santé cardiovasculaire de leurs petits-enfants. Les expériences sur les souris stressées ont aussi montré que l’angoisse était transmise jusqu’à leur arrière-arrière-progéniture. Pour les bactéries, dont nous sommes remplis, un petit événement traumatisant a des répercussions jusqu’à la 30e génération !

Tout ça pour dire que la science « de pointe » enfonce une porte déjà bien ouverte par la « nouvelle médecine du sens » : chaque être humain est porteur de programmes hérités de sa lignée familiale ou encodés en phases pré- et périnatale. Mais il y en a encore trois seuils de connaissance à franchir. Le premier, c’est qu’il n’y a pas de maladie sans conflits, pas de désordre (epi)génétique sans choc émotionnel vécu par soi ou ses ascendants. Donc pas de hasard. Le second, c’est que le cerveau inconscient fonctionne comme un ordinateur : ce qui y est programmé peut être déprogrammé ou reprogrammé, comme en témoignent les guérisons spontanées. Donc pas de fatalité qui tienne. La troisième, c’est que tous les programmes fonctionnent avec un seul système d’exploitation, à savoir la logique de la vie. Même les pathologies mortelles ont une finalité biologique ! Donc la maladie n’existe pas, du moins au sens où on l’entend habituellement. Pour conclure la métaphore musicale, on pourrait dire que notre orchestre psychosomatique interprète une symphonie dont la partition est décodable, dont les fausses notes sont très majoritairement corrigibles et dont les mouvements sont inspirés par les lois naturelles de la Vie. A nous de jouer !

Yves RASIR