Le Belpomme qui cache le verger

Il y a une douzaine d’années, j’ai eu la chance de rencontrer le Pr Dominique Belpomme. Il avait déjà fondé l’Artac, ce mouvement de médecins dénonçant la pollution chimique, et il venait de sortir son livre « Ces maladies créées par l’homme ». À l’époque, j’étais très engagé dans la défense de l’agriculture biologique et j’avais rédigé plusieurs pages suite à cet entretien largement consacré aux méfaits des pesticides. Cependant, à la fin de l’interview, j’avais demandé off the record au Dr Belpomme s’il connaissait les travaux du Dr Hamer sur l’origine psycho-émotionnelle des maladies. Il en ignorait tout et m’avait promis de se renseigner. Je lui avais également raconté ma rencontre avec Henri Laborit, lequel m’avait confié son absolue conviction quant à la genèse psychosomatique du cancer. Dominique Belpomme m’avait aussi promis de relire les écrits du célèbre neurobiologiste. Paroles en l’air ? En tout cas, j’ai été très déçu en découvrant son dernier ouvrage (1) : l’actuel dirigeant de l’ECERI (Institut européen de recherche sur le cancer et l’environnement) n’y consacre pas une ligne à l’influence de l’esprit sur le corps, à l’impact du stress et au rôle des émotions. Obnubilé par son combat écologiste, il laisse complètement de côté le cerveau humain et y affirme que la grande majorité des cancers provient de causes environnementales extérieures.

Bien sûr, je ne tiens pas à dénigrer ce bouquin promis à un joli succès médiatique. Une fois encore, le vaillant professeur s’attaque aux pollueurs et apporte quantité d’arguments sur les effets délétères de leurs produits et techniques. L’histoire retiendra que Dominique Belpomme fut un des premiers savants à mener croisade contre les perturbateurs endocriniens, le Bisphénol-A ou la pollution électromagnétique. Dans ce probable best-seller, j’ai même trouvé un étonnant sous-chapitre intitulé « Vaccins : la soupe du diable ». L’auteur y déclare que vacciner des nourrissons de quelques mois et des femmes enceintes, ce sont des « absurdités biologiques et médico-sociétales », et « finalement des insultes à la science ». Au paragraphe suivant, il s’en prend vertement à la Haute Autorité de Santé qu’il accuse de prendre des risques inacceptables dans le dossier du vaccin Hépatite B. Quel contraste avec un autre livre paru récemment et portant sur l’autisme (2) : cette pseudo « grande enquête » ne touche mot des soupçons pesant sur la vaccination et n’investigue pas non plus sur les nombreuses corrélations observées entre cette maladie et l’exposition à des toxiques chimiques. Pire : cette imposture journalistique s’en tient à l’explication génétique et n’explore pas du tout les nouvelles pistes de traitement basées sur l’équilibre du microbiote. À mon grand désappointement, Dominique Belpomme écrit pour sa part que « ce n’est pas dans l’organisme malade qu’il convient de rechercher les causes initiales de nos maladies, mais dans l’environnement que nous ne cessons de dégrader ». Il néglige ainsi l’intériorité, sous-évalue le poids du psychisme et ajoute à la confusion contemporaine entre facteurs causaux et facteurs de risque. Mais lui au moins se penche sur la naissance des maladies et indique des portes de sortie. Dans son dernier opus, il attire l’attention sur la « révolution épigénétique » et conclut par un appel à la médecine pour qu’elle renoue avec son serment hippocratique. Quand il s’agit de prévenir et de ne pas nuire, on sera toujours d’accord avec le Pr Belpomme.

En revanche, je pense qu’il commet trois énormes erreurs. La première, c’est de surestimer la pathogénicité des polluants qu’il dénonce. Si l’on s’en tient aux preuves scientifiques, bien peu d’entre eux sont des cancérigènes certains pour l’être humain. La deuxième, qui est liée à la précédente, c’est de sous-estimer l’incroyable résilience physique de notre espèce. Aujourd’hui encore, survivent des rescapés d’Auschwitz ou d’Hiroshima. Et malgré la détérioration de leur biotope, les générations actuelles progressent toujours en espérance de vie. C’est du très solide, l’Homo sapiens ! Pourvu que ses besoins de base soient satisfaits, son corps peut s’adapter à un milieu hostile et résister à de multiples agressions. Même dans l’enfer atmosphérique de Pékin, les asthmatiques sont une petite minorité. La troisième erreur « belpommienne », qui renvoie également aux deux premières, c’est de rester aveugle à ce qui fait la véritable fragilité du bipède humain, à savoir son gros cerveau et son grand cœur. Pour sa bonne santé, aucun autre animal ne dépend autant des nourritures affectives. Et aucun autre être vivant n’est à ce point vulnérable aux chocs émotionnels et au mal-être existentiel. Comme l’a montré Hamer, c’est dans les maux de l’âme et dans leur ressenti conflictuel que démarrent généralement les maladies, et non dans un quelconque empoisonnement visible ou mesurable. Dans ce numéro de Néosanté, l’article sur le cancer du sein (page 6), l’interview de deux enseignants de biologie totale (page 14), et bien sûr le Cahier Décodages (page 19), vous sont encore proposés en illustration de cette réalité. C’est un coin du verger que Mr Belpomme et sa vision matérialiste de la vie contribuent malheureusement à vous dissimuler.

Yves RASIR

(1)« Comment naissent les maladies », Pr Dominique Belpomme, éditions Les liens qui libèrent.
(2)« Autisme, la grande enquête», Sophie Le Callennec & Florent Chapel, éditions Les Arènes.