La symphonie de la santé (I)

Résumé de l’édito précédent : contrairement à ce qu’on a longtemps pensé, l’homme n’est pas le jouet de ses gènes. Après avoir déchiffré le génome, les chercheurs se sont aperçus que le texte du code ADN importait moins que le contexte de lecture. Au lieu de manipuler les gènes, la médecine épigénétique s‘attache à comprendre ce qui module leur expression, c’est-à-dire les circonstances de la vie et les signaux environnementaux. S’appuyant sur plus de 300 études scientifiques, le livre « Le Génie dans vos gènes » montre que l’être humain dispose de puissantes ressources internes (pensées, émotions, attitudes…) pour améliorer son patrimoine inné et maîtriser sa santé. Selon la métaphore qui traverse cet ouvrage , l’orchestre du corps interprète la partition des gènes, mais c’est l’esprit qui est le chef ! Nous terminions cependant notre éditorial du mois d’octobre par la remarque qu’un maestro, pour bien diriger, doit respecter les musiciens et l’œuvre du compositeur.

Attention : nous sommes 100 % d’accord avec les « épigénéticiens » lorsqu’ils affirment que le psychisme possède de fabuleux pouvoirs, dont celui de guérir les maladies physiques. Et quand ils soulignent les effets délétères du stress et de la détresse émotionnelle, nous ne pouvons qu’approuver. Dans Néosanté, nous avons notamment parlé de cette étude suisse révélant qu’un traumatisme psychologique dans l’enfance laisse une cicatrice génétique chez l’adulte. Plus la maltraitance infantile a été sévère, plus les chercheurs genevois ont relevé des modifications épigénétiques sur l’ADN de personnes souffrant de troubles psychiatriques. Tout récemment, des psychiatres espagnols ont fait une autre découverte de taille : chez un nouveau-né, le simple manque d’interactions sociales durant le première semaine de vie peut altérer l’expression du gène BDNF, lequel intervient dans le fonctionnement des neurones et serait impliqué dans les troubles autistiques. La science découvre enfin que les conflits et les carences affectives de la période périnatale laissent des traces au plus profond de nos cellules. Comme l’enseignait le Dr Sabbah, nos défectuosités génétiques sont d’abord des conséquences avant d’être des causes ! Il n’est que temps de reconnaître la pathogénécité des blessures de l’âme et, pour la médecine, d’entrer de plain-pied dans l’ère psychosomatique.

Ce qui me chiffonne, c’est que les apôtres américains de l’épigénétique ne se contentent pas de prêcher la primauté du « chef d’orchestre » cérébral : ils lui octroient une excessive suprématie. Tout comme la biologie totale, la « biologie de l’intention » d’un Bruce Lipton ou d’un Dawson Church néglige le fait qu’un autre organe – l’intestin – joue un rôle capital dans l’expression des gènes. Chez les mammifères, l’influence de l’alimentation sur la modulation génétique a été démontrée par des travaux menés sur des souris dotées du gène « agouti ». Lorsqu’il s’exprime, ce gène a la particularité de leur donner un pelage jaune et une tendance à l’obésité et au diabète. Mais lorsqu’ils ont nourri un groupe de femelles gravides avec une nourriture enrichie en vitamine B, les chercheurs ont observé que les souriceaux naissaient avec de beaux poils bruns et sans prédispositions morbides ! Chez l’être humain, de plus en plus de données indiquent que la flore intestinale joue un rôle absolument central dans le déclenchement et la guérison des maladies. Au point que les scientifiques, après l’avoir rebaptisée « microbiote », parlent maintenant du « microbiome » pour désigner nos hôtes bactériens. La santé d’un individu est d’autant meilleure que cet « autre génome » est diversifié. Les intestins méritent plus que jamais leur surnom de « deuxième cerveau », encore que la hiérarchie mérite peut-être d’être revue…

En tout cas, la symphonie de la santé nous semble difficilement jouable si la baguette du chef reste cantonnée à l’étage crânien. Et à nos yeux, on se condamne à la cacophonie si on oppose inné et acquis, nature et culture, matière et esprit, et qu’on prétend jouer harmonieusement sans respecter la partition. Certes, chacun a la sienne, mais toutes les musiques sont aussi composées des mêmes notes. Le génome humain n’est pas né d’hier, il s’est progressivement construit durant 4 millions d’années et n’a quasiment pas bougé. S’imaginer qu’on peut déprogrammer cet héritage multimillénaire par un simple effort de conscience, c’est une lubie. Par exemple, seule une minorité de terriens a acquis le pouvoir de digérer le lactose à l’âge adulte. Si le gène n’est pas là, je doute fort que la méditation ou la prière suffisent à le faire apparaître ! Pour moi, la véritable médecine épigénétique consiste à répliquer au maximum les conditions de vie ancestrales. C’est-à-dire un monde où l’on mange bio à la façon « chasseur-cueilleur », où l’on vit d’air pur, d’eau propre, et de lumière solaire. Sans oublier le sport ! Avec la vitamine D (lire article page 34), l’activité du corps est en effet le signal environnemental qui favorise le plus la saine expression des gènes. Et devinez quoi ? Les recherches montrent (lire article en pages 16 à 18) que l’exercice physique est un excellent moyen d’améliorer ses performances mentales ! Le Grand Compositeur était visiblement de religion holistique…

Yves RASIR