Notre politique envers les plantes

Après la parution de notre numéro d’octobre, plusieurs lecteurs nous ont fait part de leur désappointement à la lecture d’un article sur le potentiel anticancéreux de la racine de pissenlit. Ils trouvaient assez incohérent qu’un magazine comme Néosanté s’aventure sur le terrain de la médecine par les plantes. Et je peux les comprendre ! Puisque nous affirmons que l’origine de toute affection se situe dans un conflit psycho-émotionnel, il semble peu logique de faire miroiter une possible solution extérieure et matérielle. Dans la perspective de la « nouvelle médecine du sens », l’essence d’un travail thérapeutique devrait consister à débusquer les ressentis pathogènes et à désactiver les programmes de survie qu’on appelle maladies. Je suis et je demeure bien d’accord avec ça. Mais que les abonnés de la première heure se souviennent : dès le départ, nous avons mis en garde contre la tendance à « psychologiser » à outrance, à régresser dans le dualisme et à séparer indûment l’esprit et le corps. Doté d’au moins deux cerveaux (celui de la tête et celui du ventre), un organisme humain est un ensemble insécable dont les différentes composantes sont en constante interaction. Il faut notamment tenir compte du fait que les neurones de la zone abdominale, par l’intermédiaire du nerf vague, envoient neuf fois plus d’informations aux neurones cérébraux que ceux-ci n’expédient de messages vers l’intestin. On ne peut pas faire comme si l’Homme était un pur esprit ou comme si celui-ci régnait impérialement sur le corps. Dans l’interview qu’elle nous a accordée pour la publication de son « Livre des guérisons » (Lire pages 12 à 14), Annick de Souzenelle nous rappelle une nouvelle fois qu’il n’y a pas de dichotomie qui tienne entre les « deux pôles d’une même réalité ». Le corps étant le temple de l’âme, la santé vraie ne peut s’envisager en négligeant l’écrin de notre nature spirituelle.

Bien comprise, la psychosomatique est donc une route à double sens dont la direction « soma-psyché » n’a rien de secondaire. À Néosanté, nous sommes même convaincus que la santé peut s’obtenir ou se retrouver sans introspection ni aucune forme d’effort mental. Ce que nous appelons « la voie du corps » peut mener à la dissolution spontanée du stress causal et à une rémission complète des symptômes sans récidive, autrement dit à une guérison. Parmi les outils de cure somatopsychique, nous insistons particulièrement sur l’importance d’une alimentation biocompatible, sur la puissance insoupçonnée du jeûne et sur les énormes pouvoirs thérapeutiques de l’activité physique. De manière très réjouissante, la médecine classique est en train de découvrir les immenses vertus curatives du sport, capable à lui seul de contenir le cancer et de diminuer de 50% le risque de rechute pour différents types de tumeurs (sein, prostate, côlon…). La phytothérapie est une autre médecine naturelle qui a toute notre sympathie. Pour trois raisons au moins. Primo, elle est tellement ancrée dans nos instincts biologiques que les éthologues et les primatologues l’ont maintes fois observée chez les animaux sauvages. C’est un réflexe pour eux de consommer les végétaux porteurs d’alcaloïdes bénéfiques. Secundo, le recours aux plantes est universellement répandu depuis la nuit des temps. Aucun peuple premier n’est dépourvu d’une pharmacopée végétale et aucune civilisation ne s‘est développée sans explorer les bienfaits des « simples ». Tertio, le bien-fondé de leur usage ancestral est aujourd’hui amplement confirmé par la science médicale, ce qui confère à la phytothérapie le double statut de médecine traditionnelle et de méthode de soins moderne. Par comparaison, des disciplines relativement récentes comme l’homéopathie ou la florathérapie ne peuvent revendiquer ni tradition multimillénaire ni validation indubitable de leur efficacité. La plante médicinale est un outil de santé « paléo », dont le riche passé est prometteur d’applications futures.

Bref, il n’est nullement contradictoire d’imaginer qu’un remède extérieur comme la racine de pissenlit puisse un jour aider à triompher du cancer, maladie de l’intériorité par excellence. C’est un paradoxe mais pas une contradiction. La pharmacie de la nature regorge encore probablement de richesses oubliées ou de trésors à découvrir. Ce qui a piqué notre curiosité avec le pissenlit, c’est l’origine mystérieuse de sa réputation anticancéreuse, l’obstination donquichottesque de quelques chercheurs et les échos encourageants de leurs pré-essais cliniques. Avec le recul, nous regrettons toutefois d’avoir publié cet article. D’abord parce que l’espoir est totalement prématuré, ensuite parce que la démarche par trop allopathique consiste à combattre un processus tumoral faussement perçu comme anarchique, et enfin parce la voie galénique privilégiée (un principe actif isolé) augure d’une prévisible déconvenue. Le contraste est flagrant avec l’Artémisia, plante traditionnelle chinoise dont l’ingestion du totum en tisane fait aujourd’hui figure de quasi-panacée, et en tout cas de parade éprouvée au paludisme. À ce sujet, je peux vous confirmer que le documentaire « Malaria Business », initié par Néosanté, sera diffusé le 22 novembre en primeur et en prime-time sur la chaîne française France Ô. À vos postes de télévision !

Yves RASIR

Toutes nos excuses pour le nouveau changement de format de Néosanté. Le passage à l’A4 ayant fait exploser nos coûts postaux, nous sommes contraints de revenir aux anciennes dimensions.