La symphonie de la santé (I)

Rappelez-vous : début des années 90, la médecine moderne nous promettait monts et merveilles. Grâce au séquençage du génome humain, on allait démasquer tous les gènes responsables des maladies et on allait les mettre hors d’état de nuire en les remplaçant ou en les réparant, comme on bricole les rouages d’une machine. Vingt ans plus tard, cette vision du vivant fait encore vendre puisqu’il qu’il ne se passe pas une semaine sans que les médias annoncent triomphalement que des savants ont identifié tel ou tel gène pathogène et que cela soulève « de grands espoirs de nouveaux traitements ». Le hic, c’est que le mirage de la médecine génique s’est déjà dissipé sous l’effet d’une plus récente avancée scientifique, celle de l’épigénétique ! Si vous lisez Néosanté depuis le début, ce mot vous est probablement familier. Il revient fréquemment dans nos articles car la nouvelle science qu’il désigne confirme complètement notre approche globale de la santé : ce ne sont pas tant les pièces du moteur qui déterminent ses pannes et ses dysfonctionnements, mais bien la personne du conducteur et la façon dont il pilote son véhicule corporel.

Petit flash-back pour mieux comprendre. Lorsqu’ils ont découvert l’ADN, les premiers généticiens ont cru que les gènes contrôlaient l’ensemble de nos traits physiques et même psychiques. Et lorsqu’ils ont lancé le décodage du génome humain, les chercheurs s’attendaient à découvrir plus de 100.000 gènes dont il suffirait de corriger les mutations pathologiques. Première surprise : avec ses 23.000 gènes, l’Homme trimbale un patrimoine pas plus riche que celui d’un vulgaire ver de terre. Toute la complexité humaine ne peut donc être réduite à son support matériel héréditaire. Deuxième désillusion : ce n’est presque jamais un seul gène qui est impliqué dans une maladie, mais quasiment toujours plusieurs d’entre eux, et dans des proportions variables. Difficile donc de manipuler notre hérédité comme les fabricants d’OGM le font avec les plantes. La découverte de la fameuse « transcriptase inverse » a également refroidi les mécaniciens du génome : si l’ARN messager n’était pas aux ordres de l’ADN, ça compliquait tout puisque ça signifiait que l’info circule dans les deux sens. Autrement dit que la cellule n’obéit pas aveuglément à son noyau et que sa membrane y fait remonter les influences extérieures. Le coup de grâce a été porté au dogme du déterminisme génétique lorsque des biologistes ont découvert que les gènes ne sont pas « autoémergents », c’est-à-dire qu’ils ne peuvent s’activer ou se désactiver sans stimulus approprié. Lorsqu’un gène produit une protéine, ce sont des signaux provenant de son milieu environnant, et non pas une propriété intrinsèque du gène, qui déclenche son activité. Bref, on assiste à la grande revanche de l’acquis sur l’inné, ou en tout cas à la reconnaissance du rôle prépondérant des facteurs psychosociaux dans le devenir d’un être humain. D’ailleurs, des études récentes ont montré que les vrais jumeaux n’existent pas et que leurs anomalies génétiques communes n’augurent en rien de leur parcours pathologique. Avec le même « matériel de base », certains tombent malades et d’autres pas, preuve éclatante qu’il n’y a pas de fatalité et que nous ne sommes pas les jouets de nos gènes !

La science épigénétique est en train de se construire sur les ruines de ce fatalisme obsolète. Depuis quelques années, les chercheurs s’intéressent davantage à ce qui conditionne l’expression des gènes (le préfixe « épi » signifie « au-dessus-de) qu’aux gènes eux-mêmes. Le biologiste américain Bruce Lipton, que certains considèrent comme le père de cette nouvelle discipline, en a déjà relaté l’épopée dans deux livres passionnants (*). Un de ses compatriotes et ami, le Dr Dawson Church, vient à son tour de publier un ouvrage très réussi dont nous publions, ce mois-ci, de larges extraits. (lire page 6 à 11). Le propre de ces vulgarisateurs talentueux, c’est qu’ils recourent à d’éloquentes métaphores. Pour ramener l’ADN à sa juste importance, Bruce Lipton évoque ainsi un simple plan de construction dont nous sommes les entrepreneurs toujours libres d’apporter des modifications. De son côté, Dawson Church choisit l’image d’un orchestre (notre corps) interprétant une partition (notre programme génétique) avec un chef à la baguette (notre esprit) : ce dernier est le vrai patron car il peut contrôler les deux premiers grâce aux pouvoirs de ses intentions conscientes. Et l’auteur d’expliquer, dans le chapitre que nous reproduisons, l’impact insoupçonné du stress sur l’apparition des maladies et celui des attitudes mentales ou des activités spirituelles sur le retour à la santé. Dans la suite de l’ouvrage, Dawson décrit la « médecine épigénétique » de ses rêves qui fera la part belle aux soins énergétiques et aux techniques de libération émotionnelle. Le défaut de ce best-seller un peu new-age, c’est qu’il conteste le matérialisme médical en commettant l’excès inverse, à savoir accorder une place suprême à l’esprit en négligeant l’orchestre du corps et sa musique génétique. Dans un prochain éditorial, je plaiderai que la symphonie de la santé exige des relations harmonieuses entre le chef et son ensemble, et que celles-ci exigent aussi de respecter l’œuvre du compositeur.

Yves RASIR

(*) « Biologie des croyances » et « Evolution spontanée » (Editions Ariane)