Guy Corneau : de l’héritage au déballage

Un an déjà que Guy Corneau nous a quittés. Comme je l’ai écrit ici même en février dernier, ce départ inopiné ne pouvait manquer de nous affecter puisque le psychanalyste québécois était en quelque sorte le parrain de Néosanté. C’est avec lui en effet, en mai 2011, que nous avions « inauguré » notre mensuel en publiant un grand entretien où il racontait sa traversée du cancer et partageait sa vision de la maladie. Avec sa gentillesse coutumière, l’auteur de « Revivre » avait accepté d’accorder une interview à un journal dont il ignorait tout puisque nous n’avions même pas de « numéro zéro » à lui montrer. Il est vrai que l’intervieweuse envoyée à sa rencontre était une personne de confiance. Durant sa déjà longue carrière de journaliste et d’écrivaine spécialisée dans le mieux-être, Carine Anselme avait déjà interrogé Guy Corneau à de nombreuses reprises. Au fil de ces rendez-vous, une relation d’estime mutuelle s’était nouée entre le psy à succès et notre collaboratrice. Sans même enregistrer ses interlocuteurs, celle-ci possède le talent rare – et à mon avis inégalé – de coucher leurs paroles sur papier avec une absolue fidélité. Les dizaines d’auteurs rencontrés par Carine pour Néosanté se sont toujours réjouis de sa faculté à reproduire leurs propos sans les trahir et à résumer leur pensée sans la déformer. C’est donc tout naturellement à elle que nous avons demandé de rédiger un dossier dressant l’inventaire de l’œuvre de Guy Corneau au sujet de la santé. Intitulé « De l’hommage à l’héritage » (lire pages 6 et suivantes), ce texte est une sorte d’écrin où sont réunis les plus beaux joyaux de cet orfèvre en décryptage de l’âme humaine. Notre ultime coup de chapeau à l’homme courageux qui n’avait pas craint de s’intéresser au décodage biologique des maladies et d’en parler ouvertement.

De mon côté, il n’est cependant pas question de baisser le rideau sans revenir sur les circonstances de la mort de Guy Corneau. Dans mon édito sur « son dernier cadeau », j’avais glissé que la mort de sa sœur, quinze jours à peine avant la sienne, n’était probablement pas étrangère à la fulminante maladie du cœur qui l’a emporté le 5 janvier 2017. Mais je ne vous avais pas tout dit. Il y a un an, de deux sources différentes et concordantes, j’ai appris que l’auteur de la « Guérison du cœur » traversait une véritable tempête émotionnelle au moment de son décès prématuré. Une situation totalement dramatique qui éclaire encore bien plus lumineusement sa fatale pathologie cardiaque. Mais avant de vous révéler ce « grand secret », permettez-moi de justifier brièvement ma décision de l’éventer. Il y a douze mois, une de mes sources d’information m’a vivement conseillé d’attendre la fin du temps du deuil avant de déballer ce que je savais désormais. Ce que j’ai fait. L’autre source s’est insurgée contre mon intention de dévoiler publiquement des éléments de vie privée. Selon son opinion – que je respecte, mon intrusion allait immanquablement bafouer la mémoire du mort et blesser des survivants de son entourage. Au-delà du cas Corneau, ma source dissuasive m’a reproché d’avoir déjà « sauvagement décodé » des célébrités défuntes comme Steve Jobs ou David Servan-Schreiber. Que répondre à cela ? D’abord que le fondement du journalisme consiste à débusquer et dire la vérité, même et surtout si elle est dérangeante. Ensuite que je ne suis nullement motivé par le goût du scoop et la gloriole qui va avec. J’ai passé l’âge. Si je passe à l’acte aujourd’hui, c’est parce que je suis animé par la volonté farouche de diffuser au maximum la découverte majeure du Dr Hamer sur l’origine immatérielle des maladies. émettre des hypothèses sur les chocs psychiques somatisés par des disparus connus, ça fait partie de notre démarche informative. Enfin, je m’offusque à mon tour qu’il faille passer sous silence des faits importants relatifs à des personnalités, histoire de préserver leur réputation et/ou de protéger leur descendance. De nos jours, on ne peut plus ignorer que les traumas occultés et les sordides secrets de famille sont de puissants agents pathogènes transmis sur plusieurs générations. Briser les tabous et lever les non-dits sont un service rendu aux individus comme à la société.

Vous n’êtes pas d’accord avec moi ? Vous estimez que j’outrepasse ma mission en dévoilant la tragédie intime de Guy Corneau ? Alors, ne lisez pas les lignes qui suivent. Vous aurez ainsi le sentiment – que je respecte aussi – de réprouver mon impudeur. Après sa maladie, en 2011, le psychanalyste est devenu l’heureux papa d’un petit Nicolas. Jusqu’au jour où un ami médecin lui a fait remarquer que la chimiothérapie de son cancer l’avait forcément rendu stérile. Vérification faite, l’enfant n’était effectivement pas le sien et Guy Corneau a ainsi découvert l’infidélité de sa compagne. Comme si ce choc ne suffisait pas, les relations du couple séparé se sont dégradées et une contestation de paternité était en cours qui aurait pu arracher le fils à son « père de cœur ». En peu de temps, ce dernier a ainsi appris qu’il n’était pas le géniteur de son garçon chéri et que celui-ci allait peut-être être soustrait à son affection. Pouvez-vous imaginer la peine ressentie par les acteurs de ce scénario bouleversant, et singulièrement par ceux qui n’avaient rien à se reprocher ? Personnellement, je peux concevoir qu’un stress aussi violent suffise à déclencher une auto-immunité cardiopathique. C’est tellement bio-logique qu’il m’a paru impérieux de procéder à ce déballage aux allures de décodage. En hommage encore plus vibrant à notre parrain de cœur.