ARTICLE N° 63 Par Geneviève Mairesse

Belle synchronicité ! Alors que nous discutions avec Pierre Ramaut des modalités de publication de son dossier sur les fantômes de 14-18 (voir page 6 et suivantes), nous avons été contactés par la thérapeute Geneviève Mairesse qui souhaitait précisément témoigner de la présence de telles mémoires traumatiques liées à la grande guerre. Nous l’avons incitée à mettre ce témoignage sur papier pour illustrer comment la psychogénéalogie et la biologie totale des êtres vivants pouvaient concrètement servir à identifier et à désamorcer des peurs inconscientes ou des états de mal-être en rapport avec le vécu de nos ancêtres il y a un siècle. Voici ce récit qui nous transporte des tranchées de l’Yser à une réplication de la vie sur la planète Mars.
Pour présenter toute l’actualité des découvertes d’Anne Ancelin Schützenberger et des transmissions transgénérationnelles, Yves Rasir, dans son édito de mars 2014(1), formulait ce vœu : « souhaitons que cette année de commémoration de « la grande boucherie de 14-18 » soit propice à l’allègement d’une telle hérédité ». En écho à ce souhait, je vous invite à lire mon témoignage du type de travail d’allègement que nous pouvons tous réaliser grâce à quelques clés de compréhension, notamment celles régulièrement illustrées dans la revue Néosanté. Mon témoignage est avant tout celui d’une maman de trois grands enfants en construction d’autonomie et d’épanouissement personnel. C’est également un témoignage depuis ma posture de thérapeute alliant plusieurs approches que j’estime complémentaires pour aider les personnes qui me font confiance à comprendre le sens de leur mal-être, pour mieux s’en libérer. Voici donc le récit de cette aventure en terre inconnue !

Immersion sur Mars

Olivier, 22 ans, étudiant en géographie, est passionné d’astronomie depuis tout petit. En 2013, il fait la connaissance d’un autre étudiant en Géo qui lui raconte son expérience d’ « immersion sur Mars » qu’il vient de vivre pendant trois semaines dans le désert de l’Utah, aux USA. C’est une activité scientifique coordonnée par une organisation non gouvernementale internationale, et soutenue par l’université où Olivier suit ses études. Olivier est tout de suite intéressé, et l’idée que lui aussi pourrait tenter l’expérience grandit. Il ne pense plus qu’à cela. De retour le week-end chez ses parents, il leur dit qu’il aimerait participer à ce projet, justifiant qu’il n’a pas encore grand-chose à valoriser dans son CV pour sa future vie professionnelle ! Les parents sont très contents pour lui, très excités aussi, et vont faire le maximum (financier, démarches, presse, famille, amis…) pour l’aider à réaliser ce rêve.
Olivier anticipe le plaisir de vivre une expérience extraordinaire, et a priori, dans la réalité, peu risquée. Pour lui, c’est un peu l’équivalent d’un camp scout de deux semaines à l’étranger. De plus, cela lui rappelle le stage « Astronaut camp » qu’il a vécu à l’Euro Space Center, à l’âge de 11 ans. Donc, pour Olivier, pas de conflit particulier, un stress qu’il peut gérer notamment grâce aux actions préparatoires concrètes, les rencontres avec ses co-équipiers, la recherche des sponsors… Parallèlement à cette préparation, il gère toutes ces autres activités, et tout se passe bien pour lui.
L’aventure est prévue pour mars 2014. À ce moment-là, nous sommes encore en 2013.
Au fur et à mesure que les préparatifs avancent et se concrétisent, les angoisses montent chez les parents. Du côté des grands-parents, les réactions vont de l’excitation au déni (c’est une blague), en passant par des incompréhensions inhabituelles, qui ressemblent à ce que le Docteur Claude Sabbah nomme des minimaxischizophrénies, ces petits instants quasi inaperçus de déconnexion de la réalité, et qui révèlent les zones de conflit biologique de la personne. Nous parlerons uniquement ici des peurs que la perspective de cette aventure provoque chez les parents d’Olivier.
Dans un premier temps, les parents n’en parlent pas. Ils vivent leurs peurs et angoisses, chacun dans leur coin, isolément, se disant que cela va passer, ou que ce n’est pas si important. Cette difficulté de ne pas reconnaître leurs peurs peut être source de maladies. Ils le savent et en sont convaincus. Après avoir accepté ces peurs, les parents essaient de comprendre sereinement le sens qu’elles peuvent révéler.

Pourquoi comprendre les peurs ?

La peur est souvent associée à des représentations négatives de faiblesse ou de lâcheté. Le mot « peureux » est souvent synonyme de « couard », « lâche », « poltron », « dégonflé », « trouillard » … et est souvent opposé à « brave » ou « courageux ». Des mots qui prennent tout leur sens dans l’analyse de cette aventure, liée symboliquement à la guerre. Biologiquement, la peur est, d’une part, vitale, en cas de danger réel. Elle permet alors au corps de faire le maximum pour éviter d’être blessé, voire de perdre la vie. Par contre, la peur continue, ingérable, disproportionnée…. est souvent à l’origine de nombreuses maladies. Je fais référence ici aux découvertes importantes systématisées par le Dr Sabbah : notamment le principe de l’autosuggestion forcenée du cerveau : si quelqu’un a peur de tomber, 24h/24, il est en surstress permanent et une solution biologique que son cerveau peut envoyer pour diminuer ce stress, c’est de le faire tomber. « La peur de la chose engendre la chose », disait Claude Sabbah, qui a également mis en en évidence des maladies dites de « préjet », c’est-à-dire qui s‘expriment en fonction de la peur.
Au début, la peur des parents est principalement la peur que leur fils unique meure loin d’eux, sans qu’ils puissent intervenir rapidement. La deuxième peur sous-jacente s’exprime par des angoisses qu’il soit victime d’un accident, qu’il revienne blessé, mal soigné, handicapé… Il est important de prendre en compte les mots précis exprimés par les parents, ainsi que leurs ressentis, différents pour le père et pour la mère.

Des clés pour se libérer

Cette expérience de simulation ultraréaliste d’une base sur la planète Mars va se passer en février et mars 14, dans le désert de l’Utah, aux USA. Plusieurs liens peuvent être mis en évidence dans cette simple phrase. En premier lieu, la date anniversaire du centenaire de la Grande guerre. De plus, la manière de nommer l’année « 14 » rappelle, dans la mémoire familiale, le « en 14 » de 1914. Parallèlement, les préparatifs de la commémoration pour le centenaire ont commencé dès le début de l’année scolaire 2013-2014, en même temps que la phase de préparation du voyage d’Olivier. Cela peut également rappeler les phases de mobilisation des jeunes hommes les mois qui précèdent une éventuelle entrée en guerre, ce qui fût le cas ici.
Au niveau symbolique, une des significations parmi d’autres du terme « mars », fait référence au Dieu Mars, dieu de la guerre (d’où les termes associés, de cour martiale par exemple, ou les prénoms en lien avec Mars comme Marc, Marcel, Martial, mais aussi Martin (petit guerrier)avec d’autres tonalités)(2) . On peut également constater que le prénom Olivier, qui, symboliquement, représente entre autres une « demande de paix », vient réparer certaines mémoires de guerre qui circulent encore dans l’histoire familiale. Enfin, l’expérience elle-même de simulation de vie sur la planète Mars relève du mode de réalité virtuelle. Ici, je fais référence à une autre découverte importante mise en lumière par le Docteur Sabbah : le cerveau automatique et la pensée fonctionnent sur quatre modes de réalité : le réel, l’imaginaire, le symbolique et le virtuel. Que le danger potentiel se manifeste sur l’un de ces quatre modes, le cerveau automatique enregistre l’information comme si c’était la réalité.
Cette clé a été très importante pour accepter les peurs qui paraissaient « ridicules », « insensées ». Dans cette expérience, il était important de comprendre que le cerveau automatique des parents avait enregistré une information réelle de danger virtuel , à savoir que leur fils allait partir vivre sur la planète Mars, dans les mêmes conditions que des astronautes dans un vaisseau spatial (eau rationnée, nourriture lyophilisée, simulation de scaphandre pour les sorties sur la planète, isolés de la Terre…). Même si les parents savaient consciemment (au niveau pensée) que c’était une simulation, un jeu (on faisait comme si …), leur cerveau automatique avait intégré ces informations virtuelles et symboliques comme si c’était la vraie réalité. Donc que leur fils allait partir vivre sur la planète Mars, d’une part, ce qui équivalait à ne plus le revoir vivant puisque en 2014 il n’y a pas encore de possibilité de revenir de Mars vers la Terre ; et d’autre part, au niveau symbolique, que leur fils allait partir à la guerre (Mars).
Les parents travaillent sur leur peur de voir leur fils mourir là-bas, si loin d’eux, ou de peur qu’il soit blessé ou en danger de mort et sans possibilité d’être soigné rapidement (1er village à 50 km de la base). D’autres peurs concernent le manque virtuel d’oxygène (obligation de revêtir un vêtement qui ressemble à une combinaison de cosmonaute pour sortir de la base), le manque réel et virtuel d’eau (base située dans un désert, réserves d’eau limitées), le manque réel et virtuel de nourriture à moyen terme (réserves d’aliments lyophilisés).

Repérer les mémoires familiales(3)

Les parents d’Olivier connaissent un peu leur histoire familiale, notamment certains drames vécus lors de la seconde guerre mondiale, et qui sont réactivés également à l’occasion de cet événement. En effet, si l’on parle de la « première » guerre mondiale, notre cerveau est relié automatiquement à l’autre élément de comparaison, la « deuxième » guerre mondiale. De plus, pour nos ancêtres qui ont vécu en direct la guerre 14-18 ce n’était pas la « première » mais bien la « Grande guerre ».
Les parents d’Olivier, convaincus qu’il reste encore des informations à rechercher, en particulier concernant de jeunes hommes partis à la guerre, interrogent leurs parents respectifs. Côté paternel, un arrière grand-père d’Olivier, dont la date de naissance est proche à 2 jours près de la date de naissance d’Olivier, a été blessé 3 fois entre 1916 et 1917 : coup de poignard à la main gauche, un éclat d’obus à la cuisse droite, puis une balle qui a traversé l’avant-bras gauche avec lésion du nerf cubital et reconnaissance de 15 % d’invalidité, ce qui lui a permis de terminer la guerre dans des tâches plus administratives loin du front. Dans une autre branche, un frère de l’arrière grand-père maternel par le père d’Olivier,a été tué le 1er jour de la guerre en août 14. Il était étudiant (souligné dans le texte officiel) en pharmacie. Les parents ont été surpris par la correspondance de ces détails précis, Olivier étant également étudiant.
Ces mémoires sont déjà en soi suffisantes pour que les manifestations des ressentis de ces pertes importantes s’expriment en particulier à la 4e génération, niveau de la réalité de la 1re(4). Quelques jours après le retour d’Olivier, son père exprimera une douleur profonde dans le bras gauche. Après prise de conscience du lien avec la blessure de son ancêtre, la douleur disparaît. Pour la mère d’Olivier, c’est principalement le ressenti d’une maman, qui a peur de ne plus revoir son fils vivant, ou de ne pas pouvoir le soigner s’il était blessé. La première peur est en lien avec une mémoire d’un drame vécu pendant la seconde guerre mondiale : cela se passe à la 4e génération pour la mère.
D’une part, il y a le ressenti vécu par l’arrière-grand-mère maternelle par la mère, qui a dû laisser partir sa 3ème fille déportée dans une prison allemande par le régime nazi. Dans un immense sentiment d’impuissance, elle a fait le maximum pour la sauver à distance. Elle a vécu un surstress continu de plusieurs mois, sans avoir de nouvelles, oscillant chaque jour entre l’espoir et les doutes de la revoir vivante, commençant vraisemblablement ce que l’on appelle un deuil par anticipation. Elle vivra l’immense joie de la revoir vivante. D’autre part, une des sœurs de cette arrière-grand-mère perd son fils unique, en 1944, alors qu’il était âgé de 23 ans.

Menaces chimiques

Après avoir décrypté la peur de la mort, l’autre peur de le revoir blessé, handicapé, resurgit plus précise encore, dès le début de la séparation. La mère d’Olivier demande alors l’aide de son thérapeute. Ici, ce sont les derniers détails des préparatifs, juste avant le départ d’Olivier, qui vont apporter les précisions. Pendant son aventure de simulation, Olivier effectuera des expériences géologiques et, pour cela, il doit transporter de l’acide sulfurique en petite quantité. Pour éviter les contrôles laborieux aux frontières, il décide de transvaser l’acide dans une petite bouteille en plastique réservée habituellement pour le produit d’entretien de ses lentilles de contact. Quand la mère entend l’information la première fois, elle pense automatiquement au danger de se tromper de produit, et imagine que son fils va se brûler les yeux. La seconde fois qu’il en parle devant d’autres personnes, c’est la même réaction de peur de le voir revenir aveugle. Cette peur semble illogique dans la situation réelle, puisque s’il se trompait réellement de produit, il serait brûlé dans le creux de la main gauche et pas nécessairement aux yeux. Le thérapeute montre alors à la mère, en consultation, des photos de soldats de la Grande guerre, revenant blessés : tous ont les yeux (et/ou les mains) couverts de pansements à cause des brûlures provoquées par le gaz moutarde, utilisé pour la première fois lors de la première guerre mondiale. Quand elle voit la photo, elle dit « Oui, c’est ça » (sous-entendu c’est cela que j’ai imaginé à ce moment-là) ; les deux images se superposent et donnent sens. Pour affiner encore le décodage, le thérapeute examine la formule chimique du « gaz moutarde dit « ypérite » : c’est un composé cytotoxique à base de soufre (comme l’acide sulfurique transporté par Olivier) utilisé comme arme chimique visant à infliger de graves brûlures chimiques des yeux, de la peau et des muqueuses, y compris à travers les vêtements. C’est un liquide visqueux incolore qui provoque, après un certain temps (de quelques minutes à quelques heures), des cloques sur la peau. Il attaque également les yeux et les poumons .
Une solution pratique pour se protéger de ce danger virtuel pour Olivier, c’est de revêtir une combinaison de cosmonaute avec un masque à oxygène, comme dans la simulation.

En guise de conclusion

Nous pourrions encore décrire d’autres clés qui relèvent du Projet/Sens d’Olivier, en lien avec la première guerre du Golfe, d’un Cycle Biologique Cellulaire Mémorisé, le tout confirmé par de nombreuses synchronicités, ces co-incidences remplies de sens, comme par exemple, la programmation sur une chaîne de télé, le jour du départ d’Olivier, du spectacle « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » ou la visite du Président des États-Unis en Belgique, le jour de l’écriture de cet article. Je terminerai en insistant sur l’importance de prendre conscience des peurs, en particulier dans les mémoires familiales liées aux guerres. Les peurs étaient leur quotidien, allant de la crainte à la terreur, en passant par tous les degrés d’intensité possibles. En décryptant cette aventure, j’ai pris conscience d’un élément supplémentaire concernant plus particulièrement les hommes : l’impossibilité d’exprimer leurs peurs, sous peine d’être considérés comme « lâches », « poltrons », voire « déserteurs » au risque d’être condamnés par la cour martiale et fusillés par leur propre armée. Dans cette aventure, le « jeune soldat » ne pouvait pas exprimer ses peurs. Les parents l’auraient-ils fait à sa place ?
Dans un de ses discours de témoin vivant de la survivance, Nelson Mandela disait ceci : « En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres… ». Je souhaite que vous puissiez vivre cette libération.

NOTES
Néosanté n° 32, mars 2014, p 3
« Dictionnaire généalogique des prénoms » Gérard Athias, Ed. Pictorus, 2007
Dans son séminaire de base, C .Sabbah décrit ce qu’il nomme la loi de la Circulation des Mémoires : « Tout est affaire de mémoire de clan familial, et la BTEV a montré en termes de correspondances biologiques et historiques, les correspondances exactes et multiples entre les ascendants et les descendants. C’est comme si les mêmes histoires, les mêmes scénarios, les mêmes situations, étaient sans arrêt répercutés dans des cycles précis. Il n’y a que les personnages, les costumes et les époques qui changent. Le travail d’Anne Ancelin-Schutzenberger sur les Loyautés Familiales Invisibles est admirable, immense et précieux, je vous renvoie à toute son œuvre et à son enseignement ».
L’apport du Docteur Sabbah réside notamment sur l’importance accordée aux 4es (vibration symbolique du 4) et 5e (quintessence) générations (par rapport à la 1re).
Cf Carl Gustav Jung : « C’est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. »