Heureux les voyageurs intérieurs

Il y a peu, dans mon journal favori, j’ai lu un article faisant le portrait de Marc Ledoux, un brillant athlète belge en partance pour Rio. Pas pour les Jeux Olympiques, mais pour leur version « paralympique » destinée aux sportifs physiquement handicapés et organisée dans la foulée des olympiades classiques, en septembre prochain. Dans l’article, on raconte bien sûr comment ce brillant joueur de ping-pong « moins valide » est devenu hémiplégique : pendant la grossesse, sa maman a fait une hémorragie et a accouché prématurément dans l’ambulance. Celle-ci ayant été bloquée par un cortège carnavalesque, le cerveau du bébé a cessé d’être irrigué durant plusieurs minutes et il est né avec le côté droit paralysé. Mais c’est la suite du récit qui est ahurissante. On y apprend d’abord que sa maman est décédée brutalement dans un accident de bus à Cuba (!) pendant que son fils jouait en Floride, à 50 kilomètres de là. On y apprend aussi que son papa est mort ultérieurement d’un cancer généralisé. On y apprend surtout que le père de Marc était lui-même tétraplégique, suite à une poliomyélite ! Franchement, quelqu’un aurait-il le culot d’évoquer la malchance ou de malheureuses coïncidences ? De toute évidence, voilà une famille véhiculant ce que le Dr Claude Sabbah appelle un « programme de mort », autrement dit un secret tellement lourd que le destin de la descendance en est dramatiquement marqué. Parmi les aïeux de Marc Ledoux, il en est certainement un qui a vécu des choses tellement dures que son silence, non brisé à l’époque, aboutit aujourd’hui à briser des vies. Le parcours du pongiste et de ses parents est un véritable cas d’école sur les influences transgénérationnelles inconscientes.

Quelques semaines auparavant, une autre lecture m’avait tout autant fasciné, celle du livre « Voyage en mer intérieure », de Virginie Tyou. J’ai ouvert ce livre et je n’ai pas pu le refermer avant la fin, tant le suspense est présent et les rebondissements dignes d’un palpitant roman. Ce n’est pourtant pas une fiction, mais l’histoire vraie d’une femme confrontée à un premier accouchement pénible, amputée de son sacrum et victime ensuite d’insupportables douleurs pelviennes. De médecin en médecin, elle finit par échouer dans le cabinet d’un chirurgien qui lui propose de ne pas l’opérer mais de tenter la gestion de ses souffrances par hypnose et auto-hypnose. C’est alors que la grande odyssée commence ! Guidée par les visions et les sensations suscitées en thérapie, Virginie Tyou découvre que son martyre post-partum est lié aux circonstances de sa propre naissance. Et au terme d’une longue enquête semée d’embûches, elle finit par comprendre que son père n’est pas son géniteur et que tous ceux qui savaient lui ont menti « pour son bien ». Au contraire, c’est en découvrant le pot-aux-roses, en rencontrant son père biologique et en retrouvant ses racines que l’éternelle malade finit par triompher de ses maux et à devenir une femme bien dans sa peau, mère de deux autres enfants. Lisez l’interview de Virginie Tyou (page 12 et suivantes) et lisez surtout son livre-témoignage, sorte d’évangile moderne annonçant que la vérité est à coup sûr le plus puissant des médicaments. Cet ouvrage, je trouve, devrait être obligatoirement lu dans toutes les facultés de psychologie et de médecine.
Car n’allez pas croire qu’un tel bouquin émarge aux rayons « parapsy » des librairies ésotériques. Écrit par une juriste de haut vol se définissant elle-même comme cartésienne, ce « Voyage en mer intérieure » éloigne certes de la raison pure – il est jalonné de péripéties à peine croyables – mais il rapproche d’une science médicale s’ouvrant enfin aux mystères de l’âme. C’est grâce à deux chirurgiens sans préjugés et à l’esprit large que Virginie Tyou a pu explorer son inconscient et en ramener les informations cachées qui lui ont permis de guérir. Avant de croiser leur route et d’effectuer son périple curatif, leur patiente ne s’intéressait ni à l’hypnose ni à la psychogénéalogie. C’est seulement en cours de cure qu’elle a commencé à lire Anne-Ancelin Schützenberger et à s’instruire sur les transmissions psychiques entre générations. Pour rappel, le phénomène transgénérationnel occupe également une place centrale dans l’approche de santé globale que le Dr Sabbah a appelé la « biologie totale ». Plusieurs de ses élèves – le Dr Gérard Athias et le Dr Jean-Claude Fajeau, entre autres – ont d’ailleurs accentué ce volet de l’enseignement « sabbahtique ». Le premier a écrit trois livres sur les « racines familiales de la mal-a-dit », le second qualifie désormais ses recherches personnelles de « psycho-somato-généalogiques ». Dans cette mouvance héritière du Dr Hamer, la conviction est en effet bien ancrée que les pathologies ne sont pas seulement déclenchées par des conflits mais qu’elles sont préalablement « programmées » par des traumas périnataux, ainsi que par le vécu émotionnel des ascendants. D’où l’importance thérapeutique d’explorer la « géniale-logique » de son arbre et d’y débusquer les secrets de famille potentiellement pathogènes. Quand la somatisation touche les organes de la procréation (par exemple le cancer du col de l’utérus, lire à ce sujet le « grande décodage du Dr Van den Bogaert, page 35 et suivantes) , cette (en)quête est évidemment encore plus susceptible de déboucher sur des prises de conscience salvatrices. Puissent de très nombreux Marc Ledoux et Virginie Tyou faire à l’avenir de fabuleux voyages intérieurs.

Yves Rasir