Après son ouvrage phare, Et si la maladie n’était pas un hasard, sorti en 2008, le Dr Thomas-Lamotte publie, dans L’interprétation des maladies (1), la suite de ses travaux résultant de ses 40 années d’expérience en tant que médecin des hôpitaux et neurologue. Dans la foulée de ce que Sigmund Freud a révélé (l’inconscient agissant à travers nos paroles, actes et rêves), le Dr Thomas-Lamotte montre, au travers de cas pratiques, que notre inconscient régulerait aussi nos maladies, blessures et accidents, selon des schémas dont il expose les logiques, et cela afin de compenser symboliquement des « non-dits ». Par une écoute spécifique du patient, qu’il appelle « une médecine de l’oreille », il mène une véritable « enquête policière », afin de débusquer les origines du mal-alibi (maladie, accident), qui vise à rétablir l’équilibre psychique, malmené par un sentiment de culpabilité. L’éditeur prévient : « La lecture de ce livre nous enseigne infiniment plus sur nous-même en une semaine que ne pourraient le faire des années de psychanalyse. » Allongez-vous donc sur le « divan » de Néosanté, pour entendre la voix (la voie) de ce médecin atypique !

Propos recueillis par Carine Anselme  

Ce livre est comme un testament », partage d’emblée le Dr Thomas-Lamotte, en prémisse à notre entretien. Il ira peut-être, dit-il, encore un peu plus loin dans ses recherches, mais il estime que ce nouvel opus concentre l’essentiel pour comprendre la maladie. Un livre qui fait densément la synthèse de sa « médecine des mauvais souvenir », comme il l’appelle – anamnèse de « nos petites et grandes blessures de l’âme ». Pour l’heure, Pierre-Jean Thomas-Lamotte prépare deux ouvrages complémentaires qui éclaireront plus spécifiquement le concept de « compensation symbolique » – mécanisme par lequel un sujet qui vit un conflit dans l’isolement, le non-dit, déclenchera un stratagème inconscient (maladie, blessures…) lui permettant de s’adapter en dernier recours au stress et de rétablir son équilibre psychique. L’un des ces deux (futurs) livres évoquera ce processus dans la vie quotidienne familiale. Car, pour le Dr Thomas-Lamotte, pas de doute : les cambriolages, accidents domestiques… et même nos PV, relèvent de ce mécanisme de compensation symbolique inconsciente. L’autre ouvrage, lui, aura une portée plus spirituelle. Il invitera à « réussir son mariage intérieur ». Autrement dit, de se laisser inspirer par nos souffrances infantiles pour (les) compenser au profit des autres et « accomplir notre vocation humaine ». L’auteur n’a donc pas dit son dernier mot sur les maux… en attendant, voici l’essentiel d’une interview étonnante !      

Dix ans quasiment se sont écoulés depuis votre livre Et si la maladie n’était pas un hasard… Quelle(s) découverte(s) avez-vous fait entre-temps ?

Ce livre est en quelque sorte un testament de ces nombreuses années de pratique, à partager avec tous ceux qui s’intéressent à la psychosomatique. Cela fait 32 ans que j’ai donné ma démission en tant que médecin des hôpitaux pour une pratique libérale (qui me permet de prendre tout le temps nécessaire avec les patients), mais cela fait quarante ans que je m’intéresse à ce sujet. Après la publication de mon précédent livre, il m’a fallu encore une dizaine d’années de recherches et d’écoute des malades pour aboutir à la conclusion que les maladies sont des manifestations symboliques qui surviennent au réveil d’un mauvais souvenir enfoui dans l’inconscient. Ces maladies peuvent être de nature somatique ou psychique, venant compenser un sentiment de culpabilité qui n’a jamais été exprimé (selon le mécanisme de compensation symbolique inconsciente). Cette culpabilité est transmissible d’inconscient à inconscient, notamment au sein d’une famille ou dans l’inconscient collectif. Le symptôme d’un enfant peut répondre à la dévalorisation d’un parent et inversement. En fait, pour présenter les résultats de ces recherches, il m’a fallu du recul par rapport aux maladies et aux patients que j’ai accompagnés : si un cancer n’a pas récidivé dans les 10 ou 15 ans, c’est un cas probant que je peux présenter. Écrire un livre qui parle de guérisons survenues 6 mois avant, c’est de l’arnaque !

Le fait de libérer cette culpabilité est-elle source de guérison ?

L’aveu du sentiment de culpabilité, au sens large, soulage et permet d’affronter la réalité : il est donc susceptible d’entraîner la guérison des symptômes du malade, d’une façon véritablement « miraculeuse » – j’en cite de nombreux cas dans le livre (1). L’aveu et, au-delà, le pardon, sont les sources de la guérison de l’âme et donc du corps (voir encadré « Guérison et paix dans le Pacifique », ndlr). D’ailleurs, une question se pose : doit-on encore employer ce mot de « guérison » ?… Car si nous guérissons l’enveloppe du corps, en « bloquant » l’expression du symptôme, nous n’avons pas pour autant supprimé sa cause profonde dans la tête. Nous sommes prisonniers du mal, pris en otage par les compensations symboliques inconscientes. Nous avons donc besoin d’une libération en profondeur… peut-être même à l’échelle de l’humanité. La culpabilité d’une maman, d’un papa, d’un enfant sème la maladie. Mais l’aveu d’une mère, d’un père, d’un enfant sème la guérison. J’insiste : une famille qui est en bonne santé, c’est celle qui n’a rien caché. Dès lors que quelque chose est caché et pénètre l’inconscient (personnel, transgénérationnel, collectif), c’est de la dynamite !

L’écoute est primordiale dans votre approche…

Elle est même centrale ! Lorsqu’un malade me consulte, je n’ai qu’une obsession : l’aider à découvrir pourquoi il déclenche cette maladie à ce moment précis de sa vie. Une maladie, ça s’écoute ! Une maladie, ça s’interprète ! Car un symptôme masque toujours une souffrance spécifique qui doit être évacuée pour que le malade guérisse.
 
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette « médecine des mauvais souvenirs », comme vous appelez votre approche ?

Pour cette médecine, la maladie est l’alibi construit en modifiant le corps après coup pour le rendre symboliquement incapable d’être coupable. L’aveugle ne peut avoir vu. Le bras paralysé ne peut avoir fait. Le malade bouillant de fièvre ne peut pas être en froid. C’est cet alibi qui rétablit l’équilibre psychique, malmené par un sentiment de culpabilité.

Vous citez l’exemple de Ray Charles…

En effet, ce dernier est devenu progressivement et totalement aveugle vers l’âge de 8 ans après avoir vu son petit frère se noyer dans une lessiveuse. La cécité est bien un alibi parfait. Aveugle, Ray Charles n’a pas pu voir cette noyade et se sentir coupable après la mort de son jeune frère.

Ce principe de compensation symbolique est-il courant ?

(Rire) Nous ne vivons que de compensation – c’est inscrit au cœur même de notre mécanisme archaïque de survie ! Si cette compensation est négative, cela s’exprimera au travers de maladies et autres accidents. Si elle est positive (autrement dit, si on est capable de prendre conscience et de reconnaître nos culpabilités, dans un esprit de vérité), cela donnera des « Mère Teresa », c’est-à-dire des personnalités qui se rendent utiles et se mettent au service de l’humanité. C’est fascinant de réaliser que lorsqu’on est en mode « mensonge », nos inconscients cherchent à fournir des alibis sur un mode totalement automatique (l’expression « s’en rendre malade » prend tout son sens !). Nous n’avons aucune liberté dans notre vie, tant que nous n’avons pas pris conscience de ce mécanisme.       

Est-ce à dire que la maladie serait une sorte d’acte manqué ?

Absolument ! La plupart des médecins ne savent pas qu’une maladie est, selon la terminologie psychanalytique, un authentique lapsus du corps, un acte manqué de notre vie biologique. Le symptôme clinique, alibi a posteriori, dit de façon symbolique une « culpabilité » très précise, d’où la nécessite d’apprendre à connaître la symbolique de l’anatomie, de la physiologie cellulaire, des symptômes cliniques, de l’histologie… des processus pathologiques pour en comprendre le sens. L’approche que je mène est, en quelque sorte, de la psychanalyse minute « violente », dans le sens où elle est opérationnelle automatiquement. Or, les médecins ne s’intéressent pas systématiquement aux blessures de l’âme (problèmes psychoaffectifs et moraux de leurs patients) qui sont à l’origine de leurs maux. Ils ne connaissent ni la symbolique du corps (organes, tissus), ni celles des processus pathologiques, ni les règles de la compensation symbolique inconsciente qui permettent de comprendre le sens et le moment des symptômes. Et pourtant, voici un siècle déjà, Georg Groddeck écrivait pour ses confrères : « La maladie est un symbole, l’expression d’un processus intérieur, un jeu de théâtre du ‘Ça’ par lequel il annonce ce qu’il ne peut pas dire à l’aide de la langue. »

Votre livre, cependant, n’a rien d’un dictionnaire qui « plaquerait » un sens précis, définitif, à une maladie…

Vous avez raison, je ne suis absolument pas pour les dictionnaires de ce type, car une maladie ne correspond pas à une seule situation de conflit psychoaffectif. Il n’y a pas une cause, un effet. D’où l’importance, je le répète, de l’écoute et du travail d’investigation.

Pouvez-vous illustrer par un exemple ?

J’ai reçu un patient qui souffrait d’une tendinite du poignet. D’habitude, ce type d’affection peut être relié à une problématique en lien avec un enfant, car cette zone est impliquée dans le geste nécessaire pour prendre l’enfant sous le bras (il faut écarter le pouce et l’index). Mais dans son cas, après vérification, cette piste-là ne menait nulle part… Il fallait donc chercher dans une autre direction, aller plus loin dans l’anamnèse. Or, à la réflexion, tenir une guitare exige le même mouvement… Ce patient, guitariste, ne pouvait plus jouer, en raison de sa tendinite… En recherchant le 1er conflit, à l’origine du programme, le patient a révélé que, jeune, il voulait faire du saxo, mais son père avait trouvé que c’était trop cher (il n’avait même pas pris la peine de se déplacer pour aller voir au magasin, c’est sa maman qui l’avait accompagné). Il s’était donc mis à la guitare, mais son père n’a jamais fait attention à lui – il l’écoutait sans l’écouter, trouvant juste que la musique faisait trop de bruit (son père était gendarme, et ils vivaient au-dessus de la gendarmerie). Cela traduit l’indifférence du père vis-à-vis de son fils. Dès le lendemain, après avoir fait cette confidence (l’effet « confidence » permet parfois une incroyable rémission spontanée du symptôme), cet homme a pu reprendre la guitare ! Nous avons tous besoin du regard du père – ce patient avait trouvé (inconsciemment) la solution de la tendinite pour arrêter de jouer et, incidemment, ne plus souffrir de l’indifférence de ce père. Dans ma posture, il faut donc avoir un peu d’imagination, de persévérance, voire d’impertinence, pour débusquer la cause réelle !

À ce propos, vous insistez sur le protocole d’investigation que vous menez à la manière d’une enquête policière… Comment procédez-vous ?

Je consacre une partie importante de mon ouvrage, plus didactique que le précédent, aux différentes étapes de cette enquête que l’on doit essayer de remplir pour comprendre la personne (et j’illustre avec des cas). Sans rentrer dans les détails, il faut savoir que face à un symptôme, quel qu’il soit, l’enquête idéale doit nous dévoiler sa place dans la vie du malade en remontant le temps : les circonstances « déclencheuses », les circonstances de conditionnement (qui peuvent se faire en plusieurs étapes) de compensation symbolique en compensation symbolique, en remontant jusqu’au rail maternel lui-même, inscrit dans l’histoire familiale transgénérationnelle. Seules nos mémoires nous empêchent de remonter très loin dans la cascade des conséquences dans la famille. Pour réaliser cette enquête avec efficacité, il faut imaginer une méthode rigoureuse qui ne se réduit pas à une conversion du symptôme, afin de découvrir la souffrance réelle derrière le symbole. C’est un véritable protocole d’investigation !

Vous consacrez un chapitre (dense) à la lecture du scanner cérébral, qui peut fournir « une foule de renseignements », dites-vous, sur les traumas psychiques du patient. Pouvez-vous éclairer les apports de cette technique ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois vous dire mon désarroi face au fait que les spécialistes du cerveau ne savent absolument pas comment marche le cerveau inconscient – ce cerveau stratégique, fonctionnel, qui régule constamment l’équilibre psychosomatique du sujet, son état de santé ou de maladie ! Lorsque je leur partage des cas de guérisons inespérées, ça les fait sourire, mais ils n’ont pas la curiosité d’aller plus loin… En même temps, je les comprends : j’ai eu les mêmes peurs ! Revenons à votre question. Je dois à Pierre Barbey, un psychanalyste parisien, cet apprentissage de la lecture des scanners selon la méthode du Dr Hamer. Au début, j’étais réticent, comme tout médecin neurologue cartésien. Pour moi, c’était de la pure folie. Au fil du temps, après 6 ans de travail, j’ai dû me rendre à l’évidence devant la pertinence des résultats. Lorsque j’ai montré les scanners d’une patiente, Josiane, à deux personnes différentes (séparément), elles ont toutes deux évoqué sur l’ensemble des images un problème de stérilité, une probable pathologie du kyste ovarien droit, une symptomatologie fonctionnelle de la motricité du membre inférieur gauche. Or, Josiane était effectivement stérile et elle venait de faire un kyste ovarien droit après l’échec d’une nouvelle tentative de fécondation in vitro. Elle était venue me consulter pour des épisodes de dérobement du membre inférieur gauche. Troublant, non ?!   

Quels indices permettent de « voir » ce type de problématiques ?

La « rumination » induite par un trauma psychique conduit à la production d’images dont l’aspect et la topographie ont un sens particulier. Ces images également visibles chez l’animal sont la marque objective du conditionnement cérébral. Pour être plus précis, chaque fois que le ressenti d’une situation est conflictuel, sans solution immédiate, et que la personne garde le silence, cela déclenche immédiatement une activité cérébrale dans une zone cérébrale spécifique d’un ressenti (correspondant, au conditionnement) et, éventuellement, une action sur un organe situé à distance dans le corps. Car chaque zone cérébrale de ressenti assure aussi l’adaptation du fonctionnement d’un organe (ou d’une partie d’organe) spécifique à distance. Les ruminations infantiles sont le reflet de notre structure psychique. Un œil très averti peut donc avoir une idée de la structure psychique de la personne en regardant son scanner cérébral.

En même temps, votre livre fait le point sur les erreurs, dites-vous, du décodage biologique et de la vision du Dr Hamer…

Rendons à César : le Dr Hamer a souligné le lien étroit entre le psychisme, le cerveau et les organes du corps. Il a eu l’intuition extraordinaire de comparer les premiers scanners cérébraux de personnes ayant des ressentis conflictuels et des pathologies identiques. Mais cela ne m’empêche pas de souligner aussi les inexactitudes, notamment le fait qu’il ait confondu des artefacts en cible créés par les premières générations de scanner avec des cibles « authentiques », révélant des ruminations mentales. Mais, suite aux nombreuses controverses qu’il suscite, je dirais qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Le bébé était génial : j’ai d’ailleurs gardé la lecture des scanners cérébraux dans ce livre, mon testament. Mais il faut jeter « l’eau sale », comme le fait que la discussion avec lui est impossible, et encore moins toute contradiction ! De même, ce livre fait le point par rapport au tissu d’erreurs véhiculé dans le sillage de cette vision. Ainsi, le Dr Hamer envisage-t-il le conflit vécu dans l’isolement. Or, selon moi, plutôt que de rechercher le conflit déclenchant, il est plus pertinent d’analyser le conditionnement pavlovien né dans la foulée de la culpabilité de la personne. Suivre le fil du conditionnement permet d’identifier le « rail » particulier qui se transmet dans la famille. Retrouver ce rail permet de récupérer beaucoup d’émotions. Et qui dit conditionnement, dit déconditionnement possible…  

On apprend, dans L’interprétation des maladies, que les habitants de Vanuatu pensent que ce qui est caché donne le pouvoir à la maladie (la faute une fois reconnue n’aurait plus d’action sur la personne) et nombre d’entre eux croient que les erreurs commises par les parents peuvent se répercuter sur les enfants (lire encadré, ndlr). Or, la science, dites-vous tend à confirmer cela…

L’enfant, en effet, va spontanément ne faire que compenser les culpabilités de ses parents ! Sur le plan scientifique, dès la conception, les informations génétiques peuvent transmettre à l’enfant le mauvais souvenir d’un parent et programmer ses réactions dans une situation précise. Cette recherche a été faite chez l’homme. Elle a notamment montré que le stress généré par des abus subis dans l’enfance induit une modification épigénétique du gène récepteur des glucocorticoïdes NR3C1, appelée méthylation génétique, qui agit sur l’axe « hypothalamo-hypophyso-surrénalien ». Pour être plus clair, cet axe intervient dans le processus de gestion du stress et, lorsqu’il est altéré, perturbe la gestion du stress à l’âge adulte et peut entraîner le développement de psychopathologies telles qu’un trouble de la personnalité. C’est dire l’intérêt de nous défaire de toutes les culpabilités, jour après jour ! Comme le dit très bien un « vieux » saint : « Le matin, tu offres ta vie, ton âme. Le soir, tu fais ton examen de conscience. »

 

CARNET PRATIQUE
(1) À lire : L’interprétation des maladies qui compensent les petites et grandes blessures de l’âme et comment en guérir, Dr Pierre-Jean Thomas-Lamotte (Le Jardin des Livres, 2016).Mais aussi Et si la maladie n’était pas un hasard… (Le Jardin des Livres, 2008). Outre ces livres tout public, voici un ouvrage, plus pointu, auquel le Dr Thomas-Lamotte a collaboré, aux côtés de G. Mambretti et P. Obissier : La compensation symbolique, Comprendre les hasards de la vie (Cahiers du CRIDOMH, www.cridomh.blogspot.com, 2012). Deux autres livres sur la compensation symbolique inconsciente sont en gestation et seront publiés aux Éditions Le Jardin des Livres. À suivre…