HAMER À PRENDRE, HAMER À LAISSER.

Qu’est-ce qu’une secte ? Selon les deux étymologies admises, c’est un mouvement dont les membres suivent
(sequire) aveuglément une voie, et dont le leader incite ses fidèles à se couper (secare) du monde extérieur. Il est donc surprenant que la télévision belge, dans le reportage qu’elle a consacré à notre symposium du 2 juin dernier sur « la compréhension biologique des maladies », ait présenté cette manifestation comme une « réunion d’adeptes du Dr Hamer », nous obligeant à publier une mise au point (lire page 32). Outre le fait que Néosanté soit une petite entreprise d’édition, et non un groupement ou une association à caractère sectaire , le symposium que nous avons organisé était tout sauf une grand-messe à la gloire du Dr Hamer, lequel fut critiqué par plusieurs orateurs et même qualifié par l’un d’entre eux de « fossoyeur de lui-même ». Difficile d’être plus désobligeant envers un prétendu gourou. Comme déjà dit et répété, nous revendiquons un certain discernement à propos du sulfureux médecin allemand. Chez Hamer, il y a à prendre et à laisser.
Ce que nous prenons sans hésitation, ce sont « les 5 lois biologiques de la nature » qu’il a découvertes et formulées à la fin du siècle dernier (voir nos numéros 8 à 12). Elles constituent à nos yeux une révolution du paradigme médical et une vision radicalement nouvelle de la santé qui force l’admiration. Nous ne sommes pas les seuls puisque beaucoup de médecins considèrent que chacune de ces lois mériterait l’obtention du prix Nobel ! Cela étant dit, nous ne vénérons pas ces « fondements de la médecine nouvelle » comme des vérités bibliques. Lors du symposium, plusieurs intervenants ont expliqué en quoi ils estimaient que « Hamer se trompait sur certains points ». Et dans notre journal, plusieurs plumes ont déjà mis à mal plusieurs pans de l’approche hamérienne. Elles continueront à le faire, en tout indépendance et liberté de pensée.
Ce que nous prenons avec circonspection, ce sont les implications et applications pratiques des trouvailles du Dr Hamer. Celui-ci est entré en guerre contre la médecine classique et a cherché à soigner sans aucun médicament ni traitement, hormis l’usage de cortisone. C’est une triple erreur, d’abord parce que seul un outil moderne (les scanners cérébraux) lui a permis d’objectiver l’origine psycho-émotionnelle des maladies, ensuite parce que ses propres lois indiquent que les «phases de réparation» peuvent être très périlleuses sans l’appoint de certaines molécules ou sans recours au scalpel, et enfin parce que l’être humain n’est pas (qu’un) animal : il ne résout pas ses conflits si facilement ! Quoi qu’en disent leurs détracteurs, le Dr Hamer et ses continuateurs ont enregistré de nombreuses guérisons. Mais contrairement à ce que prétendent leurs zélateurs, ils ont connu également beaucoup d’échecs. Sur le plan théorique, médecine nouvelle et biologie totale sont des clés de compréhension fabuleuses. Sur le plan thérapeutique, le chantier est à peine entamé.
Le décodage biologique des maladies n’est pas une méthode de soins et n’autorise pas à jouer les médecins.
Honnis soient les « dérapeutes » qui se trompent de rôle et honte au Dr Hamer de s’être érigé en thaumaturge.
Ce que nous ne prenons pas du tout et rejetons même avec force, ce sont les idées « extramédicales » du médecin allemand. Il est clairement devenu antisémite et il propage depuis son exil norvégien des idées nauséabondes qui rappellent l’Allemagne des années 30. Mais comme je l’ai dit devant les caméras de la RTBF, il faut pouvoir distinguer l’homme et ses recherches, sa personnalité et ses travaux. Sur cette question de l’antisémitisme, j’argumente plus avant dans le communiqué reproduit en pages 32 et 33. Versant pathologique de sa judéophobie, la paranoïa du Dr Hamer ne fait également aucun doute. Il se sent persécuté par le monde entier et voit des traîtres partout. Il a excommunié jusqu’à ses plus chauds partisans français et italiens. Comme tout parano, le toubib teuton s’est mentalement égaré à partir d’un événement réel, à savoir le meurtre de son fils par un prince au bras long qui a échappé à la justice. N’en déplaise à la légende, il n’est cependant pas exagéré de le considérer comme fou. Mais depuis quand la folie est-elle antinomique du génie ? Dans son livre « Le génie et la folie » , le psychiatre Philippe Brenot relate que la culture occidentale doit beaucoup à la déraison des plus grands créateurs. Et dans l’ouvrage « Les savants fous » , Laurent Lemire nous retrace une histoire délirante des sciences, où ont brillé les esprits les plus dérangés. Que Ryke Geerd Hamer soit complètement marteau n’empêche pas qu’il soit un découvreur génial. A la limite, sa psychopathie devrait attirer la curiosité et inciter à l’examen de ses conceptions médicales, au lieu de justifier l’anathème. Tout laisser condamne à ne rien prendre.

Yves RASIR