« La maladie est un passage qui nous aide à traverser la douleur de notre image, à seule fin de nous en libérer… » Entre les lignes de la poésie du verbe, le Dr Philippe Dransart, médecin homéopathe et phytothérapeute, nous éclaire un chemin de compréhension du sens de la maladie. Du pourquoi de la souffrance. « Quand nous écouterons notre corps comme un langage, la maladie nous parlera », dit-il. La maladie ne sera plus cette ennemie à combattre, elle deviendra un dialogue avec nous-mêmes. Elle sera cette « amie » qui cherche à guérir les plaies de notre âme. À la lumière de son expérience et de ses recherches, Philippe Dransart creuse un sillon original dans cette quête du sens de la maladie. Entretien mots pour maux.    

« Les mots, ces passants mystérieux de l’âme¹ » Ce sont ces « passants », énigmatiques et symboliques, que tente d’interpeller et d’écouter le Dr Philippe Dransart pour nous aider à décrypter la question essentielle qui nous est posée par la maladie. Car, en remplaçant les mots par des maux, nous perdons le sens de ce que nous cherchons à nous dire. Nous nous parlons en usant de notre corps comme une métaphore, et du coup, ce que nous tentons ainsi de nous dire devient incompréhensible : nous souffrons sans savoir pourquoi, comme s’il nous manquait la clé… Voici le trousseau !

Quelle est la genèse de votre parcours ?
Je me suis installé en tant que médecin homéopathe,  il y a une quarantaine d’années, après avoir hésité entre la psychiatrie et la médecine générale. Finalement, c’est l’homéopathie qui m’a convaincu. J’ai fait parallèlement une formation de psychiatre et  d’homéopathe. Et j’ai choisi quasiment à la fin de mes études mon orientation.

Vous êtes au confluent des ces approches, puisque vous traitez de la psychosomatique des maladies…
En effet, il y a toujours eu de ma part un intérêt pour la dimension psychologique des problèmes. L’homéopathie m’a beaucoup aidé en ce sens, puisqu’elle s’attache aux symptômes subjectifs. C’est cette discipline, par sa méthodologie, qui m’a amené à mettre l’accent sur l’idée de la maladie comme un langage. Elle m’a aussi permis d’avoir des preuves des hypothèses que j’avançais, par l’efficacité des remèdes. Je vous citerais un exemple-phare… Il s’agit du petit Nicolas, 10 ans : à la sortie de l’école, il fait une bêtise et est giflé par son père devant ses camarades. Cela a dû lui rester en travers de la gorge, car le lendemain il se réveille avec une grosse angine à points blancs. Or, il existe en homéopathie un remède remarquable pour les maladies qui font suite à une humiliation : « l’herbe aux poux » – Staphysagria en latin. Comme la fièvre et l’angine étaient impressionnantes, je fis pratiquer un prélèvement, persuadé que les antibiotiques seraient nécessaires.  En attendant les résultats, je ne risquais pas grand-chose à lui donner une dose de Staphysagria (en une seule prise à 15 CH). Surprise… le soir même Nicolas allait mieux. Le lendemain, le labo me téléphone pour m’avertir qu’il s’agit de staphylocoque doré, rien de moins… Je m’apprête à lui donner un traitement antibiotique, quand sa maman me dit : « Non, il va mieux, ce n’est pas la peine »… Lorsque je revis Nicolas, le soir, il était quasiment guéri et le prélèvement de contrôle fut quasi normal. Ma formation médicale ne m’avait pas préparé à ce genre de guérison.

Est-ce cette expérience fondatrice qui vous a amené à vous questionner sur le sens de la maladie ?
En tout cas, cela a donné le coup d’envoi à mes recherches. La vraie question que pose l’histoire de Nicolas, ce n’est pas de savoir si l’homéopathie est efficace ou non, c’est de savoir quelle a été la cause de cette maladie ? En effet, en obtenant une guérison rapide par le remède de l’humiliation, je pouvais légitimement conclure que son angine était due à une humiliation, c’était littéralement une colère « ravalée ». Mais, à l’inverse, si j’avais donné un traitement antibiotique contre le staphylocoque, ce traitement aurait été également efficace, et j’en aurais conclu que le staphylocoque était la cause de cette angine. Pendant quelque temps, j’ai cheminé avec ces deux aspects. Quelle était donc la « véritable cause » ? J’ai vu, par la suite, de nombreux cas semblables, où la psychologie et le germe semblaient intimement liés. Cela m’a amené à voir la maladie comme une pièce à deux faces.

Qu’entendez-vous par une « pièce à deux faces » ?
Dans le cas de Nicolas, le staphylocoque et la colère sont les deux faces d’une même pièce. Cette idée m’a été inspirée par un adage oriental : « La Vérité est comme un diamant à plusieurs facettes. » Il y a plusieurs facettes, oui, mais c’est le même diamant. Si vous êtes face à une pièce de monnaie, il est impossible de voir les deux côtés à la fois. Et vous développez une théorie à partir de votre angle d’approche. La médecine matérialiste a une approche qui tient la route de son point de vue. Ce qu’elle ne voit pas, c’est qu’il y a une autre face de la pièce, en même temps.

En lisant vos ouvrages, j’ai cru comprendre que le décès précoce de votre maman a nourri votre questionnement sur les causes de la maladie…
Vous avez raison. Ma mère avait 45 ans, ils venaient de construire une maison, avaient une vie agréable… Tout à coup, patatras ! Cela m’a amené, à la fin de mes études de médecine, à me questionner sur le sens de la souffrance, mais aussi plus largement sur le sens de la vie.

Avec le recul de l’expérience, avez-vous résolu cette question ou, en tout cas, a-t-elle cheminé ?
J’ai encore beaucoup de questions (Rire) ! Mais je pense avoir quelques réponses. J’ai cherché du côté des philosophies orientales et de la spiritualité. Même si j’en parle peu dans mes livres, je pense que c’est perceptible. Je me fais une idée de ce qu’est la vie. Alors, est-ce la bonne ?…

Quel est le fruit de votre réflexion ?
J’en suis arrivé à la conclusion que le but de l’existence, c’est un éveil de la conscience. Et cet éveil peut se faire via des expériences positives ou négatives. Les deux sont « justes » par rapport à ce but. Je mets ce mot entre guillemets, car je suis tous les jours témoin de la souffrance de personnes qui semblent être touchées de façon très injuste…

En ce qui concerne les causes de la souffrance, avez-vous trouvé des réponses ?
Je vais vous résumer mon hypothèse. Contrairement au postulat mis en avant par certains auteurs, qui se réfèrent au Dr Hamer ou au décodage biologique – pour qui la maladie est un mécanisme d’adaptation, une réponse biologique à un stress psychologique -, je verrais les choses un peu différemment. Je pense que ce dont nous souffrons, c’est de notre identification à une certaine image de nous. Nous ne savons pas fondamentalement qui nous sommes. Le petit enfant qui arrive au monde découvre qu’il existe, lors du fameux stade du miroir… J’existe, mais qui suis-je ? Il ne sait pas répondre à cette question, il va donc se tourner vers ses parents pour trouver quelle est sa « forme », sa place, etc. Ces questions-là vont nous accompagner tout au long de la vie.

Pouvez-vous donner un exemple plus concret ?
Ce qui m’identifie, c’est que je suis médecin, que je soigne les gens. Mais, au-delà de ça, je ne sais pas véritablement qui suis-je… Si la réalité renvoie de moi une image sympathique, c’est gratifiant ! Je ressens alors une certaine unité avec moi-même ; je peux continuer et j’avance sur mon chemin. Mais si la réalité m’amène une image négative de moi-même ou une parole qui vient taper sur un point faible de mon image – qui dépend de la manière dont je me suis construit – alors, c’est tout autre chose… Par exemple, si un père dit à son enfant : « Toi, de toute façon, tu es un incapable », l’enfant va se construire sur cette affirmation. Il va alors chercher à réussir à tout prix. Si, un beau jour, son patron vient à lui dire : « Vous êtes un incapable », (ce patron) va mettre le doigt sur une douleur ancienne qui touche à l’image que cet homme a de lui. Il y aura une réactivation d’une faille. Cette image que nous avons de nous se bâtit aussi avec des bosses et des failles. Le stress vient les souligner. Il est intéressant de noter que le mot anglais stress signifie étymologiquement « mettre le doigt sur », « mettre l’accent sur ». Ce terme était autrefois utilisé pour marquer l’endroit où placer l’accent tonique. Le stress n’est un stress que parce qu’il appuie sur une cicatrice préexistante. Ce qui induit une réactivation, sinon il n’y a pas de stress – dans le sens d’un stress toxique qui pourrait nous rendre malade. Donc la maladie va survenir en raison d’un événement ou, plus particulièrement, d’une parole qui vient mettre le doigt sur une blessure.

Quel est le poids des mots, du langage, sur la survenue de la maladie ?
Lorsque les patients me parlent de ce qui s’est passé autour d’eux (des attitudes de leur entourage), j’insiste toujours pour savoir la parole qui n’est pas bien passée. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas digéré ? Le point de souffrance est cette parole qui vient toucher la personne dans l’image qu’elle a d’elle-même. Et qui vient réactiver une souffrance ancienne, que la personne pensait bien souvent avoir résolu. Cela lui saute à la figure ! L’image que nous avons de nous est blessée. Par une réaction de défense, nous somatisons. Cette parole (ou cet événement) va apporter un jugement de valeur, qui me touchera dans l’image que j’ai de moi. Cela crée alors un schisme entre l’image que j’aimerais avoir de moi et celle qui m’est renvoyée…

Voulez-vous dire que la maladie est un langage qui nous parle de ce « divorce » ?
J’aime utiliser une image pour évoquer cela. Imaginez : une de vos connaissances a pour habitude de ne parler que d’elle et de ses problèmes. Elle vient sonner à votre porte alors que vous devez partir pour un rendez-vous important. D’ordinaire, comme vous êtes gentille, vous l’écoutez, mais là… la colère vous prend, car elle s’incruste. Votre politesse vole en éclat. Et vous lui dites : « Tes histoires, ça suffit, va te faire cuire un œuf ! » Vous voyez alors votre amie se lever, sortir une poêle, prendre un œuf dans le frigo… et se le faire cuire. Eh bien, la maladie, c’est vraiment un langage ! Le corps va dire littéralement ce que nous ressentons ; ce qui ne veut pas dire que ce que nous ressentons est juste. Elle (nous) parle d’une façon étonnante, point de vue métaphores.

Ces métaphores existent dans toutes les langues ?
Oui, mais chaque langue va apporter une facette. Une vision complémentaire. Cependant, je ne me base pas sur la métaphore pour comprendre à quoi sert l’organe. Dans l’exemple donné, cette personne va se faire cuire un œuf ; or, c’était une métaphore, mais elle ne l’a pas entendue. La maladie, c’est un peu comme une perte de la métaphore. Tout à coup, on va prendre les choses au premier degré. Pourquoi, cette somatisation ? Parce que sinon, en reprenant notre exemple, cette personne se retrouverait dehors comme une malpropre ! Elle qui se croyait sympathique, vous lui renvoyez une image négative. Elle va donc se trouver divisée entre l’image qu’elle aimerait avoir d’elle-même et l’image négative que vous lui renvoyez.

Cela signifie-t-il que la maladie vient nous réunifier ?
En effet. Devant la poêle, cette personne n’est pas divisée du tout (même si l’œuf brûle) ; elle se dit tout va bien, elle est une. Je constate ça avec certaines patientes, en mal-être depuis longtemps. Quand elles viennent me voir en souffrant, par exemple, d’un cancer du sein, elles me disent : « Docteur, c’est bizarre, depuis que j’ai ce cancer du sein, je me sens mieux dans ma peau… » C’est comme si la maladie permettait à l’image que nous avons de nous, de préserver une certaine unité. Le mécanisme profond de la maladie vise à maintenir cette congruence. La maladie vient à la rescousse pour dire la déchirure et la transposer dans le corps, afin que la conscience en soit exemptée. Cela explique pourquoi il est difficile aux personnes de faire le lien de cause à effet. Si tel était le cas, cela signifierait qu’elles seraient conscientes de cette déchirure. Or, la maladie est précisément là pour leur éviter d’en avoir conscience et d’en souffrir moralement. D’où le mécanisme de déni…

Avez-vous un exemple concret ?
Je reçois un homme de 72 ans, avec un cancer de la prostate. Je lui demande ce qui lui est arrivé 7 à 8 mois auparavant (délai estimé par rapport à la taille de la tumeur), il me dit que rien ne s’est passé, que tout va bien. Heureusement, il est accompagné de sa femme, qui lui dit : « Mais tu plaisantes ?! Tu as reçu la lettre de Marc ! » Leur fils, Marc, venait de se faire quitter par sa femme… Et accusait ses parents, surtout son père, de cet échec. Cet homme a pris cette blessure dans l’image paternelle (la prostate est en lien avec la paternité). En somatisant la déchirure, ce père avait souvenir de l’événement, mais il l’avait minimisé. Il avait fait la paix avec cela, parce que l’émotion était complètement passée dans le corps.

La maladie n’est-elle donc pas utile ?
Elle peut avoir cette utilité quand la personne, moralement, ne peut pas faire face à la douleur. Si elle peut le faire, c’est un travail intérieur qui, certes, n’est pas facile mais qui la préserve ; elle reste lucide et consciente, du coup elle ne somatise pas. Si, à un moment, nous avons mis cette souffrance dans le corps, c’est parce que notre conscience n’y a pas accès. Cela me rappelle l’histoire d’un patient, à la vie difficile. Il souffrait d’une sciatique. Je lui propose un traitement homéopathique, qui ne marche pas. Je le mets alors en contact avec un confrère auriculothérapeute. La séance est magique, car la sciatique disparaît. Trois jours après, il s’est suicidé… En fait, la douleur physique absorbait la douleur morale.

Ça ne plaide pas pour la guérison ?!
Cela plaide plutôt pour une approche progressive, consciente, de la douleur morale.

C’est ce travail en conscience que vous proposez ?
Je ne travaille pas vraiment comme un psychothérapeute, mais comme un ouvreur de porte. La personne vient me voir en tant que médecin (je reçois environ 50% de cancéreux). Je leur propose de voir la relation de cause à effet entre un événement et l’apparition de leur maladie. Quand cela est mis à jour, j’essaie de retourner leur manière de voir les choses. De les inviter à prendre de la hauteur, plutôt que de tourner en rond sur ce qui fait mal. C’est une manière de faire intervenir quelque chose de plus juste, de plus vrai, de plus beau vis à vis de chacun.

Pour changer cette manière de voir les choses, utilisez-vous le dialogue ou d’autres outils ?

J’utilise le dialogue et beaucoup d’images. On serait tenté de croire que le simple fait de donner une explication : « Vous êtes malade à cause de… » pourrait suffire. Mais j’ai constaté que cela ne marche pas 9 fois sur 10. (Silence) Vous soulevez là une question intéressante… En fait, au fil de ma pratique, j’ai remarqué qu’avec certains patients, j’utilisais une formulation qui ne provoquait aucune réaction. J’étais pourtant sûr de ne pas me tromper dans l’interprétation, mais ces personnes semblaient peu convaincues… Je reformulais alors mes images et mes explications. Et c’est au bout de la deuxième ou troisième fois que la personne réagissait. Qu’il y avait quelque chose qui faisait résonance – je me suis rendu compte que c’était un mot. Un mot qui fait sens. C’est ce mot qui fait résonance qui guérit ! Cela vient du mécanisme même de la maladie – si l’émotion se dit dans le corps, c’est parce que la conscience ne veut pas en entendre parler. Il faut presque ruser avec elle. Voilà pourquoi l’explication générale ne sert à rien. Si le mot est juste, la conscience ne peut pas empêcher la résonance de se faire, alors quelque chose se produit, se décolle…

Pouvez-vous illustrer cela ?

Prenons le genou. Il nous permet d’avancer dans la vie avec une certaine souplesse ; or, pour avancer dans l’existence, il faut savoir faire des compromis… mais pas de trop ! Trop de compromis peut être à l’origine de problèmes de genou. Si j’utilise deux ou trois fois le vocable « plier » ou « se plier », ça peut faire tilt. Quand vous donnez une explication de la cause extérieure de la maladie, c’est comme si vous faisiez le lien entre la maladie de la personne et l’événement extérieur qu’elle a vécu. Or, en réalité, ce n’est pas de l’événement extérieur dont elle est malade, elle est malade de ce qu’elle a ressenti face à cet événement. Si le mot fait résonance avec le ressenti, cette résonance va ouvrir la porte.

Cela veut dire que c’est une approche « sur-mesure »…

Je suis à la limite d’une écoute psychanalytique (même si ce n’est pas ce que je fais). Les mots qui vont servir de clés, ce sont les termes mêmes du patient. Je vais donc rebondir sur les mots qu’il emploie. Alors, on peut mettre le doigt sur la difficulté.

En quoi votre « grille de lecture » est-elle originale ?

J’ai voulu voir ce que d’autres auteurs écrivaient (Annick de Souzenelle, etc.), parfois les grilles de lecture se rejoignent, parfois elles divergent. Ainsi, par rapport au décodage biologique, mon approche est-elle un peu différente. Pas au niveau de l’interprétation des organes (les grilles se superposent), mais plutôt dans la dynamique de la maladie. Nous allons avoir prochainement un congrès à Aix : « La maladie a-t-elle un sens ? » (voir encadré, NDLR). Je vais intervenir sur le thème : « La maladie a-t-elle deux sens ? ». Le sens, on peut, selon moi, l’entendre de deux manières. En tant que direction : la biologie va prendre une direction qui va avoir pour but de réparer le stress. Mais on peut aussi l’interpréter comme une signification : la perte d’une métaphore qui va s’inscrire littéralement dans le corps. D’où deux résultats un peu différents dans la façon de prendre les personnes en charge. Prenons un cas concret : une femme de 45 ans perd son fils dans un accident de voiture. Suite à cela, elle déclenche un cancer de l’utérus. Les personnes qui pratiquent le décodage biologique, comme moi-même, nous sommes d’accord : l’utérus va représenter le nid. Elle a été touchée au niveau du nid du fait de la perte de l’enfant. Selon la première vision, cette tumeur viendrait comme un enfant de remplacement – suite à la perte morale d’un enfant, la biologie se débrouille pour compenser cette perte ; c’est une approche biologique. Je propose une autre vision (qui peut être complémentaire). Cette femme a été touchée dans sa raison d’être. Pour moi, le cancer résulte d’une rupture du contrat entre notre désir de vivre et notre raison d’être. La vraie question, c’est pourquoi je vis ? Une personne qui comprend pourquoi elle vit, elle peut guérir !

De quelle nature est ce contrat entre désir de vivre et raison d’être ? Et comment accompagnez-vous la guérison, avec cette vision spécifique ?

Regardez un enfant : il est animé par un désir de vivre, spontané. Après, il va se forger une image de lui ; il va se donner un rôle. Ce désir de vivre va rentrer dans une raison d’être, comme un pied rentre dans une chaussure. Ils vont faire corps, sans que l’on y prête attention. Il y a un contrat entre les deux qui ne se discute pas. Si, un jour, une des raisons d’être est touchée, c’est comme lorsque vous heurtez un caillou, vous sortez instinctivement le pied de la chaussure. Il y a rupture de contrat : le désir de vivre se sépare de la raison d’être. Et se dit : « Ce n’est pas pour ça que j’ai signé ! » Le désir de vivre va se développer en n’en faisant qu’à sa tête. Regardez les cellules cancéreuses : elles sont animées d’un vrai désir de vivre (ce qui a remis en cause ce que j’ai longtemps cru ; que le cancer serait le désir inconscient de mourir). Elles prolifèrent, mais ce désir de vivre n’est plus canalisé par la raison d’être et fait n’importe quoi. Je pense que la guérison morale, c’est de faire la paix avec cette raison d’être. De pouvoir l’élargir, la faire grandir, en faisant un travail de deuil, afin que la chaussure soit plus vaste pour accueillir à nouveau le désir de vivre.  Autrement dit, il s’agit de redonner du sens à notre existence. Un moine tibétain, Djwal Khul, a dit : « Souvenez vous que la maladie part d’une intention de la vérité, de la beauté, de la bonté de l’être. » Autrement dit, elle se déclenche dans l’intention d’aider la personne à sortir de cette petite image réductrice qui l’empêche d’être pleinement elle même. Plus vaste.

Quelle est la clé de ce travail ?

Tout l’art guérisseur consiste à relever le regard vers le haut. Le regard du malade est absorbé par tous les traitements. C’est une vraie plongée… Je cherche à accompagner les patients avec des images. Je leur dis : « Certes, vous allez plonger dans un tunnel, mais un tunnel permet de passer d’un paysage à un autre paysage… » Ce que je peux transmettre, c’est un regard. Pas une méthode, ni une théorie, même si ça finit par l’être. Plutôt une manière décalée de voir les choses.

1. Raymond Poincaré.

POUR ALLER PLUS LOIN
Dr Philippe Dransart, www.philippe-dransart.com
À lire : La maladie cherche à me guérir (1999/nouvelle édition 2014), La maladie cherche à me guérir, tome II, Nœuds et dénouements (2002), 7 questions sur le chemin de la guérison (2005), Renaître à la vie pour guérir d’un cancer (2009), Comprendre, accepter… Guérir (2012). Tous ces ouvrages ont été publiés aux éditions Le Mercure Dauphinois.